‹ Jean CalvinChapitre 90 sur 115 · IV. — Antoine de la Duguie · texte numérisé non relu

IV. — Antoine de la Duguie

Il n'était pas encore régent (comme le dit Fl. de Raemond), lorsque Calvin arriva à Poitiers. Il ne reçut ce titre que le Ier août 1542, comme le prouve cette pièce des archives de la ville de Poitiers: « 1542. Ier août. Procès verbal portant que Jean Estivalle, maire, assista avec Jean Crouzille, Jean de Brillac, Pierre Rat, et François Porcheron, échevins, à l'élection de ML Antoine de la Duguye, en qualité de docteur, et servant ainsi à prouver que la ville avoit le droit d'assister aux élections des docteurs. » (Inventaire des archives de la ville de Poitiers, n° 2062.) En 1584, il était doyen de la Faculté de droit (même inventaire, n° 1544). Un poème latin, de Florent Bouchorst, sur les troubles de 1562, dit de A. de la Duguie: « Milis et excelsa vir bonitate potens. » (Dreux du Radier, II, p. 239.)

I. 6 février 1541, Opéra, XI, p. 151. — 2. 2 avril 1 54 1 , Ibid., p. 182. « Placet quod Senatus ei bonam spein fecit. » — 3. 27 avril 1541, Ibid., p. 206.

Appendice N° XII.

LA PSYCHOPANNYCHIA

La Psychopannychia a une histoire, qui a été élucidée seulement ces dernières années.

La première édition connue est de 1542. Elle s'ouvre par deux préfaces datées, l'une d'Orléans, 1534, l'autre de Bâle, 1536. On avait donc pensé, et les savants éditeurs des Opéra le pensaient encore dans leurs préfaces du tome III (1865), p. xi, et du tome V (1866), p. xxxvxxxvii, qu'il y avait eu trois éditions, celle de 1534, celle de 1536, et celle de 1542. Mais M. Herminjard d'abord, par une de ces notes précises et sûres dont son œuvre abonde (Herminjard, III, p. 245. n. 11), et ensuite M. Charles Dardier, dans un article du Bulletin, XIX-XX, 1 871, p. 371-382, ont démontré que la première édition est celle de 1542. Et les éditeurs des Opéra se sont complètement rendus à cette démonstration: Opéra, X1', p. 38-39.

Alors que signifient les deux préfaces de 1534 et 1536?

Calvin composa son traité à Orléans, et y mit la préface de 1534, signée de cette ville, « à un ami. » Mais le traité composé ne fut pas publié ; nous comprenons pourquoi, en lisant la lettre adressée à notre Réformateur par Capiton, de Strasbourg1:

« Ton livre me plaît beaucoup. Je n'ai pu le lire entièrement ni à fond, à cause de l'écriture (cbaracteres) trop fine et illisible pour moi. Quant à le publier (de edendo), si tu m'en crois, tu attendras des temps plus favorables. Déjà tout retentit du bruit des sectes, et les allemands, au milieu des grands malheurs de la religion, ont fait l'expérience, qu'en attaquant les erreurs, on les rend seulement plus célèbres. Le plus sûr moyen de venir en aide aux Eglises affligées, c'est de leur dépeindre avec le plus grand soin Christ. Mais ce sujet, traité en dehors de l'analogie de la foi (quia extra analogiam fidei utcunque tractatur), sera extrêmement fécond en disputes. D'illustres [spîendidi, est peut-être pris dans un sens légèrement ironique] auteurs, que le Seigneur a retirés de leur obstination à soutenir cette erreur, seront, je le crains, enflammés.... J'aimerais mieux te voir débuter dans la carrière littéraire (auspicareris scribendi indusiriatn) en traitant un sujet moins contesté (plausibilior).... Penses-tu que ces travaux (sudores islos) seront perdus? Non sans doute, ils ne le seront pas; mais l'avenir te fournira une occasion de les faire valoir sous une autre forme. Le temps même te communiquera une intelligence plus profonde de toutes2 les Ecritures.... La très malheureuse situation des Eglises françaises te sollicite plutôt d'éviter toute dispute. Et cependant,

I. Malheureusement la date manque. Tout ce qu'on peut dire c'est qu'elle doit être écrite entre la rédaction de la Psychopannychia et la publication de l'Institution. M. Herminjard (III, p. 242) la place en 1534; les éditeurs des Opéra (X1', p. 45) en 1535. — 2. M. Herminjard et, à sa suite, M. Dardier n'oublienl-ils pas ce mot: toutes? Il me parait important. Capiton ne veut pas dire, semble-t-il, que, dans le sujet spécial qu'il a choisi, Calvin ait fait preuve d'une connaissance insuffisante des Ecritures : mais, qu'avec le temps, sa connaissance pourra aborder des sujets plus généraux.

