ICONOGRAPHIE GENEVOISE
On sera certainement heureux de trouver ici le jugement qu'a porté sur les principales gravures que nous avons reproduites, M. Ch. Bastard, c'est-à-dire le collectionneur émérite qui non seulement possède la plus belle collection de gravures genevoises, mais qui, en même temps, en est le connaisseur le plus autorisé.
La première vue de Genève, tirée de la Chronique de Nuremberg de 1493, n'a aucune valeur : elle est donnée dans le volume pour sept villes différentes.
« Il faut sauter à l'année 1548, et ouvrir la Cosnwgraphie de Sébastien Munslcr, pour avoir une représentation fidèle de la Genève d'alors. Il y a eu douze éditions en diverses langues de cette chronique entre 1548 et 1578. Cette vue, prise de l'emplacement actuel des jetées, a servi fort longtemps de type pour représenter notre cité.
» Nous trouvons ensuite, en 1640, donc un siècle plus tard, la vue de Genève, tirée de la Topograpbia Helvetia, de Mérian. Celle-là est prise du Bois de la Bâtie, et, de même que son aînée, elle se reproduit en tous formats, avec plus ou moins de petites variantes, pendant une longue période.
» La première était gravée sur bois; la seconde, sur cuivre. Ce sont donc les deux plus anciennes vues connues.
» Entre deux (gravure de Munster et gravure de Mérian) nous pouvons placer cinq gravures de Martin Baum: Pays de Genève, prise à vol d'oiseau; Combat de Pinchat; Combat du fort de Versoix; Combat du fort de l'Ecluse; Combat de Bonne. — Ces feuilles sont des plus intéressantes pour l'histoire du costume, et si nous en jugeons d'après la pièce qui représente la « prinse du fort de la Cluse, » le paysage est très fidèlement traité. — Ces cinq planches, très rares, se vendaient à cette époque (1590) isolément, comme feuilles volantes, avec une page de texte explicatif.
» Nous pouvons citer, comme gravures exactes du dix-septième siècle, la grande vue panoramique en deux feuilles, gravée en 1655 pour Pierre Chouel. Cette vue prise en perspective aérienne, de l'entrée de la rade, donne une bonne idée de l'enceinte et de l'intérieur de la ville; — puis les pièces de François Diodati (S'-Pierre; le Pont d'Arve; Le manège de la Corraterie). Nous n'avons pu savoir si ce dernier était graveur de profession ou simple amateur. Ses œuvres sont bien dessinées,
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» Robert Gardelle, peintre de grand talent, nous a légué trente-six vues, à nous connues, de notre ville, toutes à l'eau-forte (à ce qu'il nous semble). Ces vues sont très bien dessinées, et très exactes. Elles s'échelonnent sur les années 1735 à 1750.
» De la fin du dix-huitième siècle, nous avons de C.-G. Geissler une trentaine de vues de l'intérieur et des abords de la ville. Le dessin naïf manque généralement de perspective; — de Lévcqiie : deux grandes et deux petites vues, très bien dessinées ; — de /. Hess : quatre grandes vues des ports du Molard, de la Fusterie, de la Porte de Cornavin, et du Bastion de Saint-Jean, presque introuvables : à l'eau-forte, d'un cachet archaïque et gouachées par F. Hess.
» Enfin, nous citons Pierre Esciiyer et ses vues, parues entre 18 16 et 1826; exactitude, bon choix des points de vue, mais dessin lourd, surchargé, manquant de perspective.
» Nous devons une mention spéciale à l'estampe suivante dont un exemplaire se trouve à la bibliothèque publique de Genève et qui est, croyons-nous, le seul connu. Cette pièce, reproduite en quatre morceaux dans ce volume, fut dessinée par Claude Chastillon en 1641 et gravée par C. J. Vischer à Amsterdam. Le titre qui se trouve au sommet de la planche, imprimé en capitales blanches sur fond noir et sur une ligne, est : « Geneva civitas antiqua imperialis et libéra academia ac respublica nobilis. » Les armoiries de la ville se trouvent dans le ciel. Cette estampe est en quatre feuilles numérotées de i à 4. Au-dessous se trouve un texte historique en latin, français et hollandais; chaque texte est imprimé sur deux pièces de trois colonnes, soit sur six colonnes, total dix-huit colonnes de 39 lignes chacune. La signature est : C. J. Vischer excudebat apud Nicolaum Joannis Vischer, Amstelodanum. La gravure mesure 2™350 de long sur o"'58 de haut. C'est la pièce capitale de la collection genevoise. La reproduction contenue dans ce volume constitue un travail de patience qui fait honneur à son auteur M. Armand-Delille. En effet, ce dernier a calqué la gravure trait pour trait avec leur valeur respective et ce calque a été réduit d'un tiers par la photographie pour le cliché zincographique. On peut se figurer aisément quelle somme de travail et quelle habileté de main cela représente.
» On peut également féliciter l'auteur du volume d'avoir reproduit la vue ci-dessus, ainsi que celle de Chouet, en plusieurs morceaux, plutôt que de les avoir ou trop réduites ou pliées. De cette manière l'œil n'est pas distrait par l'ensemble de la vue et perçoit beaucoup mieux les petits détails. Ces vues n'ont pas la précision d'une photographie, il y a été pas mal sacrifié à l'imagination de leurs auteurs ou à l'effet pittoresque, mais elles renferment cependant certains détails de grande valeur. Je citerai par exemple les barques du port du Molard dans la vue de Chouet. C'est là qu'apparaît pour la première fois la voile latine et les appounlis ou trottoirs pour la manœuvre à l'élire ou gaffe. Comme la gravure est de 1655, cela prouve que voiles latines et appountis furent employés un siècle avant la date qui leur était attribuée quant à leur apparition sur notre lac. »
La première partie de ces citations est extraite de la plaquette Je M. Ch. Bastard, intitulée: Notes sur l'iconographie genevoise. Histoire de Genève par la gravure. 1899. — Mais M. Ch. Bastard a bien voulu, à tous les inappréciables services qu'il nous a rendus, ajouter celui-ci : de revoir luimême et de compléter ces notes. Toute la seconde partie est inédite.
JEAN CALVIN UI
Appendice A'" ///.