‹ Jean Dacier; drame en cinq actes, en versChapitre 73 sur 88 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Nous saisit et nous tord, quand le destin moqueur

S'amuse, en pleine ivresse, à nous briser le cœur.

Et puis, sans armes, seul, quand j'ai là tous mes hommes,

Pouvais-je le tuer ? Est-ce ainsi que nous sommes ?

Non, ce n'est pas ainsi qu'on frappe un ennemi:

Généreux à moitié, l'on est lâche à demi.

Non I j'ai trouvé plus digne, et j'ai cru préférable

De lui dire : on se bat demain...

BERTHADT.

Mais, misérable !

Ces quelques mots de toi, c'est notre plan connu ; L'ennemi, qu'il fallait surprendre, prévenu, Debout, prêt à combattre, ou bien à disparaître ; La victoire changée en défaite, peut-être ; C'est encore du sang, des flots de sang versé Pour rien, et tout cela c'est ta faute î

JEAN

Insensé !

Qu'ai-je fait !

BERTHAl'T.

Mais, dis-moi que ce n'est pas possible. Qu'il t'a trompé, qu'il a su se rendre invisible. Mais trahir, toi !

JE.VN

Oui, moi ! j'ai perdu la raison Jusqu'à la lâcheté, jusqu'à la trahison.

BERTHAIT.

Ainsi, toi, commandant, mis en première ligue, Voilà ce que tu fais de cet honneur insigne.

Nos soldats ont subi l'hiver sans murmurer ;

Ils souffrent cependant, cela ne peut durer.

Tristes, il n'est que temps que leurs chefs les conduisent

Hors du cercle fatal où leurs forces s'épuisent.

Ils rêvent le moment de se venger, enfip,

Sur d'autres ennemis que le froid et la faim.

Tu le sais. Le combat s'offre à notre espérance ;

Il s'appelle à la fois : victoire et délivrance.

Tout est prêt : la Vendée est surprise à son tour. . .

— Surprise... non ! j'avais compté sans ton amour.

Soldat républicain, ta femme est Vendéenne,

Tu l'aimes, tu trahis ta cause pour la sienne ;

Et quand le châtiment entre dans la maison,

Tu dis pour t'excuser : j'ai perdu la raison !

JEAN

Je ne m'excuse pas, je suis coupable. Frappe ! La place réservée à celui qui s'échappe, La mort qu'on lui gardait, je la réclame.

BERTHAUT

Bien!

Brutus aimait ses fils comme j'aime le mien.

MARIE

Monsieur Berthaut, daignez m'écouter, je vous prie ! C'est moi qui l'ai conduit...

JEAN

Laissez-nous seuls, Marie :

J'ordonne cette fois ! . .

Page 1