I.A VILLE HAUTE
n'ont pas l'air de s'occuper de malades. Les comptes de la Boite de Toutes-Ames ne mentionnent ni un médecin ni un remède. Et, en effet, « c'étaient des lieux de refuge pour les passants, pour les pauvres, qui n'avaient pas de domicile. En ce sens, Fétymologie du mot s'accordait mieux avec la réalité des choses. Vhôpital donnait V hospitalité. On ne s'occupait point encore d'y soulager l'humanité soutirante '. » — A Genève, jusqu'à la fin du quinzième siècle, les seules maisons où l'on reçut les malades, c'étaient les léproseries. « Mais ces malades étaient incurables; si on les enfermait, c'était pour les séquestrer et non pour les guérir. » Même l'hôpital des pestiférés semble dû à la même conception que la léproserie. Le médecin n'y apparaît que plus tard, vers 1490 ^ : pour la première fois, on y engagea un chirurgien qui devait y rester à demeure.
En réalité, les hr>pitaux étaient des dépôts de mendicité. La Réformation, préoccupée d'abolir la mendicité, fut ainsi conduite à la création de l'Iiôpital au sens moderne et d'un hôpital général. Cette nouvelle institution fut établie dans le couvent laissé vide par la sortie des Clarisses. Sans doute, on y réunit les mobiliers des petits hôpitaux vendus ou fermés, et on lui attribua l'ensemble des ressources existantes. Mais la plupart des anciennes redevances tombèrent, et il ne resta en définitive qu'une petite somme provenant de la vente de l'hôpital Saint-Bernard et quelques loyers de l'hôpital de la Madeleine. L'hôpital Bolomier, comme nous ra\ons dit, devint une dépendance du grand hôpital ^ — Comme c'était encore insuffisant, on prit en face, de l'autre côté de la place, les bâtiments qui servirent d'écuries, de remises et de grenier à foin. C'est à travers ces bâtiments, qu'en i554, comme nous l'avons vu, on ouvrit au public l'escalier des Degrés de Poule (anciennement de Poulaillcs)''.
Le projet de fonder à Genève un hôpital général remontait à i53i % quatre ans avant la Réformation. 27 mars i53i : « Qu'on les mette tous en un seul, pour secourir les pauvres, est-il dit. » Mais l'affaire n'est reprise que le 10 août i535. Un commissaire est nommé pour a inventorier les biens des couvents. « Puis, le 29 septembre, on décide de faire deux hôpitaux et non un, « l'un à Sainte-Claire (abandonné par les sœurs un mois avant) et l'autre au Pont du Rhône, pour les passants ". » Mais cette idée est modifiée. Il n'est plus question que de Sainte-Claire. Le 12 novembre, on choisit « l'hospitalier; » c'est le pieux Claude-Salomon Pasta « qui s'offre pour servir l'hôpital général de cette ville, et offre d'employer au dit hôpital sa femme et tous ses biens. Ce qui a été accepté, vu son zèle envers les pauvres, et même qu'il a déjà commencé de servir, avec dessein de laisser tous ses biens à l'hôpital érigé au couvent de Sainte-Claire. On arrête que le dit Claude-Salomon sera accepté pour hospitalier avec sa femme, et qu'on le proposera en Conseil général, qu'on élira aussi
I. M. U. G., III, p. 165. — 2. Ibicl., p. 166. — .•). Ibkl., III, p. 3(13. 4. Galiffc, p. 118. — L'hôpital oér\éral fut reconstruit de 1707 31712 (M. D. G-, VI, p. 2), et devint le Palais de justice après la construction du grand hôpital cantonal. ii. Odier-Cazenove, directeur de l'hôpital, Lhôpilat de Genève depuis son origine jusqu'en 1842. Recherches historiques, 1862. — fi. Flournois, Extfiiits (Grenus).
des commissaires pour faire les reconnaissances des biens des paroisses pour les appliquer à l'hôpital '. )>
Enfin, les décisions préparatoires du Petit Conseil et du Conseil des Deux- Cents sont apportées le 14 novembre i535 au Conseil général, au cloître de Saint-Pierre : « Toutes lesquelles choses ayant été ouïes et bien comprises par le peuple là présent, le Conseil ordinaire ayant opiné le premier, il a été dit, résolu et arrêté unanimement que le dit Hôpital avait été saintement érigé, que les autres hôpitaux lui ont été joints très prudemment, et qu'il n'avait pas été moins saintement arrêté et pourvu que tous les biens des églises, chapelles, paroisses, monastères, couvents, confréries et autres semblables, appliqués par nos prédécesseurs à des usages pies, dussent être appliqués à l'usage le plus pieux de tous, celui de l'hôpital des pauvres". » Salomon Pasta et sa femme sont acceptés pour « gouverner les pauvres, » et l'hôpital général de la Réformation est fondé.
Et, cependant, les Registres de cet hôpital, fondé le 14 novembre i535, « ne commencent (]ue le 28 janvier 1542, et il n'a été conservé dans les Archives aucun écrit qui remonte à une époque antérieure '. » — Pourquoi? Le voici.
Calvin revient en septembre iSqi. Le 20 novembre de la même année, les Ordonnances ecclésiastiques passent en Conseil général « sans contredicte », et, le 28 janvier 1542, s'ouvre le « Registre de l'hôpital, N° i . « Calvin avait tracé le programme en ces termes : « Il sera mestier de veiller diligemment que l'hospital commun soit bien entretenu, et que ce soit tant pour les malades que ineilles gens qui ne peuvent travailler, femmes veufves, enfans orphelins et aultres pouvres. Et toutesfoys qu'on tienne les mallades en ung corps de logys à part et séparé des aultres gens.... Il seroit bon aussi que tant pour les pouvres de l'hospital que pour ceulx de la ville qui n'ont pas de quoy s'ayder, que [il y ait ung médecin et ung chirurgien propre^ qui neantmoins practiquassent en la ville, mais cependent feussent tenuz d'avoir soing de l'hospital et visiter les aultres pouvres'*. » (Septembre et octobre 1541.)
Au moyen âge, il n'y a que des hospices ; à la Réformation, il y a des hôpitaux et des hospices : mais ils sont réunis. — Les temps modernes séparent les hôpitaux et les hospices. On sait combien il y a encore de progrès à faire dans cette voie de la séparation.
I. Flournois, Extraits (Grenus). — i. Archives. Nouveau recueil de règlements, '^° 1 8. Voir aussi Flournois, Extraits (Grenus). — :!. Odier-Cazenove, p. 12. — 4. Opéra, X', p. 23, 24. — « La 'direction de l'hôpital, ayant acquis en 1609 une maison et jardin joignant les Degrés-de-Poule, y fit construire des hangars et des greniers. La seigneurie, vu l'insuffisance des moyens de l'hôpital, consentit à payer 4000 florins [lour CCS réparations, 3 mai 1613. Puis, le 31 mars 1620, il est dit: « Sur la représentation que l'hôpital est ol)scur et fort incommode, la seigneurie consent que l'on convertisse les greniers récemment faits en chambres pour les malades. » Et dès lors, jusqu'en 1708, il y eut grand et petit hôpital. — Avant la construction de la nouvelle discipline, en 1709, la maison de correction était reléguée dans le petit hôpital (appelé aussi la Bertrande, du nom de la gouvernante), établi depuis le commencement du dix-septicmc siècle jusqu'au milieu du dix-huitième dans la maison au haut de la rue de la Fontaiiu;, où sont maintenant le liflcher et les écuries. • Odier-Cazenove, p. 52, 81, 82.
LA VILLE HALTE
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Quelques pas plus loin et sur remplacement occupé depuis lyôS par le temple luthérien, était lourdement assis le château de Coudrée, qui, d'après les plans et les vues du dix-huitième siècle, formait alors un immense corps de logis, flanqué d'une seule tour, laquelle se trouvait à l'anqle supérieur de la rue du Boule. xMais il avait été plus grand et plus fort autrefois. La vue de Chouet montre qu'en i655 le château avait ses quatre tours angulaires, et l'on sait d'autre part qu'il était jadis entouré de murs crénelés '. Les rues du Boule et Vcrdaine passaient donc, étroites, le long de ces tours et de ces murs*. — Et, sans doute, la face inférieure du château était isolée, comme les autres, des habitations, par un passage faisant suite à peu près à celui tiu Muret et de Monnetier ^
Ce château appartenait à l'ancienne et illustre famille d'Alinge, seigneurs de Coudrée, qui, au seizième siècle, avait embrassé la Réforme. François d'Alinge, connu sous le nom de M. de Montfort, mourut en i58i, laissant vingt-deux terres à partager entre ses trois fils. Le plus jeune, Antoine, dissipa son patrimoine et rentra dans le giron de l'Eglise. Pierre et Bernard, restés fidèles, habitèrent souvent leur château de la rue 'Verdaine (ils avaient aussi une propriété, hors la ville, au Pré-l'Evéque). Isaac, fils de Bernard, né en iSyS, se retira tout à fait à Genève, pour y servir Dieu avec plus de liberté. Il demanda (i8 mai i638) « à faire mettre ung banc à ses despens au temple de S' Pierre. « Puis, après avoir fait un pieux testament, il mourut, en 1654, âgé de soixante-seize ans, dans le château, sans enfant. Et en sa personne finit la branche protestante de sa famille '.
Le château de Coudrée.
(Archives. Anciens plans.)
Le château de Coudrée faisait l'angle des deux rues : à gauche, la rue du Boule, à droite, la rue Verdaine.
En descendant dans la rue du Boule (auj. rue de la Fontaine) "', nous trouvons la minuscule impasse, la cour bien dix-septième siècle, dans laquelle se trouve la porte du passage du Muret, la porte de sortie, comme nous lavons dit, du dernier évoque et du catholicisme genevois. {Pa^e 1^70.1
I. GalifTe, p. 265. — i. Ibid., p. 122. — :i. Ibid., p. 162. n. 2. — 4. Etrennes religieuses, 1874, « Les seigneurs protestants d'.\lin[;c-Coudr<5c, > par Th. Claparède, ancien pasteur, p. 167. — ."i. L'inventaire de 1475 dit: carreria dou liouluz. En latin, c'était de Bolo, nom d'une ancienne famille genevoise, qui, vers la fin du quinzième siècle, avait plusieurs immeubles dans cette rue. Galiffe. p. iiS, n. 3.
