II. Hamelin
Hamelin (Philibert), né à Tours, s’étant « desprestré, » évangélisa Saintes, en 1546. Il fut arrêté. Pour échapper au bûcher, il « dissimula sa confession,» et ayant retrouvé la liberté, il se rendit à Genève, où il fut reçu habitant, le 19 juillet 1549. Il était marié. Deux filles lui naquirent et furent baptisées, l’une le 21 août 1552, l’autre le 24 août 1556. Il augmenta là « sa foi et sa doctrine, » et se fit imprimeur « pour publier livres de la Saincte Escriture 7. »
Ses deux marques symbolisent sa vie, la vie de son âme.
L’une a quelque ressemblance avec celle des Estienne. C’est un arbre dont un rameau, détaché, tombe ; avec la devise : Regarde la bénignité et la sévérité de Dieu. (Rom. XI.) Cette marque (reproduite Page 161) a été prise à la bibliothèque de Cassel, dans : « Le premier livre des commentaires de M. Jean Calvin, sur les Actes des Apostres; Au roi de Danemarck 8, » N’estce pas une allusion à sa faute et à son pardon ?
1. «Poyr ce que journellement on fait beaucoup de figures nouvelles ajoutées au texte de l’escripture, qui ne sont pas de grand profit, et qui ne font qu’enrichir la besoigne, la Seigneurie ordonne qu’il n’en sera donné nul privilège à l’auteur. » Ordonnances touchant à l’imprimerie, du 15 février 1560. Nouvelle Etude sur la typographie genevoise par Gaullieur dans le Bulletin de l'Institut national genevois, I], 1855, p. 137. — 2. Ces trois volumes sont à la Bibliothèque de Genève. — 3. Ce volume est à la Bibliothèque de l’Arsenal à Paris. — 4. Ph Renouard, Zmprimeurs parisiens, p. 128. — 9. France protestante, 1°° édit., V, p. 420-423. — Crottet le fait naître à Chinon, en Touraine. Il aurait commencé par exercer la prêtrise. Crottet, Histoire des Eglises réformées de Pons, Gemosac et Mortagne en Saintonge, p. 16. — 6. Voir Bulletin, XI, 1863, p. 469. « Philibert Hamelin fut-il imprimeur ou libraire à Genève en 1552 et 1554 ? » par Th. Heyer. 7. Histoire des martyrs, W, p. 468. — 8. Que M. le directeur du Gymnase de Cassel, le D’ et professeur Muff, veuille bien
La séconde marque représente deux ceps de vignes ; l’un, s’appuyant sur un ferme tuteur, est chargé de fruits, l’autre, détaché du tuteur, penché vers la terre, sans fruit, est presque déraciné. Autour se lit la devise : Toute plante que le Père | céleste n’a point plantée | sera arrachée. (Matth. XV.)
N'est-ce pas Hamelin tenant ferme son Sauveur, et Hamelin abandonnant son Sauveur, le cep divin, dont les autres tirent leur substance ?
Hamelin imprime lInstitution chrétienne, en 1554. Les Opera ! ne signalent qu’un exemplaire de cette édition à Strasbourg. Mais M. le pasteur de Félice en possède un, d’après lequel a été reproduite la seconde marque. (Page 149.)
