‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 37 sur 116 · Galiffe. p. 164. - i. Ibid., |>. 206. — S. 2 avril. Ibid · texte numérisé non relu

Galiffe. p. 164. - i. Ibid., |>. 206. — S. 2 avril. Ibid

•'1. 12, 14 février 1535. Flournois, Exirails. — 4. 5 mais. Ibid.

LA VILLE HAUTE

« de se contenter, pour maintenant, de prêcher au couvent de Rive et en IV- (Tlise de Saint-Germain ' ".

l'n an après, le tim de la délibération a bien changé.

8 septembre i53G: « M' Guil. Farel entra; il fit une remontrance et donna un avertissement par écrit; sur quoi on arrêta que puisque les écrits du dit (juillaume sont si divins (lam diviiia) on ferait le prêche à 6 heures du matin à l'Eglise de Eglise de Saint-Germain .^ - - • . 1 „ , (plan Maunini.

b. (jermam, et que les co n '

seillers seraient obligés d'y venir pour pouvoir entrer à 7 heures au Conseil*. » — A partir tic ce moment, l'histoire de cette église fut des plus mouvementées. Comme elle était à ci'ité de l'Ecorcherie, et « pas bien propice pour y prescher, » dit Froment, on en fit « une boucherie à vendre de la chair •'. »

Or nous trouvons dans les Registres, 2g mars i537, la délibération suivante : « Conseil des 200. Des bochers de la Grande I^ocherie pour ce qu'il hont allégué que la maison du seaulx tant à cause du chault que du ,.:,,„, jc Saint-Germain froit es quelz la dicte place est soubgette ^est Câpres diverses photouraphies). ip. 254.» incommode] esté arresté qu'il soyent remys en

l'Eglise S' Germain, que leur soit acoultré et mys en ordre, et qu'il payent le loao-e *. » — Au premier abord, il semble que la maison incommode était tout près de l'église Saint-(Jermain, «près de S' Apre et de S' Germain », comme le dit Flournois, dans ses Remarques''. Seulement il est absolument certain (contrairement à l'opinion de Flournois) que la maison du Sceau était dans la rue actuelle de IHôtel-de-Ville, en face de la Taconncrie (voir plus loin). On est donc obligé de penser que les bouchers, iiui étaient à la Grande Boucherie c'est-à-dire au Grand Mézel, et dont on avait décide d'abattre les bancs, le i3 janvier i533*, comme nous l'avons dit (p. 252), avaient été transportés en face de la Taconnerie, pour être retransportés, en 1547, à Saint-tJermain.

I. KIournois, Exirails. - i. Ibid. — Nr^'is/res du Conseil, Vol. 30. f- 53- - ^l- Kroment, p. 23" t. Re/iistrts du Conseil, Vol. 30, f. 200. - Un autre procÈs-vcrbal (car pour cette époque il y en a deux), Vol. 29, f. 48», se borne à dire : - la bocheric estVemise en resBli.se S' Germain.» — S. Ibid.. Remartiucs. p. 108. — «. M. I). G. VIll, p. 2V5. Il "

A propos de Téglise de Saint-Germain transformée en boucherie, Froment continue : « Et aulcuns disoynt ces parolles : Ça dedans les prebstres ont souventes foys sacrifié Jésus-Christ, car sacrifier signifie tuer... et maintenant on y tue les bestcs et y faict une boucherie'. » (Froment a écrit sa chronique vers 1548 ^)

Fn 1557, «à cause de la multiplication du peuple qui augmente tous les jours, » les ministres demandent que l'on « rouvre le temple de Saint-Germain, et que Ton augmente pour cet effet le nombre des ministres de la ville de deux. » La communauté des Flamands réfugiés l'occupe en 1572. Puis l'artillerie y réinstalle ses équipages et ses munitions jusqu'en 1731. Et après avoir été la première église accordée aux protestants, ce fut la première église rendue aux catholiques, en i8o3 ^ comme ce fut la première église d'où on chassa de nouveau les catholiques pour y installer les Vieux-Catholiques. — En 1804, d'après De La Corbière, on donna à l'église, rendue au catholicisme, le bénitier, qui se trouvait encore dans l'ancien couvent des Frères mineurs du temps de De La Corbière ; et le fait fut bientôt transformé en légende merveilleuse \ Une partie des cloches et le toit de la nef ont été incendiés en 1904.

L'église (Page 255) était naturellement encore moins dégagée qu'aujourd'hui. On aperçoit encore, dans les maisons près l'abside, émergeant des toits, une petite tour carrée [Page 257), en briques, avec les mêmes ornements que certaines parties de Saint-Gervais, que le haut de la Tour Baudet, et que certaines tours de Rive (XV'' siècle).

Enfin, au bout de la rue se trouvait le château Saint-Apre. La famille de ce nom était une des plus puissantes de (jenève au treizième et au quatorzième siècle. — l'^n 1475, le château appartenait aux de Viry et n'était estimé que 200 florins, bien que ce fût, sans doute, un édifice considérable. « On voit quelques restes de l'ancien château, entre autres une haute tour carrée, dans les vues de Genève prises du côté méridional, » et, ajoute Galiffe, « nous ne serions pas étonné c]uc la large tour à porte gothique, qui fait saillie dans la rue des (Jranges, en eût fait originairement partie '''. »

La rue qui enveloppe Saint-Germain s'appela rue Saint-Apre jusqu'au i3 juin 1827, époque à laquelle un arrêté du Conseil d'Etat lui substitua le nom de rue de derrière Saint-Germain ''.

I. Froment, p. 231. - 2. Ibid., l'rcfacc, p. iv. :!. H. Mallet, p. 153. — 4. C'est l'abbé Fleury qui la raconte : « N'oublions pas, dit-il, l'histoire de l'ancien bénitier de Saint-Germain. Il s'agissait d'en commander un au marbrier, qui offrit une conque déposée dans un coin de son atelier, dont il n'en [sic] savait ni l'emploi ni l'origine. Lorsqu'il fut question de la placer près de la porte, au premier coup de marteau, les maçons s'aperçurent d'un vide qu'ils déblayèrent. Ils y présentèrent le bénitier, qui s'y encadra tout naturellement. Il venait ainsi reprendre sa place, d'où on l'avait tiré à l'époque de la Réforme. » Abbé l*'lcury, p. 73. — -'i. Galiffe, p. 264. M. D. G. VIII, p. 345 : « Domus S'i Apri. > — Cette tour a été reconstruite, mais pierre à pierre, comme elle était avant, nous a-t-on dit. — 0. M. p. G., V», p. 38, n. y.

LA VILLE HAlîTK

La seigneurie avait acheté le château vers le milieu du seizième siècle ( i537).

Viret y logeait en i563. Jacob Stœr, Timprimeur, raconte qu'il promit mariage

à Esther de Tournay, «et fust fait le fiancement solenel le dimanche 16""' jour du

mois de may j56:V, au logis de M. Viret a Sainct

Arbre '. »

Celui-ci y avait déjà logé en 1539. 9 mars i559 :

« M. Pierre \iret. Icy est arresté que on le loge à

Saint Abre, où on a\(iit ordonné logis pour M"

Théodore de Bèze, lequel debvra demorer encor

trois moys, là où il est, chez le S' de Arca, lequel

on a prié et qui s'y est offert^. » Cinq jours après

(14 mars), la décision est confirmée, et quelques

explications sont ajoutées : « Que le d' Viret soit

logé à Saint Abre, en la haie, et comme on verra

estre commode, et qu'il ayt le jardin ; totefoys qu'on

le prie de ne prendre en maie part si, cy après, on

baille quelque portion du d' jardin à qucicung autre,

que se pourra loger à Saint- Abre \ » — Ce « quel-

cung autre» se trouva être le vénérable Mathurin

Cordier, environ un an après. 19 février i56o: « Ma-

turin Cordier. Pour ce que la veuve de M"''^ Pierre

le fortificateur, s'est ostée de la maison de Saint

Abre, où elle estoit logié, et qu'il y a pitié au

d' Cordier, homme vieux. A esté icy arresté qu'on le retire, au lieu où estoit la

d" veuve, puys aussi que NF' Pierre Viret l'a bien agréable*. » Kt Viret et Cordier se réchauffèrent souvent au même pocle, se promenèrent souvent dans le même jardin, les deux Réformateurs les plus doux, et non pas les moins spirituels. Si nous avions pu assister aux entretiens du château Saint-Apre !

Le château, mis en vente par le Conseil en 1720% fut transformé en arsenal, puis en caserne (lySS); et, enfin, c'est aujourd'hui (depuis i8i3) la maison Rigaud.

