ACTE DEUXIEME
DEUXIÈME soldat:
La chance!..
PREMIER SOLDAT
Quand on a son courage et sa tôte, on avance. — S'il allait revenir pour marier Baudru?..
DEUXIÈME SOLDAT
Allons donc!..
PREMIER SOLDAT
Eh bien ! moi, je Taurai toujours cru !
(Ils continuent à causer à voix basse.)
R,i0UL.
(Il se lève, regarde un instant à la fenêtre et descend sur le devant de la scène.)
Tout est prêt, et ce jour de deuil et d'espérance,
Qui devait voir sa mort, verra sa délivrance î
Chère Marie! Enfin je vais la voir!.. — Pourvu
Qu'elle ait eu mon billet, et que nul ne l'ait vu !
Ah ! j'ai dû perdre un peu de mon insouciance !
J'ai payé chèrement ma triste expérience.
Je ne révais qu'amour, gais combats sous le ciel.
Gloire, beauté, plaisir, chansons, lune de miel !
Le malheur n'était pas pour nous une habitude.
Il fallut s'éveiller sous sa main froide et rude.
Pauvre âme généreuse ! Elle voulait lutter
Contre l'horrible flot prêt à nous emporter.
Son mari, qu'entraînait sa brûlante énergie.
Succomba le premier dans la sanglante orgie.
11 était son époux , mon rival préféré ,
L'obstacle à mon bonheur!.. — Et pourtant, j'ai pleuré.
Oui ! j'ai pleuré de voir tomber sa noble tète !
Ah ! ce n'est pas ainsi que je la révais faite,
L'aube de mon bonheur, dont Tastre pâlissant, A peine à son lever, se baignait dans le sang!.. Et puis il fallut fuir ! — Suspecte et poursuivie, L'exil seul assurait mon bonheur et sa vie. Elle no voulut pas! — Elle voulait encor Lutter, combattre , offrir son sang, donner son or ! — Vains efforts!.. Tout a fui. La voilà prisonnière! L'heure, qui va sonner, pour elle est la dernière ! L'échafaud, où le sang de son mari coula. Est debout et l'attend ! — Seulement, je suis là ! De Roubert est bien long!., que n'ai-je pu moi-même Tout surveiller, tout faire, en ce moment suprême I L'heure doit approcher... — Enfin! c'est de Roubert.