‹ Jean Henri comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines ... et sa lutte pour la libertéChapitre 29 sur 58 · DE BRUGES · texte numérisé non relu

DE BRUGES

« Subordonner donc la puissance législative et le jugement des premiers pasteurs à la puissance tem* porelle, c'est méconnaître l'un et l'autre, c'est tomber dans l'anarchie, c'est faire l'Église captive des rois de la terre, la changer en corps politique, et renverser le céleste gouvernement institué par Jésus-Christ.

« De plus, les évêques, chargés de perpétuer le ministère de l'apostolat aussi bien que la doctrine, en vertu de la mission de Jésus-Christ, sont aussi chargés d'y préparer ceux qui se destinent à devenir un jour leurs coopérateurs aux fonctions du sacerdoce, de les enseigner et former, de les éprouver sous leurs yeux, de leur mettre entre les mains le corps doctrinal et les livres classiques qu'ils doivent apprendre, et des maîtres pour les enseigner.

a Cette prérogative inhérente à Tépiscopat , et par conséquent inaliénable et imprescriptible, est aussi indépendante de l'influence civile que l'enseignement et institution ecclésiastique même, qui ne relève que du ciel.

<c La foi est un don du ciel, et n'a pour objet que des vérités révélées ; Dieu seul est sa cause et sa fin.

« Ce précieux dépôt n'a été confié qu'aux évêques. Ce n'est pas ici donc la sagesse humaine qui doit parler, c'est la sagesse divine qui doit uniquement servir de règhy et Jésus-Christ n'a promis la sagesse qu'à ceux qu'il a envoyés : toute autre prudence humaine léchouera toujours. L'Esprit-Saint, qui doit présider aux leçons et à l'institution de cette portion chérie de l'Église, ne lui est pas assuré ; c'est un don de l'épiscopat.

« C'est aussi le fondement de \ imité de V Église ^ qui

iSi MESURES VIOLËJ^TES.

ne ô6 trouve dans aucune secte dès qu^otl né tiient plus par des liens sacrés à rinfluence immédiate et suprême du saint-sîége et des évoques. Dès que renseignement leur est soustrait^ Tunité de la foi et de la morale, Tuniformité du culte , ne dureront pas longtemps intactes dans uïl tel État ; la religion divine , le culte céleste ne sera bientôt qu'une affaire de politique. Chaque souverain dictera ce qui lui sera le plus convenable. La doctrine, de même que renseignement, sera exposée au& changements et aux variations que pourrait éprouver la religion du prince; elle deviendra insensiblement arbitraire, et le peuple fidèle ii*aura plus de croyance fixe et immuable, elle sera toujours flottante et incertaine. L'enseignement, en outre, le corps enseignant, l'école mètne ne sel*a plus cathch ligue y comme êtstnt destituée de la mission de Jéstis- Christ, qui ne compète qu'aux évéqués.

« C'est au seul corps de l'Église, c'est-à-dire au vicaire de Jésus-Christ et aux évoqués, que l'enseignement est confié; c'est par eux seuls que tout professeur et docteur en théologie doit être envoyé, autorisé et délégué; l'enseignement, par le seul défaut de mis^ sion, ne sera qu^un enseignement profane, un établissement politique, une école civile; les grades académiques, qui se sont toujours donnés à Louvain en vertu d'une commission expresse du saint-siége, ne seront plus que des fantômes, du moment que, par deâ dispositions souveraines, cette influence n'y sera pluâ reconnue, m

Mais l'empereur persistait toujours danô son malheureux aveuglement. LL. AA. RR., gouverneurs généraux de Belgique, publièrent en son nom une

CONCESSION DES ÊVÉQUES. 133

dépéchô atix états de î^landre, en verta de laquelle on ordonnait m% évéques de se soumettre, sans aucun délai, à la Volonté impériale, et on leur intei^disaii, de la manière la plus rigoureuse, ainsi qu^aux états de toutôâ iôs pt^ovinceâ, de se permettre à Pavenir aucune représentation semblable à celtes qui avaient eu lieu déjà contre le séminaire général.