Syo
LA VILLE
De cette rue du Boule, nous ne noterons qu'un détail : c'était un nid de démoniaques'. En 1607, on rapporta au Consistoire « qu'il y a plusieurs démoniaques en la rue du Boule, jusqu'au nombre de dix-sept. » L'histoire d'une de ces possédées a un intérêt particulier. Le dimanche 9 juin i555, Calvin maria, à Saint-Pierre, Jean du Boloz et Mie Prothot. Une fille, Marie Duboule (comme le nom de la rue même), naquit de ce mariage en novembre i556-. Ce devait être l'arrière-grand'tante de Rousseau ^ Elle fut accusée de sorcellerie. Un témoin dépose, le 1 1 décembre i6i3, qu'il y a environ six ou sept ans, en la rue du Boule, il y avait divers enfants possédés du malin,... et qu'on entendit une voix disant que Marie était sorcière.... Marie Duboule entra en prison le 12 février 1614, et un bourgeois vint déclarer que sa femme était affligée
I ntrcc de la cour ou se trouve la porte de 1 eveque Je malins esprits, qu'ils avaient parlé,
Rue du Boule, auj. rue de la Fontaine, (p. 369) déclarant être dix, et que Marie les avait mis dedans pour quinze ans, « par ung dn-nanche, en
I. A propos de cette rue du Boule et de ces démonnques de 1607, il y a lieu de noter une mesure prise par le Consistoire A cette époque, M n'existait pas d'asiles d'aliénés. Or, il semble que le Consistoire de Genève en ait alors conçu l'idée. Le 7 octobre 1607, il propose de « resserrer > ces nombreux démoniaques, ■> ou tenir en un lieu tous ensemble pour les recognoistre, <■ c'est-à-dire pour mieux les observer, <■ et dans le but évidemment d'empOcher leur multiplication. >• {Etremiei, chrehennei,, 1892. « Les possédés et les démoniaques au dix-septième siècle » par le D' Ladamc, p. 182.) — Notons encore que dans cette rue du Boule après une existence agitée, et dont la fin ne tint pas toutes les promesses du commencement, vint mourir Froment, le 6 novembre 1581, «phtisique, avec longue maladi âj;é de 90 ans. » Le premier catécliisme français de ( < vin. Th. Dufour, p. CCLV. Cet âge est en contradicti.n avec le renseignement que Froment lui-même a donné — Notons encore que M. Pierre Vaucher a fait justice des procédés de l' historiographie catholique, employés par M. Jules Vuy, dans sa brochure : Le rcfornialiiii FrontenI el sa première femme, comme A. Rillict en avait fait justice à propos de la brochure de l'abbé Flcury.
M. Vuy avait cité certaines phrases écrites par les mi- ,,,,,,.. .^- 1 „ ,„ ,i„ i\i„r,.t
■' ' ' Forte de 1 évoque, sortie du passage du Wuret.
nistrcs bernois et en avait conclu que Froment et sa ' , ^ \
LA VILLE HAUTE Jyi
ung souppé, par le souffle. » — Marie Duboule en fut quitte pour un seul « trait de corde » et le bannissement. Les cerveau.v étaient du reste tellement e.xcités, qu'elle n'aurait pu rester dans la ville.
femme étaient gens de fort mauvaise vie. AL Vauclicr rcproJuit les phrases bernoises et ajoute: « Oui, c'est bien ainsi que les ministres bernois s'expriment. Seulement — comme M. H. Hordier l'a déjà fait remarquer dans la France protestante, 2= édit., V, p. 244 — la lettre plus haut citée ne renferme pas un mot qui touche à la conduite privée de Froment : il n'est parlé que d'un démêlé relatif au rite du baptême, de la question de savoir s'il faut asperger une ou trois fois l'enfant, de l'importance exagérée que les pasteurs de Thonon attachaient à cette controverse et des coups de bec qu'ils s'administraient à ce propos. Le reste, n'en déplaise à M. Vuy, est une pure invention, et une invention d'autant plus étrange que le recueil de M. Herminjard est, grâce à Dieu, suffisamment répandu pour qu'il soit facile de constater l'abus qu'on en a fait. Ce serait à n'en pas croire ses yeux, si une expérience, déjà longue, ne nous avait appris à quels sophismes l'esprit de parti, mis au service d'une cause qu'on tient pour sacrée, peut entraîner certains auteurs. » — Quant à Froment lui-môme, M. Vaucher conclut : • Sur l'homme lui-même et son humeur inquiète, son manque de judiciaire et de tenue, son médiocre souci des convenances ecclésiastiques, son âpreté au gain, etc., l'opinion de nos historiens est à peu près fixée. (Voir A. Roget, Hommes et choses du temps passe. IV, 1S80.) Mais de ce qu'il avait au fond plus d'ardeur intempérante que de discernement, il ne s'ensuit pas qu'il ait été un mauvais drôle, ni qu'il faille exagérer encore, par d'insidieu.x commentaires, le mal que Farel a dit de lui. » P. Vaucher, Mélanges d'histoire nationale, 1889, p. 107 et ss. — 2. « Inquise dès quel temps elle demeure en la rue du Bouloz. Répond qu'elle est née en la rue. » — '■^. Eug. Ritter, La parenté de J.-J. Rousseau, 1614, 1902.
SEPTIÈME PARTIE Le collège.
^^^^^^-^.'^^'?^<^7^ côté du château de Coudrée se trouvait la rue Verdaine, dont
slj Û le nom indiquait, d'après H. Mallet, la position champêtre, ^ \^*a près des hutins de Bolomier '. — Descendons cette rue.
A Tangle qu'elle forme avec celle du Vieux-Collège, se
dressait un petit château, dont une tourelle octogone était
î'VXl^i, ttt';j^%^'^ encore visible il y a quelques années -. Ce pittoresque édifice
"^^^^^ "^^^ s^aw appartint originairement aux Bolomier, puis à la maison
de Savoie-'. (Page Sy'i.)
Au seizième siècle, ce fut la maison d'un médecin de Calvin, Sarrazin.
No. et spect. Philibert Sarrazin '* était né au commencement du seizième siècle, en France, à Saint-Aubin près Charollc. Envoyé à Paris par son père, qui le destinait à l'Eglise, il fut converti aux doctrines nouvelles par la lecture d'une Bible grecque. Il se rendit ensuite dans le Midi, étudia à Perpignan, où il reçut le grade de docteur en médecine. Après avoir pratiqué quelque temps à Lyon, il se retira à Genève, où il fut reçu à l'habitation le 24 août i35i, et à la bourgeoisie le 29 octobre i555. — Il mourut le 5 mai oyS.
Son sixième enfant, sur onze, fut Louise, née à Lyon le 29 janvier i55i, phénomène célèbre de précocité littéraire, sachant, à huit ans, au dire de ses biographes, le latin, le grec et l'hébreu "'.
Agrippa d'Aubigné (né en i55i ^) ayant été envoyé à Genève en i564, donc à l'âge de treize ans. Tannée même de la mort de Calvin, fut mis en pension dans la famille Sarrazin. Il était du môme âge que la petite Louise. Et lui-même a décrit leurs relations et l'influence de la jeune savante sur lui. « Ayant passé par tous les degrez de science, [elle] s'est veue capable, si le sexe luy eust permis, de faire des leçons publiques, principalement aux langues, ayant la grecque et
1. H. Mallet, p. 106. — 2. Galiffe [1869], p. 265, 266. — ;î. « Domus ducalis Sabaudie, olim Guillermi Kolomcrii,... in carreria Verdana », dit l'inventaire de 1475. M. D. G., VIII, p. 331. — i. On écrit aujourd'hui: Sarasin. - .". Galiffe, Notices généalogiques, II, p. 4S2, 483. M. D. G., XVII, p. 158. — li. Ou 1552. M. D. G. XVII, p. 155.
LA VILLE HAUTE
Ul/tc
lUitUl/totu
l'hébrayquc en main comme la Françoise. J'estois entièrement destourné de la grecque sans elle. Mais elle, ayant recogneu en moy quelque aiguillon d'amour en son endroit, se servit de ceste puissance pour me forcer par reproches, par doctes injures, ausquelles je prenois plaisir, par la prison qu'elle me donnoit dans son cabinet comme à. un enfant de douze à treze ans, à faire les thèmes et les vers grecs qu'elle me donnoit. J'estois nourry
et logé en cette maison qui foisonnoit d'un père et
de quatre enfans et d'une sœur qui tous ont esté excellents en diverses professions, et ont produict une race pleine d'honneur. Mais la Hlle, à cause de son sexe, était la merveille de la maison '. »
Agrippa d'Aubigné partit. Louise se maria en
iSyi (elle devait se remarier en i58i, et encore une .
troisième fois en 1602 avec le docteur OfFredi). Elle mourut en 1623. — Son frère, Jean-Antoine, eut pour fils Jean Sarrazin, né en 1574, syndic en i6o5, et premier syndic en 1626. Ce fut le célèbre magistrat qui, avec Jacques Lect, écrivit le Citadin^ le petit ouvrage fameux dont nous avons parlé -. — Entre temps. Agrippa d'Aubigné résolut « de venir prendre le chevet de sa vieillesse et de sa mort dans Genève. » Il y arriva le i^' septembre 1620, et « le logis de M. Sarrasin luy fut loué ^ . » C'est lui qui le raconte. Il lui fut sans doute particulièrement agréable de revoir les appartements où il avait passé une heureuse enfance. La maison appartenait alors à la veuve du fils de Philibert Sarrazin, Jean-Antoine, à M""' Sarrazin-Bithod.
Ce n'était pas le dernier hôte célèbre que ces murs devaient abriter. Agrippa d'Aubigné, nous l'avons vu, alla bientôt habiter près de la porte du Bourg-de- Four, chez sa femme, la veuve de Burlamachi. Le 14 août 1626, Anne Bithod vendit sa maison à la princesse de Portugal, Emilie de Nassau : et nous avons déjà parlé de cette princesse et de ses filles ''.
Avant de retrouver, au bas de la rue Verdaine, le couvent de Rive, nous passons devant « la rue, soit Cul-de-Sac, faite en 1569, entre la Charpenterie et la maison Gallatin ''. » C'était la rue du Vieux-Collège, et il nous faut parler du collège lui-même, peut-être le plus important monument de la Genève du seizième siècle.
lit \ tt^dini
Rue Verdaine
et rue du Vieux-Collège.
{Archives. Anciens plans. I
i. M. D. G., XVII, p. 161. — i.Ibid., XVII, p. 158, n. i, p. 308. p. 426. — .■;. De La Corbière (copie Bourrit).
:i. Ihid., p. 173. 508. — i. Ilmt. XVI,
l,c collège de Calvin, de iSSg, pas plus que rhoi)ital général (dont le Réformateur avait tracé le programme en 1541), ne naquit spontanément. 11 est le produit d'une évolution longue, plus que séculaire.
Le 28 février 1428 est sa vraie date de naissance, la grande date scolaire dont les anniversaires devraient être régulièrement fêtés par Genève. C'est ce jour-là, en effet, que le Conseil général décida de « donner un lieu sur la place, au-dessous du monastère des Frères Mineurs, pour édilier la maison où devront se tenir les écoles*. » Et ainsi s'éleva la première « école publique municipale, dont l'administration devait être absolument indépendante de l'Eglise -, » l'école qui, après avoir été l'école de Versonnex et le collège de Rive, devint le collège de Calvin, le collège.
