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PORTULANS DE BAPTISTA AGNESE

ous ne pensons pas que ce Baptista Agnese soit le

Baptista Januensis de la carte de la Bibliothèque de

Wolfenbüttel ‘, ni même que ce dernier soit le Juan

Bautista qui accompagna Magellan en qualité de second lors du mémorable voyage de 1519*.

1. Carte de la Méditerranée, signée : « Baptista, Tanvensis f, Venetiis, I'(sic) ceccc xunt, p. Julii, »

2. Juan Bautista, second (maestre) de Magellan à bord de la Trinidad, était certainement génois, de « Cestre[Sestri] en la ribera de Genova (Navarrete, t. IX, p. 12) et le nom de famille ou d'origine qu'on lit sur le rôle d'équipage : « de Punzorol » (aussi Poncero, Ponceron et Poncevera) peut n'être, comme le conjecture M. P. Amat di San Filippo (‘Bibliogr dei Viag, Ital., Roma, 1874, in-8, p. 50), que Polcevera, autre nom, paraît-il, de Sestri Levante, Notons cependant que, selon Barros, un pilote génois du mom de « Bautista Genoes », qui paraît tre celui de Magellan, accompagna Amrique de Menezes en 1542 (Noticias para a Historia geografia das Naçoes ultramarinas, Lisboa, 1812= 1841, in-4, t, IV, no 2), ce qui le supposerait bien âgé pour avoir pu confectionner un portulan en 1514. Nous ne savons non plus si c’est le « Juan Bautista Ginovès, vécino de Triana » dont il est question à propos de la relation du naufrage du navire de Pedro de Cifuentes, 1528-1536, mentionné par Navarrete, Bibliot, Maritima, t, II, p. 158.

Nous avons parcouru le recueil de routiers portugais du xvi° siècle conservé à la Bibliothèque nationale de Paris (fonds portugais, no 40), pensant trouver dansle Viagem que fez Fern. de magualhaës peramalluco o anno de 1519, attribué au Baptista Januensis de Wolfenbüttel, quelques renseignements sur ce dernier. On y lit seulement (f. 64) que le MS. est transcrit du « caderno de su piloto Genoes que hia na dita armada.» Rappelons que Battista n’était pas le seul pilote génois qui accompagna Magellan. Le second (waestre)

Agnese était un cartographe génois très habile, comme calligraphe surtout, qui vécut à Venise, de 1536 à 1564. On possède de lui des portulans signés etdatésde 1536',1543*,1544", 1545"; 1553", 1554", 1555, 1559" et 1564". Il y en a aussi

du Santiago est nommé sur le rôle d'équipage : « Baltasar Génoves, de lu Ribera de Génova, » (Nav., loc, cit, p. 21), Enfin, il parait qu'un autre génois, Leone Pancaldo, de Savone, était aussi pilote dans l'expédition de Magellan (Giornale Ligustico, 1874, p. 333). Celui-ci, cependant, ne figure sur les rôles qu'en qualité de matelot (« marinero »),

1, « Baplista. agnessivs, ianuensis, fecit. venelijs. 1536. die 13 octobr, » British Museum, Addit, Mss. n° 19,927. Atlas de douze feuilles, cf. feuille 6. Celui de la bibliothèque Bodleyenne à Oxford est daté « 1536 die martii m1 Kohl, Discouery, p. 298, fac-simile n° xv €,

2. « Baptista Agnese fecit, Venetiis, 1543, die 18 febr. » Collection de feu M. Henry Huth, à Londres, et archives du duc de Saxe Cobourg Gotha ; Kohl, Discovery of Maine, p. 316, fac-simile Xvir 3. € Baplista agnese Januensis fecit uenetijs anno Domint 1543 die 25 Junij.» Bibliothèque nationale de Paris, B, 2624, Ce dernier est un atlas de douze cartes de om,30 >< 0,20, sans les marges. La partie orientale de la mappemonde manque.

3. Bibliothèque royale de Dresde ; Kohl, Loc. cit., p, 294, note.

4. « Bapltista Agnese fecit Venetijs 1545, die 8. Mai. » Marciana, MS, CI. IV, cod. 499; P. Matkovic, Alle Handsch-iftliche. Schiffer-Karten in den Bibliotheken zu Venedig, Wien, 1863, in-8, p. 10.