Jusqu'en 1718, il n'y avait guère d'espace un peu libre que devant le château Saint-Apre «. Mais, cette année-là, le Conseil fit percer une nouvelle rue depuis l'église Saint-(iermain jusqu'à la place du Grand-Mézel '. Ce fut la rue Je derrière les Granges, ainsi nommée à cause des granges qui s'y trouvaient, audessus de la pente, ou crèt de la Chauvinière '. Les hôtels nouveaux rempla-

Tour dans la rue Saint-Germain.

i. M.I). (i.,XIX, p. 170. - i. Re,^nstrcs du Conseil, Vol. 55. f- i7- Annales, ip. 711. - X Ihid., Vol 55, r. 19 Annales, p. 712. - V lin,!.. Vol. 56, f. lov. - .'i. Fontaine-Bordel, Xouvelle description Inslorique fl monumentale de I Hôtel de Ville, 1877, p. 13. — O- « Peut-6trc depuis là où deux crochets scellés, l'un dans le mur de la tour, l'autre dans la maison vis-à-vis, indiquent que la rue pouvait Ctre barrOc par une chaîne de fer . Galiffe [1869I, p. 164, n. 3- - 7. M. D. G.. Rigaud, VI, p. 6, n. 2. - 8. Picot, Histoire de Geniv*, m, p. 239, n. I. — . La Chauvinitre. parce quelle procédait d'Arthur Chauvin, • De La Corbière (copie llourrit),

cèrent les granges, les jardins suspendus remplacèrent le crêt, et la rue des infâmes, Juifs et prostituées, devint la rue aristocratique par excellence : habent suafata... carreriœ !

A la rue de la Cité succédait la rue du Marché {carreria Macelli, la première moitié de la Grand'Rue actuelle), allant, à gauche, de la rue de la tour du Boel jusqu'à ia rue de la Pélisserie, et, à droite, de l'angle de la rue Porte du Marché jusqu'à la continuation de la rue de la Pélisserie (petite rue actuelle de la Boulangerie) ' .

A gauche, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la Société de Lecture et le Musée Fol, s'est passé l'un des événements qui auraient le plus contristé l'àmc des Farel et des Calvin : c'est ici que le catholicisme célébra de nouveau son culte, d'une façon encore privée, si l'on veut, mais cependant officielle.

Il faut lire dans A. Rilliet ^ le récit de cet événement sensationnel. — Le « paquet du roy « (c'est-à-dire la charge de recevoir et de réexpédier toute la correspondance du gouvernement français passant par Genève) avait été d'abord confié à Jean Favre, lequel était non seulement genevois et protestant, mais pasteur et orthodoxe. Il mourut le i3 mai 167g. Le parti ultra-catholique de la cour de Saint-Germain songea alors à envoyer un ambassadeur, lequel, en vertu de ses privilèges diplomatiques, ferait célébrer la messe... à Genève ! Ce serait la brèche par laquelle le catholicisme passerait pour tout envahir.

Pour le moment, les catholiques laïques pouvaient habiter la ville moyennant des permissions spéciales. Ils allaient suivre le culte romain dans les paroisses de Savoie et de France les plus voisines, Thonex, Saconnex. Quant aux religieux catholiques de divers ordres, leur circulation dans la ville était plutôt surveillée qu'empêchée. — 11 juillet 1617 : « A été chargé M. Barilliet de représenter à N. M. S. comme on rapporte que, en ceste ville, plusieurs curés des alentours, comme celui de Mornex, les prestres du Grand-Saconnex, le curé de Chalex, etc., vont et viennent, et se fourrent dans les maisons de la ville, oultre les hostelleries, et qu'on craint qu'avec le temps il n'y survienne quelque scandale, veu qu'on rapporte que telles visites se font quand un est malade. » — 18 décembre 1623 : « Aymé de la Rovière a advoué avoir mené deux capucins au temple de Saint-Pierre. » — 19 mai i653 : « A été représenté que les capucins viennent fort fréquemment et avec une extrême impudence en ceste ville ; qu'ils furent vendredi dernier dans le temple de Saint-Pierre pendant la prière, et se mirent à genoux en entrant ^ » C'est cette situation qui devait être modifiée du tout au tout.

Quand on apprit la venue de l'ambassadeur catholique et catholicisant, ce fut

1. M. D. G. VIII, p. 295. — -2. A. Rillict, Le rétablissement du catholicisme à Genève, il y a deux siècles. Etude historique d'après des documents contemporains, pour la plupart inédits, 1880. — 3. M. D. G., IX, p. 53, n. 26, A. Cramer; « Coup d'oeil sur les Registres du Consistoire de l'Eglise de Genève. »

LA VILLE HAUTE 259

une stupéfaction gcncrale, comme devant une calamité publique. Il fallut cependant se résigner. Le 26 octobre 1679, Chauvigny (c'était le nom du Résident, un catholique fanatique, homme des jésuites, et du père La Chaise) Ht son entrée dans la ville, le soir, sans cérémonie, et descendit à l'hckel des Balances. Il amenait un aumônier, et, dans ses bagages, tout l'attirail nécessaire à l'ameublement d'une chapelle catholique. Bientôt il désira demeurer « dans une maison située à la Grand-Rue, entre les maisons Colladon et Fatio, laquelle appartenait à M'"' Elisabeth de Pellissari, femme, en secondes noces, du premier syndic Jaques Grenus. » C'est là que Chauvigny fit établir sa chapelle ; et, « le 3o novembre 1679, fête de la Saint-André, le culte catholique fut publiquement célébré pour la première fois depuis l'abolition de la messe prononcée par les Conseils au mois d'août i535 '. »

Au di.x-huitième siècle (le 3o déc. 1739), le Petit Conseil acheta l'immeuble et quelques immeubles voisins-, et l'hôtel, tel qu'il existe aujourd'hui, fut achevé en novembre 1743. L'aile droite, en entrant dans la cour, fut destinée à la chapelle. Mais, auparavant, la chapelle était précisément de l'autre côté, au-dessus de la rue de la Tour-de-BoëP.

Après la rue du Marché, venait la rue de la Boulangerie (appelée en 1475 : carreria Bnlongen'e et Macelli)^ à partir, du côté gauche, de la rue de la Pélisserie jusqu'à la rue des Chanoines. Nous voyons assez souvent les rues tourner ainsi autour d'un pâté de maisons, tout en conservant leur nom. — A droite, la rue de la Boulangerie partait de la rue tendant vers l'Ecnrcherie (auj. du Cheval-Blanc) et allait jusqu'à la place de la Maison de Ville, coupée d'abord par la rue tendant vers Saint-Germain irue de la Boulangerie actuelle), puis par un passage découvert, sans nom, comme aujourd'hui (allorium) \.

C'est dans cette rue de la Boulangerie et dans les rues avoisinantcs que nous retrouverons les familles Colladon. (Page 260 et plus loin.) — La dernière maison, à gauche (d'après l'Inventaire), donc à l'angle actuel de la rue du Puits-Saint- Pierre et de la rue des Chanoines, est indiquée comme appartenant au Chapitre de Saint-Pierre, et ravant-dernièrc maison n'est autre que la " grande maison »

t. M. D. G., Le Fort, JVolice historique sur l'hôtel du Résident de France, à Genève, XIX, p. 2. — i. < Le 27 août 1740, la seigneurie acquiert de di'"= Camille Andrée, veuve de Louis Astier, une maison située rue de la Tour-de-lioOl, au-dessous de la chapelle qu'occupe M. le R<;sident de !• rance. > Ibid., p. 38. — Le Résident resta dans cet immeuble jusqu'en septembre 1794, et alla alors au (Irand Miîzel, N" 4. C'est dans cette dernière maison que descenclit le (;én<-ral Bonaparte, le 21 novembre 1797. — ;i. • La chapelle du Résident était placée dans un jardin, situé derrière son hôtel, du côté du lac. Kllc se trouvait ainsi loin de la vue et du passage du public, mais elle était entourée et dominée par les maisons construites entre les rues de la Pélisserie et de la Tour-de-Hoël. » A. Rillict. — Et il arriva que les religieux, pendant la messe, entendirent la chanson de l'Escalade, chantée en signe de protestation, par les patriotes genevois réunis dans les maisons voisines. — 4. M. D. G., Vlll, p. 342.

LA VILLE

des Tavel, ou encore la « maison forte », la « maison haute », la plus ancienne

maison genevoise \ parmi celles du moins qui ont une histoire connue. {Page 261.)

