‹ Jean de Thommeray, comedie en cinq actes, en proseChapitre 18 sur 104 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Nos melayers qui vont, musique en tête, à la rencontre de mes deux frères.

MADAME DE MONTLOÜIS.

Ah! vos frères ne gardent pas toujours le logis comme vous; ils voyagent?

JEAN

Ils reviennent d’Afrique.

MADAME DE MONTLOÜIS.

Ils sont officiers?

JEAN

Simples soldats, mais tous les deux avec la médaille militaire.

MADAME DE MONTLOÜIS.

Simples soldats ?

JEAN

C’est une tradition de famille.

MADAME DE MONTLOÜIS.

Contez-moi donc cela. Tout co que vous me dites m’étonne et m’intéresse. (S’asseyant sur un banc, & gauche.) Voyons! metlezvous là! J’adore les légendes.

JEAN

Oh! madame, il n’est pas question de légendes, rien n’es plus simple. Le comte de Thommeray, mon grand-père, avait

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fait la guerre de Vendée. Il s’était marié, il avait un ûls et vivait dans la retraite. En 4 814, quand la France fut envahie, il ne vit qu’une cause à servir, celle de la patrie menacée, il étouffa ses anciennes rancunes, il Gt taire ses opinions et partit comme simple volontaire, ii se battit vaillamment, refusa toute récompense, et, la campagne terminée, il revint chez lui pour achever de vieillir à l’écart.

MADAME DE MONTLOUIS

C’était un galant homme que monsieur votre grand-père!

JEAN, Qèrement.

Oui, madame. — Il enseigna de bonne heure à son fils ses

devoirs envers le pays, et l’envoya à l’armée dès qu’il eut ses dix-huit ans. Il pensait que tout homme, en entrant dans la vie, doit payer sa dette ; que rien ne peut l’en affranchir, pas plus le rang que la richesse, et que l’exemple ne saurait venir de trop haut. En vieillissant, il s’était fait là-dessus des idées très-nettes et très-arrètées. Il entendait que dans sa famille on servît la patrie sans rien demander, sans rien attendre d’elle que l’honneur de lui donner son sang. A ses yeux, la récompense était tout entière dans le devoir obscur, simplement accompli. En outre, il considérait l’armée comme un apprentissage des vertus nécessaires, comme le complément de toute éducation virile : il estimait que c’est là que se trempent les âmes. Le ûls Gt la guerre en Afrique, se battit comme un lion, et, comme son père, revint simple soldat. A dix-huit ans, j’ai fait comme avaient fait mon grand-père et mon père; mes frères ont fait comme moi, et nos ûls feront comme nous.

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