‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son tempsChapitre 55 sur 156 · ETES · texte numérisé non relu

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Paris. La Cité, d’après les plans de 1552 et

attentat. Grande émotion! Le Chapitre fait toutes les expiations imaginables : il multiplie les processions particulières et générales; et, en trois jours, le procès est terminé. Jean Thuret est « condamné à estre bruslé au parviz Nostre-Dame, où sera mise et attachée une potence, soubz la quelle sera faict ung grand feu; lequel, après avoir par luy ung peu si le feu, sera estranglé et son corps gecté audict feu et converty en cendres. »

Une clause, dite le retentum, Re qui n'était pas communiquée au condamné, complétait, selon l'habitude, ce procès-verbal : « Et est retenu ?n mente curie que si ledict prisonnier persévère en ses derniers propos sacramentaires, que, à l'issue de la geolle, la langue luy sera couppée, et bruslé vif. » Jean Thuret arriva au Parvis la figure ensanglantée : il n'avait pas renié sa foi! (11 décembre 1550.)

Ces flammes ne furent ni les premières ni les dernières qui éclairèrent le Parvis. Car, il faut bien le dire, ce qui a défendu la religion célébrée au chœur de la vieille basilique, ce n’est pas cette masse admirable de pierres, chef-d'œuvre de l’art ogival et français; ce ne sont pas les statues d’anges et de saints qui la peuplaient; ce n'est pas l'évêché et celui qui, de ce palais, dirigeait les croyances de la foule; ce n’est pas le vaste cloître, petite cité fermée par une enceinte aux portes sévèrement closes, derrière la cathédrale, et à son ombre, dans la pointe de l'ile, agglomération de petites rues, de petites re et de trente-sept maisons, entourées de jardins, d’où chaque chanoine pouvait voir couler le fleuve. Non, ce n’est ni la science, ni la foi, ni la piété; c’est le Parvis, la petite place, close de murs à hauteur d'appui, accessible seulement par quelques marches, le Parvis, c'est-à-dire la force brutale; le Parvis, c'est-à-dire l’abominable persécution; le Parvis, c'est-à-dire le feu et le sang?. (Page 260.)

Ici fut brûlé (1526) le second des martyrs, sur terre de France, cet « ermite de Livry » dont on a récemment retrouvé le nom, Jean Guybert?, « avec une grande cérémonie, estant sonnée la grosse cloche de ce temple à grand bransle pour esmouvoir tout le peuple de la ville‘. » Après lui, quelles listes interminables et glorieuses! Parcourons une de celles qui nous ont été conservées : « Le treizième jour de novembre 1538, Barthélemy Millon, cordonnier, fait amande honorable devant Nostre-Dame de Paris, puys fut bruslé tout vif au cymetière Sainct-Jehan.

Le lendemain Jehan Dubourg drappier feist amande honorable devant Notre-Dame et eust le point découppé devant les fontaines Sainct-Innocent et de là fut bruslé tout vif ès Halles de Paris.

» Le XVIII.., tixerant.…., feist amande honorable devant Nostre-Dame, eust illec la langue persée et fust bruslé tout vif au marché aux pourceaulx?.…. »

A cette liste il ne manque qu'un nom, celui de Calvin lui-même. Calvin brûlé au Parvis de Notre-Dame! Quel bruit de cloches! Quelles processions! Quels

4. Bulletin, XXXV, 1886, p. 106. Une victime inconnue sous Henri II, par N. Weiss. — 2. Des anciennes exécutions il suffit de rappeler celle du grand Maître des Templiers, le 11 mars 1314. — 3. Bulletin, XXXV, 1886, p. 98. — 4, Histoire des martyrs, I, p. 264. — 5. Bulletin, XI, 1862, p. 256.

chants de triomphe! La Sorbonne eut le cruel chagrin d’être obligée de se contenter à moins; au lieu de Calvin, elle n’eut sous la main que son libraire; elle le bannit.