Quoique réduite dans son étendue -, elle est toujours bien reconnaissable à sa

tourelle, aujourd'hui supportée par un contrefort de base carrée, et qui, à partir du premier étage, s'élance arrondie. La façade a conservé les encadrements de ses fenêtres, ses « figures, en ronde bosse très saillante, placées aux angles de carrés qui semblent avoir été destinés à recevoir des inscriptions ou des images. Ces figures, représentent des religieuses ; une tète ressemble à la figure de Christ ; il y a une tête de lion'.... » Il y a même des barres de fer qui étaient destinées, dit-on, à supporter des perches pour les tentures déployées à certains jours. L'écusson des Favel est toujours au-dessus de Tune des fenêtres \

Si l'on \isite les souterrains (seuls vestiges d'un pre-

miei tdihce plus ancien, de la fin du douzième siècle), on

voit que la maison « forte » méritait son nom. A l'un des

angles se trouvent les fondations d'une tour carrée ou

donjon II y a comme un premier étage, dont les voûtes

.\ncicnne tour d'escalier sont Supportées par des colonnes trapues, et qui reposent

entre la Grand Rue et la rue gHeg-mêmes sur d'autres voûtes abritant encore des caves

inférieures. — La maison était digne de la famille, qui, à

ce moment, n'était rien moins que la rivale de la famille épiscopale. Tavel contre

Saint-Jeoire ! L'émeute gronda. Ce sont les Tavel et leurs partisans que l'évêque

accuse, en i355, d'avoir attaqué, les armes à la main, sa maison épiscopale,

d'avoir blessé deux serviteurs et de lui avoir enlevé deux chevaux. Il excommunie

les auteurs de ces méfaits, ainsi que le chanoine Girard Tavel, qui leur a donné

asile^. Les Tavel étaient trois frères: l'un, chanoine, les deux autres, chevaliers.

Dans l'appel de cette excommunication, le chanoine déclare (i" août i355) qu'il

habite avec son frère et avec toute sa famille, que la maison ne lui appartient

pas* — Il n'y a pas lieu de douter qu'il ne s'agisse de la maison actuelle, témoin

de l'un des épisodes les plus caractéristiques de l'histoire du quatorzième siècle.

1. Galiffe, p. 263. — i. Ihid., p. 264. — :t. M. D. G., IV, p. 63. — V. Ibkl., V-\ p. 38, n. 10. — Ce château n'est marque dans l'inventaire de 1475 Q^c 500 florins, celui de Saint-Apre, 200! C'est un peu étonnant. — .'i. Excommunication des Tavel, le 16 juillet 1535, M. D. G., XVIII, p. 241. — 0. Ibid., p. 243.

LA VILLE HAUTE

Kn face de la maison Tavel est la nW du Salcil- Lei-anl, qui n'a pas encore de nom en 1475 (elle prit plus tard le nom d'une auberge). C'est « la rue allant de la Halle Neuve vers l'église de Marie-la-Neuve. » Trois maisons la relient à droite à la Halle, et trois maisons la relient à gauche à la porte de la place Saint-Pierre (ces six maisons font le côté de la rue du Puits-Saint-Pierre opposé à la maison Tavel). Le côté nord de la rue du Soleil -Levant est, au quinzième siècle, entièrement occupe par les « étables « de xM.M. les chanoines'.

Dans cette rue habitait, en i56o. le pasteur Knoch (que nous retrouverons plus loin, quand nous parlerons du Collège). Le 19 janvier, il « supplia luy outroyer une cave, qui est en la maison du Soleil-Levant où il demoroit. Arrestc qu'on ne luy outroye pas -. »

— Sur le plan que nous donnons {Page 262), on voit qu'en venant du côté oppose, de la rue du Perron, les degrés se trouvaient non pas en face comme aujourd'hui, mais à droite, commençant ainsi la rue des Chanoines.

La rue du Puits- Saint- Pierre (ainsi nommée à cause d'un ancien puits, qui fut enlevé et couvert en i5y4) aboutit sur la place d'où partent, à gauciic, la rue des Chanoines (ancienne rue de Bornuaz, du

i.M. n.(;., VIII, p. 324. 325-

î. Registres du Conseil, Vo\. 55, r. 178.

ruils-Saint-Picrrc. IJ). 200 i

nom d'une vieille famille) \ en face la rue du Perron, à droite, la rue qui mène à Saint-Pierre.

Nous reviendrons, plus loin, sur ce quartier, qui est le propre quartier de

Calvin. Nous nous bornons ici à dire

,^:a^eO<£/i^'^J''^^t^ qu'au haut du Perron se trouvait

{4iu9eû CAa/rwtneo anciennement une porte, dont les

Tavel étaient les maîtres. Et, sans doute, à l'autre bout de la rue des Chanoines, au haut de la Pélisserie, à l'endroit où ces deux rues se coupent, et où la rue de la Pélisserie présente un raccordement assez gauche, une autre porte achevait de bien séparer le quartier des Chanoines du reste de la ville-.

Nous allons tout de suite à Saint-Pierre, en passant par la porte gothique,

dont le dessin nous a été conservé par Diodati, et qui donne entrée sur la place

de la cathédrale ^.

I. Galiffe, p. 177, et n. 3. — 2. Ihid., p. 117, 118. — 3. Nous rappelons qu'on s'est demandé s'il y avait vraiment deu.x portes, une au Perron, l'autre à la place Saint-Pierre.

Rue du Perron, place du Puits-Saint-Pierre, rue des Chanoines. (Archives. Anciens plans.) (p. 261

SECONDK PARTIE Saint-Pierre.

AC.ISTRALEMENT A. Rilliet a démontré que la célèbre homélie d'Avitus, « prononcée à Genève pour la dédicace dune basilique que l'ennemi avait incendiée », ne se rapportait pas à la cathédrale de Saint-Pierre ' ; et depuis lors on ne sait rien d'absolument authentique sur les origines de cette église. Y eut-il, sur son emplacement, d'abord un lieu de culte gaulois? Sans doute il y eut au moins un lieu de culte païen, consacré à Jupiter, à Mars, à Mercure, à Apollon (Page 264) ou à quelque autre divinité. — Puis furent bâtis des sanctuaires chrétiens. On trouvera dans l'étude du D' Gosse - les discussions relatives aux églises de Gondebaud et de Gontran, petit-fils de Clovis. Enfin, vers le milieu du dixième siècle, l'église dernière fut commencée. Dès l'an 1000, elle paraît avoir servi aux exercices du culte. C'est alors que les évêques auraient laissé Saint-Victor aux moines de Cluny (jusque-là Saint-N'ictor avait été l'église principale de Genève); ils cessèrent d'y être inhumés, et ils transférèrent à l'église nouvelle le titre de Sainte-Croix et les droits de la cathédrale ^ — La construction continua pendant trois cents ans, aidée par la confrérie de l'œuvre de Saiiii-Pierre ', encouragée par les papes. A la fin du treizième siècle, la cathédrale était terminée, sauf peut-être le couronnement des tours. Commencée en pleine période du style

I. M. D. G., XVI, p. 39. — Voir toutefois II. Denkinger : Alciiiiiis Ecdiciiis Avitiis, archevOquc de Vienne, et la destruction de l'arianisme en Gaule, 1890, p. 54, 55. — â. D' H.-J. Gosse, Contribution à feliide des édifices qui ont précédé r Eglise de Saint- Pierre-ès-liens à Genève. — Cette étude forme le fascicule III (1893) des publications de I' < Association pour la restauration de Saint-Pierre,» que nous allons désigner ainsi : Saint-Pierre. — 3. Cette opinion de Senebier (Essai sur Genève), acceptée par plusieurs auteurs et par M. Guillot, est contestée par Galiffc. (Voir plus haut, p. 166 et n. 2.) — 4. Optis gcbennense, l'œuvre de Genève, c'est-à-dire la fondation destinée à l'achtvcmcnt et à l'entretien de la cathédrale. — Une charte de 1191 parle de lagagerie d'une maison de bois à l'œuvre de Genève {liguea donnis operi gebtnn.). M. D. G., II^-, p. 46, 47, n. 4. — En 1208, l'évéque Bernard Chabert donne les revenus des églises et prébendes vacantes dans le diocèse, pendant la première année à dater du jour où il y aura été pourvu, aux i>rétres et clercs du chœur de l'Eglise de Genève, autres que les chanoines, et operi eccUsie B. Pétri gebennensis, quoiisi/ue ipsuni opus... consiininiatuin fueril, Ibid., IVi>, p. 16, 91, n. 23. — Voir R. G.

roman, achevée en pleine période du style gothique, c'était naturellement un édifice de transition.

