‹ Jean Henri comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines ... et sa lutte pour la libertéChapitre 3 sur 58 · TRADUIT · texte numérisé non relu

TRADUIT

PAR PAUL DE CESLIN

i ilPOSTOLIQUE.

PAKIS,

LIBBAïaiE DE FIBHIN DIDOT FBÈBES.

IHPBIHEUBS DE L'INSTITUT,

Jy^. J-. //^.

COMIB

DE FR AMENBËRG.

COMTE

DE FMNKENBERG.

Paiis. — 'Jv|iugta|ihicdc Fiiniin Didol fièieb, rue Jacob, 56.

DE FRANKENBERG,

CÂBDINAL ARCHEVÊQUE DE HALINES.

PRIMAT DE BELGIQUE

I l«uc poar la Hb«ru «c HÊcibe et paoj

SOUS L'EHPEREUB JOSEPH U.

PAR AUGUSTIN THEINER

ntns DE l'oiatoiu,

CoDullenr do SS. Cnngrégilioni de l'bidci , du Évéïnci cl rcgulioi et du uml Office 1 DQCBbrc de li Coogrégilion ipéciile de l'Iianiecidéc ConcquiDn, du CoUégc (héolsgiqne de IIJoiTenilé ronuine > le Sipience , de l'Audtraia irckwliigique pOBtifictlc, Préret-Coadjulcur ia knbita Kcrèt» du Vetieia, elc.

PAR PAUL DE GESLIN

MrSSIONNAinE APOSTOUQUE.

PARIS

UBBAlBie DE FIBHIN DIDOT FBÉBGS,

IMPIIMEUAS DE L'iNSTIItIT,

Jy^. J-.y/i.

lie Firuiiii iiuloL frira, rueJawb, &6.

DE FRANKENBERG,

CARDINAL ARCHEVÊQUE DE MAUNES

PRIMAT DE BELGIQUE

a iBlle pou- U IIMrW «e l'Ëtlbe cl pMir Im rtmliMI SODS L'EMPEREUR JOSEPH n,

PAft AUGUSTIN THEINER,

PBtru M l'obatoiu.

ir do SS. CoDgrcgiLiDiu d« l'iBilii , dei Éti^iia eL régulicn cl du uiiil Ofic* : ambre de !• Congr^iion ipéciilc de l'Immacutic Concaptian, du Collée Ibrologiqu de rUninnilé roiuiiie i li Sipience, de l'Acidén |iOBlificil>, PrérBL-Candjutcur dci ArchiTcs Mcriict du Vtticaa, H

XBADUIT

PAR PAUL DE CESLIN

ATOSTOUQUE.

PARIS

LIBBAlBie DE FIBNIN DIDOT FBliBES.

IMPItMEUBS DE L'INSIITUT,

Paris. — 'Jv|iu{;ia|»liiede Fiimin Didol fièreb, rue Jacob, 56.

COMTE

DE FRANKENBERG,

CARDINAL ARCHEVÊQUE DE HALINES

PRIMAT DE BELGIQUE

SOUS L'EUPBREint JOSEPH 11,

PAR AUGUSTIN THEINER

prAtke VI l'oratoiu,

Itmr do SS. Congrégitioiu ie l'iadu, dei Ëvii^iiei et regulien et du uiiil ea ; mmbR de li Cangrégilîon ipéciile de l'immiciiléc Cancapliao, du CoUige ilogHiDC de rUnitenilé ronuiae ■ li Supience , de l'AcidémÎB i liSule, PréreuCoail)iiUur dn ArcbiTo Mcrèlo dn Vaticii, ttc.

TBADUIT

PAR PAUL DE CESLIN

! AFOSTOUQUE.

PARIS

LIBRAIBIE DE FIRMIN DIDOT FBËRES .

IHFBIHEUBS DE L'INI

Paris. — 'Jv|)ugta|ihiede Fiiniin Didol fièieb, rue Jacob, 56.

DE PRANKENBERG,

PRIMAT DE BELGIQUE

M loUc »«n )■ iibwW «e i*ÉiIIk ei nar Im iCMlmalm tHaeatun sons L'EHPHŒUB JOSEPB 11,

PA.a AUGUSTIN TUEINER,

PBitU DB L'ORATOIU,

CnuuJteur du SS. CoBgrtgatioru de Pliidei, du É>èi|iK( et régnJien tl du HÎiit OlicE ; neBbte de U Congr^guiDn ipicùiJe de l'Imancnlte CoDcepUon, do CoiUge ihiolofiqiw de rtlniTenilé nnuioe » [■ Sipience, de rAadémie *rcbmlagH|ae poBlîEcilc, PrJfel-CDidjaleur dn Archira tecritei dn VllieaB, e(c.

TBADUIT

PAR PAUL DE GESLIN

■ IBSIOKIIAinE APOSTOUQUE.

PARIS

LIBBAIBie DE FIRHIN DIDOT FRÈRES.

IHPKIMEUBS DE l'in:

L'important ouvrage dont nous donnons aujourd'hui la traduction était depuis plusieurs années dans la pensée de son auteur : d'autres travaux, sinon plus graves, du moins plus urgents, en retardèrent la publication jusqu'aux tristes jours de la révolution romaine. A cette époque, menacé comme tant d'autres , et obligé de fuir devant les profanations sauvages- de la ville sainte, notre illustre ami vint cbercbet un r^ge à la Tolfa , dans un couvent de servîtes, voisin de Civita-Vecchia ; et là, à l'ombre d'un pieux sanctuaire de Marie (la Madonna di Gibona), dans ce lieu qu'une respectable tradition nous indique comme ayant, pendant quelque temps , été le séjour de saint Augustin , et où ce glorieux docteur de l'Église conçut, dit-on, son admirable projet de rendre la vie commune aux clercs; là, disonsnous , le B. P. Theiner chercha à consoler son cœur, en oocupaBt les longues heures de l'exil à écrire l'histoire de la lutte du cardinal J.-H. de Frankenberg.

Récemment publié en Allemagne, ce nouvel ouvrage du R. P. Theiner y a produit une sensation profonde; l'épiscopat autrichien surtout l'a accueilli comme une révélation nouvdle en matière de discipline ecclésiastique, et une grande quantité de lettres d'adhésion sont venues consoler l'auteur, et lui apprendre que ses peines n'avaient pas été vaines.

On s'étonnera peut-être que nous ayons choisi, parmi les œuvres du savant oratorien, la vie d'un honmie presque

3 ÀVËHTlSSEMEIfT

inconnu dans les annales de TÉglise, et un épisode obscur de son histoire, relatif à un peuple étranger. Les raisons qui nous ont déterminé à entreprendre ce travail sont précisément celles qui semblaient devoir nous en détourner.

Nul homme, mieux que le R. P. Theiner, ne comprit quel est le but vrai de l'histoire ; nul mieux que lui ne sut en scruter les mystères, ni manier d'une main plus habile cette arme toujours terrible, si saintement puissaute entre les mains intelligentes des bons , si redoutable entre les mains des imprudents, si dangereuse dans eelles des pervers.

L'histoire n'est pas une table chronologique ; elle n'est pas une série de documents authentiques, elle n'est pas un instrument au service d'une idée préconçue, même yraic ; elle n'est rien de tout cela , mais elle est tout cela, et plus que tout cela. L'histoire, c'est le passé servant de guide à l'avenir ; c'est la voix des morts qui sortent de leurs tombeaux pour apprendre aux vivants la route qu'ils doivent suivre ; c'est le doigt de Dieu écrivant sur les ruines, pour montrer aux hommes comment bâtir d'impérissables œuvres. Voilà le secret des grands historiens, et la méthode que le R. P. Theiner a suivie. Écartant avec plus d'intelligence que plusieurs de ses devanciers tout ce qui n'était pas essentiel à son sujet , admettant avec une impartialité rare tout ce qui pouvait servir à multiplier la lomière, évitant les réflexions qui naissent des faits eux-mêmes, ou, pour mieux dire, posant les faits sous le jour propre à faire naître les conclusions qu'ils appellent, éloquent sans emphase, énergique sans aigreur, exact sans minuties, il cherche dans ses écrits, et surtout dans celui que nous offrons à la France, à éclairer la voie obscure où la société s'achemine, en rallumant le flambeau éteint d'événements qui ne sont plus.

Si donc nous avons choisi pour la traduire l'histoire

DU TIIADUGTBUR. O

d'un homme inomuia ttu monde chrétien y c'est parée gae,

dans la famille catholique, nous considérons comme un

devoir sacré pour les enfants d'arracher aux «iyahisse^

ments de l'oubli la glorieuse mémoire de leurs pères ^

cette portion la plus précieuse de leur patrimoine sacré ;

et de même que, dans une noble race, on éprouve une juste

fierlé en découvrant sur une toile ignorée la grande figure

d'un ancêtre illustre, obscurcie par le temps , de méme^

nous l'espérons, la France chrétienne nous saura gré d'à»

Toir remis en lumière les traits augustes d'un pasteur

jostement surnommé l'Athanase de son siècle, et à la re-

uommée duquel il n'a manqué que d'avoir été grand sur un

plos grand théâtre.