Le généreu.x François de Versonnex (le grand piiilanthrope de cette époque) se chargea d'exécuter à ses frais la décision du Conseil général, et l'acte de donation est daté du 3o janvier 1429. Versonnex s'y exprime ainsi : « Considérant que cette insigne cité de Genève a jusqu'ici souffert un grand dommage par le manque de cette discipline [la discipline scolastiquc, c'est-à-dire l'instruction], principalement parce qu'il n'y a pas eu de local ou maison appropriée à cet état et exercice, de sorte qu'il a fallu que les recteurs des écoles louassent à leurs propres frais des maisons étrangères, qui, le plus souvent, étaient mal situées et disposées, tant sous le rapport de la capacité [du nombre] des écoliers que sous celui de la trop grande proximité et familiarité des laïques et du trop grand éloignement dé l'auberge où les écoliers vont prendre leur repas,... le dit François... a nouvellement construit et édifié une maison ou édifice.... Le dit édifice a 94 pieds de long sur 34 de large, sis à Genève, près de l'église des Frères Mineurs, devant leur tour, à côté des murailles de la place commune, d'un côté et, la place commune, sous le curtil d'Etienne de Veygier, C. G., de l'autre, affrontant par devant la rue publique, qui conduit de la susdite église au pré de N.-S. révêque et prince de Genève, et par derrière l'eau du lac '. » — L'enseignement devait être absolument gratuit.
1. Il faut donner le te.\te officiel d'une pareille décision : « Ultima die februarii 1428. Fuit ordinatum dari locum in platea subtus monastcrium Fratrum Minorum pro domifficando ad scolas ibidem tenendas. » Registres du Conseil, I, p. 94. — 2. Ch. Borgeaud, Histoire de F Université de Genève, I. 1900, p. 13. — Voir Galiffe, Matériaux, I, p. 139-148; Vuy : « Notes historiques sur le collège de Versonne.x, » Mémoires de l'Institut genevois. Vol. XII. — :t. Une tour s'élevait entre la porte de Rive et l'ancienne école : on l'appelait quelquefois la « tour de l'école. » Galiffe, p. 130 et n. 2. — C'est dans le jardin du collège que les arbalétriers se réunissaient pour leur tir; et ils eurent souvent contestation avec le recteur. — « Le bâtiment de l'école et son jardin paraissent avoir été en dehors, bien qu'à côté, des murailles de la ville, entre le couvent et la porte de Rive [d'un côté] et la Tour Maîtresse [de l'autre]. > Galiffe, p. 252, n. 4. — Flournois, dans ses Jieinarr/ues, p. 36, dit: < L'école qu'on avait rebâtie depuis peu était près de Rive, vis-à-vis du couvent des Cordcliers; à peu près là où est la maison de M. Raby. Il y avait une place près du lac qu'on appelait la place de derrière l'école. C'était là où était le jeu de l'arbalète. Il y avait une tour qu'on appelait la tour de l'école, que je crois [à tort] être celle qu'on appelle aujourd'hui la Tour Maîtresse. »
LA VILLE HAUTE
« Cette Institution a duré un siècle, et vraiment on peut dire qu'elle a jeté les bases de la culture g-enevoise. C'est aller trop loin cependant que d'y voir non seulement un collège, mais aussi, comme on l'a voulu, une académie d'études supérieures. » IMe suivit « à peu près ce que nous appellerions, de nos jours, un programme d'enseignement primaire et secondaire '. »
En 1459, nous entendons parler de réparations à l'école^, et l'année suivante on cherche un recteur^. Mais ce fut au commencement du seizième siècle que des réparations très importantes furent opérées dans les bâtiments de Versonnex, et, à cette occasion, le Conseil élabora les statuts du collège (8 avril i5o2) '*.
Pendant les troubles qui précédèrent l'introduction de la Réforme, l'école eut beaucoup à souffrir. Le désordre s'y introduisit. La peste y apporta ses frayeurs. En i53i (3 janv.), le Conseil prit la décision de fermer l'école : « ordonné de la fermer jusqu'à ce qu'on ait trouvé un bon régent, parce que les enfants la détruisent •". » — Quelques mois après (18 avril), l'établissement est rouvert '', et, en i532, Guillaume Messiez, le notaire dont nous avons un fragment de journal, y fait ses études : « Mon père, dit-il, me mist en la grand escolle de Genève, » qui avait pour directeur « Révérend et spectable maystre Jehan Chrestien Croyte [Jean Christin] '. »
La grande commotion de 1 534-1 535 ne fut naturellement pas favorable à l'école, dont la ruine matérielle et disciplinaire se précipita. Il semble toutefois que l'on ait exagéré la rupture, l'hiatus entre le collège de Versonnex et le collège de Rive, comme si le collège de Versonnex avait été fermé plus ou moins longtemps, et comme si le collège de Rive, après cette interruption, avait été ouvert par les premiers Réformateurs, Farel, Viret et Saunier.
Un nouveau recteur du collège de Versonnex, Jean Martel, fut élu en effet en juillet 1534**. '' se plaignit au Conseil, 27 août i535'-*, que la maison était malsaine et impropre aux leçons, à cause du bruit qui se faisait dans le voisinage. De plus, très irrégulièrement payé par ses élèves, il n'avait pas de quoi vivre et demandait son congé. — On a bien le sentiment d'une fin, la fin du collège de Versonnex. Saluons-le respectueusement, car c'est dans ce collège que grandit la génération des Berthelier, des Lévrier, des Bezanson Hugues, des Porral, toute la génération des patriotes.
1. Borgeaud, p. 14, 15, appuyé par H. Fazy, Instruction primaire de Genève, 1896, p. 3, contre J. Vuy, Notes historiques, p. 6, Galiffe, p. 305, et Thévenaz, Histoire du collège de Genève, 1896, p. 5. La « grande eschole, » c'était l'école publique, l'école officielle par opposition aux petites classes particulières. — 2. II septembre 1459. Registres du Conseil, I, p. 330. — :!. 9 décembre 1460. Ibid., I, p. 475- — *• Bo""geaud, p. 15. — icr janvier 1510 : «Ecole étant somptueusement bâtie et ornée de plusieurs chambres pour la résidence des enfants, on ordonne qu'on se pourvoira de quelque bon régent. » Flournois, Extraits (Grenus). ~ .'i. Ibid. — f>. Galiffe, p. 307. — 7. M. D. G., IX, p. 23. — S. Herminjard, III, p. iSS, n. 6. — il. Ibid., IV, p. 48, n. 4.
Plus d'un mois après' (10 sept. ^), le Conseil ordonna de transférer tout le collège dans le couvent des Cordelicrs ^ approprié à sa nouvelle destination. Il accordait au recteur deux écus d'or pour sa peine, et autant pour le bois et la lumière. Néanmoins, deux mois plus tard (26 nov.), le recteur se plaint encore du froid '*. On n'a pas précisément le sentiment qu'on assiste à un commencement.
Mais voici la révolution religieuse accomplie. Le 19 mai i53G, les ministres Farel, de la Mare et Saunier se présentèrent devant le Conseil, et. après une grande exhortation à vivre conformément à l'Evangile, ils recommandèrent de mettre ordre aux écoles. — Le 21 mai, le Conseil général approuve; Antoine Saunier est nommé premier recteur (i3 juin i536), et voilà dans quel sens nous pouvons dire avec M. Rorgeaud : « Au lendemain de l'établissement du nouvel ordre de choses, le collège de Versonnex fut remplacé par le collège de Rive, qui dura, organisme de transition, jusqu'à la fondation de iSSg ". » Mais le nouveau local ne valait pas beaucoup mieux que l'ancien : il était délabré, incommode et malsain. Le Conseil fit les réparations et alloua deux écus d'or pour chauffer le poêle en hiver.
Nous avons vu (dans notre second volume, page 662) comment les chefs des Articulants chassèrent les deux bacheliers de Saunier (qui les remplaça par Mathurin Cordier), et puis exilèrent Saunier lui-même et Cordier.
Pour le collège, comme pour l'hôpital, c'est au retour de Calvin que s'ouvre la période des progrès continus, décisifs.
Sébastien Castellion fut recteur du 5 avril 1542*' au 11 juillet 1544. — ' P'^'^ l'école marcha mal, jusqu'à ce que Calvin y fit appeler Louis Enoch (i55o-i557), de la ville d'Issoudun, en remplacement de maître Erasme, « trespassé »'. Enoch, fut élu, le 16 mai, « pour maistre d'eschole, à sçavoir pour recteur principal*. »
Le nouveau régent eut besoin de toute son énergie pour rétablir l'ordre. Les difficultés étaient grosses. Le Conseil admoneste tout le monde. Le 16 septembre
I. D'après Galiffe (p. 253, n. 5), le recteur aurait été transféré à Rive le 27 août 1535. — L'école Versonnex aurait ainsi duré 106 ans {1429-1535)- Celle de Rive devait en durer 24 (1535-1559). — 2. Flournois, Extraits. — .■!. Où se trouvaient, dit Froment, « plusieurs chambres vuydes et une grande salle. » — i. Herminjard, IV, p. 48. — 5. Borgeaud, p. 16. — Herminjard (IV, p. 455 et ss.) a publié, d'après le placard original, faisant partie de sa collection, et qui n'avait été encore signalé par aucun bibliophile, ce programme du collège de Genève (ordo et ratio doceiidi Genève in Cyinnasio (12 janv. 1538). La traduction française se trouve dans l'opuscule publié chez Jean Gérard (12 janv. 1538) et qui a été réimprimé par Bétant, à la suite de sa Notice sur te cotlège de Rive. — (i. . Maystre Bastian de Chastillon de S' Martin du Fresne... a prys et juré de régenter noz escoles, jouxte les edyct et arrcst. » 5 avril 1542. Registres du Conseit, Vol. 35, f. 550. - 7. 12 mai 1550.. ♦ Mons' Calvin a exposé qui [qu'il] est bien nécessaire de mectre ordre sus l'eslat du maistre de l'cscolle, lequel demande que l'on luy doibge poycr aultant comme l'on faissoit az maistre llerasmes Ircsi.assé. . Ibid., Vol. 45. f. i^ — 8. Ibid., Vol. 45, f. 4-. — Voir A. Roget : «Louis linoch, ou un régent du seizième siècle ., dans les Etreimes genevoises, 1878, p. 33 et ss.