Toutefois la conscience d'Hamelin le tourmentait. Voulant réparer sa faute, il « s’accoustuma de faire des voyages par la France. » Il avait, dit B. Palissy, « quelques serviteurs qui vendoyent des Bibles et autres livres imprimez en son imprimerie. » « Souvent, ajoute Crespin, avec la perte de ses livres il retournoit après avoir esté chassé ou emprisonné ; mais il s’estimait tellement heureux, quand il sortoit d’un danger, qu’il lui tardoit de n’estre entré en un autre ?. »
En 1553, il part avec une lettre de Calvin (du 12 octobre) pour les « fidèles des îles » d’Arvert, Oléron, Marennes. « Le frère présent porteur nous a déclairé que vous lavez requis de retourner vers vous quant il pourroit.…. Quant à l’homme vous le cognoissez, et de notre part, selon qu’il s’est monstré icy homme craignant Dieu, et a conversé avec nous sainctement et sans repréhension, et aussy qu’il a tousiours suivy bonne doctrine et saine, nous ne doubtons pas qu'il ne se porte fidèlement par delà et ne mecte paine à vous édifier. »
Calvin fixe ensuite le programme « des frères dispersés » pour « dresser Eglise. » Ils doivent commencer par « être diligents à s’assembler pour prier Dieu en commung, » et se « séparer des idolâtries. » « Quant Dieu avec le temps vous aura faict tellement proffiter que vous serez comme un corps d’Eglise, qui s’entretiendra en l’ordre desia dict, et qu’il y en aura quelques-ungs qui seront résoluz de se retirer des pollutions qui règnent là, alors vous pourrez avoir l’usage des sacrements. Mais nous ne sommes nullement d’advis que vous ne commenciez par ce bout, et mesme que vous soiez hastez de célébrer la saincte Cène, jusques à ce que vous aies ung ordre estably entre vous... Mesmes il ne seroit pas licite à ung homme de vous administrer les sacremens, sinon qu'il vous recognoisse comme ung trouppeau de Jésus-Christ, et qu’il trouve entre vous une forme d'église ÿ. »
Hamelin fut arrêté après un baptème qu’il avait célébré à Arvert. Envoyé à Bordeaux, il monta sur le bûcher, le 18 avril 1557, « Samedi veille des Rameaux, devant le Palais. »
Bernard Palissy lui a rendu le plus beau, le plus touchant témoignage. C'était pour lui un prophète, un « ange de Dieu, » d’une si sainte vie « qu’il lui sembloit que les autres hommes estoyent diables au regard de luy. »
Il nous sera permis de noter deux preuves que Palissy donne de cette sainteté de vie d’'Hamelin.
Le futur martyr était déjà en prison. Un ami arrive, et offre au geôlier une forte somme d'argent pour le laisser échapper. Le geôlier est tenté. Il a l’idée de consulter. Hamelin! et Hamelin, justifiant cette prodigieuse confiance, unique probablement dans toutes les chroniques de toutes les prisons, lui conseille de refuser, et lui dit : « qu’il valoit mieux qu’il mourust par la main de l’exécuteur, que de le mettre en peine pour luy. »
La seconde preuve est la transformation que le ministère d’'Hamelin * opéra à Saintes, trans-
recevoir nos remerciements pour la peine qu’il a prise, en faisant faire les photographies nécessaires pour nos facsimilés.
1. Opera, II, p. xxxvi. — 2. Histoire des martyrs, I, p. 468. — 3. Opera, XIV, p. 638, 639. — 4. Ce ministère fut de deux ans, d’après Crottet, o. c., p. 19.
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formation décrite, il faut presque dire chantée, par illustre inventeur des rustiques figulines, dans des lignes célèbres : « Voilà comment nostre église a esté érigée au commencement par des gens mesprisez, et alors que les ennemis d’icelle la vindrent saccager et persécuter, elle avoit si bien profité en peu d’années, que desjà les jeux, danses, ballades, banquetz et superfluitez de coiffures et dorures, avoyent presque toutes cessé : il n’y avoit plus guère de paroles scandaleuses, ni de meurtres. Les procès commençoyent grandement à diminuer : car soudain que deux hommes de la Religion estoyent en procès, on trouvoit moyen de les accorder : et mesme bien souvent, devant que commencer aucun procès, un homme n’y eust point mis un autre, que premièrement il ne l’eust fait exhorter à ceux de la Religion. Quand le temps s’approchoit de faire ses Pasques, plusieurs haines, dissensions et querelles estoyent accordées : il n’estoit question que de Psaumes, Prières, Cantiques et Chansons spirituelles, et n’estoit plus question de Chansons dissolues ni lubriques. L'Eglise avoit si bien profité, que mesmes les magistrats avoyent policé plusieurs choses mauvaises, qui dépendoyent de leurs authoritez. Il estoit défendu aux hosteliers de ne tenir jeux, ni de donner à boire et à manger à gens domiciliez, à fin que les hommes desbauchez se retirassent en leurs familles. Vous eussiez veu en ces jours là ès dimanches, les compagnons de mestier se pourmener par les prairies, boscages, ou aultres lieux plaisans, chantans par troupes, Pseaumes, Cantiques et Chansons spirituelles, lisans et s’instruisans les uns les autres. Vous eussiez aussi veu les filles et vierges assises par troupes ès jardins et autres lieux, qui en cas pareils se délectoyent à chanter toutes choses sainctes ; d’autre part, vous eussiez veu les pédagogues, qui avoyent si bien instruit la jeunesse, que les enfans estoyent tellement enseignez, que mesme il n’y avoit plus de geste puérile, ains une constance virile. Ces choses avoyent si bien profité, que les personnes avoyent changé leurs manières de faire, mesme jusqu’à leurs contenances!. »
Cette page suffit et suffira éternellement pour réfuter toutes les calomnies des adversaires de la Réforme: et c’est Hamelin qui l’a imprimée dans le cœur des fidèles de Saintes. O incomparable imprimeur! — dirait un écrivain du XVI: siècle, — habile à se servir des divins caractères, en face desquels pâlissent les plus belles lettres fleuronnées des Estienne et des Gérard.