Nous avons choisi un épisode appartenant à l'histoire d'an autre peuple, parce que, vivant da^s une atmoi^ phère brûlante où les nuages des passions humaines sem« blent annoncer toujours un orage pour le jour qui va venir, on ne pourra nous accuser au moins d'avoir voulu ajouter une récrimination de plus aux murmures des mé^ contents, et une goutte de fiel à la coupe déjà trop amère dans laquelle, sans se désaltérer jamais^ s'abreuve, depuis tant d'années, le monde social.

Bailleurs, daûs la sublime uiiité chrétienne, il n'j A point de Grée ni de Barbare : membres du même ccnrptf de Jésu»-Ghri8t, nous sommes un, eomme Jésus-Christ est un^

l^$a y. si nous avons voulu faire conuaitre à l'Église de France cette page solennelle de Thistoire de l'Église belge, %SL sœur , ce n'a été par aucune pensée politique^ Sans doute la lutte héroïque dont nous retraçons les crises, cette lutte si dramatique, qui eut pour dernier terme Tindépendance de la Belgique et la rupture des liens qui Funissaient à r.Autriehe ; cette lutte, disons-nous , peut offrir à Thistoire politique des peuples des scènes d'un intérêt saisissant, et des tableaux sans antécédents dans les

annales du monde; mais le B. P. Theiner, comprenant la grandeur de sa mission d'historien de l'Église, s'est tenu constamment au-dessus de ces vues secondaires et purement humaines, se contentant de les retracer à larges traits. Il ne s'est jamais écarté du but qu'il s'était proposé d'atteindre, et n'a pas cru devoir affaiblir, en le divisant, l'intérêt qui s'attachait aux faits importants qu'il avait à décrire. Son intention a été plus haute et plus sainte; et, d'ailleurs, les étoiles ne pàlissent-elles pas quand on regarde luire le soleil?

La haute importance du présent ouvrage consiste principalement dans l'analogie qui a existé entre la position de l'épiscopat, du clergé et de la population catholique de France, et celle où se trouvait l'Église belge à la lin du dix-huitième siècle ; analogie qui peut devenir plus frappante encore dans une époque comme la nôtre, où les révolutions qui se succèdent changent essentiellement, quelquefois en une heure, les relations de la puissance ecdésiaistique avec le pouvoir séculier.

La question de la liberté d'enseignement, traitée par l'épiscopat belge sous Joseph H, se présente, il est vrai, sous un point de vue qui n'est pas identiquement semblable à celui qui a affligé, en France, les regards chrétiens pendant la durée de la révolution de Juillet ; mais la marche suivie par l'Église de Belgique dans tous les degrés de sa hiérarchie fut si pleine de prudence et si riche de grands enseignements, que tous les âges et tous les peuples y peuvent faire une ample moisson d'expérience et de sagesse. Quelle que soit la partie du rempart de l'Église qui se trouve attaquée par les méchants, cette reine immortelle du monde ne change pas ses armes divinement trempées, et se défend toujours sous l'égide de Jésus-Christ.

Qu'il nous soit permis de le dire ici avec toute l'humilité qui convient à notre position , mais avec toute la franchise et l'indépendance qu'exige notre caractère : pendant les

manvais jours de ces combats livrés entre l'Église et l'État, soit an sujet de l'enseignement, soit au sujet d'autres em* piétements du pouvoir civil, une des plus grandes peines qui aient attristé notre cœur n'a pas été le sujet de cette guerre elle-même, quelque malheureuse qu'elle fût. mais la manière dont elle a été faite. Il n'y a rien de pacifique comme TÉglise , et pourtant sa destinée sur la terre semble être de subir les persécutions et les assauts de tons les siècles. Le Seigneur ne l'ignorait pas, sans doute; et l'on ne peat croire qu'il ait voulu la laisser désarmée au milieu des haines du monde. Or, les armes des puissants de la terre sont la force matérielle, l'habileté, les richesses ; les armes de l'Église sont la faiblesse que Dieu a choisie pour confondre la puissance ; la pauvreté, l'humilité, la douceur et la sainte folie de la croix.

C'est une leçon que Dieu donne au monde depuis son origine. 11 y a six mille ans que nous expérimentons les moyens humains et leur ineiUcacité. Quel est l'empire que la splendem* des victoires ait éternisé? Le lendemain d'un triomphe, voici venir au pied de l'arbre immense un ver inaperçu qui en rouge la racine ; quelques années suffisent pour le fedre périr. Quelle est la constitution ou la charte que l'hiibileté des politiques ait rendues durables? Quel est le traité que les précautions des diplomates aient mis à l'abri d'une violation prochaine? Quel est le gouvernement qui se soit consolidé sur d'immenses impôts? Toutes les forces du monde sont des colosses aux pieds d'argile. Or, l'ÉgUse, pauvre et fedble, sans armes et sans autre habileté que celle de l'Évangile , sans autre puissance que sa patience à sonffirir, depuis dix-huit siècles vit, agit, proispère, et tient, malgré lui , les rênes du gouvernement du monde.

Voilà ce que comprirent admirablement les Bdges dans la fière lutte dont nous retraçons l'histoire; Toilà.ce que comprit alors surtout l'épiscopat de cette province; voilà ce que, peut-être, plusieurs parmi nous ne comprenniebt pas

4 AVERTISSEHEHT

anoales dn monde; mais le B. P. Theiner, comprenant la grandeur de sa mission d'historien de l'Église, s'est tena constamment au-dessus de ces vues secondaires et purement humaines, se contentant de les retracer à larges traits, n ne s'est jamais ëcarté du but qu'il s'était proposé d'atteindre, et n'a pas cru devoir affaiblir, en le divisant, l'intérêt qui s'attachait aux faits importants qu'il avait à décrire. Son intention a été plus haute et plus sainte; et, d'ailletu-s, les étoiles ne pàhssent-elles pas quand on regarde luire le soleil?

La haute importance du présent ouvrage consiste principalement dans l'analogie qui a existé entre la position de l'épbcopat, du clergé et de la population catJiolique de France, et celle où se trouvait l'Église belge à la An du dix-huitième siècle; analogie qui peut devenir plus frappante encore dans une époque comme la nôtre, où les révolutions qui se succèdent changent essentiellement, quelquefois en une heure, les relations de la puissance ecclésiastique avec le pouvoir séculier.

La question de la liberté d'enseignement , traitée par l'épiscopat belge sous Joseph II , se présente, il est vrai, sous un point de vue qui n'est pas identiquement semblable à celui qui a afQigë, en France, les regards chrétiens pendant la durée de la rév<dntion de Juillet; mais la marche suivie par l'Église de Belgique dans tous les degrés de sa hiérarchie fut si pleine de prudence et si riche de grands enseignements, que tous les âges et tous les peuples y peuvent faire une ample moisson d'expérience et de sagesse. Quelle que soit la partie du rempart de l'élise qui se trouve attaquée par les méchante , cette reine immortelle du monde ne change pas sea armes divinei trempées, et se défend toujours sous l'cgide de Jésus-Q

Qu'il noQS soit permis de le dire ici avec toute L1i| qui convient à notre position, ^lais avwi t et l'indépendance qa'ua

n; TsuHxmci. 5

maoTÛs jonn de ces combats lîrrés entre TÉglbe et l'État, ■oit an sujet de remeignenHiit, soit an mjet d'aotrcs enpiétemoit» do poDTOîr ciTÎ), une des plus grandes peàm qui ùent attristé notre ofnr n'a pas été le snjet de oetts goerre die-mème, qodqDe malhenreme qu'elle fïkt, maÎB la manièTe dont elle a été fiUte. Il n'j a rira de padfiqos conunel'Éçli^, et pourtant M destinée sur la tene semble être de soImt les persécutions et les assanta de toos les siècles. Le S^gneor ne l'ignorait pas, sans dootp; et Foo no peut emire qn'il ait Tooln la laisser désarmée an milieu des haines dammide. Or, les armes des puisants de la terre smit Il force matérielle, l'habileté, les richesses ; les armes de l'Eglise scmt la biblesse que Dieu a choisie poor confondre U paiffiance; la panireté, l'humilité, la doQoeor et la sainte fidiede la croix.