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i55o, il <-^ defFend aud. recteur de se mesler de chastiement, de batterie, et débat entre les pédagogues, car cela vat à la Justice et qu'il leur suffize chastier les enfans pour leurs lectzons '. «
Mais Knoch n'était pas homme à se laisser arrêter : il continue à faire sa police lui-même. Le 7 avril i55i, il se passe, au collège, une scène que nous ne trouvons malheureusement racontée que par GalifFe, et sans indication de source, mais qui laisse apercevoir jusqu'où pouvait aller l'énergie au seizième siècle. Les enfants Du Villard avaient pour précepteur un ministre : c'étaient donc les enfants d'un riche citoyen. Ils se permettent d'arriver trop tard à la leçon de chant. Le recteur les fait fouetter. Leur précepteur croit pouvoir protester et dire que ce n'est pas de leur faute. Enoch lui répond qu'il le fouettera lui-même. Sur ce, le précepteur met la main à son poignard. Fâcheuse menace! Le recteur le saisit, le renverse, lui fait couper ses aiguillettes, et mettre bas les hauts-dechausse par sa femme et ses enfants. Après quoi, il lui administre une fouettée e.xemplaire, frappant des verges avec une main, et, de l'autre, tenant la barbe du précepteur et maintenant celui-ci immobile -.
Cette façon d'agir d'Enoch n'est pas invraisemblable. Voici en effet ce que nous lisons dans les Registres mêmes, à la date du 17 avril i55q : « M. Loys Enoch. Icy a esté parlé d'un excès fait es persones de troys Suysses, passans icy et venans de S' Jacques [c'est-à-dire de trois pèlerins papistes, venant de Saint- Jacques de Compostelle, sans doute], es quilz il osta, d'œuvre de fait, leurs chapeaux, rompant les cursilles [cursilles, pour croisilles, c'est-à-dire : petites croix] qui y estoient, et mesme entreprit de le faire par ung officier de Messieurs, auquel il en fit commandement, dont est grand bruit par tout le pays des Suysses. Arresté que on y advise ^ »
Tel est l'homme, prompt à l'œuvre de fait. — • Du reste instruit. En i55i (i" sept.), il (c présente et donne» au Conseil un livre sur la grammaire. Le Conseil déclare « qu'est chose bien belle, « et fait payer à l'auteur « ung part d'escus pour récompense '*. »
En même temps que la science grammaticale, Enoch cultivait l'art dramatique. 29 août i552 : « Maître Enoch propose qu'il seroit en désir de faire par ses escolliers réciter une histoire à mercredi prochain après la cène, et pourtant a requys... luy oultroyer que le seigneur contrôleur lui dresse un petit [e\Miaffaulx, affin que la chose puysse estre myeulx entendue^. » Et même, quand il eut été investi des graves fonctions de prédicateur, Enoch ne renonça pas au théâtre, SI l'on peut s'exprimer ainsi. En i558, on attendait une ambassade bernoise
i. Registres du Conseil, Vol. 45, f. 92. — i. Galiffe, Notices généalogiques, IV, p. 169, n. i. — Enoch est une des bCtes noires de Galiffe. — i. Registres du Conseil, Vol. SS. f- 33- — *• Ib'd< Vol. 46, f. 50*-. — Le texte du procès-verbal est très difficile à lire, ce qui a induit A. Roget à une erreur un peu bizarre. « Que va faire la seigneurie pour reconnaître ce cadeau ? « Est arresté qu'on luy donne ung par-dessus pour rtjcompense. » — « Certes, le Conseil n'avait pas fait preuve d'une prodigalité excessive en octroyant un par-dessus à l'auteur d'une si belle élucubration. » (Etrennes religieuses, 1878, p. 35, 36.) C'est A. Roget qui souligne les deux fois. — .'i. Ibid., Vol. 46, f. 263.
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chargée de renouveler le serment de combourgeoisie. 6 janvier i558 : « M. Enoch a proposé icy une poésie, et allusion d'une fable de Jupiter qui aymoit Europe, par luy composée, qu"il désireroit estre pronuncée devant les seigneurs de Berne, d'autant que c'est à l'honneur de ceste alliance, et mesmes qu'il prend son argument des armoiries de ceste cité; semblablement une tragédie des cinq escoliers de Berne exécutés à Lyon, qu'il voudroit aussi estre jouée, comme il en a des enfans tous instruicts, requérant luy donner licence. » Le Conseil ne dit pas non ; il use cependant de prudence, et arrête « qu'on la voye et qu'on en communique avec Mons"" Calvin, qu'il luy en semble '. »
Malheureusement, l'énergique et capable recteur n'avait à sa disposition qu'un local de plus en plus défectueux. A différentes reprises, Calvin avertit le Conseil des dangers que couraient les enfants dans cet édifice menaçant ruine. En i544, le Conseil ordonna que les cellules et l'église du couvent fussent démolies, le reste restauré, pour servir au collège, et la place, laissée vide, abergée à des particuliers pour y bâtir des maisons. Mais les réparations furent faites avec une grande parcimonie. Le bâtiment était inhabitable l'hiver, faute de moyens de chauffage. Le Conseil ordonna finalement de faire un « fornet » à l'école, et d'y transporter celui qui était à l'ancienne, « afin que les enfants puissent étudier chaudement. » Malheureusement, l'insalubrité de l'immeuble était telle que plusieurs élèves, au dire d'Enoch et des médecins, y contractèrent des maladies mortelles. I>e recteur lui-même ne put y demeurer plus longtemps et alla habiter dans une maison particulière '. On fut même obligé de transférer l'école dans la maison de la Chantrerie, sur la place de Saint-Pierre. Toutefois elle revint à Rive ^.
En i552 (9 aoùtj, la seigneurie acquit de noble S' Lambert la maison dite de Bolomier \ sise rue Verdaine, au-dessus du couvent. Elle servit de grenier à blé. Puis une partie fut annexée à l'école, « afin de l'élargir, « et finalement il ne resta plus qu'à bâtir un édifice nouveau.
Quant à Enoch, reçu bourgeois le 21 janvier i55G, il fut élu ministre à la ville le 4 mai suivant, et quitta l'école"'. Il devait plus tard succéder à Th. de Bèze comme recteur ''.
1. Registres du Conseil. Vol. 54, f. 35V. - Rogct, E/reiines religieuses, 1878, p. 41, et n. i, dit: « On voit que les collègues de Calvin, qui sont souvent représentés comme condamnant systématiquement tous les amusements chers à la population, savaient prendre dans certaines circonstances l'initiative des divertissements publics. Enoch n'est pas le seul pasteur genevois qui ait mis en train des représentations scéniques. Abcl l'oupin se mit aussi en avant, à deux reprises, dans un cas pareil. » — 2. Bétant, p. 22, 23. — .3. Ibid., p. H, 12. 30 avril 1544- Registres du Conseil, Vol. 38, f. i8iv. — 4. Ibid., Vol. 46, f. 2S2V. — De La Corbière (copie Bourrit): « ...La maison, hutins, etc., procédée de Bolomier, où demeurent à présent M' Prévost et Marignac régens.... . — 5. Bétant, p 19. — 6. En 1568, Enoch est absent de Genève; la peste éclate. Les Registres du Conseil nous rapportent une délibération qui trouve ici sa place, et qui complète ce que nous avons dit quand nous avons parlé de la conduite des pasteurs — et de leurs chefs, Calvin et Bèze — pendant le terrible tléau : « Lois Enoch. Les ministres ont icy envoyé Mons-^ de Bèze, lequel a proposé qu'cstans après pour jettcr le sort entre eux affin de prouvoir d'un ministre pour les pestiférés, ils ont trouvé que leur nombre n'cstoyt pas complet pour l'absence dud' Enoch. Et combien qu'ils n'ayent esté ny ne soyent encore d'advis de l'absoudre de son serment, si est-ce qu'ilz ne tiennent pas raisonnable que
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C'est à Rive que nous pouvons chercher (iSdq) Mathurin Cordier, quand il revint à Genève. 11 y avait sans doute déjà logé lors de son premier séjour (i536i538 '). — En 1541, lorsque Calvin s'efforça de le placer à la tète du collèo-e reconstitue, c'est encore là qu'il voulait le mettre : « Maystre Mathurin Corderius, lequelt est bien proprice pour régenter az nous escoles, dont pour toutes choses az esté résoluz que illy soyt baillié laz moyson de Rive et quattre cent florin pour toutes choses il avait à payer des sous-maîtres] oultre l'argent qu'il pourroyt recovrer des enfants -. « — Le projet échoua. Calvin le reprit en 1545 (20 mars) : « Maystre Corderius. Ms"'^ Calvin, ministre, a exposé comment il a escript à maystre Corderius pour venyr demoré à Genève, à l'escole, non pas pour régenter, mes seulement pour estre superintendant, et ce doné [se donner] garde des d' escoles. » Et le Conseil décide de « parlementer » avec Calvin pour trouver le meilleur moyen possible afin de « retiré le d' homme. » C'est alors que Calvin fait observer au Conseil que Cordier ne peut venir « pour 400 fi. par an, pour ce qu'il tient deux bacheliers, et done à ung chascun d'icieulx six vingt florins, m II ne lui en restait plus que 160 pour lui, et sans doute l'écolage. Le Conseil « causant [à cause de] la chierté du temps, ordonne que luy soyt augmenté son gage ^ « Cependant le projet échoua encore. — Mais, le i3 octobre 1559, nous voyons M. Cordier présenter supplication au Conseil, « narrant comme l'on luy a fait la grâce de le faire venir vivre et morir icy en l'église de Dieu, supliant luy assigner quelque logis à Rive pour y demorer^. » Le Conseil lui accorda sa demande. Toutefois, Cordier ne resta là que quatre mois, et, comme nous l'avons vu, en i56o^, il est logé à Saint-Apre. C'est pendant qu'il était là que « aucuns » voulurent faire une collecte pour lui, parce qu'il était « pauvre des biens de ce monde. » Le Conseil le permit, et Messieurs donnèrent 10 florins ". — Mais on dirait que Cordier était attiré par les lieux où il avait pour la pre-
la place demeure dépourveue, et pourtant trouvcroient bon que le dict Gilles Chausse [le sort tomba précisément sur ce Gilles Chausse. E. Choisy, L'élat chrétien calviniste à Genève an temps de Théodore de Béze, 1902, p. 16] que Dieu a renvoyé icy, auquel on n'avoye pas encores donné congé, soyt retenu en la place diceluy Enoch, lequel revenu on advisera à quoy il pourra estre employé. Au demeurant d'autant que à l'autrefois il y heust quelque mescontentement contre Mons' Le Gagneur lequel on prétendoye debvoir aprosché aux lictz des malades; ils désirent qu'on se résolve jusques où et comment ilz seront tenus; estant leur advis que tant qu'il se pourra faire entendre des malades, il ne sera pas expédient qu'il se mette en plus grand dangier. A quoy on pourroyt bien aydé quand on ne logeroye pas les paouvres malades ainsi par monceaux, mais qu'on leur feiste à chascung particulièrement des cabanes. Au reste pour ce qu'il sera aussi besoin de prouvoir en la ville, d'autant que tous les malades ne peuvent sortir, ilz attendront ce qu'il plaira à Mess'''^ d'en ordonner affin de ne défallir en rien à leur debvoir. Après cecy les autres ministres ont icy envoyé Mons' Colladon au desceu [à l'insu] de Mons' de Bèze, pour remonstrer que procédant à leur élection d'un ministre pour les pestiférés, le dict s' de Bèze insista grandement à estre comprins au sort avec les autres. Ce que touttefois ilz trouvèrent pas bon, non pas pour l'espargner, mais pour ce qu'il est bon de le réserver autant qu'il plaira à Dieu et prient Mess" de l'aprouvé. Comme il a esté fait. • — 7 juin 1568. Vol. 63, f. éov et 61.
