AUTOGRAPHE DE CALVIN
pas diminuer l'autorité du gouvernement, et il lui laissa, — ne pouvant d'ailleurs faire autrement, — une grande influence dans les affaires d'Eglise. Mais si par théocratie on entend que le gouvernement de l'Etat, aussi bien que celui de l'Eglise, devait, pour autant que le comporte l'infirmité humaine, réaliser la volonté du législateur divin, l'idéal que Calvin avait conçu pour Genève était bien une théocratie. Sa doctrine impliquait l'existence, dans l'Ecriture, d'une règle parfaitement démontrable pour la foi et la vie^ Son unique autorité consistait dans ce fait qu'il était l'interprète de cette règle. Ce qui pouvait menacer sa situation, c'est qu'on n'admît pas son principe fondamental de l'autorité scripturaire, ou qu'en l'admettant, on contestât son interprétation; et qu'en cas de conflit, alors même qu'en théorie la sphère de l'Eglise était distincte de celle de l'Etat, le plus fort des deux —c'est-à-dire l'Etat— fût amené à soutenir son interprétation parles armes dont il disposait. L'histoire de Genève sous la direction de Calvin sera comme un commentaire de ces divers périls; mais personne ne peut contester la simplicité et la grandeur de cette conception, bien que sa vérité en tant qu'interprétation de l'Evangile soit plus que douteuse, et son application intégrale à la vie moderne, si individuelle et si complexe, absolument impossible.
(1867) et de R. Wipper (1897) sur L'Eglise et l'Etat à Genève.
* Choisy dit fort bien {ibid., p. 55) : « La théocratie calviniste institue le gouvernement de la Bible, document de la loi divine. La religion est ainsi conçue ecclésiastiquement, non comme un principe de vie, mais comme un gouvernement, et l'homme devient le sujet d'un souverain absolu dont la volonté s'exprime par des ordonnances. Pour que celles-ci fussent observées, il fallait un corps qui veillât, comme un tribunal de police, au respect de la loi divine. »