Mais immédiatement s'ouvre l'interminable série des destructions et des reconstructions partielles. Le 16 août 1291, Amédée, comte de Genevois, assiège Genève, fait mettre le feu à la ville. Le feu gagna la cathédrale. Le lendemain, « le comte dressa, disent les chanoines, dans son château, une immense machine contre la cathédrale, et lança ainsi plusieurs grosses pierres qui détruisirent les parties supérieures de cet édifice '. » Les dégâts n'étaient pas encore réparés dix ans plus tard, et l'argent manquait. Cependant, le sol de l'église fut dallé en i3oi.

Le quatorzième siècle apporta ses luttes et ses dégâts nouveaux. Déjà les patriotes avaient fondé l'abbaye de Saint-Pierre, leur confrérie militaire, et s'étaient donné des magistrats, des syndics. Pour soutenir leurs prétentions, en 1288, ils avaient occupé la cathédrale, en avaient chassé prêtres et chanoines, et s'y étaient établis comme dans une citadelle, dont ils avaient fortifié les abords. Ils ne la rendirent qu'en ^ , I2Q0. — En i3o7, ils recommencèrent. De l'église et

l-a figure dite d Apollon -. . .

(Saint-Pierre, iiJ fascicule, p. 18). ^^ Sommet de la coUine, ils firent de nouveau une

Chapelle du transept sud avant place forte, fermèrent la porte de la place Saint-

sa restauration, 18S5-1886. Pierre, et restèrent ainsi campés deux ans. En réa-

lite, ce tut 1 eveque qui capitula, et reconnut les procureurs ou syndics de la cité''. — Ces procédés étaient avantageux pour la liberté. Mais pour l'architecture de la cathédrale ?

« Son histoire, au quatorzième et au quinzième siècles, dit Blavignac, ne se compose presque que de celle des désastres qu'elle a éprouvés ^ » — Si elle échappe au grand incendie du 18 mars i32i, qui détruit tout le quartier près du lac, elle est presque ruinée par l'incendie du 4 septembre i334, qui, parti de l'église Saint-Germain, ravagea le cloître, le palais épiscopal, et ne s'arrêta qu'après avoir presque anéanti réglise de la Madeleine. Les deux tiers de la ville étaient en cendres.

En 1349, quinze ans plus tard, nouvel incendie. La cathédrale est dans un si pitoyable état que chanoines et papes parlent d'une ruine imminente.

1. R. G., N" 1349. — 2, M. D. G., XX, p. 536, et ss. — La face ronde et réjouie qui se trouve entre le chœur et la tour du Midi, dans la rue Farci, n'est pas une tête d'Apollon, mais une simple fantaisie de l'artiste qui la sculpta non sur une pierre neuve, mais sur un chapiteau de colonne du douzième siècle (Guillot, Sailli- Pierre, Fascicule I, p. 22), ou du dixième siècle (David Art, La chapelle cl le mausolée du Duc Henri de lio/iau, Ibid., Fascicule II, p. 19), ou plus ancien encore, dit le D^ Gosse [Ibid., Fascicule III, p. 69). — :i. 1634, R. G., n. — . - 4. M. D. G., VI, p. 102.

Saint-Pierre et ses tours avant la dernière restauration, (p. 266.)

JBAN CALVIN III

En 1407, l'évêque de Genève, Guillaume de Lornay, fit placer dans la tour du nord la fameuse Clémence (don du pape Clément VII). Mais la cloche n'écarta pas les incendies : celui du 21 mai 1430, parti d'une grange des bords du lac et poussé par un violent vent du nord\ consuma de nouveau l'église de la Madeleine, les maisons voisines et la cathédrale; du moins la tour du midi, gravement endomma<^ée, perdit avec son couronnement deux cloches ; la tour du milieu, dite l'Aiguillette, avec ses cloches, s'eflFondra, ainsi que la tourelle qui surmontait la façade de l'entrée, et oti se trouvait l'horloge « sonnant les heures. » — Onze ans plus tard (janv. 1441), le mur septentrional s'écroula sur la salle du cloître où les chanoines avaient coutume de s'assembler. La cathédrale était un amas de pierres calcinées. — 11 fallut un siècle de réparations.

En 144g, à propos d'un jubilé universel, Amédée VIII, ex-duc de Savoie, ancien pape et bientôt évêque, en ce moment légat, fit l'ouverture solennelle de la cathédrale, restaurée en partie. Tenant un marteau d'or à la main, il frappa les trois coups sacramentels contre la porte murée. On rompit la maçonnerie, et l'auguste cortège entra sous les voûtes en chantant un Te Deum.

Le travail de restauration le plus considérable, et entrepris le dernier, fut, à partir de i5o5, le revêtement en pierres de roche de la tour du midi, qui menaçait ruine. Le Chapitre y fit graver à profusion ses armoiries, les deux clefs en sautoir, et la tour brilla blanche, plus blanche encore que de nos jours, tandis que la tour du nord restait avec ses vieilles molasses noircies par le temps -.

C'est au milieu de ces constructions plus ou moins achevées, et de ces réparations plus ou moins provisoires, que la cathédrale de Saint-Pierre prit, grâce à ses tours, la silhouette qui la caractérisa au seizième siècle et qui a disparu seulement avec la dernière restauration, celle qui a commencé en 1889. — Le troisième fascicule de l'Association de restauration dit : « C'est probablement au quinzième siècle, qu'à la suite des dégradations causées par les injures du temps ou des hommes, la main prévoyante des chanoines avait placé sur les imposantes tours de notre cathédrale les lourds capuchons que nous connaissons Ce provisoire-là a duré près de cinq siècles. Dépourvus de tout caractère

artistique, les toits de nos vieilles tours étaient cependant un des traits de la

physionomie de la vieille Genève « Beaucoup de Genevois, dit M. Ed. Sarasin,

» aiment ces trois clochers à l'aspect un peu rébarbatif, ces grands toits capu- » chons dans leur austère rudesse, qui leur rappellent certains traits de notre » caractère national, qui sont en train de disparaître ^ » {Page 265.)

Entre les deux tours était la tourelle, disgracieuse, qui, après les dégâts de 1430, remplaça une flèche (peut-être jamais terminée) en charpente recouverte de plomb et de cuivre, et que sa forme élancée avait fait surnommer ï Aiguille.

Nous n'avons pas ici à apprécier la restauration actuelle, si savamment dirigée par M. l'architecte L. Viollier, si intelligemment exposée et défendue par lui dans ses diverses communications. Mais, cherchant à faire revivre la Genève

\. Flournois, Extraits (Grenus). — 2. Ces détails et ces dates sont cmprunti-cs à Saint- Pierre, Fascicule I, p. 30-42, et p. 63. — 3. Ibid., Fascicule III, p. vi, vu.

LA VILLE HAUTE

îôy

du seizième siècle, nous nous en tenons naturellement à la cathédrale de cette ^ époque. b-

Elle parut achevée en i53o. Or, à v ce moment, un incendie d une autre Al nature couvait, c'était la Réformation, ^ et ce qui allait être dévoré, ce n'était pas un sanctuaire, môme une cathédrale, c'était réglise catholique ellemême.

Place de Saint-Pierre. {Archives. Anciens plans.

ent

En pénétrant par la porte de la rue qui vient du Perron, la seule accessible aux gens à cheval, nous nous trouvons sur la place de Saint-Pierre (dite cour de Saint-Pierre, à partir du dixseptième siècle) ', pas ouverte comme aujourd'hui, mais fermée de tous côtés. Ce serait en i3o7-i3o9, pendant cjuc les citoyens s'étaient ici barricadés, que,

d'après Bonivard, aurait eu lieu cette clôture. Alors aurait été faite « la porte au-dessus du Perron , comme l'on veoit encores maintenant [vers 1546; -. « (Nous donnons plus loin, en culde-lampe, le dessin de Diodati.) Faisons le tour par la droite, en suivant nos plans. Nous ne trouvons, entre les maisons continues, que deux passages, le premier un peu plus large, le second un peu plus étroit, l'un avant la halle, montant au bout ^"--^w- de la rue du Soleil-Levant, l'autre après la halle, montant à

I. (.ajiffc, p. 176. - i. C/iroiii'/ties . Liv. I, ch. 111. (iJ. l'ick, 1, p. A2. — Cette arcade a fié diîmolie en 1707 ou 1708. M D. G., Ulavignac. VI, p. 190. et n. 6.-

é^izo

Place de Saint-Pierre. {Archives. Anciens plans.