I. Herminjard, V, p. 98, 99, n. 8 ; p. 116, et n. 14; P- 205, n. 9 et p. 221. — 2. 14 novembre 1541. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 397^ — Annales, p. 286. — a. Registres du Conseil, Vol. 40, f. 59. — Le 13 avril 1545, le Conseil alloue à Cordier « 50 fl. de plus que à maystre Bastian Çhatellion. » Ibid., f. 81. — 4. Ibid., Vol. 55, f. i26\ — 3. Voir plus haut, p. 257. — 6. 18 novembre 1560. Ibid., Vol. 56, f. 102.
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mière fois enseigné, à son arrivée à Genève, et, le ii novembre i56i, nous lisons dans les procès-verbaux : « Pour ce qu'il y a quelques chambres vacantes au collège, et que le dict Mathurin Cordier désire y estre logé, a esté arresté qu'ainsi soit'. » — C'était une modeste demeure, pour le grand pédagogue. Il s'y trouvait en compagnie de quelques écoliers pauvres. « Collège vieux, lisonsnous encore, à la date du i8 juin i562. A esté proposé qu'il y a plusieurs paouvres escoliers seroient bien aises d'avoir logis au vieux collège, et que par ce moyen il seroyt mieux entretenu que s'il estoye destitué d'habitans *. » — On peut penser que là, dans son loisir matinal, Cordier rédigea la belle préface de ses Colloques, i563, et que là il mourut, le 28 septembre 1564.
Dès 1541, nous voyons Calvin se préoccuper de son collège. «Il faudra dresser collège,... disent les Ordonnances, assigner lieu propre,... avoir homme docte et expert,... et de ce espérons pourvoybre en briefz à l'aide du Seigneur ^ » Les circonstances empêchèrent, au grand regret du Réformateur, la réalisation de ces plans. « Je vois, d'après tes lettres, lui écrit Baduel, le 10 juin i55o, que votre magistrat met peu d'empressement à fonder dans votre ville un collège pour les études littéraires, et que cette négligence te cause un chagrin extrême '\ » Enfin, i355, les Libertins sont vaincus, et, le 27 mars i536, Calvin demande au Conseil « de prendre des mesures pour élargir l'école de Rive. »
De l'hôpital, restauré en 1443 par G. Bolomier, dépendaient de grands jardins plantés de vignes, au haut de la colline, dont la pente assez raide descendait de Saint-Antoine à Rive. On les appelait les huiins Bolomier. d'après le genre de culture de la vigne, dressée sur des échalas très hauts désignés dans le pays sous le nom de hutins.
Ce furent ces jardins que Calvin choisit pour emplacement de son collège. Deux ans encore, les événements politiques retardèrent les premiers travaux. Mais, au début de i558, une commission fut chargée de visiter « pour dresser un collège ce que sera le meilleur, et comme cela se pourra faire,... et aussi qu'on face ung pourtrait de ce que sera advisé de faire, affin qu'on le voye et revoye bien devant que le conclure '^ »
Le 25 mars, pour mettre « main à l'instauration d'ung collège, » il est décidé que « les syndics, avec les maçons, les charpentiers, avec Mons. Calvin, Sarrazin et autres gens d'esprit pour bien comprendre l'édifice, » iront « visiter le lieu vers Rive,... après dîner •*. » Cette commission fait son rapport le 28 mars.
I. Re};islres du Conseil, Vol. 56, f. 261. — 2. /6;V/., Vol. 57, f. 73. — :t. Opéra, X% p. 21, ss. — i. Ibiii., XIII, p. 589. — .'>. 17 janvier 1558. Rcgis/res du Conseil, Vol. 54, f. 48. — La place du collège communique il la rue Vcrdainc par une descente appelée la Vallée du collège. Avallie en vieu.\ langage était synonyme de descente. M. Mallet, p. 106. — < L'inscription qui se trouvait au bas de la Vallée du collège, portant le millésime de 1558, est maintenant encastrée au-dessous de l'horloge de la cour du collège. > Rigaud, M. D. G., V, p. 10, n. I. — 0. 25 mars 1558. Vol. 54, f. 133.
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On a considéré que le lieu était propre à entretenir les élèves « en grand santé par le moyen de l'air tant de l'Orient que de Bize et Midy, quand Tédifice sera élevé et tel qu'il puisse avoir le regard du lac. » L'on approuve donc remplacement, « commençant depuis rédifice auprès de la tour de Bolomier, ou plus arrière s'il est possible, et d'un fil et ligne jusques aux murailles de la ville ; mais que l'on laisse place du côté de la Bize pour soy promener*. »
Et le même jour, le Conseil, spécifiant que Calvin était avec les syndics, accepte les propositions de la commission, « d'autant que ce lieu est au beauregard, et bien aéré pour estre alègre et salubre aux estudians.... Et qu'on y mette la main de plus tost qu'il sera possible ". »
Le lecteur a-t-il remarqué cette préoccupation de la vue et du grand air ? En sortant de tous ces hôpitaux et de toutes ces écoles claustrales et moyenâgeuses, c'est le grand air de la vie moderne qui va souffler: il souffle des hutins de Bolomier.
11 avait été décidé de construire deux grands corps de bâtiments, se coupant à angle droit. Les classes devaient être bâties « devers le costé d'occident et le vent, à mode de potence, comme plus commodément se pourra fère. » Dans l'angle, sur le grand espace « aplani,... égalé, » devait se trouver la cour pour les collégiens ^
Dès la fin de l'année, on put commencer à enseigner dans les nouveaux bâtiments. Mais il y eut des contrariétés. Tantôt ce sont les pierres qui manquent, tantôt les tuiles, tantôt l'argent. On y employa le produit des amendes ; on provoqua des dons et des legs. Les délibérations se succèdent, qui hâtent les ouvriers. Le retard « redonde au deshonneur de la seigneurie''. » Le 4 mars i56o, le Conseil décide encore de « diligenter à achever le cours [corps de bâtiment] des classes et bastiments du costé de Bolomier^; » le i5 octobre i56o, on décide de ne faire en pierres de tailles que les fenêtres et leurs croisées du corps de logis regardant contre le lac*^; on se préoccupe d'achever le collègp, afin qu'il ne demeure découvert pendant l'hiver, ce qui serait sa ruine '. Et enfin tout est terminé en i562. Plus tard, le collège fut entouré d'un mur. En iSGg, la cour fut plantée d'ormes et de tilleuls, et en même temps « des privés » furent établis pour les collégiens. Enfin, en 1606, une fontaine fut érigée, « tant pour l'embellissement que pour la commodité. »
Le 5 juin iSSg eut lieu l'inauguration, par la cérémonie à Saint-Pierre, — le 5 juin, qui devint « la seule fête périodique instituée par Calvin, la fête de la Schnla gevenensis toute entière » ; le 5 juin qui a été déclaré par une décision du Sénat universitaire, en date du 27 mai 1904, dies academiciis et qui sera célébré désormais tous les deux ans*; le 5 juin enfin, c'est-à-dire « le jour 011 (selon le compte rendu rédigé par Théodore de Bèze lui-même) Dieu a accordé à la
I. Borgeaud, p. 34, n. 2. — 2. 28 mars 155S. Registres du Conseil, Vol. 54, f. i34''. '35- — Atimles, p. 687. — :i. 15 avril 1558. Registres du Conseil, Vol. 54, f- i53"- — *■ ^bid., Vol. 56, f. 73^- - •**• ^bid., f. is'- — 6. Ibid , f. 87V. 7. Thévenaz, p. 27. — 8. Le premier Dies academicus de t Université de Genève, •904, p. 3-
cité de Genève ce très grand privilège, dont très peu ont joui avant elle, d'avoir une seule et même ville pour mère de son savoir et de sa foi ^ »
Ni remplacement, ni même la silhouette générale du fameux collège, n'ont changé depuis Calvin. « A l'endroit même, où les anonymes maçons et chapuis de Fan i55g le bâtirent, le collège est encore. A l'endroit même où le zèle d'un peuple entier, où l'argent d'un peuple entier, depuis les 3i2 fl. de l'imprimeur Robert Estienne jusqu'aux pauvres 5 sols de Genon la Boulangère-, le voulut, il est encore : là haut, sur les hutins Bolommier, dans le lieu « beau au regard, » dans le lieu « exposé à l'air de bise, » dans le lieu « bien aéré » et « alègre h et « salubre ^ »
« Sous la Citadelle en saillie, au centre et pour ainsi parler au cœur de l'édifice, un petit porche déploie la grâce de son arcade : » quatre piliers, massifs, inégaux de grandeur, supportant quatre arceaux romands, les deux derniers surbaissés. (Page 383.) « Amical et modeste, il sourit. Le granit de ses colonnes est halé par les années, le fût de ses colonnes est usé à hauteur d'enfants par les générations innombrables; et les deux arcs surbaissés qui le terminent se souviennent, dirait-on, de la suprême élégance d'Italie. » A la voûte de ce porche, à l'entrecroisement des arêtes, sur les clefs de voûte, on lit encore, avec plus ou moins de peine, les trois inscriptions. (Page 385.) L'une, en hébreu, cite les Proverbes : « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ; » l'autre, en grec, cite 1 Cor. I : « Christ est devenu pour nous sagesse, par la volonté du père;» la
1. Le premier Dies academicus </e /' Uiiiversilé de Genève, 1904, p. 23. — 2. M. Ch. Borgeaud a terminé ainsi le discours qu'il a prononcé dans la cérémonie du premier Dies academicus de l'Université de Genève: < Au 16'""= siècle, la fondation d'une haute Ecole était un privilège de pape, d'empereur ou de roi. Aucun peuple n'avait encore osé se l'arroger de la sorte. Ne vaut-il pas la peine de rappeler au peuple de Genève le jour où il a frayé cette voie royale aux nations de l'avenir, et comment les cinq sous d'une boulangère genevoise ont leur rang, dans l'histoire, à côté des doublons espagnols du roi Philippe II [qui créa l'Université de Douai, dans le but déclaré de donner, dans la Flandre wallonne, une rivale à l'école de Genève]. C'est aussi en l'honneur de Génon, la boulangère, messieurs les étudiants, que vos Hambcaux de résine s'allumeront ce soir, selon la vieille coutume des ■« escholiers » d'autrefois. C'est un hommage dont elle eût été fière, j'en suis sûr, la boulangère de 1559, et lorsque la population de Genève la connaîtra, comme elle connaît la mère Royaume de 1602 et sa marmite vengeresse,... nous n'aurons pas à craindre que notre Uies academicus, à cause de son nom latin, devienne jamais impopulaire.... > Le premier Dies academicus, p. 28, 29. — 3. Philippe Monnier, Le livre de Biaise, 1904. Voir tout le premier chapitre intitulé le Collège, p. i-io. Nos lecteurs nous sauront gré de reproduire en grande partie cette si intéressante description : « S'il a changé de physionomie, il n'a pas changé de domicile. Au sommet des rampes, entre les murs des courtines et les murs des jardins, sa haute silhouette se dessine. Il est vénérable et paisible. Il encadre une enceinte défendue de vérité et de recueillement. Il évoque un moment lointain d'unité, de patience et de labeur, où les besognes étaient longues sous la lampe, où les volontés étaient enchaînées à la conscience, où les efforts prolongés étaient pareils à eux-mêmes. Au seuil de sa clôture, les bruits tombent. Les préoccupations du siècle hésitent. Les heures s'écoulent, se succèdent et se ressemblent. Et sur ses pignons, dans le paysage citadin, les tours de la cathédrale s'enlèvent, comme fi cette é()oquc ; dans le royaume de l'idée, au-dessus de l'école, pour abriter l'école, l'église se ilressait. — Son architecture est charmante. Il semble que sa rude ossature et ses arêtes précises aient retenu quelque chose de l'ascète maigre qui le conçut. Svelte et solide à la fois, il se tasse comme un dogme immuable et il s'élance comme une proposition nouvelle. Il est trapu comme un rempart et il est Un ronune un insecte. »
LA VILLE HAUTE
Le'collège de Calvin. Le grand Perron, (p. 382.)
