ACTE TROISIÈME
CHATE AUVIEUX.
Nous voyons passer dans le jardin une délicieuso créature de la dernière élégance, suivie par un tas de galopins et par quelques badauds auxquels nous nous joignons. On riait en se montrant un chignon extravagant retenu sur sa tète par un gros peigne d’écaille... Jamais la folio du cheveu n'avait été poussée si loin.
BOISL ANGE AIS.
Un seul mot : blonde ou brune?
JEAN
Blonde.
B01SLANGE AÏS.
Tant pis. Tu m’intéresses vivement, Chateauvieux, continue; je suis suspendu à tes lèvres.
Cil ATE AUVIE UX.
Merci bien! Voilà qui me ferme la bouche.
JEAN
Bravo, Chateauvieux ! bien répliqué.
CHATEAUVIEUX
Je passe parole à Thommeray.
BOISLANGEAIS, retournant sa chaise vers Jean.
J’accepte cette commutation de peine.
JEAN
La belle allait son chemin avec un superbe dédain des
70 JEAN DE THOMMERAV.
* rieurs, quand un de ces polissons lui tendant sa casquette d’une main et lui montrant do l’autre un passant chauve qui s’épongeait : # Un peu de cheveux, s’il vous plaît, pour un pauvre père de famille qui n’en a pas I » Là-dessus éclat de rire général qui dégénère bientôt en huées... La demoiselle s’arrête, rouge comme une pivoine; elle enlève son peigne, et on voit ruisseler jusqu’à ses talons un fleuve de soie et d’or.
CüAMPIN.
Bravo, la déesse !
CIIATE AUVIEUX.
La foule applaudit, la petite dame double le pas pour échapper à son triomphe; Thommeray se précipite, et lui offrant le bras avec son plus grand air d’Amadis : « Ma voiture est à deux pas, madame, permettez-moi de la mettre à vos ordres. »
BOISLANGE AIS.
Des chevaliers français...
CHAMPIN.
Vicomte, je tiens vos trois cents louis.
JEAN
Vous avez tort, car cette charmante fille ne m’a encore rien accordé.
BOISLANGE AIS.
Tu ne lui as donc rien offert?
JEAN
Que si fait! Je lui ai envoyé hier soir un peigne garni de saphirs... et j’attends sa réponse.