LA VILLE

la Taconnerie. Sauf ces escaliers, pas d'autre ouverture jusque derrière l'abside, où les degrés de Poule {Page 269) ont été établis en i554 *, et plus loin encore, du côté nord, jusqu'au passage raide fermé par une arcade, dit des Barrières.

Nulle part des arbres : les six premiers ont été plantés en i566^.

Et non seulement la place est fermée, mais elle est pleine, presque encombrée d'échoppes {banc h œ) louées par le Chapitre et destinées surtout à la vente des objets religieux, chapelets, madones, comme à Einsiedeln, à Lourdes. Même sur le côté méridional de l'église, le seul qui fût dégagé, il y avait des trous ^, qui servaient, les jours de foire, à planter des perches et à construire des boutiques volantes '*. — 'î^^ Mais, à côté des bancs de marchands, il y avait, dit Bonivard , a certaines logetes de bois qui servoient de hanches pour les greffiers, procureurs et gens de plume. » II faut se rappeler, en effet, que, si le cloître avait servi aux chanoines « tandis qu'ilz demenoient vie monastique, » il avait été abandonné par eux, quand ils s'installèrent plus commodément aux environs, surtout rue des Chanoines, de telle sorte que le dit cloître ne servait plus que « pour tenir les causes de l'official et assembler le Conseil général^. » L'official, c'était le tribunal: autour se groupait tout ce qui vivait de procès, tous les hommes d'affaires —

Place de Saint-Pierre. {Archives. Anciens plans

I. •■ D'ung passaige devant l'hospital contre .S. Pierre. — Icy est esté parlé que ung temps fust que par les chosaulx [petites maisons, ou terrain sur lequel elles sont], que l'on a acquys du Sgr de Couldrée, avoit un passaige pour aller contre S. Pierre, et que bon seroit le y faire. Arresté que l'on le y face faire. » 25 septembre 1554. Registres du Conseil, Vol. 48, f. 124. — 2. Galiffe, p. 177. — 3. « Il me reste à dire un mot des trous qu'on aperçoit sur tous les contreforts de la cathédrale; ils sont placés à la hauteur d'environ trois pieds, dans les pierres de roche qui revêtent le parement de la muraille. Cette uniformité annonce un but particulier, et l'histoire nous fait connaître ce but : ces trous étaient faits pour former les boutiques qu'on y dressait pendant les foires et les séparer-de la rue. Le Chapitre louait alors ces places à un prix fort haut. » Sencbier. — 4. Les échoppes de marchands furent supprimées en novembre 1536. Galiffe, p. 177. — 5. Bonivard, Liv. I, ch. m. — Bonivard dit que ces bancs aussi furent « desrochés. > On en éleva cependant plus tard quelques autres, mais pour des libraires, car c'était devenu le quartier des études, comme nous verrons. Le 23 janvier 1551, Nycod Du Chesne requiert le Conseil < luy bailler à loage ung bas de mayson, là où l'on soloit tenir la banche du procureur fiscal vers S< Pierre. > Et six mois plus tard, il requiert encore le Conseil de lui louer l'emplacement nécessaire pour dresser une < échoppe > de vingt pieds de longueur, sans doute devant son logis. (30 juin 1551. Voir Cartier, Arrêts du Conseil de Genève, p. 95, n. 7 et p. 96, n. i). Ce Du Chesne, qui fit un peu de tout, libraire, relieur, garde du clocher et du « reloge » de Saint-Pierre, et finalement traître, fut exécuté à Champel, le 15 août 1557. (Gautier, IV, p. 84, et ss.)

LA VILLE HAUTE

La foire et la basoche, voilà ce qui entourait, symbole deux fois éloquent, le sanctuaire.

Ne comprenons-nous pas toujours mieux les colères, les violences de nos premiers Réformateurs? Cette foire et cette basoche, tout ce passé — alors encore présent — de corruption, de superstition, de spoliation, n'expliquet-il pas la genèse des sentiments qui firent quelquefois des hommes les plus pieux de terribles iconoclastes, précisément parce qu'ils étaient pieux, et, Ton serait tenté de dire, dans la mesure même où ils étaient pieux?

C'est en face de l'église que nous trouverons bientôt, succédant au Chantre, au Prévôt (le Chantre prenait rang immédiatement après le Prévôt, lequel venait immédiatement après l'évêque) \ et autres dignitaires ou fonctionnaires épiscopaux, les amisde Calvin, Laurent de Normandie, le marquis de Vico, le musicien Louis Bourgeois, Guillaume de Trie, le ministre de la nation italienne-, et bien d'autres.

Pour le moment, appru-

, , , 1/11 Les degrés de l'oulc idaprcs croquis), (p. 20S.)

chons-nous de la cathédrale

dont la vieille façade nous a été conservée par deux gravures, celle de Diodati, en 1675 iPagc 270), et celle de (îardelle, en 1735 {Pcige 277). — En avant de l'escalier est une colonne, surmontée d'une croix, et cette croix disparut sans doute avec toutes les autres à la suite de l'orage qui s'abattit sur la cathédrale, le 10 août i55G. A cette occasion, les Registres nous ilfront un de leurs plus curieux procès-verbaux.

I. (ialiffc, p. 243. — i. 16 août 1557: « Monsg' le marquis [de Vico], au nom de la nation ytalliennc, > demande qu'on laisse « à leur moderne ministre [il a plu à Dieu de rappeler le pr(îc<!dcnt| la dite mayson assise en la place Sainl-I'icrre. » Le Conseil y consent, « jusques à nostrc bon vouloir, dit-il, et nostrc bon playsir sera ». Regisirts du Conseil, Vol. 53, f. 286. Annales, p. 673.

Le Conseil délibérait. Tout à coup, le guet Baptista « a hurté à la porte, annonçant que le feu estoit en la pointe du clocher S. Pierre : par quoy promptement chascun s'est levé pour aller au secours. « Le secrétaire se précipite avec les autres conseillers, et puis il revient raconter, coucher sur la page de son

La cathédrale de Saint-Pierre en 1670.

Veue du Frontispice tlu Tcm|)lc de Sainct-Pierre, et le circuit de la place, où est représenté un convoy

de nopces. (F. Diodati fecit en 1670.) Gravure de 1675. (p. 269.)

procès-verbal, ce (]u"il a vu « occulairement », ce qui! a lui-même « visité. « Il écrit : 0 p]stans faitz grandz tonerres, la foudre a frappé sur le pomeau de cuyvre doi^é d'or, estant dessoulz la croix du clochier pointu de S. Pierre; lequel pomeau, elle a percé de part en part, faisant ung pertuys rond de la grosseur de deux doigs, et de là est entré dedans le clochier ; an [en] après avoir quelque temps fumé, la flamme en est sortie, et a bruslé depuis la pointe jusques à la cloche du Reloge, tellement que la dicte croix est tumbée sur le toit de la crotte de S. Pierre et a percé le dit toit sans touteffois percer la crotte. » Pendant ce temps une douzaine de compagnons étaient dans le clocher, menacés d'être brûlés vifs, « tellement que Dieu est à remercier qu'un tel dangier ne se soit estendu plus loing. » N'y avait-il pas même de la poudre dans la chapelle du cardinal de Brogny ? Mais elle « a esté subitement transporté en la maison de ville. » Quant au feu, « on a employé grande quantité de vin pour l'esteindre ; l'eau n'y a pas fally, grâces à Dieu, veu mesmes que pendant le dit [orage] il n'a pas cesse de plouvir fort. » Lt l'honorable secrétaire, tout ému, se laisse aller à ses réflexions. « De sorte qu'en tout tel accident nous povons recueillir une grande bonté de Dieu, de nous avoir si gratieusement visités, veu que c'estoit honte que telle croix, comme marque ou enseigne de la diablerie papale, fut là laissée. » Enfin, le procès-verbal se termine par un vrai cantique, par un vrai psaume. Il s'agit de s'hum.ilier, de reconnaître la main forte du Seigneur, de détourner son ire, afin que Dieu nous reçoive « à sa miséricorde, et préserve par

LA VILLE Haute

sa bénignité, à son honneur et gloire, à avancement de son église et de ceste pauvre cité et république, et à la confusion de ses ennemys meschant, envieux, et qui de ses verges se moqueront ou en auront réjouissance '. »

La croix enlevée, il restait la colonne (que l'on voit encore sur le dessin de Diodati). Le 7 octobre 1687, le seigneur syndic fît observer que cette colonne ne servait 0 à rien » ; et qu'en faisant « réparer les degrés et perron de la grande porte du temple, » il serait à propos » de [la] faire oster. » Le Conseil dit de la laisser o subsister quant à présent ". » Mais, une quinzaine de jours plus tard, la colonne fut de nouveau déclarée « inutile » et gênante : « elle empesche qu'on ne puisse passer la placée » Et, enfin, le 3i octobre, le Conseil, « rentré après les feries [vacances] des vendanges, » et, après avoir encore délibéré, décide de « faire oster » le vieux monument ''.