5. « Baltista Agnese in Venezia al 19 Settembre 1553 ». Collection de M. le comte Donà, à Venise, G, Berchet. Portolani esistenti nelle principale biblioleche di Venezia, Venezia, 1866, in-4, p. 4.

6. « Baptista Agnese facit (sic) Venetiis anno Domini “1554 die 15 julii, » Zurla, Di Marco Polo, Venezia, 1818, in-4, t. II, p. 369. « No (sic) Baplista palnese (sic) fecit uenetiis anno domini 1554 die 20 octobris rab (sic), » Marciana, cod . Lxi1, reproduit par la photographie dans la collection Fischer, publiée par Ongania, Venise, pl. xvI1, n° 8.

7. Catalogue des cartes géographiques de la bibliothèque du prince Labanof. Paris, 1823, in-8, n° 2067.

8. « Hecho en Venccia en 1559, por Baptista Agnose » (sic); collect, de M.S. Perez Junquera, à Madrid, Lista de los objelos de la Exposicion americanista, B. 858.

9. « Baptista agnese fecit uenetijs anno dit 1564 die 25 mai, » British Museum, add, MSS, n° 25,442; atlas de neuf feuilles. Selon M: Matkovic,

d’anonymes ‘, mais dont la main d'œuvre, les dimensions, la calligraphie et les contours géographiques ressemblent tellement aux portulans signés, qu’on ne peut les attribuer qu’à ce cartographe. Un point de repère important, selon nous, pour établir l'origine agnésienne des petits atlas anonymes de

loc, cit, p. 10, il y en aurait un aussi de la même date à la Marciana: « Is den 25 mai 1564. »

1.— Bibliothèque nationale de Paris, fonds latin, n° 18,249. Superbe atlas, de om,16 X om,25 à l'état fermé, de quatorze feuilles, dont plusieurs sont doubles, La première feuille contient une sphère armillaire; la seconde porte, au recto, de gueules au bélier sautant d'argent surmonté d'un casque de profil à quatre grilles, et, dans une banderole: « Dominicvs de Bossis ».

— Portulan apparemment commandé par Charles-Quint pour son fils Philippe. Collection Spitzer à Paris. Consulter F, Spitzer et Ch. Weiner, Portulan de Charles-Quint donné à Philippe IL, accompagné d'une notice explicative, Paris, 15,5, in-fol., texte 40 p., quatorze photographies. L'original de ce beau recueil, carré à l’origine, a été remonté de nos jours dans le format oblong, en étendant les cartes doubles sur une seule feuille,

— Atlas de la bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier; 22 feuilles, 0,42 X° 0,29, portant, sur la première, les armoiries d’un seigneur de Clugny. L’atlas contient une petite boussole sous verre, placée dans l'épaisseur de la couverture. Voir l'article de M, le prof. Cons, Société languedocienne de géographie, Montpellier, 1878, t. 1, p. 432. Nous sommes redevable à M. Benoist, doyen, pour deux fac-similés qui nous ont été très utiles.

— Portulan de la bibliothèque royale de Dresde, décrit par M, Kohl, Discovery of Maine, p. 293, pl. XIV et p. 316, pl. Xvn, n° 3.

— Bibliothèque ducale de Wolfenbüttel, Quatorze cartes, om,50 X om,18, Acheté au prix de 200 ducats.

— Bibliothèque royale de Munich. Planches vi et vi de Kunstmann.

— Bibliothèque de M. le baron Edmond de Rothschild. Portulan de très petites dimensions (om,18 X on,12). Neuf cartes, chacune sur deux pages affrontées. Calendrier, frontispice (vieillard, en costume oriental, mesurant une sphère), zodiaque, chacun une page. Le volume se termine par deux pages ; l'une, Atlas portant le monde; l’autre, les armes de Charles-Quint. Les bordures et les miniatures, attribuées à Giulio Clovio, sont d'un travail exquis. Reliure italienne, à rinceaux, incrustée de turquoises et de petits cabochons.

acture italienne du milieu du xvi siècle, c’est la particularité suivante :

Dans la mappemonde (de forme ovale), on distingue des routes ponctuées ou tractes en ruban, partant d'Europe pour aller atterrir en Asie ou en Amérique. Les portulans de 1554. 1564, et celui de Wolfenbüttel, n’ont que deux de ces routes. Commençant à un port d'Espagne, Cadix, ce semble, la première route traverse l’Atlantique, atteint le continent américain à la hauteur du Venezuela, suit la côte méridionale jusqu’au cap Horn, qu’elle franchit, et traverse l'Océan Pacifique dans toute sa largeur. Cette route est libellée: « Æ7 viage de andar a la maluche, » et elle se trouve marquée souvent en traits argentés, mais oxidés par le temps.