Cest une leçon qoe Dieu donne an monde depuis son origine. llTasixmilleansqoenonsexpérimentiHtsIes otoyena humains et lenr inefficacité. Quel est l'empire qne la sidesdenr des victoires ait éternisé ? Le lendemain d'nn triomphe, Toiei Tenir an pied de l'arbre înunense un ver inaperço qui ta rmige la racine ; qnelqnes années suffisent poor le faire périr. Quelle est la constitution on la charte qne llid»lelé des piditiques ait rendues durables? Quel est le tnité qne les précautions des diplomates aient mis i l'abri d'une violation prochaine? Qœl est le ^nTcmenimt qui » sût EOMolidé sur dimmoises impôts? Toutes les forces do iiKMide sont des colosses aux pieds d'argile. Or, l'Eglise, {nrre et foible, sans armes et sans autre habileté qoe cdk de l'Évangile, sans aDb« puissance que sa patience à ■orfUr, depuis dix-hnît siècles vit, agit, prospère, et tient, ■migré lui , tes Wnes du trooTeinenieiit du monde. {STiHlà ce qoe CDDiprirent admirablement les Belges dans ■ latte dont uoos retraçons l'histoire ; voilà ce que »pat de cette province ; voili li nous ne comprennent pas

annaleg du monde ; mais le B. P. Theiner, comprenant la grandeur de sa mission d'historien de FÉglise, s'est tenu constamment au-dessus de ces vues secondaires et purement humaines, se contentant de les retracer à larges traits, n ne s'est jamais écarté du but qu'il s'était proposé d'atteindre, et n'a pas cru devoir affaiblir, en le divisant, l'intérêt qui s'attachait aux faits importants qu'il avait à décrire. Son intention a été plus haute et plus sainte; et; d'ailleurs, les étoiles ne pàlissent-elles pas quand on regarde luire le soleil?

La haute importance du présent ouvrage consiste principalement dans l'analogie qui a existé entre la position de l'épiscopat, du clergé et de la population catholique de France, et celle où se trouvait l'Église belge à la fin du dix-huitième siècle ; analogie qui peut devenir plus frappante encore dans une époque comme la nôtre, où les révolutions qui se succèdent changent essentiellement, quelquefois en une heure, les relations de la puissance ecclésiastique avec le pouvoir séculier.

La question de la liberté d'enseignement, traitée par l'épiscopat belge sous Joseph n , se présente, il est vrai , sous un point de vue qui n'est pas identiquement semblable à celui qui a affligé, en France, les regards chrétiens pendant la durée de la révolution de Juillet; mais la mardie suivie par l'Église de Belgique dans tous les degrés de sa hiérarchie fut si pleine de prudence et si riche de grands enseignements, que tous les âges et tous les peuples y peuvent faire une ample moisson d'expérience et de sagesse. Quelle que soit la partie du rempart de l'Église qui se trouve attaquée par les méchants, cette reine immortelle du monde ne change pas ses armes divinement trempées, et se défend toujours sous l'égide de Jésus-Christ.

Qu'il nous soit permis de le dire ici avec toute l'humilité qui convient à notre position , mais avec toute la franchise et l'indépendance qu'exige notre caractère : pendant les

manyais jours de ces combats livrés entre l'Église et l'État^ soit an sujet de l'enseignement, soit au sujet d'autres em* piétements du pouvoir civil, une des plus grandes peines qui aient attristé notre cœur n'a pas été le sujet de cette guerre elle-même, quelque malheureuse qu'elle fût ^ mais la manière dont elle a été faite. Il n'y a rien de padfique comme l'Église , et pourtant sa destinée sur la terre semble être de subir les persécutions et les assauts de tous les siècles. Le Seigneur ne l'ignorait pas, sans doute; et l'on ne peat croire qu'il ait voulu la laisser désarmée au milieu des haines du monde. Or, les armes des puissants de la terre sont la force matérielle, l'habileté, les richesses ; les armes de Tf^Use sont la faiblesse que Dieu a choisie pour confondre la puissance ; la pauvreté, l'humilité, la douceur et la sainte folie de la croix.

C'est une leçon que Dieu donne au monde depuis son origine. 11 y a six mille ans que nous expérimentons les moyens humains et leur ineiUcacité. Quel est l'empire que la splen- (teir des victoires ait éternisé ? Le lendemain d'un triomphe, voici venir au pied de l'arbre immense un ver inaperçu qui en ronge la racine ; quelques années suffisent pour le Mre périr. Quelle est la constitution ou la charte que l'hiibileté des politiques ait rendues durables? Quel est le traité que les précautions des diplomates aient mis à l'abri d'une violation prochaine? Quel est le gouvernement qui se soit consolidé sur d'immenses impôts? Toutes les forces du monde sont des colosses aux pieds d'argile. Or, l'Église^ pauvre et faible, sans armes et sans autre habileté que celle de l'Évangile , sans autre puissance que sa patience à souffrir, depuis dix-huit siècles vit, agit, prospère, et tient, malgré lui , les rênes dii gouvernement du monde.

Voilà ce que comprirent admirablement les Bdges dans la fière lutte dont nous retraçons l'histoire; Toilà.ce que comprit alors surtout l'épiscopat de cette province; voilà ce que, peut-être, plusieurs parmi nous ne comprennent pas

L'important oavrage dont nous donnons aujourd'hui la traduction était depuis plusieurs années dans la pensée de son auteur : d'autres travaux, sinon plus graves, du moins plus niants, en retardèrent la publication jusqu'aux tristes jours de la révolution romaine. A cette époque, menacé comme tant d'autres , et obligé de fuir devant les profanations sauvages de la ville sainte, notre illustre ami vint cfaercber un r^ge à la Tolfa , dans un couvent de servîtes, voisin de Civita-Vecchia; et là, à l'ombre d'un pieux sanctuaire de Marie (la Madonna di Gibona), dans ce lieu qu'une respectable tradition nous indique comme ayant, pendant quelque temps , été le séjour de saint Augustin , et où ce glorieux docteur de l'Église conçut, dit-on, son admirable projet de rendre la vie commune aux clercs ; là y disonsnous , le B. P. Theiner chercha à consoler son cœur, en occupant les longues heures de l'exil à écrire l'histoire de la lutte du cardinal J.-H. de Frankenberg.

Récemment'publié en Allemagne, ce nouvel ouvrage du R. P. Theiner y a produit une sensation profonde; l'épiscopat autrichien surtout l'a accueilli comme une révélation nouvelle en matière de discipline ecclésiastique, et une grande quantité de lettres d'adhésion sont venues consoler l'auteur, et lui apprendre que ses peines n'avaient pas été vaines.

Ou s'étonnera peut-être que nous ayons choisi , parmi les œuvres du savant oratorien, la vie d'un homme presque

inconnn dans les annales de l'Église, et un épisode obscur de son histoire, relatif à un peuple étranger. Les raisons qui nous ont déterminé à entreprendre ce travail sont précisément celles qui semblaient devoir nous en détourner.

Nul homme, mieux que le R. P. Theiner, ne comprit quel est le but vrai de l'histoire ; nul mieux que lui ne sut en scruter les mystères, ni manier d'une main plus habile cette arme toujours terrible, si saintement puissaute entre les mains intelligentes des bons , si redoutable entre les mains des imprudents, si dangereuse dans eelles des pervers.

L'histoire n'est pas une table chronologique; elle n'est pas une série de documents authentiques, elle n'est pas un instrument au service d'une idée préconçue, même vraie ; elle n'est rien de tout cela , mais elle est tout cela, et plus que tout cela. L'histoire, c'est le passé servant de guide & l'avenir ; c'est la voix des morts qui sortent de leurs tombeaux pour apprendre aux vivants la route qu'ils doiTent suivre ; c^est le doigt de Dieu écrivant sur les ruines, pour montrer aux hommes comment bâtir d'impérissables œuvres. Y(Hlà le secret des grands historiens, et la méthode que le R. P. Theiner a suivie. Écartant avec plus d'intelligenee que plusieurs de ses devanciers tout ce qui n'était pas essentiel à son sujet , admettant avec une impartialité rare tout ce qui pouvait servir à multiplier la lumière, évitant les réflexions qui naissent des faits eiohmémes, ou, pour mieux dire, posant les faits sow lejoiir propre à faire naître les conclusions qu'ils appellent, éloquent sans emphase, énergique sans aigreur, exact SMS minuties, il cherche dans ses écrits, et surtout dans eelui que nous offrons à la France, à éclairer la voie obscure où la société s'achemine , en rallumant le flambeau éteint d'événements qui ne sont plus.

Si donc nous avons choisi pour la traduire Thistoire

DU TIUDUGTBUR. 8

d'an homme inocmiiu au monde chrétieii , c'est paroe qaei dans la famille catholique, nous considérons cœnme un devoir sacré pour les enfants d'arracher aux envahisse^ ments de l'oubli la glorieuse mémoire de leurs pères , cette portion la plus précieuse de leur patrimoine sacré ; et de même que, dans une noble race, on éprouve une juste fierté en découvrant sur une toile ignorée la grande figure d'un ancêtre illustre, obscurcie par le temps, de méme^ nous l'espârons, la France chrétienne nous saura gré d'à» voir remis en lumière les traits augustes d'un pasteur justement surnommé TAthanase de son siècle, et à la renommée duquel il n'a manqué que d'avoir été grand sur un plus grand tiiéâtre.