Les évéqued, touchés des douloureuses conséquences qui résillteraîent de leur opposition , et pré- Voyant lôS é:&cès auxquels un peuple aigri allait probablement se porter dans le cas d^un conflit entre répîscopat et le gouvernement, crurent devoir donner utiô dernière preuve de leur soumission et de leur condescendance envers 1* empereur, et envoyèrent, dans les premiers jours de février, leurs séminaristes à Lôuvain, rassurés du reste parles récentes promesses de ^empereur, par lesquelles celui-ci ô*étaît engagé à leur abandonner la surveillance entière de cet institut, et à n'y laisser professer aucune doctrine contraire à l'enseignement de TÉglise. Parcelle conduite ils désarmaient leurs adversaires , dissipaient toute espèce de soupçon qu'on eût pu concevoir à leur sujet, et irouvaient une entière assurance de leur future victoire.

Toutefois, quoiqu'ils y fussent excilés par lés plus puissants motifs. Cette concession fut toujours un grand sacrifice de leur part, et s'ils s'y résignèrent, ce ne fut pas moins à cause des circonstances déplorables dans lesquelles ih se trouvaient placés, qu^à raison de la violence qui leur était faite. Mais le gouvernement pouvait-il se flatter d'avoir, par ses actes arbitraires, tranché le nœud gordien dans celte affaire, et fermé pour jamais la bouche à l^épiSCOpât et à la

i84 NOUVELLES PROTESTATIONS.

nation ? L'ordre donné aux évêques le 5 février, qui avait motivé cette concession de leur part, ne fit au contraire, suivant une expression vulgaire, que jeter de l'huile sur le feu, et provoquer, d'une extrémité de la province à l'autre, une indignation générale.

Ce furent cette fois les magistrats de Bruges qui se prononcèrent le plus énergiquement contre cet édit, dans une lettre adressée, le 16 février, aux états de Flandre, lettre par laquelle ils exhortent tous les membres des états de cette province à combattre de toutes leurs forces les principes contenus dans l'édit impérial, et à continuer de publier de fortes remontrances contre l'établissement du séminaire général et la suppression des séminaires épiscopaux.

G^est ce qui ne manqua pas d'arriver. Les états et le clergé de Flandre publièrent aussitôt une représentation aussi digne que vigoureuse contre les principes contenus dans l'édit impérial et l'institut du séminaire général. Leur exemple fut suivi par le clergé et les états de toutes les provinces de Belgique (1).

Le triomphe des ennemis de TÉglise fut de courte durée. Les nouveaux professeurs incrédules de Louvain continuèrent leurs anciennes pratiques : devenus plus audacieux par la protection ouverte que leur accordait le gouvernement, ils crurent pouvoir se dispenser de tous égards aussi bien envers Tépiscopat qu'envers les élèves eux-mêmes. La morale et la foi furent de nouveau tournées en dérision, comme elles l'avaient été naguère ; de nouveau on foula odieusement aux pieds tous les droits de l'Église. Le saint-

LE SÉMINAIRE ABANDONNÉ. i85

siège surtout et l'épiscopat devinrent le sujet continuel de leurs plus amers sarcasmes. Ce fut alors que Tirritation des élèves arriva à son plus haut degré. Ils s'y prirent pourtant d'une manière plus adroite que la première fois : sans opposer la moindre résistance à ces prêtres impies, ils abandonnèrent en masse le séminaire, et se retirèrent momentanément dans le sein de leurs familles, afin de pouvoir retourner bientôt après dans leurs séminaires diocésains respectifs, et y continuer leurs études sous leurs anciens maîtres. Vers la fin de mars, le séminaire général était de nouveau complètement vide et désert.

SOmiÂIRE.

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