L'autre route, qui n’est que la voie de retour, part des îles de la Malaisie, passe le cap de Bonne-Espérance, et remontant le littoral africain, se termine au port d'Europe d’où elle est partie. Celle-ci, marquée en traits d’or, est intitulée : « Ritorno de la maluche. » C'est-à-dire que ces tracés indiquent le tour du monde par les caps de Vasco de Gama et de Magellan.

Le portulan de 1536 de la Bodleyenne, celui de 1543 de Paris,

. le portulan de 1545 de la Marciana, ainsi que les atlas de Philippe

IL et de Montpellier, marquent, en outre, une troisième route qui, partant également d’Espagne, franchit l'Atlantique, atterrit à listhme de Panama, s’y brise, mais reprend du côté du Pacifique, pour redescendre jusqu’au dessous de l'équateur. Cette route est intitulée : « Æ7 viazo de peru ».

Les portulans anonymes de Paris et de Dresde, et celui dela Bodleyenne ainsi que le portulan de la collection de M. le baron Edmond de Rothschild, exposent, en plus, une quatrième route, la plus curieuse de toutes. Celle-ci n’est pas au trait continu, mais ponctuée. Elle part d’un port de Normandie, traverse l’Atlantique, atterrit à la hauteur du Canada, au sud des Bacallaos (qui, dans Agnese, est toujours le Groenland), traverse un isthme imaginaire, et, franchissant le Pacifique, va aboutir au Cathay.

Dans ledit portulan de 1536, la route traverse un véritable détroit d’une longueur relativement considérable. Cette quatrième route est intitulée: « el viazo de fransa ‘ ».

Nous n'avons remarqué ces tracés que sur les portulans signés par Agnese ou sur ceux qui, à cause du format, des ornements, de la calligraphie et des contours géographiques, rappellent le faire de cet habile cartographe.

Les portulans d’Agnese sont généralement composés de douze à quinze feuillets de vélin collés deux à deux sur carton, et, de telle sorte qu’ils forment des pages in-octavo. On y trouve, le plus souvent, douze cartes*,toutes marines, précédtes de trois pages ou de trois feuilles, la première pour frontispice aux armes du proprittaire, lesquelles sont fréquemment omises dans le cartouche resté vide, la seconde pour lezodiaque obligatoire, et latroisième pour un calendrier. Le format des cartes doubles, pris dans l’intérieur des bordures, et sans les marges, dépasse rarement 0",25 X 0",17; c'est-à-dire que ce sont des atlas de très petit format. Cette exiguité dans les dimensions, le fini du travail et la richesse de l’enluminure en or et en couleurs, prouvent que ce ne sont pas des portulans dressés à l’usage des marins, mais des atlas destinés à orner les bibliothèques d'amateurs.

Quant à la valeur scientifique des portulans d'Agnese, elle n’est pas proportionnée à leur mérite artistique. On voit claire-

1. Le fait que cette route française est marquée sur un portulan de mars 1536, C'est-à-dire avant le retour de Jacques Cartier de son second voyage, nous porte à supposer que ce n’est même pas à la première expédition de ce navigateur qu'Agnese fait allusion, bien que les résultats de celleci fussent connus en France au mois de septembre 1534, car cette dernière semble avoir passé inaperçue hors de ce pays (supra, p. 146). Cette ligne serait donc plutôt une réminiscence du voyage de Verrazzano.