Nous avons choisi un épisode appartenant à l'histoire d'mi autre peuple, parce que, vivant da^ une atmos-» pbère brûlante où les nuages des passions humaines sem-^ blent annoncer toujours un orage pour le jour qui va venir, on ne pourra nous accuser au moins d'avoir voulu ajouter une récrimination de plus aux murmures des mé^ contents, et une goutte de fiel à la coupe déjà trop amère dans laquelle, sans se désaltérer jamais^ s'abreuve, depuis tant d'années, le monde social.

Bailleurs, dans la sublime uiïlté chrétienne, il n'y d point de Grec ni de Barbare : membres du même corps de Jésus-Christ) nous sommes un^ eomme Jésos-Chrift est un^

{kifin , si nous avons voulu faire connaître à FÉgllse de France cette page solennelle de Thistoire de l'Église belges sa sœur, ce n'a été par aucune pensée politique^ Sans doute la lutte héroïque dont nous retraçons les crises^ cette lutte si dramatique, qui eut pour dernier terme Tindépendance de la Belgique et la rupture des liens qui lunissaient a TAutriehe ; cette lutte, disons-nous , peut oifrir à Ihistoire politique des peuples des scènes d'on intérêt saisissant, et des tableaux sans antécédents dans les

DU TRJVDUCTEUR.

L'important ouvrage dont nous donnons aujourd'hui la traduction était depuis plusieurs années dans la pensée de son auteur : d'autres travaux, sinon plus graves, du moins plus ui^ents, en retardèrent la publication jusqu'aux tristes jours de la révolution romaine. A cette époque, menacé comme tant d'autres , et obligé de fuir devant les profanations sauvages de la ville sainte, notre illustre ami vint cbercbet un refuge à la Tolfa , dans un couvent de servîtes, voisin de Civita-Vecchia; et là, à l'ombre d'un pieux sanctuaire de Marie (la Madonna di Gibona), dans ce lieu qu'une respectable tradition nous indique comme ayant, pendant quelque temps , été le séjour de saint Augustin , et où ce glorieux docteur de l'Église conçut, dit-on, son admirable projet de rendre la vie commune aux clercs; là, disonsnous , le B. P. Theiner chercha à consoler son cœur, en occupant les longues heures de l'exil à écrire l'histoire de la latte au. cardinal J.-H. de Frankenberg.

Récenmient publié en Allemagne, ce nouvel ouvrage du R. P. Theiner y a produit une sensation profonde; l'épiseopat autrichien surtout l'a accueilli comme une révélation nouvelle en matière de discipline ecclésiastique, et une grande quantité de lettres d'adhésion sont venues consoler l'auteur, et lui apprendre que ses peines n'avaient pas été vaines.

Ou s'étonnera peut-être que nous ayons choisi , parmi les œuvres du savant oratorien, la vie d'un homme presque

inconnu dans les annales de l'Église, et un épisode obscur de son histoire, relatif à un peuple étranger. Les raisons qui nous ont déterminé à entreprendre ce travail sont précisément celles qui semblaient devoir nous en détourner.

Nul homme, mieux que le R. P. Theiner, ne comprit quel est le but vrai de Tbistoire ; nul mieux que lui ne sut en scruter les mystères, ni manier d'une main plus habile cette arme toujours terrible, si saintement puissaute entre les mains intelligentes des bons , si redoutable entre les mains des imprudents, si dangereuse dans celles des pervers.

L'histoire n'est pas une table chronologique ; elle n'est pas une série de documents authentiques, elle n'est pas un instrument au service d'une idée préconçue, même Traie ; elle n'est rien de tout cela , mais elle est tout cela, et plus que tout cela. L'histoire, c*est le passé servant de guide à l'avenir ; c'est la voix des morts qui sortent de leurs tombeaux pour apprendre aux vivants la route qu'ils doivent suivre ; c'est le doigt de Dieu écrivant sur les ruines, pour montrer aux hommes comment bâtir d'impérissables œuvres. Y(Hlà le secret des grands historiens, et la méthode que le R. P. Theiner a suivie. Écartant avec plus d'intelligence que plusieurs de ses devanciers tout ce qui n était pas essentiel à son sujet , admettant avec une impartialité rare tout ce qui pouvait servir à multiplier la lumière, évitant les réflexions qui naissent des faits eoH^mémes, ou, pour mieux dire, posant les faits soai* Icjcmr propre à faire naître les conclusions qu'ils appellent, éloquent sans emphase, énergique sans aigreur, exact sans minuties, il clierche dans ses écrits, et surtout dans celui que nous offrons à la France, à éclairer la voie obscure où la société s'achemine , en rallumant le flambeau éteint d'événements qui ne sont plus.

Si donc nous avons choisi pour la traduire rbîstoifff

DU TRADUGTBUR. 8

d'un homme inocmiiu au monde chrétieii , c'est pâroe qne^ dans la famille catholique, nous considérons comme un devoir sacré pour les enfants d'arracher aux enyahisse^ ments de l'oubli la glorieuse mémoire de leurs pères , cette portion la plus précieuse de leur patrimoine sacré ; et de même que, dans une noble ruce, on éprouve une juste flerlé en découvrant sur une toile ignorée la grande figure d'un ancêtre illustre, obscurcie par le temps , de méme^ Dons l'espaçons, la France chrétienne nous saura gré d'à* voir remis en lumière les traits augustes d'un pasteur jostement surnommé l'Athanase de son siècle, et à la renommée duquel il n'a manqué que d'avoir été grand sur un plus grand théâtre.

Nous avons choisi un épisode appartenant à l'histoire d'an autre peuple, parce que, vivant da^ une atmos-» pfaère brûlante où les nuages des passions humaines sem^ blent annoncer toujours un orage pour le jour qui va venir, on ne pourra nous accuser au moins d'avoir voulu ajouter une récrimination de plus aux murmures des mé^ contents, et une goutte de fiel à la coupe déjà trop amère dans laquelle, sans se désaltérer jamais^ s'abreuve, depuis tant d'années, le monde social.

Bailleurs, dans la sublime uiiité chrétienne, il n'y û point de Grec ni de Barbare : membres du même corps de Jésus-Christ) nous sommes un^ ëomme Jésos-Chrift eitun^

{kifin , si nous avons voulu faire connaître à FÉgllse de France cette page solennelle de l'histoire de TÉglise belges sa sœur, ce n'a été par aucune pensée poIitique4 Sans doute la lutte héroïque dont nous retraçoos les crises^ cette lutte si dramatique, qui eut pour dernier terme Tin^ dépendance de la Belgique et la rupture des liens qui lunissaient à rAutriehe ; cette lutte, disons-noos , peut offrir à Ihistoire politique des peuples des scènes d'un intérêt saisissant, et des tableaux sans antécédents dans les

3 ÀVSRTISSËMEKT

inconna dans les annales de TÉglise, et un épisode obscur de son histoire, relatif à un peuple étranger. Les raisons qui nous ont déterminé à entreprendre ce travail sont précisément celles qui semblaient devoir nous en détourner.

Nul homme, mieux que le R. P. Theiner, ne comprit quel est le but vrai de l'histoire ; nul mieux que lui ne sut en scruter les mystères, ni manier d'une main plus habile cette arme toujours terrible, si saintement puissaute entre les mains intelligentes des bons , si redoutable entre les mains des imprudents , si dangereuse dans celles des pervers.

L'histoire n'est pas nne table chronologique; elle n'est pas une série de documents authentiques, elle n'est pas un instrument au service d'une idée préconçue, même vraie ; elle n'est rien de tout cela , mais elle est tout cela, et plus que tout cela. L'histoire, c'est le passé servant de guide à l'avenir ; c'est la voix des morts qui sortent de leurs tombeaux pour apprendre aux vivants la route qu'ils doivent suivre ; c'est le doigt de Dieu écrivant sur les ruines, pour montrer aux hommes comment bâtir d'impérissables œuvres. Y(Hlà le secret des grands historiens, et la méthode que le R. P. Theiner a suivie. Écartant avec plus d'intelligence que plusieurs de ses devanciers tout ce qui n'était pas essentiel à son sujet, admettant avec une impartialité rare tout ce qui pouvait servir à multiplier la lumière, évitant les réflexions qui naissent des faits eux^^-mémes, ou, pour mieux dire, posant les faits sob» le Jour propre à faire naître les conclusions qu'ils appellent, élfiquent sans emphase, énergique sans aigreur, exact sans minuties, il cherche dans ses écrits, et surtout 'dans celui que nous offrons à la France, à éclairer la voie obscure où la société s'achemine , en rallumant le flambeau éteint d'événements qui ne sont plus.

Si donc nous avons choisi pour la traduire l'histoire

DU TIUDUGTBUR. 8

d'un homme inocmiiu au monde chrétien, c'est paroe que^ dans la famille catholique, nous considérons comme un devoir sacré pour les enfants d'arracher aux enyahisse^ ments de l'oubli la glorieuse mémoire de leurs pères , cette portion la plus précieuse de leur patrimoine sacré ; et de même que, dans une noble race, on éprouve une juste flerlé en découvrant sur une toile ignorée la grande figure d'un ancêtre illustre, obscurcie par le temps, de méme^ nous l'espaçons, la France chrétienne nous saura gré d'à» voir remis en lumière les traits augustes d'un pasteur justement surnommé TAthanase de son siècle, et à la renommée duquel il n'a manqué que d'avoir été grand sur un plus grand théâtre.

