‹ Jean de CandidaChapitre 43 sur 67 · JEAN DE LA GRUTHUSE ET JEAN MIETTE · texte numérisé non relu

JEAN DE LA GRUTHUSE ET JEAN MIETTE

(Planche VII, n" 6.)

lOHANNES DE GRVTHYSA | CASTELLANVS INSVLAUVM. Buste de Jean de la Gruthuse, à droite ; vêtu d'un pourpoint ouvert en pointe et lacé sur la poitrine, et, par dessus, d'une robe à revers, avec chaîne au cou. 11 est coiffé d'un petit bonnet enfoncé droit sur la tête et dont le bord est coquettement relevé par derrière ; les cheveux sont longs, coupés droit sur le front, tombant jusque sur les yeux et descendant sur la nuque. Derrière la tête, un grand

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A ; sous la tranche du buste, deux A inscrits dans les boucles d'une cordelière de saint François ^ disposée en forme de lacs d'amour.

IV. •: ifljoii : miette: Buste de Jean Miette, à droite; vêtu, comme Jean de la Gruthuse, d'un pourpoint lacé sur la poitrine et d'une robe à revers-; coiffe d'un bonnet rond plissé au sommet et surmonté d'une courte ganse. Les cheveux mi-longs tombent sur le front, laissent apparaître une partie de l'oreille et forment touffe sur la nuque. Derrière le buste, le mot INS 1 VLIS coupé en deux par une tour, sur la base de laquelle on lit : CAHCER | CANDIDE, et plus bas : 1419. Sous la tranche du buste : GVSTOS.

Gandida latinise habituellement le nom de ses personnages ; pour le revers de Miette, il a employé la langue courante, et c'est probablement pour cela qu'il s'est servi aussi des caractères vulgaires, des caractères gothiques.

Musée de Berlin, bronze, 52 millimètres.

Le Musée de Bruxelles possède aussi un exemplaire complet, mais très médiocre, de cette pièce rarissime. L'exemplaire du Cabinet de France est malheureusement incomplet ; il ne porte que l'effigie de Jean Miette, celle qui nous a servi pour notre dessin ainsi que pour la pi. VII; il mesure 53 millimètres de diamètre.

1. Le père et la mère de Jean de la Gruthuse, très dévots à saint François d'Assise fondèrent en 1469, à Bruges, un couvent pour les sœurs Colettes, el leur firent bâtir aussi une église dont les autels furent bénis le 31 août 1477 en présence de Maximilien et de Marie, et de Marguerite d'York, veuve de Charles le Téméraire.

2. Cette robe dite « à collet renversé » était encore de mode en 1491-1492. {Archii^es riat., K K. 72.)

.ÎEAN DE CAXDIDA

Van Mieris, 1, 167. — Van Rende, Numismatique lilloise, pp. 203 et 204. — Pinchart, pp. 2 et 3, — Armand, 11. p]). (S7 et 88. — Friediaender, Ja/irbuch (1er Koniglich prcussischen kuiistsammhuigen, 1882, pp. 32 à 33. — A. Heiss, Rev. num., 1890, pi. XIII, pp. 465, 466, 476.

Nous avons déjà cherché à expliquer les types de cette médaille. Nous y avons vu. d'un côté, le portrait du châtelain de Lille ou plutôt du « capitaine du château de Lille », titre qu'il ne faut pas confondre avec celui du châtelain féodal, héréditaire, déjà mis à l'écart au point de vue militaire, administratif et judiciaire.

Les quelques indications que nous allons donner sur Jean de la Gruthuse, concernant l'époque où fut modelée la médaille et celle où il passa au parti français, pourront être complétées, en ce qui concerne les autres périodes de la vie de ce personnage, par les renseignements que Ton trouvera dans la Biographie nationale belge et dans l'étude consacrée par Van Praët à Louis de Bruges '.