2. Le portulan de 1554 de la Marciana, par exception, contient trentequatre planches. On en trouve vingt-deux dans l’exemplaire de la faculté de médecine de Montpellier, deux de ces dernières, cependant, ne contiennent qu'une table de la déclinaison du soleil, un tableau de mesures diverses ainsi que des distances astronomiques, Celui dit de Philippe II n'a que quatorze planches,

ment que dès les commencements, en 1536, ce cartographe a adopté un type, dont il s’est à peine départi au cours des trente années de sa carrière. À ne prendre que le nouveau continent, en 1554 comrne en 1536, la côte du Pacifique descend à peine jusqu’à l'équateur, s’arrêtant à une « prouincia de siera », pour ne reprendre qu’au cap Horn, à l'« alcipelego de cabo de desiadi ». Même en 1564, l’île de Terre-Neuve est encore soudée au continent, bien que ses confrères Gastaldi et Diego Homem, dans des portulans dessinés } Venise même, marquassent déjà linsularité de cette grandeîle depuis au moins quinze ans.

Les contours sont évidemment empruntés, comme la nomenclature entière, — laquelle est un amalgame singulier d'espagnol, de portugais et d’italien, — à une carte sévillane, qui n’est ni celle de Weimar de 1527, laquelle omet les explorations de Estevam Gomez, mentionnées dans Agnese, ni le planisphère de Ribeiro, où les deux estuaires du golfe Saint-Laurent sont clos ", tandis que dans Agnese celui du sud reste ouvert. A notre avis, le prototype adopté par ce dernier est le mème dont s’est servi Ramusio pour ses Libri de 1534, et que nous avons attribué à Garcia de Toreno. Quant aux routes précitées, elles ont été inspirées par les caravelles qui, dans la carte de ce dernier, sillonnent l’Atlantique avec l'inscription « Alle Indie », et le Pacifique avec les légendes « Alle Moluche » et « AT Peru. »

La conclusion à laquelle nous arrivons est, que si on peut découvrir le nom de l’auteur de ces portulans anonymes et le modèle qu’il a suivi, les omissions ou les admissions géographiques (points de repères si décisifs dans beaucoup de cartes), ne peuvent servir ici à déterminer l’époque de leur construction.

t. Selon certains écrivains cette ouverture, béante dans le planisphère de 1527 et dans la carte que nous attribuons À Garcia de Toreno, mais qui est complètement fermée dans la mappemonde de Ribeiro, aurait été close par ordre, afin de dérouter les navigateurs étrangers qui plaçaient en ce lieu l'entrée du fameux détroit pour aller au Cathay, (Kühl, Discovery, p. 302.)

Nous devons également rappeler que les contoursdela côte septentrionale du Nouveau-Monde, identiques dans ces portulans de dates si diverses, démontrent que les Italiens ignoraient aussi, avant la rédaction des cartes lusitano-françaises, les profils qu’on relève dans le planisphère de Sébastien Cabot.

Avant de terminer, il importe de s’arrêter un instant au portulan Spitzer, pour en déduire une conséquence notable.

Le frontispice de ce bel atlas porte, à droite, les armes de Castille et d'Aragon, à gauche, l'effigie de Charles-Quint, et, sous une représentation de la Providence offrant le globe terrestre à un jeurie homme, l'inscription : « Philippo Caroli Aug. F. optimo prince. Providentia. » On est donc fondé à croire que c’est un don de Charles-Quint à son fils. Pour les raisons expostes préctdemment, nous ne pouvons préciser la date de ce portulan, mais il est évident qu’on n’aurait pas confié à un enfant des cartes de géographie, surtout d’unesi grande valeur artistique. Philippe II est né le 21 mai 1527. S'il reçut ce cadeau royal à l’âge de quinze ans, quand son père l'associa au gouvernement, nous aurions ici le maximum des connaissances géographiques du régent de l'Espagne concernant le Nouveau-Monde en 1542. La déduction qu’on doit tirer de ces rapprochements, c’est qu’à cette date les contours de l’île du Cap-Breton, du golfe Saint-Laurent et de Terre-Neuve, n'étaient pas mieux connus des cosmographes espagnols, auxquels Agnese empruntait forcément ses renscignements, que du temps de Ribeiro et de Chaves.