Nous avons choisi un épisode appartenant à l'histoire d'an autre peuple, parce que, vivant da^ une atmos-» phère brûlante où les nuages des passions humaines sem^ blent annoncer toujours un orage pour le jour qui va venir, on ne pourra nous accuser au moins d'avoir voulu ajouter une récrimination de plus aux murmures des tiaé^ conteots, et une goutte de fiel à la coupe déjà trop amère dans laquelle, sans se désaltérer jamais^ s'abreuve, depuis tant d'années, le monde social.

Dailleurs, dans la sublime uiiité chrétienne, il n'y d point de Grec ni de Barbare : membres du même corps de Jésus-Christ, nous sommes un^ ëomme Jésus-Ghrift eat un.

ï^ufin,. si nous avons voulu faire connaître à FÉgllse de France cette page solennelle de l'histoire de rÉglise belges sa sœur, ce n'a été par aucune pensée poIitique4 Sans doute la lutte héroïque dont nous retraçons les crises^ cette lutte si dramatique, qui eut pour dernier terme Tin*" dépendance de la Belgique et la rupture des liens qui Tunissaient à rAutriehe ; cette lutte, disons-nous , peut offrir à Ihistoire politique des peuples des scènes d'un intérêt saisissant, et des tableaux sans antécédents dans les

e0001704SN

CdMHB

DE FMNKEN]W»G.

*-=ïw .

iH •■■ ■•■■

Paris. — 'ivpugiapliicde Fiiniin Didot fièret», rue Jacob, 56.

COMTE

DE FRANKENBERG,

CARDINAL ARCHEVÊQUE DE MAUNE5

PRIMAT DE BELGIQUE

SOUS L'EHPKtEUR JOSEPH U ,

PAR AUGUSTIN TUEINER,

ntns m L'oiATom,

Couullnr dei SS. CangrégaliODt ie l'Iadci, do Ëviqiia et rigolien et du uiiil Otici : mibn di la Coigrégition ipécitlc de l'ImiDicDléc CoDccpuan, du CdUge lhcolagH|M de l'Uiiienili rontipa i U Sipiencc , ât rAcadémis ■rchaologHiue ponliGctle, Préfcl-CDidiutfiir do ArehiTca wcrèl» dn Viticii, etc.

TBADUIT

PAR PAUL DE GESLIN

iii£giain<A[nE apostolique.

PARIS

LIBRAIBIB DE FISMIN DIDOT FRÈRES.

IMFBIHEUBS DB l'INSTITUT,

.t.^.NX .V^%.

L'important oavrage dont nous donnons aujoard'hui la traduction était depuis plusieurs années dans la pensée de son auteur : d'autres travaux, sinon plus graves, du moins plus ui^nts, en retardèrent la publication jusqu'aux tristes jours de la révolution romaine. A cette époque, menacé comme tant d'autres , et obligé de fuir devant les profanations sauvages- de la ville sainte, notre illustre ami vint cfaercbet un T^ge à la Tolfa, dans un couvent de servîtes, voisin de Civita-Vecchia ; et là, à l'ombre d'un pieux sanctuaire de Marie (la Madonna di Gibona), dans ce lieu qu'une respectable tradition nous indique comme ayant, pendant quelque temps , été le séjour de saint Augustin , et où ce glorieux docteur de l'Église conçut, dit<on, son admirable projet de rendre la vie commune aux clercs ; là , disonsnous , le S. P. Theiner chercha à consoler son cœur, en occupant les longues heures de l'exil à écrire l'histoire de h lutte du cardinal J.-H. de Frankenberg.

Récemment publié en Allemagne, ce nouvel ouvrage du R. P. Theiner y a produit une sensation profonde ; l'épiscopat autrichien surtout l'a accueilli comme une révélation nouvelle en matière de discipline ecclésiastique, et une grande quantité de lettres d'adhésion sont venues consoler l'auteur, et lui apprendre que ses peines n'avaient pas été vaines.

On s'étonnera peut-être que nous ayons choisi, parmi les œuvres du savant oratorien, la vie d'un homme presque

ouuui^u^oN

COUFB

DÉ

Pdiis. — 'iv|iugtai>liicde Fiimiii Didol fièreb, rue Jacob, 56.

COMTE

DE PRANKENBERG,

PBIMAT DE BELGIQUE,

M iMie MO- la ukotc «e l'ÉtUie cl VMir Iw ««MluJm «plK«»Mi SOUS L'EHPKIEUR JOSEPH H,

PAR AUGUSTIN THEINER

ntna m t-'oiATOtUf

Couulteiir da SS. CongrégiLiDu de flndci, det Ëviqiiei et rcgnlicn el du uinl OfBce : owBbrt de 11 Cangrégiliaii ipfciile de l'IminiieiiUe Canceptian. du Collège lbéDlagi<|iie de rUninnilé nnuine à t> Sipience, de l'Acidémie irclinlagiqiie pOBIjGcili, Prétel-CoiidjutBur da ArchiTB accrèln du Viticu, cic.

TBADtlIT

PAR PAUL DECESLIN,

■IMIOmiAlHE «POSTOUQUG.

PARIS

LlBKAIBIE DE FIRMIH DIDOT FBKRES,

IHPIIHEUSS DB L'IHSTITUT, nUE JACOB, &G.

L'important oavrage dont nous donnons aujourd'hui la traduction était depuis plusieurs années dans la pensée de son auteur : d'autres travaux, sinon plus graves, du moins plus urgents, en retardèrent la publication jusqu'aux tristes jours de la révolution romaine. A cette époque, menacé comme tant d'auti^es , et obligé de fuir devant les profanations sauvages de la ville sainte, notre illustre ami vint cberchelr un refuge à la Tolfa , dans un couvent de servîtes, voisin de Civita-Vecchia ; et là, à l'ombre d'un pieux sanctuaire de Marie (la M adonna di Gibona), dans ce lieu qu'une respectable tradition nous indique comme ayant, pendant quelque temps , été le séjour de saint Augustin , et où ce glorieux docteur de l'Église conçut, dit-on, son admirable projet de rendre la vie commune aux clercs; là, disonsnous , le B. P. Theiner chercha à consoler son cœur, en oecupant les longues heures de l'exil à écrire l'histoire de la lutte du cardinal J.-H. de Frankenberg.

Récenmient publié en Allemagne, ce nouvel ouvrage du R. P. Theiner y a produit une sensation profonde ; l'épisoopat autrichien surtout Ta accueilli comme une révélation nouTdle en matière de discipline ecclésiastique, et une grande quantité de lettres d'adhésion sont venues consoler l'auteur, et lui apprendre que ses peines n'avaient pas été vaines.

Ou s'étonnera peut-être que nous ayons choisi , parmi les œuvres du savant oratorien, la vie d'un homme presque

.S."*.nX .«!.%%.

DU TRM)UCTEUR.

L'important oavrage dont nous donnons aujourd'hui la traduction était depuis plusieurs années dans la pensée de son auteur : d'autres travaux, sinon plus graves, du moins plus ui^nts, en retardèrent la publication jusqu'aux tristes jours de la révolution romaine. A cette époque, menacé comme tant d'autres , et obligé de fuir devant les profanations sauvages de la ville sainte, notre illustre ami vint cberchet un r^ge à la Tolfa , dans un couvent de servîtes, voisin de Civita-Vecchia ; et là, à l'ombre d'un pieux sanctuaire de Marie (la M adonna di Gibona), dans ce lieu qu'une respectable tradition nous indique comme ayant, pendant quelque temps , été le séjour de saint Augustin , et où ce glorieux docteur de l'Église conçut, dit-on, son admirable projet de rendre la vie commune aux clercs; là, disonsnous , le B. P. Theiner chercha à consoler son cœur, en oeeupant les longues heures de l'exil à écrire l'histoire de la lutte du cardinal J.-H. de Frankenberg.

Récenmient' publié en Allemagne, ce nouvel ouvrage du R. P. Theiner y a produit une sensation profonde ; l'épisoopat autrichien surtout l'a accueilli comme une révélation nouTdle en matière de discipline ecclésiastique, et une grande quantité de lettres d'adhésion sont venues consoler l'auteur, et lui apprendre que ses peines n'avaient pas été vaines.

Ou s'étonnera peut-être que nous ayons choisi, parmi les œuvres du savant oratorien, la vie d'un homme presque

inconnu dans les annales de TÉglise, et un épisode obscur de son histoire, relatif à un peuple étranger. Les raisons qui nous ont déterminé à entreprendre ce travail sont précisément celles qui semblaient devoir nous en détourner.

Nul homme, mieux que le R. P. Theiner, ne comprit quel est le but vrai de l'histoire ; nul mieux que lui ne sut en scruter les mystères, ni manier d'une main plus habile cette arme toujours terrible, si saintement puissaute entre les mains intelligentes des bons , si redoutable entre les mains des imprudents , si dangereuse dans celles de» pervers.