La cathédrale elle-même se trouve flanquée, à gauche et à droite, de deux bâtiments très différents d'aspect, mais fort célèbres l'un et l'autre.

A gauche, c'est le cloître, qui n'a rien de spécialement artistique ^. Sa porte cochère, sur la cour (on l'aperçoit sur la gravure de Diodati), est fort simple. En dedans, il y a une grande salle pour les séances des chanoines, un cloître proprement dit pour leurs promenades, une chapelle, des appartements et un cimetière. On voit encore, sur la façade latérale nord de la cathédrale, les restes d'une porte, à laquelle on arrivait par quelques marches, et qui permettait aux chanoines de communiquer directement avec l'église. {Page 272.)

Peu à peu, ici comme partout, la règle se relâcha. Les chanoines abandonnèrent le cloître pour avoir des demeures plus spacieuses et plus confortables. Le cloître ne fut plus qu'un lieu de réunion : réunions ecclésiastiques et réunions politiques. C'était ici que le peuple s'assemblait en Conseil général. A l'ouverture de chaque séance d'automne, tous les assistants, syndics en tête, se jetaient à genoux et récitaient un Pater Noster, et un Ai>e Maria pour le salut d'un bourgeois, qui avait fait un legs à la ville, Jaquemet Dupont. Cette cérémonie, soigneusement mentionnée dans les procès-verbaux d'automne, fut accomplie pour la dernière fois le i5 novembre i534. Dès l'année suivante, on y substitua l'oraison dominicale en langue vulgaire *".

Au cloître aussi se réunit le Conseil ordinaire, jusqu'à ce que, pour celui-ci, fut construite la Maison de ville. (Voir plus loin.) C'est donc dans ce cloître que se sont passés plusieurs des événements les plus décisifs de l'histoire de Genève: le 2() février 1420, refus de céder à Amédée VIII la suzeraineté de la

I. Registres du Conseil, Vol. 52, f. 255V, 256. — Roset, Oironiqties, p. 387, 388. — «. 7 octobre 1687. Registres du Conseil, Vol. 187, f. 197. — .t. 26 octobre 16S7. Ibid., f. 2o6v. — 4. Ibid., f. 2o8>'. — 0. Il a été reconstruit après l'incendie de 1334, et date par conséquent du quatorzième siècle. - (>. 15 novembre 1534. — 14 novembre 1535. Flournois, Extraits.

LA VILLE

ville; — 10 décembre i525 ', en présence du duc Charles III et des hallebardes de ses soldats, en présence du tyran qui faisait régner la terreur, qui avait fait assassiner Navis, Blanchet, Philibert Berthelier, Ami Lévrier, réunion du Conseil des Hallebardes, où les mamelus reconnurent le protectorat de la

Savoie. Et le duc part (12 décembre '0, croyant qu'enfin son rêve obstiné est réalisé, qu'il est maître de la ville : aucun duc de Savoie ne devait plus y mettre les pieds! — 25 février i526, ratification du traité de combourgeoisie avec Berne et Fribourg, apporté par Bezanson Hugues; — 21 mai i536, acceptation de la Réformation : le premier syndic, Cl. Savoye, demande à haute voix s'il y a quelqu'un qui sache et veuille dire quelque chose contre la parole et la doctrine prêchée dans cette ville, si tous ne veulent pas vivre selon l'Evangile et la parole de Dieu ? Sur quoi « sans point d'aultre voix qu'une mesme, est esté généralement arresté, et par élévation des mains en l'air, conclud et à Dieu promys et juré que très tous, unanimement, a l'aide de Dieu, volons vivre en ceste saincte lox évangellicque et parolle de Dieu '*. »

Puis, le 4 février i537, le Conseil général se transporta «dedans l'esglise S. Pierre, les sindicques et Conseil assys à la porte du cœur, où soloit [avait coutume d'] estre les chapelles S* Croix et S^ Catherine. » Cependant l'innovation ne réussit pas immédiatement. Le dimanche 3 février i538, « le Conseil général a esté tenu en la cloistre S. Pierre, ainsy changé de l'esglise en la cloistre pour ce que l'on ne oyt [entend j pas bien dedans S. Pierre; » mais on revint bientôt à Saint-Pierre, et le Conseil général ne cessa plus de s'y tenir jusqu'en 1798 '^ » C'est dans le cloître que se réunirent le fameux Consistoire et la Compagnie des pasteurs. — En 1549 (^5 nov.), le Consistoire trouva son local « tant froyt » qu'il fit demander la permission de se réunir « aux poylle de la mayson de la ville. » En effet, on lui prêta « la place du petit ou grand poyellies de la mayson de la ville, » et pendant ce temps MM""' firent « acoustrer le d' lieu du d' consistoyre pour le faire plus chaud et commode affin que l'on il [y] puisse demeurer". » Et pour longtemps le Consistoire revint à côte du temple, le Consistoire, où l'on veillait sur la morale, à côté du temple, où l'on prêchait la foi.

Mais, en 171 1, une partie delà voûte de Saint-Pierre menaça ruine, risquant

Face extérieure des basses voûtes de Saint Pierre du côté du sud-*, (p. 271.)

I. Journal ilii syndic Bâtard, M. D. G., X, p. 28. — 2. Ibid., p. 30. — ;i. Dessin pris dans un volume qui porte ce titre : « Plans des places des temples de Saint-Germain et de l'Auditoire avec divers plans de l'intérieur et de l'extérieur du temple de Saint-Pierre, n. 5. » Conseil administratif. — 4. Jean Calvin, II, p. 147- — fi- Alhum de la Suisse romane, IV, 1846, p. 49, 50. . Le temple de Saint-Pierre, » par Ed. Mallct. — 0. JReffisIres du Conseil, Vol. 44, f. 273.

LA VILLE HAUTE 273

d'écraser la salle du cloître, où se réunissait le Consistoire. Celui-ci pria le Conseil de ne pas trouver mauvais s'il « s'assembloit dans l'auditoire de philosophie, » alors installé à la chapelle des Macchabées. Le Conseil crut l'occasion bonne de se moquer un peu du vénérable Consistoire. Il déclara qu'il allait faire examiner l'état des voûtes. Kn attendant, il faisait savoir « à la d. compagnie qu'il n'y a pas le danger qu'elle croit, » et la rassurait « contre la peur qu'elle se donne, et qu'elle causerait à tout le peuple, en abandonnant sa chambre ordinaire ; que cependant si on ne peut rassurer les d. spectables pasteurs, qu'on n'empêche qu'ils s'assemblent dans l'auditoire de philosophie'.» — Mais les membres laïques du Consistoire n'étaient pas moins inquiets que les membres ecclésiastiques. Les avis se multipliaient. Le 22 août 171 1, deux anciens déclarèrent que « le vénérable consistoire se faisoit beaucoup de peine de s'assembler dans ce lieu, et qu'il prioit le Conseil de lui en assigner un autre. » Le Conseil, toujours un peu goguenard, répète qu'il fera faire une enquête, mais que « si les d. spectables pasteurs sont toujours dans l'apréhension, la vener. compagnie et le ven. consistoire pourront s'assembler dans une des chambres de l'hôpital". » — Les membres du Consistoire vont visiter la chambre, mais ils ne la trouvent pas « propre, parce qu'on pouvoit être ouï dès le dehors. » Le Conseil, au lieu d'indiquer une autre chambre, décide de « voir quelle précaution on peut prendre pour empêcher qu'on ne soit ouï dès le dehors \ » Et le Consistoire dut y rester jusqu'en 17 14. Cette année-là, le 11 avril, il envoie une députation au Conseil. Décidément, la salle de l'hôpital est sujette à trop d'inconvénients et d'incommodités : « On ne s'y entend pas opiner ; elle n'est point secrète ; le plancher en est mal assuré et il n'y a d'autre antichambre qu'un réfectoire, ce qui est fort contraire à la bienséance \ » Les pasteurs demandent qu'on les installe « sur la petite haie de la Tacconnerie. » Mais le Conseil ne se presse pas. La halle de la Taconnerie ne lui convient pas ; il faut réfléchir. On pourrait réparer le temple de Saint-Pierre ^ — La Chambre des comptes étudie la question, 7 août 1714". Elle se transporte à l'arsenal, et finalement elle trouve que ce qu'il y a de mieux, c'est encore le projet du Consistoire lui-même, et son installation à la « haie de la Tacconnerie". » Et le 19 mars 1715, les ordres sont donnés. Le bâtiment doit être livré « prest à couvrir, au premier septembre prochain pour le plus tard"*. » Et c'est dans ce local que le Consistoire est resté jusqu'à sa dernière installation au-dessus du temple de l'Auditoire, en 1874.