Nous voici arrivés à l’époque des grands changements introduits dans la cartographie de l’Amérique septentrionale ; malheureusement, on ne connait pas d'œuvres françaises contemporaines du premier voyage de Jacques Cartier. Selon Desmarquetz, Estancelin et Vitet, l’art de pointer les cartes nautiques ne daterait même en France que du milieu du xvi° siècle, puisque ces écrivains qualifient Pierre Desceliers de « créateur de l’hydro-

uraphie française, » A notre avis, les cartes anciennes dieppoises — ct nous en connaissons une qui porte la date de 1546, laquelle n'est pas la plus vicille qu’on possède, — sont trop savantes et d’un travail trop supérieur, pour ne pas avoir été précédées d’une longue série d'œuvres de ce genre, dues à plusieurs générations de cosmographes habiles et instruits. Comment supposer que le port de Dieppe, alors le premier du royaume, et où avaient été armées les flottes de Jean Ango, n’ait pas créé, dès le commencement du xvi' siècle, une école de pilotes et de cartographes ? Ce qu’on doit reconnaitre, c’est que les Dieppois s’inspirèrent de l’hydrographie lusitanienne, soit par l’influence directe de cosmographes portugais Ctablis dans les ports de Normaadie ou de Bretagne, soit par des cartes importées du Portugal. Ainsi, seulement, peut-on s'expliquer cette transmission servile de contours dont les premiers exemples se voient sur des cartes dressées dans ce dernier pays, et la nomenclature absolument portugaise qui sert de base à toutes les mappemondes dieppoises de la première moitié du xvi. siècle.

Nous possédons encore quatre planisphères dieppois construits sous le règne de François I‘, lesquels étaient très probablement les monuments cartographiques les plus beaux et les plus complets qu'on eut vus jusqu'alors. Ce sont les mappemondes manuscrites dites de Harley, de Vallard, de Henri IT et celle de Desceliers. Elles sont toutes sorties de France, tiois depuis vingt ans seulement. Nous les décrivons ci-après.

Afin de classer ces cartes précieuses, nous avions d’abord espéré pouvoir prendre pour base les configurations anciennement attributes à l’île du Cap-Breton et aux îles adjacentes. Mais, en cosmographie, on ne peut guère s'appuyer sur des données imaginaires, bien que souvent renforcées par desréalités, car alors le tracé dépend, en une certaine mesure, de l'imagination ou du caprice de chaque cartographe. Cetteile de « Sam Johan, » où de Saint Jehan, par exemple, placée dans l'Atlantique, à proximite de la Nouvelle-Ecosse, sur toutes Les cartes lusitaniennes et

lusitano-françaises, est certainement chimérique en sa conception première. |

Nous ne pouvons y voir, comme la plupart des historiens de la gcographie, l'île du Cap-Breton, non plus que dans l’étroit passage qui la sépare du continent, nous ne reconnaissons Le détroit de Canso. Si les Portugais, qui, les premiers, marquèrent cette île, avaient autrefois franchi ce canal, on verrait aussi sur leurs cartes l’île du Prince-Edward, qu'ils ne pouvaient manquer d'apercevoir en débouchant dans Le golfe Saint- Laurent par cette voie. Le canal qui sépare l’île de la terre ferme ne se prolongerait pas du nord au sud, comme sur les cartes de Viegas, de Desceliers et de Gutierrez. Enfin, ce détroit ne se trouverait pas non plus dans l’Atlantique, parallèlement au continent même, ainsi qu’on le remarque sur la carte harleyenne. Situé de l'est à l’ouest, il partirait de l'Octan pour déboucher dans le golfe, comme l’auraient divulgué des observations aussi élémentaires qu’incvitables. D'ailleurs, dans l'Harleyenne, on voit tout à la fois cette grande île octanienne de Saint Jehan, et un canal séparant l'ile du Cap-Breton de la péninsule. On n’a aussi qu’à examiner l’ile imaginaire que nous discutons, sa forme, ses dimensions, sa position, et en suivre la filiation depuis les premières cartes lusitaniennes, pour s'assurer que les anciens cosmographes n’ont pas eu en vue la Nouvelle-Ecosse, mais une ile supposée, transmise par des modèles d’abord servilement copiés, puis modifiés à la suite de renseignements incomplets ou erronés fournis par des pilotes portugais. Il suffit de rappeler les iles fantastiques des Sept-Cites, de Saint-Brandan, de Juan Estevanez, qui continuent à figurer sur les meilleures cartes jusqu’à la fin du xvi siècle, pour se rendre compte de la persistance des erreurs de ce genre en cartographie.