L'histoire n'est pas une table chronologique; elle n'est pas une série de documents authentiques, elle n'est pas un instrument au service d'une idée préconçue, même vraie ; elle n'est rien de tout cela , mais elle est tout cela, et plus que tout cela. L'histoire, e*est le passé servant de guide à l'avenir ; c'est la Yoix des morts qui sortent de leurs tombeaux pour apprendre aux vivants la route qu'ils doivent suivre ; c'est le doigt de Dieu écrivant sur les ruines, pour montrer aux hommes comment bâtir d'impérissables œuvres. Voilà le secret des grands historiens , et la méthode que le B. P. Theiner a suivie. Écartant avec plus d'intelligence que plusieurs de ses devanciers tout ce qui n'était pas essentiel à son sujet , admettant avec une impartialité rare tout ce qui ponyait servir à multiplier la lumière, évitant les réflexions qui naissent des faits eoX'^mêmes, ou, pour mieux dire, posant les faits son» le Jour propre à faire naître les conclusions qu'ils appellent, éloquent sans emphase, énergique sans aigreur, exact sans minuties, il cherche dans ses écrits, et surtout 'dans celui que nous offrons à la France, à éclairer la voie obscure où la société s'achemine , en rallumant le flambeau éteint d'événements qui ne sont plus.

Si donc nous avons choisi pour la traduire l'histoire

DU TIUDUGTBUR. O

d'un honuiie inocmilu au monde chrétimi) c'est parce qae^ dam la famille catholique, nous considérons comme un devoir sacré pour les enfants d'arracher aux «nyahisse^ ments de l'oubli la glorieuse mémoire de leurs pères ^ cette portion la plus précieuse de leur patrimoine sacré ; et de même que, dans une noble race, on éprouve une juste fierté en découvrant sur une toile ignorée la grande figure d'un ancêtre illustre, obscurcie par le temps , de mème^ nous Tespârons, la France chrétienne nous saura gré d'à» voir remis en lumière les traits augustes d'un pasteur justement surnommé l'Athanase de son siècle, et à la re* nommée duquel il n'a manqué que d'avoir été grand sur un plus grand théâtre.

Nous avons choisi un épisode appartenant à l'histoii^ d'an autre peuple, parce que, vivant da^ns une atmo»« pbère brûlante où les nuages des passions humaines sem* blent annoncer toujours un orage pour le jour qui va venir, on ne pourra nous accuser au moins d'avoir voulu ajouter une récrimination de plus aux murmures des lo&* contents, et une goutte de fiel à la coupe déjà trop amère dans laquelle, sans se désaltérer jamais^ s'abreuve, depuis tant d'années, le monde social.

Bailleurs, daûs la sublime uidté chrétienne, il n'jr A point de Grec nî de Barbare : membres du même ccnrps de Jésus-Ghrist^ nous sommes un^ eomme Jésus-Gbriik «■I un^

ïln^,. si nous avons voulu faire connaître à l'Église de f'rance cette pfige solennelle de l'histoire de l'Ëglise beiges sa sœur, ce n'a été par aucune pensée politique^ Sans doute la lutte héroïque dont nous retraçons les crises^ cette lutte si dramatique, qui eut pour dernier terme Tindépendance de la Belgique et la rupture des liens qui l'unissaient à r.Autriche ; cette lutte, disons-nous , peut offrir à l'histoire politique des peuples des scènes d'un intérêt saisissant, et des tableaux sans antécédents dans les

annales du monde; mais le B. P. Theiner, comprenant la grandeur de sa mission d'historien de l'Église, s'est tenu constamment au-dessus de ces vues secondaires et purement humaines, se contentant de les retracer à larges traits. Il ne s'e^st jamais écarté du but qu'il s'était proposé d'atteindre, et n'a pas cru devoir affaiblir, en le divisant, l'intérêt qui s'attachait aux faits importants qu'il avait à décrire. Son intention a été plus haute et plus sainte; et; d'ailleurs, les étoiles ne pàlissent-elles pas quand on regarde luire le soleil .^^

La haute importance du présent ouvrage consiste principalement dans l'analogie qui a existé entre la position de l'épiscopat, du clergé et de la population catholique de France, et celle où se trouvait l'Église belge à la fin du dix-huitième siècle; analogie qui peut devenir plus frappante encore dans une époque comme la nôtre, où les révolutions qui se succèdent changent essentiellement, quelquefois en une heure, les relations de la puissance ecdésiaistique avec le pouvoir séculier.

La question de la Uberté d'enseignement , traitée par l'épiscopat belge sous Joseph II , se présente, il est vrai , sous un point de vue qui n'est pas identiquement semblable à celui qui a affligé, en France, les regards chrétiens pendant la durée de la révolution de Juillet; mais la mardie suivie par l'Église de Belgique dans tous les degrés de sa hiérarchie fut si pleine de prudence et si riche de grands enseignements, que tous les âges et tous les peuples y peuvent faire une ample moisson d'expérience et de sagesse. Quelle que soit la partie du rempart de l'Église qui se trouve attaquée par les méchants, cette reine immortelle du monde ne change pas ses armes divinement trempées^ et se défend toujours sous l'égide de Jésus-Christ.

Qu'il nous soit permis de le dire ici avec toute l'humilité qui convient à notre position , mais avec toute la franchise et l'indépendance qu'exige notre caractère : pendant les

manvais jours de ces combats livrés entre TÉglise et l'État^ soit au sujet de l'enseignement, soit au sujet d'autres empiétements du pouvoir civil, une des plus grandes peines qui aient attristé notre cœur n a pas été le sujet de cette guerre elle-même, quelque malheureuse qu'elle fût. mais la manière dont elle a été faite. Il n'y a rien de pacifique comme l'Église , et pourtant sa destinée sur la terre semble être de subir les persécutions et les assauts de tous les siècles. Le Seigneur ne l'ignorait pas, sans doute; et l'on ne peut croire qu'il ait voulu la laisser d&armée au milieu des haines du monde. Or, les armes des puissants de la terre sont la force matérielle, l'habileté, les richesses ; les armes de l'Église sont la faiblesse que Dieu a choisie pour confondre la puissance ; la pauvreté, l'humilité, la douceur et la sainte folie de la croix.

C'est une leçon que Dieu donne au monde depuis son origine. Il y a six mille ans que nous expérimentons les moyens humains et leur inefficacité. Quel est l'empire que la splendeur des victoires ait éternisé? Le lendemain d'un triomphe, voici venir au pied de l'arbre immense un ver inaperçu qui en ronge la racine ; quelques années suffisent pour le faire périr. Quelle est la constitution ou la charte que l'ht^bileté des politiques ait rendues durables? Quel est le traité que les précautions des diplomates aient mis à l'abri d'une violation prochaine? Quel est le gouvernement qui so soit consolidé sur d'immenses impôts? Toutes les forces. du monde sont des colosses aux pieds d'argile. Or, l'ÉgUse^ pauvre et faible, sans armes et sans autre habileté que celle de l'Évangile , sans autre puissance que sa patience à souffrir, depuis dix-huit siècles vit, agit, prospère, et tient, malgré lui , les rênes du gouvernement du monde.

Voilà ce que comprirent admirablement les Bdges dans la fière lutte dont nous retraçons l'histoire ; voilà, ce que comprit alors surtout l'épiscopat de cette province ; voilà ce que, peut-être, plusieurs parmi nous ne comprennent pas

6 AVBRTISSfilIENT

asseï) et ToUà pourquoi ils ont yainen, tandis que nous, noas oombattons encore.

Deux faits sont frappants dans le récit de la résistance (^posée par la Belgique aux excès commis par le pouvoir olvil. jQ'est, en premier lieu, la subordination et l'ordre ad* mirablequi régnèrent jusqu'à la fin dans leur petite armée. C'est ensuite l'esprit de foi qui ne cessa de l'animer, et avec lequel elle ne cessa de se défendre. Ce fut à ces deux principes qu'elle dut son triomphe.

Nous voyons en France un spectacle tout opposé. Là , les brebis marchaient sous la houlette des pasteurs , et les pasteurs eux-mteies combattaient sous le drapeau de rÉ<« vangile; ici, chacun a sa bannière; les fidèles, appuyés sur leurs propres lumières , échappent dans leur ardeur india* ciplinée aux rangs de la milice sainte; non pas , il est vrai, pour déserter la cause de Dieu , mais pour combattre avant l'heure et sans chef, et chercher dans une guerre hasardeuse une défaite sans profit et sans gloire.

