I. Clyvùne, v. 657 et suiv
pour réciter un prologue de Pellisson; les termes et les statues disparaissant pour livrer passage aux faunes et aux bacchantes qui faisaient des danses; la représentation des Fâcheux de Molière; le feu d'artifice; les roulements de tambours; et, après la collation, une nuée de fusées et de serpentaux s'élevant avec un grand fracas au-dessus de la coupole du château. A ce tintamarre, rapporte La Fontaine, deux chevaux attelés au carrosse de la Reine se cabrèrent et allèrent se noyer dans les fossés. « Je ne croyois pas, dit-il, que cette relation dût avoir une fin si tragique et si lamentable. »
Bien plus tragique et lamentable fut l'épilogue de la fête. Depuis la mort de Mazarin, Fouquet semblait s'ingénier à creuser le gouffre où allait s'abîmer sa fortune. Persuadé que, tout à ses plaisirs, le jeune Roi se lasserait de réformer les finances du royaume, il avait redoublé d'audace et de prodigalité. Il n'avait pas su prévoir quel avantage devait donner à Golbert son labeur obstiné et sa haine persévérante : l'écureuil se moquait de la couleuvre. Cependant Louis XIV supportait impatiemment le faste de ce sujet prêt à la rébellion. Quand Fouquet commit l'imprudence de convoiter jusqu'aux faveurs de M''^ de La Vallière, sa perte fut résolue. Le spectacle des merveilles de Vaux ne fit qu'exaspérer la colère
CHEZ LE SURINTENDANT FOUQ.UET 85
du souverain. Quelques jours plus tard, le 5 septembre, Fouquet fut arrêté à Nantes sur l'ordre du Roi. Lorsque la nouvelle en parvint à Paris, La Fontaine envoya à Maucroix ce billet désolé :
Je ne puis te rien dire de ce que tu m'as écrit sur mes affaires, mon cher ami; elles ne me touchent pas tant que le malheur qui vient d'arriver au surintendant. Il est arrêté, et le Roi est violent contre lui, au point qu'il dit avoir entre les mains des pièces qui le feront pendre. Ah! s'il le fait, il sera autrement cruel que ses ennemis; d'autant qu'il n'a pas, comme eux, intérêt d'être injuste. M""® de Bellière a reçu un billet où on lui mande qu'on a de l'inquiétude pour M. Pellisson : si ça est, c'est encore un grand surcroît de malheur. Adieu, mon cher ami; je t'en dirois beaucoup davantage si j'avois l'esprit tranquille présentement; mais, la prochaine fois, je me dédommagerai pour aujourd'hui. Feriunt summos fulmina montes.
La plupart des courtisans besoigneux et des littérateurs faméliques qui avaient part aux libéralités de Fouquet, s'en allèrent sans scrupule faire leur cour à Colbert. De rares amis restèrent fidèles au disgracié. Les plus compromis comme Gourville et Saint-Évremond, songèrent à leur sûreté. Pellisson, M'"' de Sévigné et La Fontaine sauvèrent l'honneur des lettres, le premier en composant son admirable
Discours au roi, la seconde en écrivant ses lettres à Pomponne, le troisième en implorant pour Fouquet la clémence de Louis XIV.
Fouquet avait commis des trahisons et des concussions trop certaines pour que ses amis pussent songer à nier sa culpabilité. Pellisson déploya sa solide et ingénieuse dialectique pour plaider les circonstances atténuantes. Quant à La Fontaine, il se garda bien de défendre Fouquet contre ses accusateurs : à quoi bon ? appartenait-il à un poète d'en remontrer au Roi et aux juges? Il plaindra une grande infortune et invitera les nymphes de Vaux à mêler leurs plaintes et leurs supplications aux siennes.
Les destins sont contents : Oronte est malheureux. Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines, Qui sans craindre du Sort les faveurs incertaines, Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels, Recevoit des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels. Hélas! qu'il est déchu de ce bonheur suprême M
Et le bon La Fontaine regrette, un peu naïvement, que Fouquet n'ait point partagé ses goûts simples et idylliques.