IT. L’imprimerie Platter, Lasius, Winter et Oporin.
Nous avons raconté la vie de Phomme célèbre qui eut l'honneur d’imprimer la première édition de l’Institution chrétienne, et nous avons aussi parlé de son établissement rue de lOurs ?. Cette imprimerie était une association de quatre membres.
L’Institution de 1536 porte Basileæ per Thomam Platierum et Ballhasarem Lasium. — Les Epistolæ duæ de 1537 portent : Basileæ per Balthasarem Lasium et Thomam Platterum (Lasium en gros caractères, Platterum en petits). — Ces deux volumes présentent comme marque une Minerve. Nous avons reproduit lune et l’autre (Pages 192 et 516). — On trouve encore la Minerve sur le Catechismus de Calvin, 1538, Basileæ in officina Roberts Winter.
Platter, Lasius, Winter, étaient les imprimeurs; l'éditeur était Oporin (traduction grecque de son nom de famille : Herbst), directeur du Gymnase, médecin, professeur de langue grecque, et imprimeur, un des plus illustres Bälois du XVI: siècle *, l'éditeur de « cette longue suite de publications grecques et latines qui devait, sinon l’enrichir, du moins illustrer son nom. »
Dans ces premières années, la maison du vaillant imprimeur, arx oporina, était une ruche en
1. Bulletin, 1, 1853, p. 90. — 2. Voir plus haut, p. 491, — 8. Voir Steuber, III, p.68. — Stockmeyer et Reber, Baiträge eur Basler Buchdruckergeschichte, 1840.
plein bourdonnement : on y travaillait jour et nuit. Une inscription latine prévenait les visiteurs de faire vite, à moins qu’ils ne vinssent pour aider.
Oporin est le Robert Estienne de Bâle. M. Buisson a bien décrit en quelques lignes remarquables cette ardeur, cette fièvre de science et de prosélytisme, qui animait ces protestants vraiment incomparables par leur science comme par leur modestie, par leur gloire comme par leur misère: « Ce n’est plus seulement la maison de Froben telle qu'Erasme nous la décrit aux premières heures de la Renaissance : il y a quelque chose de plus. On y retrouve bien ce même va-et-vient de messages et de messagers, de marchands et d'étudiants, d'ouvriers en tournée, de poètes en quête d’éditeur, de professeurs à la recherche d’une chaire; c’est toujours la même vie enfiévrée de ces ateliers qu'Erasme appelle des fournaises, ayant pour tout délassement, le soir, les longs entretiens sur lantiquité profane et sacrée, sur les questions théologiques et sur les problèmes d’érudition classique. Mais des devoirs nouveaux sont nés de la gravité des temps: il ne s’agit plus de livres seulement, une autre guerre est engagée que « la guerre des Lettres contre la Barbarie.
» Ceux qui arrivent tous les jours chez Oporin, ce sont des fugitifs qui, par miracle, ont échappé à la persécution, à la prison, au supplice, des pasteurs dont la tête est mise à prix, des moines ou des prêtres devenus luthériens et déjà condamnés par contumace ou brûlés en effigie dans leur pays. Ceux qui partent, ce sont des hommes qu’il ne faut pas compter revoir, car ils vont, au péril de leur vie, semer la Réforme en France, en Angleterre, aux Pays-Bas !. »
N'’était-il pas naturel que dans ce groupe d’hommes apparut la figure de Calvin, et qu'Oporin imprimât les deux premiers ouvrages de notre Réformateur ?