C'est en 1721 que le cloître fut vendu à Gédéon Mallct. Le 17 septembre, le Conseil décide qu'il ne sera bâti qu'une seule maison avec celle du cloître vendue à Gédéon Mallet et les maisons voisines qui sont petites et assez caduques. Le seigneur Mallet consent à ce plan, et le Conseil prend les mesures pour la réalisation de '( cet embellissement très avantageux ''. »

1. Registres du Conseil Vol. 210, p. 350, 35'- - i- !b'<'-< Vol. 210, p. 361. - .'l. Ibid., p. 364. - »• /*'>/•. Vol. 213, p. 129 et 205. - 5. 24 avril et i8 juin. Md., Vol. 213, p. -43 et 210. - fi. Registres de la Chambre des comptes, Vol. 12, p. 60. - 7. 22 décembre 1714. Ibid., p. 76. - «• /*'-'•. P- 8'- - "■ 9 août, u septembre 1721. Registres dit Conseil, Vol. 220, p. 363, 436.

JEAN CALVIK III

Th. de Bèze avait été inhumé dans le cloître. Après lui, pendant le dix-septième siècle, furent aussi inhumés là les syndics, les membres du Petit Conseil, les ministres, Michel Roset, Agrippa d'Aubigné. - Le monument de celui-ci a été transporté dans le temple *.

De l'autre côté de la cathédrale, au midi, et sur l'alignement de la façade de l'éMise, se trouve la chapelle des Macchabées, aussi riche, architecturalement, que le' cloître est simple; au-dessous de la fenêtre, qui donne sur la cour Saint-Pierre, se trouvait Tctalon de fer de l'aune de Genève, scellé dans le mur: les marchands venaient y vérifier leurs mesures ^ — La chapelle avait été construite, en 1406, sous le vocable de la vierge Marie, et on ne sait trop pourquoi elle prit le nom des Macchabées. Elle était somptueusement dotée : un archiprètre et douze prêtres la desservaient. Son fondateur était le célèbre Jean de Brogny, cardinal d'Ostie ^ sur les origines duquel on a tant discuté.

Commença-t-il par être porcher dans son enfance ? Blavignac dit : « Suivant les indications de M. le curé Besson (Mémoires, etc.), j'ai retrouvé dans le temple de Jussy des fragments des stalles qui, selon la tradition, provenaient des Macchabées, et sur l'un desquels on voit, sous un chêne, un jeune homme gardant des pourceaux'*. {Page 2j5.) Cet humble souvenir de ses premières années fut reproduit par Jean de Brogny dans plusieurs parties de la chapelle"'; dans l'encoignure de l'angle occidental, le même sujet se retrouve; cette sculpture, que, vu son importance historique, j'ai étudiée avec le plus grand soin, offre, quoique fruste et à moitié mutilée, la silhouette du porcher, quelques branches d'arbre et trois ou quatre petits cochons'^. «

1. M. D. G., XVII, p. 198. — « La rue [actuelle] du cloître représenterait à peu près l'une des galeries latérales, et la galerie postérieure de l'ancien cloître ; la seconde galerie latérale serait figurée par la partie de la rue de l'EvJché, comprise entre la rue des Barrières et la cour de Saint-Pierre; l'emplacement de la galerie antérieure, enfin, serait pris sur la façade de la maison de Stoutz, cet immeuble représentant la cour intérieure du cloître. » Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie, I, p. 351. Jaques Mayor : « Fragments d'archéologie genevoise. > — 2. « On voit à présent [il y est encore] au-dessous de la fenêtre de la Chapelle des Macchabées, à côté du grand portail, l'étalon en fer de l'aune de Genève, qui est scellé dans le mur. C'était sans doute l'aune qui devait servir à vérifier celle des marchands qui vendaient pendant les foires. On sait de mCme qu'en 1390 la mesure du bled était attachée au devant de la cathédrale. > Senebicr. — 3. En tCte de l'ouvrage de l'abbé Crozet-Mouchet, Jean Alarmet de Brogny, 1847, se trouve un portrait du cardinal. Mais quelle est la garantie de sa ressemblance? Voir M. D. G., Blavignac, VIII, p. 17. Ed. Mallet (Album de la Suisse romande, II, 1844, le cardinal de Brogny et la chapelle des Macchabées, p. 177 et ss.) dit que le seul portrait authentique du cardinal se trouve sur l'un des quatre tableaux du retable dont nous avons parlé. « Brogni est en costume de prélat, la mitre en tête, l'anneau pastoral au doigt, le chapeau de cardinal derrière lui. > — 4. Cette dernière, la seule qui existe, « sera moulée et déposée au musée des antiquités. > M. D. G., VIII, p. 17. C'est le dessin pris par Blavignac que nous reproduisons. — S. « Brogni, au milieu de la gloire et des richesses, n'oublia point son ancien état; il fit graver sur les sièges de la chairelle des Macchabées un jeune homme qui conduisait un cochon ; on les voyait encore dans la chapelle en 1670. Ce monument subsiste toujours dans notre bibliothèque, où il honorera l'humilité et la vertu du cardinal, qui avait fait graver les mêmes figures sur la maison qu'il a habitée à Genève, en 1418. > Senebier. — 0. RI. D. G., IV, p. 103, n. i.

LA VILLE HAUTE

Bas-relief Brogny. Bas-relief des stalles de Jussy.

(M. D. G.,YIII,pl. 4) (P- 274.)

N'est-ce pas tout simplement limage de l'enfant prodigue r demande GalifFe, qui rejette cette tradition '. — D'après une autre, arrivé à Genève, le futur cardinal n'aurait pas eu de souliers, et un cordonnier lui en aurait donné une paire, en lui disant : « Vous me les payerez quand vous serez évèque. » — En conséquence, Jean de Brogny aurait fait sculpter des sabots à la grande fenêtre de sa chapelle. Mais, vérification faite, les prétendus sabots se sont trouvés de belles feuilles repliées et parfaitement reconnaissables -.

De l'ancienne ornementation de la chapelle , il reste au moins deux souvenirs authentiques: 1° les portes du retable d'autel ■', sur chacune des faces duquel sont deux tableaux, précieux, l'un du moins, pour ses renseignements relatifs aux bords du lac, du côté de Rive, car c'est là que se passe la scène miraculeuse, peinte par l'artiste'* (Page 181); et 2° la porte, servant actuellement à la sacristie de la cathédrale, et qui servait autrefois à l'escalier de la salle capitulaire. « C'est un magnifique spécimen de l'art du forgeron au XV'"" siècle ". » [Page 276.)

Ce qui est certain, c'est que le cardinal d'Ostie incarna admirablement tous les abus de l'Eglise romaine, et symbolisa à merveille l'impuissance dans laquelle cette Eglise se trouvait de se réformer ellemême, et sa volonté bien arrêtée de ne pas se laisser réformer par qui que ce soit^ Le cardinal d'Ostie cumulait plus de quarante bénéfices '. On peut deviner ce qu'une telle monstruosité supposait de corruption, d'irrégularités, d'amour de l'argent et de dédain du pastorat et de la vie religieuse. Le cardinal d'Ostie présida le fameux concile de Constance, celui où s'accusa définitivement l'échec des grands conciles dits réformateurs. Et même c'est le cardinal d'Ostie qui, en sa qualité de président du concile, porte, officiellement dirons-nous, la responsabilité des supplices de Jean Huss et de Jérôme de Prague *. — En vérité, on