On ne peut donc prendre cette partie de la carte comme base d’une classification, surtout, lorsque, en outre, le critique s’aperçoit que la fameuse île océanienne ne se trouve pas sur la carte de Rotz, datée de 1542, tandis qu’elle reparaît, dans sa forme et

ses dimensions lusitaniennes, sur la mappemonde dressée par Pierre Desceliers en 1546.

Nous pensons avoir trouvé un guide relativement plus sûr dans les configurations attributes à l’île de Terre-Neuve. Il suffit, à notre avis, de partir du principe que la proximité des grands bancs de morues (seul attrait alors des expéditions septentrio nales), a porté les pêcheurs à explorer le littoral de la grande ile, de préférence aux côtes de la Nouvelle-Ecosse, où le poisson est beaucoup plus rare. Il s'ensuit qu’à la suite d'échanges d'observations et d’épures, selon l’usage, les pilotes ont graduellement éliminé les parties de cet archipel imaginaire dont l’existence n'était pas confirmée par l’expérience, et à reconnaitre, mais tard, l’insularité absolue de l’île. En un mot, selon nous, plus Terre-Neuve est morcelte, plus sa délinéation est ancienne.

C’est pour cette raison que nous plaçons la mappemonde harleyenne avant les autres cartes d’origine dicppoise.

MAPPEMONDE HARLEYENNE.

’EST une mappemonde anonyme de 2",85 X 1",20, sur parchemin, richement enluminte, « construite sur le plan de la carte du globe de Mercator (?) entièrement

écrite en français. Les noms de Gracal et Formose semblent être portugais, et on peut croire que la carte a été traduite de cette langue ».

1. Malte-Brun, Histoire de la Géographie; Paris, 1831, in-8, t. I, p. 630. M. J. Carson Brevoort possède une mappemonde dressée par Mercator, signée de son nom, gravée et datée de 1536, qu'il ent la bonne fortune de découvrir dans un Plolémée ayant appartenu à ce grand géographe; mais nous ne pensons pas qu'elle expose déjà la projection qui porte son nom ; laquelle se voit pour la première fois sur la mappemonde publiée à Duysbourg en 1569. Les cartes qu'il émit avant cette époque ne devaient pas diférer des cartes plates alors répandues partout.

Circa 1542.

fl | |

Elle porte les armes de France surmontées d'une ceuronne ouverte, et les armes du Dauphin. Le rédacteur ‘ du catalogue du Bristish Museum, où cette carte est conservéc*, en infère qu’elle est antérieure à l’année 1536. Nous n’oserions l’affirmer.

La couronne fermée fut adoptée définitivement, non en 1536, mais lorsque Henri Il succéda à son père, en mars 1547 *.

L'insertion de l’écusson de l'héritier de la couronne de France sur une carte nautique n’en détermine pas non plus la date, surtout si l’on veut y voir un emblème se rapportant au titre d'amiral qu'aurait possédé Henri IT en 1541 après la disgrâce de

. Philippe de Chabot, et qu’il aurait porté jusqu’à son avènement

au trône *. Nous devons rappeler à cet égard que l’amiral de Brion fut rétabli le 12 mars 1542° dans tous ses emplois, et que, d’ailleurs, ce ne fut pas le dauphin qui obtint la survivance de Chabot dans l’amirauté, mais le maréchal d’Annebaut.

Nous hésitons aussi à trouver dans cet écusson une preuve que la carte fut faite pour François If ou pour son fils et possédée par ce dernier. Le planisphère, dit de Henri IT, reproduit par Jomard, et que nous décrivons, porte les mêmes armes; on les voyait aussi sur l’atlas maritime de la vente La Vallière ‘, et sur d’autres documents cartographiques de la première moitié du xvre siècle que rien ne prouve avoir fait partie d’une bibliothèque royale. L’écusson de l’héritier de la couronne s’explique par le simple fait que Henri de Valois était alors duc de Bretagne.

1, Catalogue of the manuscripl maps, charts... in the British Museum, London, 1844, in-8, p. 23, Add. MS, 5,413. |

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