‹ Jean de Thommeray, comedie en cinq actes, en proseChapitre 13 sur 104 · MARIE, JEAN · texte numérisé non relu

MARIE, JEAN

Est-ce vrai, Marie, ce qu’ou vient de me dire? Tu doutes de ma tendresse? N’es-tu pas ma sœur et ma femme? Tu n’étais encore qu’une enfant que je te regardais déjà comme !a compagne de ma vie: qu’y a-t-il de changé entre nous? Je n’ai pas cessé de voir en toi le couronnement et le prix de ma destinée. Ce qu’un jour je t’écrivais d’Afrique est et sera toujours la vérité. T’en souviens-tu, de cette lettre?

marie.

C'était la veille du jour où tu fus mis à l’ordre de l’armée... O chère lettre 1 je la sais par cœur : « Nous nous battons demain, je pense à toi, et jamais je n’ai mieux senti à quel point tu m’es chère. Sois tranquille, je sais ce que je dois à mon pays, à mon nom, à ta tendresse : vous serez tous, contents de moi là-bas ! »

JEAN

Cette lettre, je l’écrirais encore aujourd’hui. C’est à toi que je penserais, tu serais encore à l’heure du danger ma force et mon espoir. Et pourtant, tu as douté de moi?

MARIE

Je te vois depuis quelque temps si triste, si distrait, si rê-

Dii

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veur! Toutes tes dernières lettres n’étaient remplies que des enchantements de ton prochain retour. Tu t’exaltais, tu t’attendrissais a la pensée do retrouver les joies de la maison : tes bras impatients s’ouvraient déjà pour les saisir. Eh bien! tu les a retrouvées, ces joies si longtemps regrettées; tu les a retrouvées telles absolument que tu les avais laissées. Tous les cœurs qui t’aimaient te chérissent comme par le passé; le bonheur t’attendait ici, et pourtant tu n’as pas l’air heureux.

JEAN

Où prends-tu-cela? Je ne suis ni distrait, ni triste, ni rêveur. Je suis heureux, je t’aime! mais ne trouves-tu pas comme moi que l’existence qu’on mène ici est un peu monotone dans son immuable sérénité?

' MARIE

Que te dirai-je, mon ami? J’ai grandi dans ta famille, entourée de soins, d’amour et de respect; ta mère m’a rendu la mienne, ton père est devenu le mien; comment veux-tu que je me lasse d’une existence si douce et si heureuse?

Tu n’as jamais souhaité de voir un peu le monde? Tu n’aimerais pas à quitter ce château, ne fût-ce que pour avoir la joie d’y revenir’

MARIE

Je n’y avais jamais pensé.

JEAN

Quand nous serons mariés, nous voyagerons, n’est-ce pas?

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