I. Galiffe, p. 231. — -2. Blavignac, M. D. O., VIII, p. iS. — 3. Il se trouve au Musée archéologique. — 4. M. D. G., Rigaud, IV, p. 42. — 5. Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie. J. Mayor, I, p. 97- « Découverte pendant les fouilles pratiquées en 1850 (M. D. G., Blavignac, VIII, p. 16), elle fut restaurée et aUribuée, en un moment où l'on ne songeait point à restaurer immédiatement les Macchabées, à la sacristie de Saint-Pierre. » — 6. Donnons cependant cet autre renseignement : « Etant évéque, Jean de Brogny voulait fonder une académie d'hommes doctes pour l'instruction des bonnes sciences, de quoi désirait avoir le consentement des citoyens ; ils s'y opposèrent, parce que, comme ignorants, ils avaient plus d'affection au trafic qu'au.x lettres, et craignans qu'à l'exemple des autres lieu.x, où étaient instituées des académies, ils n'eussent à souffrir beaucoup d'insolences de leurs écoles. . De La Corbitre (copie Bourrit) - Pictet de Sergy (Genève, II, p. 20) donne de cette opposition un motif plus noble et plus vraisemblable: . Le cardinal de Brogny voulut y fonder une Université, soit Grand Collège. L'instinct d'indépendance des Genevois leur fit repousser une création qui les inquiétait, comme ils l'avaient déjà refu.séc de la part du comte Amédée VI de Savoie et de l'empereur Charles IV, comme ils la refuseront encore, un siècle plus tard, du duc Chades III. . - 7. Galiffe, p. 230. - 8. Bonivard dit cependant qu'il passait pour «n'avoir pas en abomination Jehan IIusz, ne sa doctrine, qui fust bruslé à Constance. . (Liv. I, ch. ni.) Et Pictet de

LA VILLE

Porte de l'ancienne chapelle des Macchabées et de la sacristie actuelle de Saint-Pierre, (p. 275.)

liqiiL-, cl un <;rand ccusson où se voit cployccs ■. Le tout est enfin couronné

a bien fait de restaurer la chapelle des Macchabées; c'est le plus éloquent témoin à charge contre TEglise du moyen âge, et le plus éloquent témoin à décharge en faveur de l'Eglise calviniste '.

Revenons à la colonne et à la croix de la place Saint-Pierre.

Devant nous est la façade de la cathédrale, le long de laquelle règne une terrasse entourée d'une balustrade et avançant d'environ douze pieds sur la place. On y accède par un escalier semi-circulaire de douze marches, aboutissant au portail. {Page 277.)

Ce portail est en marbre blanc, sobre, avec une triple voussure ogivale, comprise dans un immense fronton très aigu. Le tympan triangulaire du fronton contient trois figures, dont celle du milieu représente le Christ. Au-dessus du fronton, une fenêtre trilobée correspond au corridor ou iriforiiim^ qui fait intérieurement le tour de l'église. Un peu plus haut, une grande fenêtre, donnant sur la voûte, a remplacé la belle rose détruite dans l'incendie de 1430.

Plus haut encore est le pignon, avec la statue de l'empereur Conrad le Sal'aigle impériale à double tête, les ailes par un clocheton qui contient l'horloge.

Seryy (Genève, II, p. 19, 24) ajoute: « Dans ce concile de Constance, où ses vertus brillèrent avec celles de quelques hommes de bien, au milieu des vices et des passions d'un clergé avili, Brogny se montra presque seul compatissant envers l'infortuné Jean Huss. Jean de Genève, dit le malheureux martyr dans les lettres (|ui nous sont parvenues de lui, cherchait à vaincre sa fermeté par tous les moyens que la charité chrétienne pouvait suf;tiérer à une âme noble et sensible.... Un panégyriste a dit: « On peut dire que, par le respect qu'il inspirait, il retarda de cent ans la Réformation. . (!)

I. lin 1542 (27 octobre), on autorise le ministre italien • de prescher à S' Pierre, en la chappelle du cardinal, pour ung peult de temps, et d'empuys pourra estre mys à S' Gervais. » (Registres du Conseil, Vol. 30, f. isr.) - lin 1545 (ij juillet), il y a des « munitions >. Calvin demande la permission pour les ministres d'y tenir leurs congrégations. « Arresté de visité à cause de la monition, et, en après, si le lieu est comode leurs .soyt bailler. . (Ibid.. Vol. 40, f. 178.) - lin 1547, on en fait un grenier à blé, et le 24 jan

LA VILLE HAUTE

— Cette partie de la façade s'élève entre deux éperons ou contreforts, larges de plus d'un mètre et saillants d'un demi-mètre. Ils se terminent chacun par une tourelle, et dessinent à lextéricur la grande nef intérieurvj. A droite et à gauche

La cathédrale de Saint-Pierre, en 1735 (gravure de Robert (jardelle). i\>. 276.')

sont les deux parties beaucoup plus basses de la façade, avec une porte et un œil-de-b(cuf, (pii correspondent aux bas c(')tés '.

vier on décide d'y faire quatre tralaisons, soit planchers. — En 1556, on y installe un magasin de poudre (10 août). — En 1637, nous y rencontrons un dépôt de salpêtre. — En 1670, c'est l'auditoire de philosophie qui s'y trouve ; on perça la porte méridionale. Dix ans après, le perron postérieur fut construit. — Quelques classes du collège y furent transportées à la fin du di.K-huitième siècle, etc., etc. Blavignac, M. D. G., VI, p. MI. — En 1830, on proposait la démolition « de ce vieux monument à peu près insignifiant.» (Galifïc, p. 229, n. i.) — Nous-mêmes, nous avons suivi les cours de théologie dans la salle supérieure, au-dessous des voûtes : c'est de là que l'auditoire de théologie a été transi.orté en 1S72 dans les bâtiments actuels de l'Université. — i- Senebier, p. 34, 35.

I. En 1643, la façade penche ; en 1670, « il est à craindre que ce grand bâtiment, à la longue, amène une grande ruine. . A partir du 2 février 1749, (la décision est du i" février: . Dès demain, •) il est fermé au culte, et les projets de réparation les plus baroques se succèdent. Alors la cathédrale courut le plus grand péril. Le rapporteur de la commission fit le procès du style gothique : « 11 ne faut pas croire que les Goths aient connu des règles; tous les ouvrages de ce temps-là,... tout, annonce un manque de goût, un défaut

Saint-Pierre. Intérieur avant 1750. (Revers de l'ancienne façade. Dessin d'Alfieri (?), n. 8 du volume déjà cité, au Conseil administratif), (p. 279.)

de proportion, une ignorance ou un mépris des règles..,. » Finalement, on se contenta de la réparation qui mit l'église en l'état où elle est, avec sa façade corinthienne. Et, en pensant au désastre qui aurait pu tout détruire, on peut s'estimer heureu.x. L'église fut réouverte le 5 décembre 1756. Le carillon fut voté le 17 janvier 1750.

Saint-I'icrrc. IntOricur en 1836 (d'après la gravure et travail de concours pour la place de professeur de dessin de Durelli).

C'est le moment de pénétrer^dans rintérieur du sanctuaire {Page 278), sous la grande nef, environ six mètres plus longue qu'aujourd'hui Çt soutenue par douze pilierç.

LA VILLE

Un rapide regard suffit pour nous faire voir que deux arts ont contribué à sa construction : Ta^'rt roman a fait « les bas côtés, les piliers de la nef, avec leurs resplendissants chapiteaux, et la partie inférieure de l'abside : » Tart onthiquc a

Sriint-I'icrru, intérieur: les chapitcaus

fait « Tabside, les transepts, la partie supérieure de la nef, et les voûtes des bas côtés (sans com])tcr les deux grosses tours et l'aiguille centrale). » Mais les deux arts se sont fondus dans une harmonie merveilleuse et une impression de grandeur et d'austérité ne tarde pas à saisir le visiteur ^ (Pages 279, 280 et 281.)

Faut-il croire, avec Blavignac, qu'avant la Réforme l'impression était tout autre, et que l'église resplendissait de tous côtés des couleurs les plus riches et les plus vives ? qu'en particulier les bases des piliers étaient peintes en blanc, que le rouge formait, à peu d'exception près, le fond du reste de la décoration^, et que toutes les parties intérieures, les chapiteaux, les colonnes, les murs et les voûtes étaient peints'' ? Une étude plus récente et plus exacte a prouvé qu'on ne voit aujourd'hui dans tout l'édifice, les voûtes exceptées, aucune trace de badigeon ; qu'on ne retrouve dans les documents écrits aucun passage pouvant se rapporter à un lessivage général , ni au brossage et au raclage qu'il aurait nécessites ; que s'il est difficile d'examiner les chapiteaux des colonnes de la nef, il est facile d'examiner ceux du triforium et de l'étage supérieur ; or, ceux-là ne portent aucune trace pouvant faire présumer l'existence antérieure d'une peinture quelconque ou badigeon. Les angles délicats de ces chapiteaux en gris sont absolument nets, et tels que le ciseau du sculpteur les a laissés. En conséquence,

I. Louis Viollicr, architecte : «Communication sur les travaux, 9 mars if (.. IV .',1. Jbi</., IV, p. 114.

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