‹ Jean et Jeannette: Les roués innocentsChapitre 4 sur 5 · CALIXTE A FLORENCE · texte numérisé non relu

CALIXTE A FLORENCE

« On lui a pris mon portrait, dis-tu, — une mauvaise femme bien effrontée.... Il dormait, car il n'est pas accoutumé à veiller si tard, ce pauvre Henri.... Tu crains que je n'aie été reconnue. Par qui? Ce n'est pas possible. Je ne connais personne à Paris, et surtout parmi ces gens-là. Comme il doit être contrarié, il y tenait tant à ce portrait.... c'était cependant pour, toi que je l'avais peint. — On le lui rendra sans doute bientôt car on n'en peut rien faire. — Il voit donc beaucoup toujours ce M. Rudolph, que je déteste et que je me représente comme le Méphistophélès des illustrations de Faust. Tâche de l'en empêcher, si tu peux. — Quel plaisir les hommes peuvent-ils donc trouver à fumer, à boire et à jouer toute la nuit? Je suis sûre de Dalberg, mais je serai bien contente le jour où nous retournerons à C***. »

DE LA MÊIO: A LA BfÊME.

« Ce que tu avais prévu est arrivé, la mauvaise femme voyant qu'Henri la dédaignait, a renvoyé le portrait avec une lettre infâme. Si tu avais vu la colère de M. Desprez, il t'aurait fait peur. Dalberg, lui qui est si brave, tremblait comme la feuille ; mon père lui a dit de ne jamais se représenter chez lui ; — quel malheur, au moment où nous allions nous marier, car tout était convenu; — il faudra bien longtemps pour faire revenir mon père à des sentiments plus doux. Dans ma douleur, j'ai éprouvé un plaisir : c'est de penser qu'Henri m'aime toujours; autrement, cette demoiselle ne m'aurait pas joué ce tour indigne.

« Maintenant, qu'il ne pourra plus venir à la maison, il va bien s'ennuyer. Rudolph le fera jouer, et l'emmènera à ces vilains soupers, d'où l'on ne sort que quand les honnêtes gens déjeunent ; tu dis que cette Aminé est joUe, est-ce possible, avec tine âme si laide? Veille bien sur Henri. Fais en sorte de te trouver souvent avec lui, ce sera un peu comme s'il était avec moi, car nous avons été trop unies pour qu'il ne reste pas beaucoup de Tune à l'autre.

« J'ai dit nettement à mon père que je n'aurais jamais d'autre mari que Dalberg. H m'a répondu que je parlais comme une petite sotte qui ne savait rien des choses du monde. Car il ne me croit pas, à beaucoup près, si bien renseignée. >

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