troisième, en latin, cite saint Jacques : « Pour la sagesse qui vient d'en haut, elle est pure, paisible et pleine de miséricorde. » — Tout en haut, l'édifice porte toujours, sur son front, Técu de la République. Et le Genevois qui sait et qui sent a le droit de s'écrier : « Les paroles du Livre enseignées, étudiées à même, le verbe de Dieu inscrit à la clef de voûte du monument civil, limage supérieure, l'image toujours présente du pays à défendre, à servir et à aimer, n'est-ce point tout le sommaire de notre histoire: » — Oui, celle que Calvin fit pour l'honneur et le bonheur de la cité. « Là, dans la douce pénombre, où s'estompent les moulures des chambranles, est l'autel. Là, sur le petit perré du parvis, réside le génie du lieu '. »
C'était le collège trilingue de Calvin, émule du collège trilingue de François I", le Collège de Genève, émule, digne émule en un sens, du Collège de France.
Le second corps de bâtiment est, lui aussi, digne d'attention. Au centre, il a son escalier extérieur, qui menait au.x appartements du principal et des trois professeurs : il est orné d'une balustrade en fer forgé et léger. — Au-dessous est un passage qui, anciennement, était une des sorties du collège. « La voûte porte des voussures et des pendentifs sculptés, lesquels, au dire des connaisseurs, ne sont pas sans mérite -. » — Et, en haut, sur le fronton, se trouve le morceau d'architecture le plus remarquable : un bas-relief, en marbre jaune (i'"6o sur I m.). iPage 384.)
« L'ancienne cour; les essences si françaises de l'orme et du tilleul ; les deux ailes du logis construites « à mode de potence « ; les toits élevant en larges pentes de tuile brune leurs masses sombres jusqu'au ciel; les fenêtres géminées courant à l'ombre de la corniche; les poinçons subtils; les mansardes aiguës; tout cela forme un ensemble très vieux de douce intimité scolastique ; et partout, à l'épi des flèches, à l'appui des arcades, à l'ove des chapiteaux, un goût sobre a jeté les petites finesses inutiles, les petits ornements superflus, des figurines'', des rosaces, des volutes, des mascarons, des corbeaux. Cependant, à la cime du perron oi!i monte une balustrade de fer léger, dans le noble tympan qui surmonte la porte du Principal, un mâle bas-relief flanque la Clef et l'Aigle d'une couple de lions et des deux figures de la Science et de la Guerre ''. »
I. l'hilippc Monnicr, p. 4 et 5. — 2. Thévenaz, p. 28. chapitre VIIL — 4. Philippe Monnier, p. 3.
— .'t. Voir une tête de lion en cul-de-lampe du
LA VILLE
Ce morceau est d'un travail si soigné, quon l'a attribué au célèbre sculpteur français Jean Goujon : « Il était réformé, et comme on sait qu^il passa par
l.r collùyc de Calvin. Le bas-relief, (p
Genève vers i5()o, il n'y aurait rien crabsolument impossible à ce qu'il y eut collabore, ou tout au moins qu'il eût donné quelques conseils à son sujet '. »
l. Thévenaz, p. 29, 30. — On lira avec intérêt la description exacte donnée par Pictet de Sergy de cette importante sculpture : « Au-dessus de la porte qui, de la cour du collège pénètre dans les appartements du Principal et du Bibliothécaire, et, au sommet d'un escalier extérieur, se trouve enchâssé dans la molasse brune et friable, qui forme la façade, un bas-relief en marbre d'environ cinq pieds de long sur trois de hauteur.... Au milieu est l'écusson bien connu de la République de Genève, l'aigle et la clef, miparti Empire et Chapitre de Saint-Pierre. Cet écusson a été gratté intentionnellement sous la domination étrangère ; tout ce qui était en saillie sur le champ a disparu, mais la couleur plus claire des parties grattées a suffi pour que les formes de l'aigle et de la clef restassent très-dessinées et très-visibles, comme si elles voulaient protester contre la prétention de supprimer l'emblème de cette ville, alors opprimée.... A droite et à gauche de l'écusson sont placées deux statues en demi-relief très-saillant, représentant deux femmes ailées, sculptées en pied et assises. L'une de ces statues tient un livre dans sa main et est entourée de tous les attributs de l'étude : un compas, une clepsydre, des règles, des livres divers, des rouleaux d'écriture. L'autre statue tient une épée et est entourée de tous les attributs de la guerre : la cuirasse, le casque, le bouclier, la lance [cette lance est une épée que la femme tient à la main, mais relevée et sans la brandir], le javelot, la hache d'armes, le court poignard : toutes ces armes suivant les formes qu'elles revêtent dans les monuments de l'antiquité classique. Chacune des deux statues tient, en outre, dans sa main gauche une grande palme. Placées dans la position de supports ou de tenants de l'écusson, mais d'une dimension supérieure à celle qu'on donne ordinairement à ces accessoires et travaillées avec un soin spécial, au lieu d'être la partie secondaire de l'ouvrage, les deux femmes en sont la partie essentielle et principale. C'est le génie de l'étude et le génie de la guerre [de la guerre ? en tout cas sans rien de belliqueux, de provoquant; de la guerre qui consiste à bâtir des remparts et à les défendre] protégeant Genève, c'est Genève s'appuyant à la fois sur la science de ses enfants et sur leur patriotique courage. Les palmes sont destinées à récompenser ces deux genres de mérite.... Au-dessous de l'écusson, et dans un cartouche, se trouve la devise de la République : Post teiiebras lux, et le millésime 1561.... Au-de.ssus de la couronne s'étale le soleil, cimier des armes de Genève, avec le monogramme sacré IMS.... Ce monument a des titres à l'intérêt des amis de l'histoire dans notre pays. Il est te seul de cette nature, de celle dimension et de cette époque que possède Genève. 11 est l'emblème complexe et presque con-
Le collège de Calvin. La voûte du grand Tcrron. (p. 382.)
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JEAN CALVIN III
LA VILLE
C'est ici le monument de Calvin!
— 11 est curieux et significatif que le seul monument de Genève, où Tart joue vraiment un rôle tout spécial, soit celui ^\m est d'une façon absolument particulière l'œuvre de notre Réformateur. — A sa manière, pleine de l'humour d'un Tôpffer et de la science d'un Borgeaud, Philippe Monnier a exprimé ce fait, si suggestif: « L'écrivain Charles Borgeaud parlait aux cochers : « O cochers, » leur disait-il, lorsqu'un étranger » vous demande à visiter la maison )) de Calvin^ ne le menez point à » la rue des Chanoines;... menez-le )) au petit porche que Calvin a cons- » truit, dont il a si souvent franchi le )) seuil, où la tradition veut qu'il se » soit assis le jour de l'inauguration » des fabriques ; montrez-lui l'écus- )) son de Genève; montrez-lui les » trois inscriptions proclamant la I) triple discipline hébraïque, hellé- I) nique, latine, de l'école qu'il con- » eut, et dites-lui : Ces armes, ces I) versets, ce vieux motif d'architec- » ture, ce vestige de notre histoire, » auquel les années n'ont rien changé, 0 voici la maison de Calvin '. »
A l'intérieur du collège, dans le
tcmporain de la fondation du collège.... Comme œuvre d'art, il n'est point sans mérite. Il est impossible, en le voyant, de ne pas y trouver quelque analogie avec les oeuvres de Jean Goujon qui vivait à cette époque, était protestant et chef d'une école nombreuse. Nous ne voulons point affirmer que le fameu.K sculpteur ait luimême ciselé notre bas-relief, mais il se pourrait fort bien que l'auteur inconnu fût de son école. » Pictet de Sergy : « Le bas-relief du collège à Genève. » M. D. G., série in-4°, I, 1872, p. 3-6.
I. Philippe Monnier, p. 5. — Allusion à une conférence de M. le professeur Borgeaud.
LA VILLE HAUTE
bâtiment principal, se tiDuvait au premier étage (sur les cinq classes du rez-dechaussée, dans lesquelles on entrait de la cour directement) la salle où tous les jours les élèves se réunissaient'. Et là se dressaient les « curieuses colonnes en bois sculpté, » dont nous donnons un échantillon. (Page 386.-. j — Quant au.\ classes, vastes, mais sombres, avec deux planches, l'une pour siège, l'autre pour bureau, elles n'étaient éclairées que par de petites fenêtres, sans vitres. Nous avons \u que les élèves se plaignaient du froid, des courants d'air, et que, le 9 novembre i564, le Conseil leur fit dire de confectionner « des vitres de papier. » Quelques années plus tard, le Conseil se décida à faire poser des vitres en verre. — Du reste pas d'appareils de chauffage. Les régents, se faisant donner une rétribution de chaque élève, entretenaient des bassines pleines de braise.