Là, on combattait pour la défense de la foi, sous le bou-^ clier Impénétrable des lois de la justice éternelle et de celles dont Dieu lui-même a voulu protéger la faiblesse de son Église; ici, on cherche quelquefois à soutenir la même danse sous la bannière des chartes et des constitutions d'un jour , à se défendre avec une arme qui n'est pas forgée pour nos mains, à se couvrir d'un bouclier, qui , loin de pouvoir garantir ceux contre lesquels il fiit façonné, est impuissant à protéger même ceux qui le firent pour leur usage.

n s'ensuit que, tandis que nous voyons en Belgique un peuple faible et soumis conserver, dans sa lutte, cette unité qui fait la force, et s'affranchir en peu d'années du pouvoir immense d'un peuple étranger qui le domine , nous voyons en France une majorité imposante, asservie et divisée, tournant quelquefois ses armes contre elle-même, et luttant avec peine contre une minorité qu'elle pourrait écraser par son seul dédain fit son silence.

DU TRÀDUCTBim. 7

Le mal en Franee vient de loin : il est produit par tme oanse que peu de gens soupçonnent. On s'imagine à tort poavoir impunément enlever une pierre à l'édifice majestueun de l'Église. Il n'y a rien de petit dans l'Église; les choses qui semblent telles sont comme les faibles arbrisseaux qui entrelacent leurs rameaux autour d'un champ fertile : si l'on vient à en arracher un seul , les animaux sauvages pé-^ nètr^nt par cette brèche qui leur est ouverte , et viennent ravager le froment dans sa fleur.

Voilà ce qui nous est arrivé : nous avons cru, il y a peu de siècles, pouvoir nous permettre de professer une doctrine qui favorisait contre Borne la vanité de certains esprits , aussi fiers dans leurs écrits que rampants dans les antichambres j et qui n'avaient trop peu d'orgueil qu'en pré* sence du pouvoir. Nous avons cru qu*il serait plus commode de s'affranchir autant qu'il était possible de la douce sou* mission si légitimement due à un père , pour se procurer le triste honneur de porter le nom d'hommes libres sous la dore verge d'un maître. Entraînés par je ne sais quel aveuglement fatal, nous avons voulu jouir du plaisir étrange d'aller par notre audace jusque sur les dernières limites du schisme, et, par nos théories imprudentes, presque jusqu'au! confins de l'hérésie. Nous avcms voulu boire , nous aussi , quelques gouttes à la coupe de l'indépendance , assis à la taMe des rois, n en est arrivé que l'infection du mauvais exemple a commencé à empoisonner la société tout entière; Itô peuples, en voyant leurs gardiens se séparer du Pasteur des pasteurs, ont eru qu'il serait bon pour eux aussi de divorcer avec l'autorité qui gouverne ; et le gallicanisme est ainsi venu en aide à la réforme pour produire les révolutions qui ont ensanglanté la France.

Quand on a fait un premier pas dans une mauvaise voie, on ne s'arrête plus ; une fois la séparation conunencée entre les membres et le corps , le mal ne tarda pas à faire des pc^ogrc»^^ rapides. Les gouvernements, se sentant appuyés sur

une force ecdésiastique de nom , et numériquement imposante, ne reculèrent pas dcTant la pensée d'humilier leur mère sous des lois et des chaînes ; et le gallicanisme ainsi produisit le joséphisme.

G*est lui encore qui a appris au jansénisme son langage perfide, alliage impur de la soumission des lèvres et de la rébellion du cœur. C'est lui qui a semé le germe du parochisme , du presbytérianisme et du laïcisme , triple plaie qui, si Ton n'y prend garde , peut , d'un jour à l'autre , se développer dans le sein de l'Église de France et la conduire à sa décomposition.

La marche du gallicanisme a été sensible , mais lente ; ce serait une triste mais curieuse histoire que la sienne : ce n'est pas ici que nous. pouvons essayer d'en indiquer les phases; nous nous contenterons d'en ébaucher quelques traits, relatifs au sujet qui nous occupe.

Cette fausse et perfide théorie n'a qu'un seul principe fondamental, sorte de lambeau coupé dans le vêtement déjà vieux du protestantisme : c'est la dilatation excessive du IKHirvoir de César et la compression anormale de la puissance de Pierre. Repoussant d'une main la doctrine de Jésus-Christ, la tradition de l'Église et les instincts euxmêmes de la nature humaine, fille de l'unité, les gallicans tendirent l'autre aux princes de la terre, déjà couverts de la lèpre d'Ozias, et ce fut ainsi qu'ils se souillèrent avec eux. Jésus-Christ avait déposé dans le sein de son Église une parole féconde : Tu es Pierre , et sur cette pierre j*établirai mon Église. Cette parole, qui constituait l'essence de l'unité catholique, ne fut d'abord qu'un germe qui devait se déve^ lopper plus tard , et couvrir ensuite de ses forts rameaux l'immensité du monde chrétien. Pie IX n'a pas plus de pouvoir que saint Pierre , et saint Pierre ne reçut pas plus d'autorité que Pie IX; mais ce pouvoir, cette autorité donnée au souverain pontife , non par l'État , non même par l'Église, mm par Jésus-Christ seul, est de telle nature,

qu'elle peut se restreindre ou s'exercer dans une sphère plus ou moins large» suivant les exigences des temps et la volonté divinement inspirée de celui qui la possède.

Dans les premiers siècles de l'Église, les souverains pontifes userait peu de leur autorité ; saint Pierre , saint Clément» n'avaient à traiter les intérêts de l'Église qu'avec des apôtres on des évèques d'une sainteté confirmée par des mîrades. Pendant les siècles de persécution , les premiers pasteurs, ne pouvant avoir que de rares et difficiles rapports avec l'Église mère , agissaient dans le gouvernement de leur troupeau sous la conduite presque immédiate de FEsprit-Saint ; alors l'unité était suffisamment cimentée par le sang des martyrs et la hache des bourreaux ; et la dent des lions, en broyant les corps des fidèles confesseurs de la foi, ne servait qu'à rendre l'Église plus compacte et plus unie.

Quand la liberté sociale lui fut donnée, une ère nouvelle cominença pour elle : alors les hérésies pullulèrent , alors les schismes se firent, alors les dissensions naquirent, alors les princes voulurent porter sur l'encensoir une main sft*» crilége, et le monde chrétien, agenouillé devant Pierre, sembla lui demander d'user de cette plénitude de puissance qu'il avait reçue d'en haut; car un caractère spécial de cette même autorité divine , c'est d'agir avec douceur en même temps qu'avec force, et de descendre avec suavité et avec paix sur les âmes , tandis que celles-ci , avides de s'y désaltérer, s'entr'ouvrent vers elle comme les fleurs d'une prairie qui demandent le rafraîchissement à la rosée du ciel.

Le travail des âges , en multipliant les ennemis de l'Église, a développé aussi ce besoin d'une mâle autorité qui pût la défendre contre les portes de l'enfer. Quand les loups s'approchent davantage de la bergerie, les brebis se serrent de plus près autour de leur pasteur ; et le pasteur ,

une force ecdésiastique de nom , et numériquement imposante, ne reculèrent pas deTant la pensée d'humilier leur mère sous des lois et des chaînes ; et le gallicanisme ainsi produisit le joséphisme.

G*est lui encore qui a appris au jansénisme son langage perfide, alliage impur de la soumission des lèvres et de la rébellion du cœur. C'est lui qui a semé le germe du parochisme j du presbytérianisme et du laïcisme , triple plaie qui, si Ton n'y prend garde , peut , d'un jour à l'autre , se développer dans le sein de l'Église de France et la conduire à sa décomposition.

La marche du gallicanisme a été sensible , mais lente ; ce serait une triste mais curieuse histoire que la sienne : ce n'est pas ici que nous- pouvons essayer d'en indiquer les phases; nous nous contenterons d'en ébaucher quelques traits, relatifs au sujet qui nous occupe.

Cette iausse et perfide théorie n'a qu'un seul principe fondamental, sorte de lambeau coupé dans le vêtement déjà vieux du protestantisme : c'est la dilatation excessive du pôilvoir de César et la compression anormale de la puissance de Pierre. Bepoussant d'une main la doctrine de Jésus-Christ, la tradition de l'Église et les instincts euxmêmes de la nature humaine, fille de l'unité, les gallicans tendirent l'autre aux princes de la terre, déjà couverts de la lèpre d'Ozias, et ce fut ainsi qu'ils se souillèrent avec eux. Jésus-Christ avait déposé dans le sein de son Église une parole féconde : Tu es Pierre, et sur cette pierre j'établirai mon Église. Cette parole, qui constituait l'essence de l'unité catholique, ne fut d'abord qu'un germe qui devait se déve^ lopper plus tard , et couvrir ensuite de ses forts rameaux l'immensité du monde chrétien. Pie IX n'a pas plus de pouvoir que saint Pierre , et saint Pierre ne reçut pas plus d'autorité que Pie IX; mais ce pouvoir, cette autorité donnée au souverain pontife , non par l'État , non même par l'Église, mm par Jésus-Christ seul, est de telle nature,

qu'elle peut se restreindre ou s'exercer dans une sphère plus ou moins large» suivant les exigences des temps et la volonté divinement inspirée de celui qui la possède.