C'était Antoine Lenoir qui avait eu le courage d'introduire en France l’Institution chrétienne. Immédiatement il est saisi, jeté à la Conciergerie et, le 1°’ juillet 1542, on le mène au Parvis dans un tombereau, tête et pieds nus et en chemise,

Paris. Notre-Dame et le Parvis. (p. 268.)

ayant la corde au cou, tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres. Il arrive devant la principale porte de l'église, et là, étant à genoux, il est condamné « à dire et déclairer que, témérairement et indiscrètement, il a apporté ou faict apporter et amener » à Paris des livres contenant des blasphèmes hérétiques luthériens. Et seront tous ces livres et « mesmement ung intitulé Institutio religionis crestiane, authore Alcuino, et, en langage vulgaire, Institution de la religion crestienne composée par M° Jehan Calvin, ars et brulez et consommez en cendres en la présence dudict Lenoir, au parvis de Notre-Dame. » Après quoi il dut quitter le royaume.

Mais, deux ans après, la pensée de Calvin a fait de menaçants progrès. On essaye de la brûler une fois de plus, à défaut de sa personne. Le 14 février 1543 (n. s. 1544), le Parlement ordonne qu'on brûlera au Parvis des livres « contenans damnée, pernicieuse et héréticque doctrine. » Il y a, dans les rues, des « sons de trompe » et un «cry public. » Le bourreau entasse les livres détestables : le Nouveau Testament imprimé par Dolet en français, les Zocr de Mélanchthon, la Bible de Genève et, par-dessus tout, il pose « Calvinus, intitulé: Znstitutlion de religion chrestienne per Calvinum.» La grande cloche sonne et la flamme dévore Calvinus*.

1. Bulletin, XLIT, 1893, p. 549. — 2. Ibid., XKXXIV, 1885, p. 23.

On sait que l'Eglise a toujours eu horreur du sang! C’est sans doute pour cela qu'elle avait si peu horreur du feu.

Aujourd'hui le Parvis n'existe plus, tout a été balayé. La basilique reste seule avec sa façade noircie par la fumée de nos büchers!

4. Du lieu où l’on exécutait les horribles arrêts de mort, allons au lieu où on les rédigeait, au Palais.

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Paris, Le Palais 1,

Depuis les jours où il servait de palais à Constance Chlore et à Julien (qui ne logeait pas aux Thermes), et aux rois (avant le Louvre), le Palais de justice a été sans cesse remanié. Cependant il y a toujours la Sainte-Chapelle, ce que l’on peut imaginer de plus gracieux, et Îes prisons de la Conciergerie, ce qu’on pouvait imaginer de plus hideux.

En visitant celles-ci, le protestant, qui recherche les souvenirs du XVI° siècle, est déçu. Voici encore, il est vrai, ce que l'on appelle les cuisines de Philippe- Auguste, et non de saint Louis. Ce sont de grandes et belles salles voûtées. (Page 271.) Mais tout à coup on fait un immense saut à travers l’histoire, et on se retrouve en pleine Révolution française. Nous voyons la cellule où fut enfermée Marie-Antoinette, contiguë à la chambre des soldats qui la gardaient. Sur un autel, élevé postérieurement, se trouve le crucifix qu'elle baisait. A côté, est la cellule

1. Gravure de la première moitié du XVIIe siècle, (Musée Carnavalet.)

d’où partit Robespierre pour léchafaud. C'était l'égalité, l'égalité des victimes et des bourreaux. Nous arrivons dans la chapelle où étaient rassemblés les condamnés de la Terreur, et d'où Sanson, descendant l'escalier du fond, venait les appeler. Là, est la porte

par où sortirent les Gi- ENNETE = ji: 7 rondins. Elle donne sur NN 2% & EW \ ; D NZ 2 CA la cour où eurent lieu les ni \ NZ ÿ = massacres de septembre. 32) AU = ” . \G ) NO all 6 22 J'avais tort de parler KR NZ — OR = = é

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