Nous l'avons déjà dit, Jean de là Gruthuse eut pour père Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuse, aussi célèbre par sa collection de manuscrits, son amour des lettres et des arts que par sa naissance, ses richesses, son dévouement au pays, et le rôle important qu'il joua dans la politique et dans la

1. Cf. Godefroy, loc. cit., pp. 346, 348. — Le Joufeiicel^ par Jean de Bucil, édit. Lecestre, t. I, pp. ccc.vxiv, cccxxxv. — Chronique de Jean d'Anton, édit. de Maulde, t. H, p. 13. — Mémoires d'Ol. de la Marche, édit. de la Soc, de rhist. de Fr., t. III. pp. 2.")6-257 ; t. IV, p. 149. — Comniynes, édit. Chantelauze, etc.

Jean de la Gruthuse comptait lui-même parmi les seigneurs de Flandre les plus richement dotés et les plus titrés, les plus influents aussi dans les conseils de Marie et de jMaximilien,

En 1479, l'année même de la médaille, le 7 août, avant la bataille de Guinegate oii il allait être pris par les Français, Jean de la Gruthuse fut créé chevalier par Maximilien ; cette dignité est peut-être rappelée par la chaîne qui figure à son cou sur notre pièce.

Louis Xî fit « pratiquer » son prisonnier dans la prison même, et dès lors commença à le gagner; puis il le pensionna. Jean de la Gruthuse, rendu à la liberté, devint un des tenants de la jîolitique et de Tinfluence françaises dans les Flandres, jusqu'au moment où il passa ostensiblement au service du roi de France, qui le combla d'honneurs et de dignités. Il mourut en 1512, à Abbeville, avec les titres de ft chevalier de 1 Ordre, gouverneur et lieutenant général du Roy es pays de Picardie, etc., capitaine de cent hommes d'armes ' ».

En 1483, Jean fut appelé, malgré sa volte-face, à ratifier, comme noble de Flandre et au nom de Maximilien son souverain naturel, le traité d'Arras. 11 est dit dans ce document « conseiller et chambellan du duc d'Autriche, grand veneur de Flandre et capitaine du Chastel de Lille ». Van Praët a cru, à tort, que c'était à l'occasion de ce traité que notre médaille avait été exécutée. L'année suivante Jean de la Gruthuse fut nommé par les Gantois capitaine militaire

1. Epitaphe de Jean de la Gruthuse. Voir A. Heiss, Rei>. num., 1890, p. 466. — Cf. Van Praët.

de Lille, Douai et Orchies, afin de maintenir ces trois villes dans le parti des Etats de Flandre qui réclamaient la tutelle des enfants de Maximilien. Puis, il fut député pour réclamer le secours de la France en faveur des Etats ; il livra alors la citadelle de Lille. La désertion était complète ; aussi, le 11 juillet H85, fut-il condamné à payer 300.000 écus pour avoir soutenu la sédition des Gantois, réprimée par Maximilien. La même année, son père était jeté en prison, et il était remplacé lui-même comme gouverneur de Lille par Baudoin de Lannoy, qui prétait serment à la ville de Lille le 18 août 1485 K

Depuis Van Mieris, on a généralement interprété par « Arma armis arcenda » les trois A du champ de la médaille de Jean de la Gruthuse ; mais la dimension inégale de ces lettres et leur disposition semblent, du premier coup, infirmer cette hypothèse. Ne pourrait-on pas supposer que les deux A inscrits dans les boucles de la cordelière désignent les Van der Aa, dits de Bruges, seigneurs de la Gruthuse, aux titres et armes desquels Jean de la Gruthuse avait succédé ? Et le grand A du champ ne serait-il pas tout simj^lement l'initiale du nom de sa première femme, Maiie d'Auxy, qu'il avait épousée cette année même ?

Il nous a été impossible de rien découvrii- sur Jean Miette. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il appartenait probablement à la même famille que Jean Miette, charpentier assermenté de la ville de Lille, qui vivait à la fin du xiv'' siècle et au commen-

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