ACTE TROISIÈME
JEAN
C’est possible, mon cher, mais je n’ai pas été élevé à considérer le mariage comme un engrais. D’ailleurs, je ne suis pas encore las de ma liberté. J’ai eu une jeunesse sévère, moi, ou pour mieux dire, je n’en ai pas eu du tout. J’ai toujours vécu dans un cloître, l’armée ou la famille. Aussi je suis plein de tentations inassouvies, de curiosités lancinantes. Le fruit défendu ne me suffit déjà plus...
RO B LOT
Il vous le faut confit?
JEAN
Oui ! Tenez, la rencontre de cette belle fille, l’autre jour, a fait une révolution en moi. Quand elle a tordu ses cheveux dans ma voiture pour les rattacher sur sa tête, elle en a exprimé un parfum qui m’a donné le vertige. Ah! ces femmeslà ont un philtre I Elles versent une ivresse inconnue! C’est le haschisch de l’amour 1
ROBLOT
Il est certain qu’elles sont fort agréables. Mais depuis quand le mariage est-il incompatible avec une honnête licence? Vous ne tenez pas à vous afficher, je suppose?
A m’afficher, non; à ne pas me gêner, oui! Vivent les amours faciles! Au diable le mystère, les scènes dramatiques, les femmes qui pleurent! J’cn ai par-dessus la tôle!
ROBLOT
C’est bien dangereux, mon cher, les femmes qui pleurent! Ça ennuie, ça agace, mais ça flatte, et on s’y attache plus qu’on ne croit. Méfiez-vous.
JEAN
Ce n'est pas pour moi que je parle... je n’ai pas de liaison.
Bien entendu.
ROBLOT
JUSTIN, par la droite.
Mademoiselle de Montglave.
ROBLOT
Blanche? J’aurais dû la deviner au signalement de la chevelure.
JEAN
Vous la connaissez?
ROBLOT
Un peu! Nous nous tutoyons.
JEAN
Est-ce que?...
ROBLOT, passant au fond.
Jamais!... Moi, je suis l’ami des femmes.
Faites entrer.
JEAN, à Justin.
ROBLOT, à part.
Ahl mais non, je n’entends pas qu’elle le dévore!