ACTE CINQUIÈME
CHATEAU VIEUX
Alors pourquoi voulais-tu t’engager avec nous après Wissembourg?
JEAN
Parbleu! j’ai été soldat, j’aime l’odeur de la poudre.
CIIATE AUVIE UX.
Dis donc la vérité sans fausse honte : tu aimes ta patrie.
JEAN, froidement.
Mon cher, la patrie est un grand mot que je croyais comprendre autrefois et que je ne comprends absolument plus. Le patriotisme me parait la plus haute facétie qu’aient inventée les hommes. C’est le total d’un tas de billevesées dont j’ai appris le néant à votre école, mes bons amis.
CHATE AUVIEUX.
As-tu donc pris au sérieux le scepticisme que nous avions sur les lèvres?
JEAN
Sur les lèvres? Vous croyez donc à la famille, vous autres? à l’amour? au désintéressement? au sacrifice?
CHATE AUVIEUX.
Oui, nous y croyons, et la preuve c’est que nous croyons à la patrie et que nous nous dévouons pour elle. Depuis nos désastres, as-tu entendu d’un seul de nous une raillerie contre les grandes vertus?
JEAN
Si votre scepticisme n’était que sur vos lèvres, il fallait m’avertir. Il est trop tard maintenant, c’est fait. N’en parlons plus.
CHATE AC VIE UX
Mais, malheureux, souviens-toi de ta devise!
JEAN
Qu’est-ce qu’elle dit, ma devise?
CIIATE AÜVIEUX.
Un seul mot : Présent 1
JEAN, arec une colère sourde.
Eh bien, c’est fort simple, je la changerai... Absent! absent de tout! de la patrie comme de la famille, comme de l’amour, comme de l’honneur! Ce n’est plus une deviso qu’il me faut, c’est une enseigne : Roblot et Thommeray, au beurre de Bretagne! (Éclatant.) Tombe donc, ville maudite, qui as fait de moi ce que je suis! Te défende qui voudra! Moi, j’ouvrirais plutôt tes portes à l’ennemi! Qu’il t'écrase, qu’il te rase, tant mieux! Je n’ai qu’un regret en partant, c’est de ne pas assister à ta chute, de ne pas voir les ruines s’entasser sur les miennes! (on
entend le biniou dans le lointain. Jean s'arrête comme frnppé de stupeur et prête l’oreille.) Les Bretons!...
CHATE AUV1ECX.
Les Bretons?