GC
à notre requête, n'y a pas trouvé la relation que Gomez aurait faite de son voyage. Cependant, au feuillet 297, ilest question de ce navigateur, et en des termes qui indiquent une connaissance de visu d'un de ses écrits. A la fin de la description que donne Cespcdes de « /4 Isla de S. Juan », ce cosmographe ajoute: « En la baya que diximos lamarse de los bretones y en muchas cartas de navegar à los principios, quando esta tierra se comenzo à descubrir se ponia assi, hasta que estevan gomez pilote truxo esta relacion algo discrepante de la que se tenia, que es estar esta ÿsla nô en la baya do dexian que estaua, sino junto a esta tierra do agora està, de la qual ysla no ay cosa que de contar sea, salua ql. dicho esteuan gomez piloto DIZE que à la passada por ella vido muchos bumos ‘en ella y señales de ser habitada haxesse una canal entre ella y tierra firme [amada canal de San Julian de cinco 6 seys leguas de ancho.… »
Au feuillet 298, on lit : «en el qual [viaje] estuvo diez meses, dentro de los quales descubriô por esta costa gran nümero de Yslas juntas al continente y principalmente un rio muy ancho y caudaloso que el puso nübre de los gamos.… »
Il est à regretter que Cespedes aitconsulté pour sa description « muchas cartas de navegar, » et qu’il ne s’en soit pas tenu exclusivement au récit de Gomez, car l'extrait ci-dessus dénote une tentative de concordance qui augmente la confusion dans un sujet déjà si obscur.
Quelle est cette « baya de los bretones ? » On connaissait une tierra de los bretones et un Cabo de los bretones voire une Entrée des ‘Bretons et une Isola de Bretoni, mais c’est la seule fois que mention est faite d’une baie de ce nom. Comme dans toutes les cartes du xvit siècle, ce qu’on attribuc aux Bretons cit la région septentrionale de la Nouvelle-Écosse, cette « baya de los bretones » ne peut être que l'entrée méridionale du golfe Saint- Laurent. Or, il paraît, d’après Cespedes, que, avant l'exploration de Gomez, on plaçait la fameuse île de Saint-Jean dans l'intérieur de ladite baie : « en a baya do dexian que estaua » ; mais ce navigateur aurait rapporté que cette ile est adjacente à la terre et
non dans la baie : «es esta ysla n6 en la baya dodexian que eslaua, sino junto 4 esta tierra. » Il est aussi digne de remarque, que Gomez relève entre cette île et la terre, un canal de cinq à six lieues de large, qu’il nomme «canal de San Julian. » Encore un nom nouveau !
Si Cespedes ne donnait pas un travail rectificatif, à l'effet de sortir l'ile de Saint-Jean de l’intérieur du golfe Saint-Laurent pour la rejeter dans l’Atlantique, nous serions disposé à croire que son canal est le détroit de Northumberland, sa terre, la côte nord-ouest de la Nouvelle-Écosse, et son île Saint-Jean, l’île du Prince-Edward. Dans ce cas, Gomez, avant tout autre navigateur, aurait navigué dans l’intérieur du golfe Saint-Laurent, Mais, étant donné la position qu’il attribue à l'ile Saint- Jean, on est fondé à se demander si, dans cette dernière, il ne faut pas voir autre chose que l’île imaginaire empruntée par tant de cartographes à l’hydrographie portugaise de l'époque. Cette question est trop grave, cependant, pour que nous nous contentions d’une pure hypothèse. Notre esprit est rebelle à l’idée de ne pas chercher une autre explication.
Gomez parle d’un canal de cinq à six lieues de large. Est-ce une conséquence simplement dérivée des cartes lusitaniennes, ou bien n'est-ce pas le résultat d’une exploration du détroit de Canso ? Cette interprétation peut être la vraie; mais, pour des raisons déjà données, nous hésitons À l’admettre ; car, dans ce cas, l'ile Saint-Jean de’ Gomez serait l'immense étendue qui porte le nom d’ile du Cap-Breton, et, alors, les cartes sévillanes n’auraient pas manqué de tracer non seulement le détroit de Canso, mais aussi l’île du Prince-Edward, que Gomez ne pouvait éviter de remarquer en débouchant du canal.
En résumé, nous ne croyons pas que la description que Cespedes attribue à Gomez provienne d’une exploration positive. Ce n’est, à notre avis, qu’une déduction, plus ou moins arbitraire, des premières cartes lusitaniennes. Notons, enfin, que, selon l’habile cosmographe, c’est à Gomez que revient le mérite
O mn
d’avoir découvert la fameuse rivière de los Gamos, c’est-à-dire l'estuaire du Penobscot. Nous n’y contredirons pas, tout en remarquant que cet estuaire, en la forme que lui donne Ribeir et sous ses imitateurs, se voit d!jà dans la carte de Weimar de 1527, laquelle omet lenom de Gomez, quoique rappelant ceux de Garay, de Narvaez et de Ayllon.
On ne peut plus guère juger de cette expédition que par de brèves allusions, semées dans les écrits de Pedro Martyr, d'Oviedo, de Galvam !, et par une légende inscrite pour la première fois surles cartes de Garcia de Toreno et de Diego Ribeiro.
Pourarriver à se rendre compte de cette expédition, ilimporte, d’abord, de préciser sinon le projet que Gomez avait conçu, au moins les intentions qu'il aurait manifestées. Selon Pedro Martyr, Gomez se proposait de découvrir un détroit pour aller au Cathay, lequel il plaçait entre les Bacallaos et la Floride : « Decretum quoque est, vt Stephanus quidam Gomez artis et ipse maritimæ peritus alia via tendat qua se inquit reperturum inter Baccalaos et floridas iam din nostras terras iler ad Cataiam*.
L'expédition ne consistait qu'en une seule caravelle : « cunt una missum carauella dixi ad fretunt aliud inter floridan telluren et Bachalaos satis tritos quærendum *. »
Elle appareilla de la Corogne. En quelle année ?
Navarrete mentionne * une cédule royale datée de Valladolid du 10 février 1525, par laquelle Gomez est nommé pilote de S. M., aux appointements de 30,000 maravédis, d’où l’on infère qu'immédiatement après il prit la mer.
Nous ne croyons pas que cette cédule comporte les consequences qu’on en tire, Il faudrait d’abord s’assurer si Navarrete
1. Le chapitre que Gomara consdére à Gomez (Historia de las ndius, éd. de Védia, p. 178) n’est qu'un amalgame de Martyr et d'Oviedo.
2. P. Martyr. De Orbe Nouo, Compluti, 1530, in-fol,, decad. VI, cap. x, f. xC v.