‹ Jean CalvinChapitre 77 sur 115 · VII. Tischer · texte numérisé non relu

VII. Tischer

Son petit volume Calvins Leben, Meinungen und Thaien. Ein Lcsebuch fur seine Glaubensgenossen, Leipsig, 1794 1} est une curiosité historique. Lui-même est un auteur presque absolument inconnu2 aux biographes de Calvin, qui cependant reproduisent deux ou trois affirmations dont il est le seul garant. Henry cite son nom une fois, rien de plus.

Tischer (Johann- Friederich-Wilhelm), né à Dautschen, près de Torgau, le 5 août 1767, pasteur à Dautschen, en 1793, surintendant à Iùterbock en 1796, surintendant à Plauen en 1798, docteur en théologie en 1802, mourut après 1839.

Il est l'auteur d'une série de biographies des hommes de la Réforme, Luther, Calvin, Huss, J. de Prague, Wiclif, Oecolampade, Erasme, U. de Hutten, etc : œuvres de vulgarisation très bien faites. La vie de Luther « pour les hommes de la ville et de la campagne, » a été souvent réimprimée. La première édition de la vie de Calvin est de 1794, et la seconde de 18 18.

Tischer est du 18e siècle; il ne met rien au-dessus de la tolérance; et, entre la théologie de Calvin et celle de Servet, il ne voit que des différences métaphysiques, qui lui sont indifférentes. Indépendant par situation théologique, notre auteur est souvent d'une très grande exactitude (scène des Libertins à Saint-Pierre, catéchisme de 1537, etc.), et toujours d'une très grande candeur. « Je puis me tromper, dit-il, je prie seulement qu'on n'accuse pas mon effort pour atteindre la vérité. »

Or dans le volume de Tischer il y a deux choses étonnantes.

i° Un jugement général. « Il y a quelque temps, écrit-il dans sa préface, il me tomba dans les mains une collection de lettres de Calvin. Je les lus et les relus. J'en croyais à peine mes yeux, tellement je trouvais un homme différent de celui que je m'étais représenté. Je le connaissais comme un défenseur entêté, souvent querelleur, de la vérité, et la mort de Servet avait toujours éloigné mon cœur de lui. Quel ne fut pas mon étonnement quand j'appris à connaître aussi son bon cœur, quand je vis un homme plein de l'amour des hommes, de compassion, d'amitié, de sympathie. Je comparai toutes ses biographies. Partout les discussions étaient racontées, et son cœur me parut laissé dans l'ombre. »

2° Des citations. Et ceci est encore plus étonnant que cela : car de ces citations nous ne retrouvons le texte original dans aucune lettre à nous conservée. Voici quelques exemples :

Enfance fie Calvin. — « La mère de Calvin prit surtout peine à remplir ce jeune cœur de respect pour Dieu. Pour lui inspirer de bonne heure cette crainte vis-à-vis de l'Etre suprême, on le faisait souvent prier à genoux, sous la voûte du ciel, sans qu'il y eût toujours quelqu'un à côté de lui. Et s'il lui arrivait de s'endormir, sa mère en était très fâchée » (p. 5). — « Son père était un homme d'une belle prestance et d'un regard plein de majesté. Quoiqu'il aimât beaucoup son fils, il le traitait avec beaucoup de sévérité. Il avait pour principe qu'il faut cacher aux enfants le grand amour qu'on a pour eux : « J'ai eu, a dit Calvin, un père assez sévère ; mais je m'en réjouis. En me réjouissant de cela, je me réjouis des quelques vertus que je possède peut-être »

1. Exemplaire de la Bibliothèque de Genève. — 2. C'est grâce à l'obligeance de M. Bernus, professeur à Lausanne, que nous avons fini par trouver quelques renseignements sur Tischer dans : Das gclchrte Teutschlaiid, oder Lexikon der jetz lebenden Teutschen Schriftsteller, angei'angen von Georg Christoph Hamberger, fortgesetzt von J. Georg Mensel. VIII Band (et suivant). Lemgo, 1800.

QUELQUES HISTORIENS DE CALVIN

Calvin a Orléans. — « On voit l'usage qu'il fit de cette offre honorable, dans les lignes suivantes, qu'il adressa à un de ses amis : « Orléans veut me faire Docteur. Je l'accepterais, si » j'étais orgueilleux ou si je méritais cet honneur. Ce n'est pas le cas. D'autres écoles doivent » d'abord me rendre apte à recevoir ce Doctorat » (p. 19).

Mort de Gérard Calvin. — Calvin reçut la nouvelle, précisément au moment où il venait de taire une prédication : « Ah ! dit-il, pourvu que je n'aie pas tué mon père en prêchant. » Pour comprendre cette exclamation, il faut savoir que depuis longtemps déjà son père lui avait déconseillé la prédication ...Rarement un fils a mené plus grand deuil de la mort de son père. Jusque dans son âge le plus avancé, Calvin s'était fait une règle de relire quelques-unes des lettres que son père lui avait adressées, et de penser ainsi à lui avec reconnaissance : occupation dont il ne savait pas lui-même ce qu'il retirait le plus, du plaisir ou de la douleur » (p. 23, 24).

Il est difficile de se représenter l'état psychologique d'un auteur, comme Tischer, inventant de toutes pièces de pareilles déclarations. Il n'est guère moins difficile de croire à leur exactitude.

Appendice N° II.

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