C'est en i558queTh. de Bèze quitta Lausanne, à la fin d'août. « Au lendemain de son arrivée, il ouvrit un cours public consacré à l'interprétation des harangues de Démosthène et de certains livres d'Aristote, y ajoutant des « lectures en la saincte Escripture. « Le i5 octobre, il fut agréé par la Compagnie des frères, « pour servir en après au ministère de l'Evangile '^ « Et tout en devenant le successeur du ministre Claude du Pont '% il fut présenté par Calvin au (>onseil comme lecteur en grec. On sait que le 5 juin i55g, à Saint-Pierre, dans la grande fête inaugurale du collège, Th. de Bèze parut comme recteur •\ — Il avait naturellement demandé d'être logé. 17 février ibbq : «Théodore de Bèze. Sur ce qu'il a icy requys luy prouvoir de logis.... Qu'on advisc luy prouveoir de logis **. »
Et on pense loger Th. de Bèze à Saint-Apre. .\Lais on change d'idée, on met à Saint-Apre Viret, et, () mars, on laisse Th. de Bèze encore pour trois mois, là
I. • Cette salle, qui comprenait tout l'espace du premier étaye, fut supprimée en 1703, lorsque la liibliothèque publique fut transportée au collège. » (Thévenaz, p. 30.) — 2. Puis, quand la Bibliothèque publique fut transportée aux Bastions, les colonnes furent non seulement déplacées, mais mutilées {Biilleliii de la Société d'histoire et d'archéologie, (I, p. 82-86, Mayor) ; il n'en reste plus qu'une au Musée archéologique, celle que nous reproduisons. — Nous donnons ici quelques renseignements et quelques jugements de M. Mayor sur les dernières transformations des bâtiments du collège : < Dans la première moitié du di.\-neuvième siècle, on a ajouté la petite aile du nord, vulgaire bâtisse,... et transformé les fenêtres du rez-de-chaussée des ailes anciennes, qui furent remplacées par de larges arcades en roche- Le plan de restauration, en 1885, mis à e.xécution [a amené la] transformation des jours ; le double perron [a été] surchargé d'un pesant clocheton dans lequel l'horloge a été transportée...; Les fenêtres du premier étage [ont été] remplacées par une galerie vitrée. — En 1888, l'aile sud [a été] prolongée jusqu'au front du mur de la prison.... Le bâtiment ainsi allongé est terminé par une façade à pignon.... Les toits mêmes si pittoresques ont été remaniés, l'inclinaison a été changée.... Seuls, de la construction du seizième siècle, les deux perrons ont été conservés. « En 1900, et dans les années suivantes, on a restauré avec soin les colonnes et la voûte du grand perron. — 3. Borgeaud, p. 40. — 4- France protestante, 2<= édit. — S. Ibid.: « C'est à ses soins assidus que cette école dut l'importance et la célébrité qu'elle acquit. . — <i. Registres du Conseil, Vol. 55, f. 8". Annales, p. 711-
388 LA VILLE
OÙ il est*. — Décision confirmée le 14 mars : Pierre Viret à Saint-Apre, et, « quand aud' de Bèze, on le logera autrepart -. »
Depuis son arrivée à Genève, Bèze était « à louage de maison. » Le Registre dit « jusques icy. » On décide de s'informer du prix auquel s'élève la location « et qu'on face mandement de poyer ce qu'il montera ^ « (6 avril).
Les « trois mois » devinrent-ils environ dix-huit mois ? En tout cas, que ce soit dans la même maison ou dans une autre, le 1 1 novembre i56o, Th. de Bèze est à Saint-Geryais. Ce jour-là, Calvin « propose que le d' Enoc désire de s'aller tenir à S' Gervais, là où M. de Bèze se tient, lequel Bèze se doibt venir tenir là où se tenoit Mons'' de Saul [des Gallards] s'il plaît à Messieurs. » Le Conseil, sur ce point et sur un autre, indiqué par Calvin, arrête « qu'il en soit faict en ceste sorte entièrement '*. »
Cette maison de des Gallards paraît avoir été près du collège, emplacement qui convenait bien à de Bèze. En ce moment, des Gallards était pasteur en Angleterre, mais sa femme, qui, semble-t-il, avait (voir plus loin) le caractère un peu susceptible, était restée avec ses enfants. Et, en novembre i56o, Calvin écrit à des Gallards : « Nous craignons que l'affaire de la maison ne nous occasionne de nouveaux murmures. Mais, dans ta sagesse, tu comprends que ce qui nous est désagréable est nécessaire ^ » Il paraît que la maison était en fort mauvais état, « mal accoutrée, dit Bèze au Conseil, le 18 novembre i56o; et a grand besoin d'estre reparée pour la garder de plus grand détriment. » Le Conseil décide que « .\ions' le contrôleur face faire » les réparations nécessaires''.
On ne faisait du reste pour Bèze que ce qui se faisait pour les régents et les « lecteurs » ou professeurs, tous logés dans le collège ou autour du collège, aux frais de la Seigneurie. Le 28 mars i558, elle fit « raccoustrer Bolomier et l'autre cour pour loger les régens ^ » — En i56o (12 nov.), on acheta la maison voisine
1. 9 mars 1559: « M= Pierre Viret. Icy est arresté que on le loge à Saint Abre, où on avoit ordonné logis pour M"= Théodor de Bèze, lequel debvra dcmorer encor troys moys là où il est, chez le S"^ de Arca, lequel on a prié, et qui s'y est offert. • Registres du Conseil, Vol. 55, f. 17. Annales, p. 711. — 2. Ibid., Vol. 55, f. 19. Annales, p. 712. — :t. Ibid., Vol. 55, f. 27". Annales, p. 713. — 4. Ibid., Vol. 56, f. 99. Annales, p. 738. — 5. Opéra, XVIII, p. 243. — 6. Registres du Conseil, Vol. 56, f. ioi\ Annales, p. 738. — Il paraît que Nicolas des Gallards avait fait aussi des réparations antérieurement. Car, le 14 janvier 1561, on décide de les lui payer. {Ibid., Vol. 56, f. I3P'.) — Le 27 décembre 1560, Bèze donne au Conseil «un billet de certaines réparations faites par luy en la maison où il habitoit [celle où il était avant de venir dans la maison de Des Gallards] que monte à 19 fl. 3 s. Arresté qu'il soit payé. >• Ibid., Vol. 56, f. 123. — 7. Ibid., Vol. 54, f. iiS". — Voir Thévenaz, p. 34, 36. Une des ressources, sur lesquelles les régents comptaient, était la pension de jeunes gens venant habiter chez cu.x. — M. Gardy vient de publier les aventures de l'un de ces pensionnaires : il y a là un tableau de mœurs instructif. Goldast (c'était son nom) était logé, avec un ami, chez Samuel Brun, régent de la septième classe du Collège. Il n'y resta pas longtemps. Voici les motifs qu'il donne de son brusque départ, dans une lettre de décembre 1599 : • Le premier est la ruse coupable.... Notre hôte affirmait mcnsongèrement avoir loué,... au prix de cinq écus par mois, plus deux écus promis à sa femme à titre d'arrhes.... J'appris par d'autres qu'il en était autrement et que X. payait un loyer de quatre écus. » — . Le deuxième motif est l'incommodité du logis. On pouvait en effet pénétrer de tous les côtés dans notre chambre à coucher : elle servait à la fois d'entrée et de sortie, et le passage par là était accordé non seulement aux domestiques, mais encore aux étrangers
LA VILLE HAUTE
d'un vinaigrier, comme « bonne et propice pour le collège'. » Puis (10 déc), « pour achever le bastiment des derniers membres du collège, » on prit une place du jardin de l'hôpital -. Il y a des difficultés et des réclamations trop légitimes, semble-t-il. On se plaint de l'humidité ; on se plaint de l'étroitesse des locaux. 16 février i562 : « A esté proposé que le professeur grec se trouve grandement pressé dans le logis qui lui a été baillé, pour ce qu'il est chargé de plusieurs enfants, demandant estre quelque peu relargi. Attendu quoy a esté arresté qu'on lui octroyé toutes les chambres qui sont au-dessus de son habitation, hormis la librairie^. » — Enfin, on en arrive aux étiquettes. 11 septembre i562 : « Qu'il seroyt bon de demander Mons'' Calvin et le recteur, et establir les logis à chascun professeur et régent, selon son art, pour règle à l'advenir. Arresté qu'il se face, et qu'on défende aux voisins d'y entrer, ni mesme aux privés*. » Et voici la décision du 29 septembre i562 : « A esté rapporté par Mess, les sindiques qu'ilz furent hier, avec Mons'' Calvin, visiter le collège, pour voir comment ilz pourroient mieux accomoder de logis les trois professeurs, assavoir l'hébreu , le grec, et en philosophie ; et qu'ilz trouvèrent le dernier corps du collège dernièrement édifié [celui qui regarde vers le lac] estre suffisant et propre pour ung chascun des dicts professeurs.... Et afin qu'ils soient mieux révoqués et qu'on ne soyt en peine, comme on a été cy devant en chascun des trois logis, sera apposé un escripteau en grosses lettres, affin que chascun des dicts professeurs présents et futurs sache quel logis et habitation il aura. Arresté qu'ainsi soyt faict, et qu'il soit doresnavant observé en ceste sorte. Mays d'aultant que celui [logis] qui est pour le professeur grec n'est encor assés desséché, tellement que cest hyver il pourroit prendre quelque maladie , arresté qu'on lui donne 20 florins pour le loger cest hyver ^ »
En 1648, le Conseil eut l'idée de déposséder les régents de leurs logements et de vendre les maisons. La Compagnie des pasteurs empêcha le Conseil de réaliser ce projet. Mais, au commencement du siècle passé, ces vieux immeubles étaient tout délabrés. Ils furent vendus, et sur leur emplacement on bâtit les
et aux locataires du Collège. Le lit en occupait toute la longueur. A l'issue de ce passage, il y avait, devant les fenêtres en papier de mon cabinet de travail, une galerie, dans laquelle les enfants batailleurs troublaient toute la journée nos méditations par leurs cris et leurs jeux. Au-dessous de nous, il y avait la cuisine : or, pour ne pas parler des puanteurs qui montaient jusqu'à nous, il faut savoir quel charivari faisaient ceux qui étaient assis autour du foyer (car il n'y en a point dans la salle à manger). » Frédéric Gardy, Histoire de la supervenue inopinée des Savoyards en la ville de Genève, en la nuict du dimanche 12= jour de décembre 1602, par Melchior Goldast, réimprimée d'après l'édition de 1603 et précédée d'une introduction sur le séjour de Goldast à Genève (1599-1603), M. D. G., XW'III (1903)- — Je laisse de côté les autres motifs : la rusticité du langage des hôtes, absolument fruste et grossier, vrai patois savoyard ; l'insuffisance de la nourriture et de la boisson et leur mauvaise qualité ; l'insupportable et sordide avarice de l'hotc, à laquelle s'ajoutaient la méchanceté, l'astuce de serpent de sa femme et sa saleté repoussante. Et je distingue entre ce qui était personnel au régent et ce qui caractérisait son logement. En 1599, des vitres de papier, le foyer commun à la cuisine, et le reste... cela donne une idée du confort de ces logements, une quarantaine d'années auparavant.
