‹ Jean Halbout de la BecquetièreChapitre 58 sur 66 · M- de la B.."cquotièi-e fait allusion aux calomnies vé · texte numérisé non relu

M- de la B.."cquotièi-e fait allusion aux calomnies vé

et moy, de l'amitié inviolable qui étoit entre nous, que je ne crois pas qu'on puisse trouver clans tout l'univers une plus grande union qu'étoit celle que nous avions. Tous ceux qui nous connoissoient en peuvent rendre témoignage, et ils doivent très assurément être crûs au préjudice des autres avec lesquels nous n'avions point de commerce. Il me suffit de protester présentement que nous n'avions jamais été séparez d'affection ni de volonté, si l'on excepte la résistance que j'ay longtemps apportée à l'esprit de Dieu qui me parloit par la bouche de ce saint homme touchant ma conversion. Car nous n'avions selon le langage de l'Ecriture qu'un cœur et qu'une ame. Jamais il n'y eut entre lui et moi le moindre froideur, ni la moindre indifférence, non pas môme le moindre ombrage; et je ne sçaurois mieux représenter ses manières d'agir à mon égard qu'en déclarant qu'il vivoit avec moy, comme si j'avois été son nourrisson et sa propre fdle. Car depuis le jour que je fus conduite en sa mai-

panduos sur son compte, au sujet du motif (\o son ontrée en religion

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son jusqu'à celui que nous nous sommes librement et volontairement séparez pour l'amour de Jesus-Christ, il ne me faisoit pas de moindres caresses que peut faire une bonne et tendre mère à son bien-aimé et unique enfant; ce qu'il ne me faisoit pas seulement chaque jour, mais encore plusieurs fois en un même jour, et toutes et quantes fois qu'il revenoit de la ville ou de la campagne au logis. De mon cùté je tàchois de répondre du mieux qu'il m'étoit possible à ses chastes tendresses, quoyque ce ne fut pas de la même manière et avec autant de perfection et de désintéressement que lui, parce que l'amour que je lui portois n'étant qu'humain et naturel, le sien au contraire n'avoit autre iin que la gloire de Dieu et mon salut. Ce qui faisoit que je ne pouvois me résoudre à le quitter pour entrer en religion. Il faut pourtant avouer qu'il y eut quelque changement en mon affection, lors qu'il m'ùt gagnée à la religion; mais ce ne fut que pour la sanctifier par la vue de Dieu que je me proposay alors pour l'objet principal de tous les mouvemens de mon cœur; de sorte que

bien loin que notice amour fut diminué ou refroidy, il se purifia et s'affermit beaucoup, mais surtout, lorsque nous fûmes entrés l'un et l'autre en religion. De ma part j'en suis assurée, et personne ne doit douter de ce que je dis après la protestation sincère que j'en fais devant mon Sauveur. De son côté, j'en suis convaincue, car sa charité est montée jusqu'à ce point que, ne se contentant pas de prières continuelles qu'il faisoit pour mon salut à Dieu, il a de plus engagé plusieurs autres saintes âmes et un grand nombre d'excellens religieux à joindre les leurs aux siennes, afin d'obtenir de la miséricorde divine les grâces dont j'ay besoin. Et présentement que j'écris cecy pour satisfaire au commandement qui m'a été fait de rédiger par écrit ce que je connoissois de sa vie, et de ce qui s'est passé entre lui et moy, J3 ne fais nul doute qu'il ne se souvienne toujours de moy, et que le soin qu'il prend de mon salut ne soit sans comparaison plus grand que jamais il n'a été à mon égard. Je ne veux céder à aucune femme du monde dans le désir qu'elles pouroient

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