LA PSYCHOPANNYCHI A

mon Marcianus, quant à moi, sois libre d'entreprendre ou de différer ta publication, comme tu voudras. »

Calvin suivit le conseil de Capiton et garda" son travail en portefeuille. Plus tard, il le communiqua à Olivétan, qui le communiqua à leur ami commun, Fabri. C'est ce que nous apprend la lettre suivante 1 de 1 5 3 5 :

« Je ne sais qui m'a dit, de ta part, que tu n'approuvais pas complètement certaines choses dans mon petit livre sur l'immortalité des âmes. Loin d'être offensé par ta critique, j'ai été ravi (mire délectai us) de cette sincérité et de cette simplicité. Car je ne suis pas assez morose pour vouloir enlever aux autres la liberté de jugement, que je me permets. Mais ne te tourmentes pas à faire ce qui est déjà fait. Sache que j'ai recomposé mon livre presque complètement: non pas que j'aie ajouté ou effacé beaucoup de choses, mais je les ai mises en un ordre tout à fait inverse : j'ai enlevé peu de choses, j'en ai ajouté d'autres, j'en ai changé plusieurs. Cette étude (comment atio), que j'avais donnée à lire à Olivétan, contenait mes pensées plutôt écrites pêle-mêle dans mon carnet de notes (in adversaria congeslas) que distribuées en un ordre net et distinct, bien qu'il y eût cependant un certain ordre. Je t'aurais envoyé ce nouveau livre (il est permis de l'appeler ainsi) si je l'avais relu. Mais depuis qu'il a été copié par Gaspard je ne l'ai pas regardé-. »

Calvin avait donc refait son ouvrage: naturellement il y mit une nouvelle préface et la date de 1536. Mais, pas plus cette fois que la première, la publication ainsi préparée ne vit le jour. Calvin le dit encore, dans une lettre du premier octobre 1538, à Pignée (du Pinet).

« Contre les hypnosophistes somnolents (velernosos hypnosophistas) tu n'auras rien de moi pour le présent, soit parce que la discussion serait trop longue pour une lettre, soit parce que j'espère publier au premier jour (propedieni édita m iri spero) le petit livre que j'avais écrit contre eux il y a trois ans. Bucer qui autrefois m'avait dissuadé de taire cette publication m'y exhorte maintenant3.

La publication fut encore retardée jusqu'en 1542. Comme pour attester, un jour, l'histoire que nous venons de raconter, Calvin crut devoir laisser les deux préfaces, telles qu'il les avait écrites4.

Terminons en citant un petit fait qui montre la confiance méritée par la critique interne la plus perspicace. Les savants éditeurs des Opéra, au moment où ils croyaient la Psychopannychia de 1534, pensaient qu'à ce moment Calvin venait à peine de se convertir. Il devait donc être dans l'impossibilité d'écrire un livre d'une théologie protestante complète. Et, en effet, tout en déclarant que l'auteur était un « théologien évangélique, » qu'il était « décidé à l'égard des principes fondamentaux de la foi, » ils ajoutaient : « on doit reconnaître que ce théologien n'était point encore arrivé à sa maturité scientifique. » Or il se trouve que ces pages remaniées sont, non de 1534, mais de 1542, et par conséquent sont l'œuvre « de la maturité scientifique » du grand théologien5. {Opéra, III, p. xi.)

1. Martianus Lucanius à C. Fabri, à Bôle, de Baie, n sep. 1535. Opéra X1', p. 51. Herminjard, III, p. 347. — 2. Sans doute Gaspard Carmel qui étudiait alors à Bàle. Herminjard, III, p. 350. — 3. Opéra, X1', p. 260. — i. « Calvin laissa ces deux préfaces intactes pour montrer combien de temps il y avait travaillé. Mais tout le reste ne peut pas servir à une étude sur la théologie primitive de l'auteur. On ne peut plus distinguer ce qui est de la rédaction primitive » Aug. Lang, Die œltestcn theologischen Arbeiten Ccilvins, dans les « Neue Jahrbiicher fur deutsche Théologie. » II, 1893, p. 296, 297. — 5. Le simple et bon Drelincourt avait été mieux inspiré quand il avait déclaré cet ouvrage « un prodige de savoir. » Drelincourt, o. c, p. 25.

Appendice N° XIII.

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