1. Registres du Conseil, Vol. 56, f. 99V. — i. Ibid., f 114. — 3. Vol. 57, f. 8. — V Ibid-, f n8^ — 8. Ibid., p. 128.
LA VILLE
grandes maisons de la rue Verdaine, à droite en descendant *. — Les jardins des régents, où ils pouvaient cultiver des légumes, furent occupés, depuis 1725, par un immeuble Jean Gallatin « actuellement [1896], N° 7^ »
1. M. Albert Odier, ingénieur de la ville, qui, en 1895, avait adressé à M. le professeur Vulliéty quelques extraits de plans du Collège et de ses abords [ces extraits sont déposés à la Société d'histoire], a bien voulu faire rédiger à notre intention une note sur le « quartier du Collège. > Nous remercions vivement M. l'ingénieur Albert Odier pour le réel service qu'il nous a ainsi rendu, et nous sommes heureux de reproduire sa note. Nos lecteurs y trouveront plus d'un détail instructif : « Dans la seconde moitié du seizième siècle, la Seigneurie était propriétaire de la plupart des maisons de la rue Verdaine situées derrière le Collège, dans l'espace compris entre la ruelle dite • la ValU'e > et le Palais de Justice. Dès cette époque et jusqu'à la fin du dix-septième siècle, ces maisons servirent d'habitation aux régents du Collège. En effet, durant cette longue période, ceux de ces derniers dont nous avons recherché les noms dans les registres des décès sont dits décédés « en la rue Verdaine. » — Dès 1621, la seigneurie possédait le mas entier des maisons sus-désignées et le registre des reconnaissances de l'Evêché (cadastre de 1692) mentionne les noms des régents et du chantre du temple de Saint-Pierre qui les habitent. Ces constructions figurent sous les N»* 19 à 27 sur le schéma des anciens plans [que nous reproduisons en partie, p. 373]. Le N° 19 est habité par Lejeune, ministre du saint Evangile et régent de la première classe; le N" 20, par Badolet, ministre et régent de la deuxième classe ; le N» 20, par Cuchet, régent de la troisième classe ; le N" 22, par Durand, ministre et régent de la quatrième classe ; le N" 25, par Michel, régent de la cinquième classe; le N» 27, par Cardouin, régent de la sixième classe; le N" 23, par Fabry, régent de la septième classe; le N° 26, par Uourdillon, régent de la huitième classe; le N» 21, par David, régent de la neuvième classe ; le N° 24, par Colondrc, chantre du temple de Saint-Pierre. — En cas d'alarme et de feu, les régents devaient < aller au quartier le mousquet sur l'épaule. » En 1677, ils adressent au Conseil une requête aux fins d'en être exemptés. « Arresté, dit le Registre, qu'aux cas susdits le Conseil se contente qu'ils se tien- > nent armés et en bon estât à la grande porte du Collège, pour y attendre les ordres qui leur seront » donnés par le capitaine du quartier ou par les officiers ausquels ils devront obeïr sans reluctance, et » aller aux lieux où ils seront commandés si la nécessité le requeroit. » [Registres du Conseil, 4 déc. 1677.) — En jetant un coup d'œil sur le plan, on voit qu'au midi les maisons des régents — c'est le nom qui leur fut donné' — étaient confinées par l'hôpital (l'ancien couvent des religieuses de Sainte-Claire) ; au Nord- Est, et de l'autre côté du passage dit « la Vallée », s'étendait un jardin, à l'entrée duquel se trouvait la maison du portier du Collège. Ce terrain fut abergé en 1725 à No. Jaques Gallatin. — Entre le dit jardin et la rue du Vieux-Collège s'élevaient la maison et le château de No. Minutoly, professeur d'éloquence et de grec à l'Académie. Au delà de la place et de la rue du Vieux-Collège, le plan indique le bâtiment de la Charpentcrie, jadis couvent des Cordeliers, le grenier à blé. — Lors de la réunion de Genève à la France, les six maisons des régents relevèrent de la Société économique au même titre que les autres biens communaux. Au début du dix-neuvième siècle, servirent-elles d'habitation aux maîtres du Collège ? Nous ne saurions le dire. Trois de ceux-ci, dont l'année de la mort nous est connue (1807, 1810, 1829), ne sont point décédés à la rue Verdaine. Vers 1840, la Société économique avait formé le projet de reconstruire, en lieu et place de ces maisons, des immeubles locatifs à quatre étages et de disposer en jardin le surplus du terrain situé entre ces derniers et les bâtiments du Collège. Dans ce but, elle céda en 1842 à la direction de l'hôpital une parcelle contiguë à celui-ci et elle construisit elle-même, en 1843 et 1844, les immeubles portant actuellement les Nos 9 et 11. — A l'occasion de ces reconstructions, la Société économique s'était engagée à conserver au haut de la rue un passage de la largeur de celui qui formait l'allée dite Koman et qui donnait accès au Collège et à la Bibliothèque publique depuis la rue Verdaine. Il fut également procédé à l'élargissement de la rue. (En 1821, la Société économique construisit dans la partie Nord- Est de la cour du Collège une école d'enseignement mutuel « à la Lancastcr >. Elle reçut dans ce but une allocation importante du Conseil municipal. Ce bâtiment, remis à la ville de Genève en vertu des articles 143 et suivants de la Constitution genevoise du 24 mai 1847, subsista jusqu'en 1891, époque à laquelle il fut reconstruit. Il contint jusqu'en 1902 dix classes primaires et six classes pour le Collège et sert maintenant d'annexé à ce dernier.) yuant au Collège lui-même, il abrita dès sa fondation, dans une chambre haute, les quelques livres qui furent l'embryon de la Bibliothèque publique. Le principal, selon Gaullieur, avait la charge de cette collection naissante. En raison de son développement ininterrompu, la Bibliothèque fut
LA VILLE HAUTE 3g i
Quand la iradition, appuyée du reste sur des textes suffisamment explicites, nous raconte que Calvin allait travailler aux remparts, nous croyons cette tradition. — Mais, sans texte aucun, la tradition nous suffit pour croire que plus d'une fois Calvin, au sortir de ses sermons, de ses leçons ou de ses congrégations, alla visiter les travaux de son collège, pousser les ouvriers, les hâter, et que « le jour de l'inauguration des fabriques, il s'est assis ' » là, sur le porche, créateur satisfait de son œuvre.
M. Borgeaud, parlant des remparts, a dit éloquemment : « L'œuvre à laquelle Calvin conduit, étrange contremaître, est l'image frappante de celle de sa vie. La tranchée que creusent ses disciples, venus de France et d'Allemagne, d'Italie et des Flandres, d'Angleterre et d'Ecosse, et naturalisés par le péril de la foi réformée, le boulevard qu'ils élèvent, rivalisant d'ardeur avec les lîls de la cité, c'est Genève même. La bourgade allobroge, émancipée de son prince évèque, a pu seule de son espèce maintenir son indépendance, malgré sa petitesse, grâce au courage et à l'énergie, jamais lassée, de ses concitoyens, mais aussi, on doit le dire, grâce à l'appui constant qu'elle a trouvé au dehors, dans le monde de la grande idée, dont elle était devenue la métropole ^. »
Oui, certes. Mais ce qui est vrai des boulevards, à combien plus forte raison est-ce vrai du collège, de ce collège dont l'enseignement pétrit et façonna, l'une après l'autre, les générations genevoises ?
Et ce n'est même pas tout : le collège est inséparable de l'académie.
En effet, lorsqu'il eut bâti son collège, Calvin y installa son académie. Et cette académie, plus encore que le collège, c'était lui, et lui presque seul. Les cours supérieurs furent donnés, nous l'avons dit, dans la salle de la première classe. Mais, au bout de deux ou trois ans, la place devint insuffisante, et ces cours montèrent là-haut, près de Saint-Pierre ^ dans ï Auditoire. C'est là que résida la vraie académie, sans installation. Pictet de Sergy a eu ici une belle intuition : « Cette académie, dit-il, était à peine installée, et, par un phénomène probablement sans exemple, elle ne Ta jamais été matériellement. Elle n'a guère été qu'un symbole de science, un corps incorporel.... Durant trois siècles, l'académie de Genève n'a cessé d'avoir des professeurs éminents, d'attirer à elle des tlots d'étrangers de distinction,... sans pour cela avoir jamais un chei elle, sans qu'aucun bâtiment spécial lui ait jamais été consacré. De même qu'à l'étranger,
transférée en 1703 dans un local plus vaste situé au-dessous, c'est-à-dire au premier étage du bâtiment de l'Horloge, où elle resta jusqu'en 1872. Le logement des bibliothécaires fut aménagé dans l'autre aile, près de celui du principal. (Le Bulletin de F Institut national genevois, mai 1859, .\° 18, contient le tableau chronologique des principau.x et des régents du Collège depuis sa fondation jusqu'à la fin de l'ancienne République, par A. Bétant). • — 2. Voir Thévenaz, p. 38, 39.
L Philippe Monnier, p. 6. - -i. Borgeaud, p. 83. — 3. Où avaient été donnés les cours de théologie. Voir plus haut, p. 343 et n. 2.
LA VILLE
qui demandait à Genève le monument de Calvin, on a pu répondre longtemps : « A quoi bon, Genève tout entière n'est-elle pas son monument ? » De même, on pourrait dire que Facadémie à Genève est dans Tair, dans les rues, dans toutes les maisons. Ville-école*.... »
Et rien ne fut plus beau que le beau collège, si ce n'est cette Académie idéale. — Rien ne fut plus calviniste que ce solide monument, si ce n'est ce monument qui n'existait même pas. L'un forma les citoyens, l'autre forma les étrangers, peuplant toutes les nations de calvinistes genevois.
Grandeur prodigieuse parce que c'est une grandeur immatérielle. S'il y eut tant de bras et tant de bourses, inlassables et inépuisables, à Genève, en Hollande, en Angleterre, pour faire, refaire, et défendre les murs de la petite cité, petite et invincible, c'est qu"il y eut tant de cerveaux qui pensaient et tant de cœurs qui aimaient le calvinisme, les (^oligny, les Guillaume le Taciturne, les Cromwell....
Alors je m'explique bien l'orgueil, légitime et triomphateur, de Th. de Bèze, lorsque, voyant le nombre total des écoliers, monté de i5oo, en i564, à 2000, en i566, il s'écria : « Nous serions sûrs de vivre quand même il nous faudrait mourir. Gar nous avons maintenant la certitude que si cette cité doit tomber, sa chute retentira dans les pays voisins et sera un désastre, même pour ceux qu n'en ont pas la moindre idée. Ce serait la ruine de la liberté ". »
I. Pictct de Scrtjy, Genève ancienne et nouvelle. Etude d'histoire nationale, Bullinf;cr. 6 juin 1566. Lettre manuscrite citée par Borgeaud, p. 63, et n. i.