À propos des Épisiolæe duæ, Oporin écrit, le 12 mars 1537, à Calvin : « Récemment en partant j'ai pris soin que tu reçusses, par notre Louis, 12 exemplaires de tes Lettres imprimées par nous, et je t’en enverrai volontiers davantage, si tu veux. Des autres petits volumes sortis de nos presses, je t’en enverrai aussi si tu le désires. — Si, en imprimant tes Lettres nous n’avons pas complètement répondu à ton attente, malgré tous nos efforts, tu nous pardonneras?.…. »
Dans la même lettre Oporin parle à Calvin de l’Jnstitution, qu’il appelle un Catéchisme. (De Catechismo tuo.) On attend vivement une réédition revue (guando eum recognitum denuo editurus sis). De l'édition précédente il ne reste plus d’exemplaire, du moins à Bâle. C’est tout au plus s’il y en a encore une cinquantaine à Francfort. Et il espère que Calvin daignera se servir de son imprimerie pour cette seconde édition, si utile à la théologie.
En 1538 (4 août), Calvin est à Bâle, et loge chez Oporin, qui venait de prendre la place de Grynée au Gymnase”, et faisait partie du groupe Myconius, Grynée, etc., au nom duquel Calvin salue Farel, et que Farel fait saluer. Dans une lettre postérieure, Calvin donne des détails très familiers. « L'idée de Grynéus était de ne pas compter le vin que nous avons pris de lui [Oporin]. Mais comme j'ai vu qu'Oporin n’inclinait pas spontanément de ce côté, je n’ai pas voulu souffler mot. Toi, tu as vécu chez lui sept semaines et deux jours, moi deux mois et environ douze jours. Je paierai cinq couronnes et toi quatre. » Malheureusement une catastrophe, arrivée en 1542, cause à Oporin des difficultés dont il ne sortira plus qu’avec la vie. La lettre dans laquelle il raconte à Calvin ses malheurs, est d’une tristesse douloureuse (10 novembre 1542).
Sur le conseil de Mélanchthon et de Luther il avait imprimé le Coran°. Le Magistrat, consulté, n'y avait pas vu d’obstacle. Le texte était annoté et réfuté, et Oporin avait fait de son édition
1. Buisson, o. c., I, p. 243, 244. — 2. Opera, XV, p. 91. — 3. Ibid., XV, p. 202. Lettre de Farel et Calvin à Viret et Couraud, juin 1538. — 4. Opera XY, p. 280. En note: « Il est presque certain que Calvin et Farel sont arrivés à Bâle au commencement de juin. Seulement il est ici question, non pas du séjour à Bâle, mais du séjour chez Oporin.» — 5. Voir Hagenbach : € Luther et le Coran devant le Conseil de Bâle,» Beiträge zur vaterl. Geschichte, IX.
Lééée.
