CARTE DE NUNO GARCIA DE TORENO
"EST une carte gravée du Nouveau-Monde en sa partie orientale depuis le Labrador jusqu’au détroit de Magellan. Elle est de 0",84 X o",r07, et porte le titre
suivant :
M. D. XXXIIIT. Del mese di Dicembre. La carta uniuersale della terra ferma et Tsole delle Indie occidétali, cio & del mondo nuouo fatta er dichiaratione delli libri delle Indie, cauata da due carteda’nauicare Jaite in Sibilia da li piloti della Maiesta Cesarea. Can gratia et Driuilegio della Tlustrissima Signoria di Venetia p. anni XX.
Les Libri auxquels allusion est faite dans ce titre, sont les abrégés de Pedro Martyr d’Anghiera et d'Oviedo, traduits en Italien et publiés à Venise par Ramusio ea 1534, dans le format in-quarto *, ouvrage qui contient, en outre de cette grande carte, une autre carte plus petite, aussi pliée, mais ne donnant que l’île d'Hispaniola.
Le passage des Libri se rapportant au document cartogra-
1. Oviedo, Historit General, lib. XXIX, cap. 1x, t. IE, p. 36; Herrera, Decad. Y, lib. II, cap. xt, p. 41, 2.B, À. V. n° 190.
phique que nous examinons, est ainsi conçu: «.. Per dichiaration delliquali libri stata fatta vna tauola vniversale del paese di tutte le Indie occidentali, insieme con le tauole particulari cauate da due carte da nauicare di Spagnuoli, dellequali vna fu di Don Pietro martire Consigliero del real consiglio delle dette Indie, et fu fatta per il Piloto et maestro di carte da nauicar, Nino Garzia de Loreno (sic) in Sibilia. L'altra fu ne similmente per vn Piloto della Maesta del imperadore in Sibilia…
C'est-à-dire que cette carte, gravée expressément. pour faire partie de ce recueil (qu’il ne faut pas confondre avec la Raccolta in-folio), est extraite d’une mappemonde ayant appartenu à Pedro Martyr d’Anghiera, et l’œuvre d’un cosmozraphe de Charies- Quint nommé, selon Ramusio, « Nino Garzia de Loreno. »
La Bibliothèque du roi, à Turin, possède la moitié d’un planisphère manuscrit, rehaussé d’or et de brillantes couleurs, sur parchemin, de 1" X 0",60, et portant la légende suivante: « ffue fecha en la noble villa de Valladolid por nuño garcia de toreno piloto y maestro de cartas de navegar de Su magestad Año: de. ON RU.
Ce Garcia de Toreno est évidemment le nôtre.
Il est question de Nuño Garcia, dans les documents, en novembre 1515, à l’occasion de la consultation donnée par Sébastien Cabot, Juan Vespuce et d’autres pilotes concernant la fameuse ligne de démarcation. Notre cartographe y accorde à Améric Vespuce le mérite, à cette époque très contesté, d’avoir visité le cap Saint-Augustin et la côte du Brésil *.
1. Vincenzo Promis, Memoriale di Diego Colombo con nota sulla bolla di Alessandro VI, Torino, 1869, in-8, p. 11. La moitié qui reste ne contient, malheureusement pour nous, que l'Asie et une partie de l'Afrique.
Voir aussi H. Wuttke, Zur Geschichte der Erdkunde in der letzten hülfle des Mittellalters, dans le VI. und VIT. Yabrisbericht des Vereins für Erdkunde zu Dresden, Dresden, 1870, p. 61 et planche 1vb.
2. Registro de copias de cedulas.… de la Casu de la Contratacion, desde $ de Hebrero de 1515 hasta 6 de Marzo de 1519. MS. de la collection Muñoz, até par Navarrete, t. III, p. 319-20.
Ce fut Nuño Garcia qui, sur l’ordre de Magellan, dessina dixhuit des cartes, à cinq ducats la pièce, et construisit deux des boussoles, au prix de 375 maravédis chacune, pour le mémorable voyage de 1519 *.
Si nous en croyons Lopez de Gomara ?, notre Garcia aurait aussi fait partie de la junte qui se réunit à Badajoz de mars à mai 1524, pour répartir définitivement les Indes entre l'Espagne et le Portugal. Dans ce cas, il aurait eu de nouveau pour collègue Sébastien Cabot. Cependant, le nom de Garcia ne figure pas dans les documents publiés par Navarrete *, et Herrera ne le cite pas non plus *. La carte de Nuño Garcia de Toreno est forctment antérieure à 1526, puisque Pedro Martyr d'Anghiera, qui la possédait, mourut en septembre de cette année .
Nous sommes d’avis que cette carte, la première d’orgine espagnole qu'on connaisse traversée et croisée par des degrés de latitude et de longitude, procède d’un type adopté par les cosmographes espagnols, peu après le retour de del Cano du détroit de Magellan, et de Pascual de Andagoya du sud de Panama, en 1522, mais auquel on fit des additions lors de l’arrivée de Estevam Gomez à Séville, en décembre 1525. Nous n’avons pu consulter le portulan espagnol anonyme de 1525, conservé dans une bibliothèque particulière de Mantoue, et qui, d’après le titre ‘, parait appartenir à cette classe de documents cartographi-
1, Relacion del coste de lu Armada, Navarrete, t. IV, p. 8 et 180.
2. Historia de las Indias , p.219, du t. I de l'édition de Vedia,