‹ Jean de Thommeray, comedie en cinq actes, en proseChapitre 96 sur 104 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DEUX BOURGEOIS, arrivant du Tond et se dirigeant vers la rue Bonaparte.

PREMIER BOURGEOIS

Quelle solitude! Il est dix heures du soir, les quais sont déserts comme à deux heures du matin; c’est lugubre.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Ma foi, j'aime mieux ce silence que les saturnales dont Paris a retenti pendant huit jours. Il se recueille, il se prépare à la défense.

PREMIER BOURGEOIS

Il est temps. L’ennemi est à Noisy, nous serons investis avant peu. — Restez-vous?

DEUXIÈME BOURGEOIS

Certainement. Et vous?

JEAN DE TIIOMMERAY

PRE MIE K BOURGEOIS

Moi aussi. Jo suis vieux, mais encore assez solide pour faire mon devoir à côté de mes filsi Ce qui me désole, c’est que ma femme ne veut pas partir; elle dit qu’elle mourrait d’inquiétude loin de nous et que son poste est à nos côtés.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Elle a raison. La mienne aussi voulait rester, mais je l’ai décidée à partir avec les enfants. Cette séparation m’est trèspénible; mais nous ne savons pas à quelles extrémités nous pouvons être réduits, et je ne veux pas que ces pauvres petits êtres souffrent de la faim. (On entend le clairon dans le lointain.) Qu’est-ce que c’est que ça ?

PREMIER BOURGEOIS

Sans doute des mobiles qui arrivent.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Braves jeunes gensl

PREMIER BOURGEOIS

Ainsi vous allez vous trouver seul?

DEUXIÈME BOURGEOIS

Mon Dieu, oui.

PREMIER BOURGEOIS

C’est très-dur. Mais vous savez, voisin, que vous aurez toujours une place à notre table et au coin de notre feu... tant que nous aurons un morceau de pain et une bûche...

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