une œuvre insione el memorabile, dit Bullinger. Th. Bibliander lavait ornée d’une élégante préface. Bref, Oporin avait pris une telle peine, en collationnant et en copiant les manuscrits, qu’il fut obligé de resté couché quelques semaines. Tout à coup quelques esprits s’effarouchent, nescio qui asini, dit Bullinger!. On représente au Magistrat que cette publication serait « pestilentielle et ignominieuse » pour la ville de Bâle. Les exemplaires sont saisis et Oporin jeté en prison. Le voilà ruiné, dit-il à Calvin. Il a emprunté pour son édition 400 florins. Il aurait besoin de 100 couronnes pour sortir d’embarras. Il se confie à son ami très cher (in amici carissimi sinum) et lui demande conseil. Ne connaîtrait-il pas quelqu'un qui pourrait lui avancer cette petite somme (tantula pecuniola) pour un an? Il la lui rendrait avec un intérêt de 6 ?/,, et même plus s’il le fallait? Tel était le sort de ces savants nobles et misérables. Jusqu’à sa mort (1568) Oporin, écrasé par le poids de ses dettes, lutta en vain contre ce fardeau dont il ne put se débarrasser. Cependant le Sénat de Bâle fut obligé de revenir sur sa défense. Le 11 janvier 1543, il permit la vente du livre, mais en interdisant aux pasteurs d’en parler en chaire, de le citer, de le nommer, etc.ÿ
Plus tard Oporin eut des relations avec Castalion, qui était chez lui comme correcteur, d’après une lettre de Viret à Calvin, du 9 août 1544". En 1549, un nommé Bustorg, traduit et paraphrase les Epîtres de saint Paul. Dans une préface il attaque Viret. Le livre approuvé par Castalion et Cœlius est confié à l'imprimerie d’Oporin. Bèze se hâte d’avertir celui-ci, qui promet d’être prudent. Quelques jours après (17 octobre), Farel vient à la rescousse, et avec sa fougue ordinaire dépeint l’auteur qu’on a été obligé de destituer, qui a non pas traduit mais détruit (vertendas si non everlendas) les Epitres de saint Paul. Et il conjure Oporin, qui aime tous les hommes lettrés, mais surtout tous les hommes pieux, de ne pas laisser paraitre ce volume‘.
Les relations d'Oporin avec Calvin restèrent affectueuses7. Elles nous révèlent un trait de délicatesse, qui caractérise notre Réformateur.
Oporin voulait publier en 1560 (lettres du 10 et du 25 novembre à Bullinger®) la correspondance que Mélanchthon avait eue avec Bullinger et avec Calvin, à propos de la Cène. Il avait déjà les lettres à Bullinger; il désirait celles à Calvin. Il prie et supplie (vehementer oro) le Réformateur de Zurich d’intercéder auprès du Réformateur de Genève. Le 19 octobre, Bullinger avait déjà écrit qu’il y avait grande utilité à faire cette publication. « Quelques-uns seront plus émus par lautorité de Mélanchthon que par celle de Christ ?. » Il revint à la charge le 15 novembre. « Je te prie instamment de vouloir me communiquer les lettres très claires (maxime perspicuas) que Mélanchthon t’a écrites au sujet de la Cène. Sur le conseil de beaucoup d'hommes de bien, j'ai décidé de publier celles qu'il n’a adressées. Je désirerais joindre les tiennes aux miennes!?. »
La tentation dut être forte pour Calvin: produire un argument de plus, et d’une telle force, en faveur d’une thèse qui lui tenait tant à cœur! La preuve était en sa main. Mais cette main, il ne consentit pas à l’ouvrir. Pourquoi? Ces lettres ont été écrites, dit-il, par un ami à un ami : des étrangers comprendraient difficilement. « Il faut aussi tenir compte, ajoute-t-il, qu’il est mort et que ce qu’il m'a écrit nuirait beaucoup à sa renommée. Il y a des choses qu’il me serait honorable de publier, mais qui seraient exposées aux attaques jalouses de Flaccius et consorts!{.» On aime à voir l’ami veiller, avec cette pudeur jalouse, sur la mémoire de son ami.
Enfin, le 13 février 1564, nous trouvons une lettre de Bullinger à Bèze, reprochant amèrement (avec une amertume regrettable, et qui illustre singulièrement la rabies theologica du XVI: siècle), à Oporin d’avoir imprimé une épitaphe pour Castalion: « Un inepte individu a composé une
1. 19 décembre 1542, à Vadian, Opera, XI, p. 481. — 2. Jbid., XI, p. 464-466. — 3. Ibid., XI, p. 500. — 4. Jbid., XI, p. 741. — 5. Zbid., XIII, p. 411. — 6. Zbrd., XIII, p. 426. — 7. Jbid., XIII, p. 536. — 8. Zbid., XVII, p. 241 et 250. — 9. Zbid., XNIII, p.224. — 10. Zbid., XVII, p. 247. — 11. Zbid., XVII, p. 255.
épitaphe. Je m'irrite de voir Oporin imprimer de telles niaiseries. Mais d’où qu’il vienne le gain est doux. Que Castalion soit loué pour sa pauvreté! Il fut pauvre comme le sont d’habitude les moines, qui n'ont rien et cependant possèdent tout. Ce sont les louanges, je dirai presque de ces ânes!. »