Dans les premiers siècles de l'Église, les souverains pontifes usèrent peu de leur autorité ; saint Pierre , saint Clément, n'ayaient à traiter les intérêts de l'Église qu'avec des apôtres oa des évèques d'une sainteté confirmée par des vàrades. Pendant les siècles de persécution j les premiers pastrars, ne pouvant avoir que de rares et difficiles rapports avec l'Église mère, agissaient dans le gouvernement de leur troupeau sous la conduite presque immédiate de l'Esprit-Saint ; alors l'unité était suffisamment cimentée par le sang des martyrs et la hache des bourreaux ; et la dent des lions, en broyant les corps des fidèles confesseurs de la

to, ne servait qu'à rendre l'Église plus compacte et plus

Quand la liberté sociale lui fut donnée, une ère nouvelle GODÛnença pour elle : alors les hérésies pullulèrent , alors lesgdusmes se firent, alors les dissensions naquirent, alors les princes voulurent porter sur l'encensoir une main sacrilège, et le monde chrétien, agenouillé devant Pierre, sembla lui demander d'user de cette plénitude de puissance qu'il avait reçue d'en haut; car un caractère spécial de cette même autorité divine , c'est d'agir avec douceur en même temps qu'avec force, et de descendre avec suavité et avec paix sur les âmes , tandis que celles-ci , avides de s'y désaltérer, s'entr'ouvrent vers elle comme les fleurs d'une prairie qui demandent le rafraîchissement à la rosée du ciel.

Le travail des âges , en multipliant les ennemis de l'Église, a développé aussi ce besoin d'une mâle autorité qui pât la défendre contre les portes de l'enfer. Quand les loûps s'approchent davantage de la bergerie, les brebis se Bcrrent de plus près autour de leur pasteur ; et le pasteur ,

10 ▲VBaTietBMINT

k son toor^ plus soigneusement les compte, et i^puie sur elles sa main avec plus de force et d'amour J

A l'époque où le gallicanisme naquit, l'Église se trouvait plus que jamais assaillie ; c'étaient des eombats au dehors et des terreurs dans son sein. En la voyant assiégée par le protestantisme, comprimée par lesprinces, le devoir de tous ses enfanta était de la défendre, et de la défendre en resserrant les liens qui les unissent à la chaire de Pierre , et eu faisant à cette même chaire un piédestal puissant de tous les bras et de tous les cœurs.

Voilà ce que les gallicans ne comprirent pas. Préférant les sourires des princes aux baisers d'une mère, ils cherchèrent à dérober à celle-ci , comme des enfants mutins , tout ce qu'ils purent enlever à la maison paternelle pour en faire un odieux hommage aux pieds de ceux qui ne l'aimaient pas. Ils se soucièrent peu de blesser le cœur de celle qui les avait portés dans sou sein et de faire couler ses larmes ; ils crurent que la puissance du sceptre suppléerait à la houlette du pasteur ; ils calculèrent la soumission, pesèrent l'obéissance et discutèrent l'amour ; ils refroidirent U tendresse filiale dans leurs âmes , et enfantèrent de leur cœur glacé le jansénisme, plus froid encore.

Ils Toulurent efbeer de leur front l'empreinte de leur origine , et arracher de leur histoire les plus belles pages. ns bouleversèrent tout dans le dogme, et le souffle de leur bouche brûla, comme une bise glacée , les fleurs brillantes de renseignement doctrinal. Ils firent une morale sauvage à l'usage de ceux qui l'appliquent, et pour Feffroi de ceux qui la subissent;, ils fabriquèrent des liturgies, dénaturèrent les saintes cérémonies de l'Église en j introduisant des éléments étrangers à leur sublime simplicité ; ils ravagèrent le culte et oublièrent la discipline ; puis ils s'emprisonnèrent dans leur maison, et mirent comme une sentinelle vigilante le gouvernement civil à en garder l'entrée pour les empêcher eux-mêmes d'en sortir , afin de ne pouvoir

DU nAAIICTlim. il

sans doute s'expofler à la tentation de perdre ces préoieoses libertés, dont le nombre, qui m'échappe, a été soigneusement calculé par les Pithou et les Dupin.

Voyez la suite logique des choses : une fois qu'ils eurent Tolontairement fait schisme avec la mère patrie , la honte les prit ; les lois de TÉglise les condamnaient , ils trouvèrent bon de les oublier. Si l'on eût connu un peu de droit oanoniqae orthodoi.e9 on eût su en même temps que les li* tnrgies nouyelles étaient illégitimement établies, que les gaatre articles étaient réprouvés par Pie VI (1), que la

(i) On parle beaucoup des quatre articles, et oo leur attribue une valeur extmordioaire; nous croyons deyoir ici en retracer l'bistoire en quelques lignes, |H)nr Tusage de leurs apologistes.

Louis :ii;iy ayant publié , sur le droit de régale , un édit qu'il étendait à tout» les proTjnces du royaume, et qui était un empiétement manifeste sur la joridiction ecclésiastique , le yénérable pontife Innocent XI s'opposa formellement, au nom de^ droits de TËglise, à sa mise à exécution. Le roi, peu patient par nature, pour se venger du pape, convoqua, en Tannée 1682, rassemblée générale du clergé de France, dans laquelle les évéques rédigërei|t| sous rinspiration du souverain , et par Torgaue de Bossuet , dont la grande mémoire ne se lavera jamais de cette tache , la déclaration fameuse eu quatre articles , connue sous le nom de Déclaration de VÉçlUe gtUlir cane ; déclaration qui n'avait qu'un seul but , celui de servir la mauvaise humeur du prince contre la légitime résistance du saint-père.

Cet acte humiliant fut rendu public aussitôt, et devint loi de TËtat, en vertu d'un édit royal dans lequel, comme un diamant précieux, il se vit dévotement et solennellement enchâssé.

Les évêques, honteux de leur peu de courage, et comprenant combien le saint-père devait être légitimement et profondément blessé de cette démarche, lui écrivirent, pour s'excuser et protester de leur orthodoxie, une lettre dans laquelle ils déclaraient adhérer à la doctrine renfermée dans le texte suivant de saint Bernard : « Opertet, » ce sont eux qui la citent, « ad vestrum apostolatum referri pericula quœque et scandala emergentia in regno I)ei , ea potissimum quœ de iide continguut ; dignum uamque arbitrer ibi potitsimani resarciri damna fidei , uhi fides non potest sentire defectum, Hxc quippe hvjus prxrogativa sedis (Ad Innoc. 11, epist. 90). » Ils aflirmcnt encore penser avec les docteurs : « lllum , qui apostolicœ sedi in ca^ nonum expositione conirarium sentit, non sapere quicumque ille est, sed decipere; non cultorem vel expositorem divinx legis, sed insidiatorem et oppressorem cognosci (Gottefred. vindoc, epist, 30). » Enfin, ils adhèrent encore à I9 doctrine d'Yves de Chartres : « Apostolicœ sedis judiciis et

1 2 AVERTISBEM ENT

morale était outrée , que les curés n'étaient pas évèques , que les évéques n'étaient pas papes , que les droits des

constitutionibus obviare , est hxreticx praviiatis notam incurrere (Yvon. Carnot., ppist. 8). »

La paix s*étant faite entre le saint-siége et la cour de Versailles , les mêmes prélats, qui manquaient moins d'instruction , que de courage , n'ayant plus de raison de bouder le pape, écrivirent de nouveau en 1692, au sujet des quatre articles , à Innocent XII , en ces termes humbles et repentants : « Ad pedes beatitodinis vestrœ provoluti, profitemur et declaramus nos vehementer qnidem et supra id quod dici potest ; ex corde dolere de rébus gestis in comitiis prœdictis , qux sanctitati vestrae ejusque prœdecessorilms summopere displicuerunt, ac proinde quidquid in iisdem circa ecclesfasticam potestatem, et pontificiam auctoritatem decretnm censeri potuit, pro non decreto kabemus et habendnm esst declaramus. >»

A moins de vouloir flétrir tous ces prélats de l'odieuse imputation d'hypocrisie, on ne peut désirer une rétractation plus formelle et plus claire. ^ Réfutée par anticipation dans les actes officiels de l'assemblée, méprisée par son propre parrain Tillustre Bossuet, déplorée avec des larmes de repentir par ses auteurs eux-mômes , il convenait encore que la déclaration fût répudiée par le roi.

Cela eut lieu. Louis XIY, devenu vieux et moins yif dans ses actes, écrivit, le 14 septembre de la même année 1692, à Innocent XII, qu'il annulait .fUèt le passé, et qu'il avait déjà donné des ordres pour que son édit de 1682, conèernant la déclaration (édit qu'il déclare n'avoir fait que parce que les circonstances Vy obligeaient)^ n'eût aucun effet. (Conf. Becchetti , Jstoria delli IV ultivrd secoli délia Chiesa, I. I, n. 40; — et Emmanuele di Domo d'Ossola, Dissert, ix, de Gerarch. ecclesiast.y c. ii.)

Voilà donc cette déclaration fameuse et sa pitoyable odyssée : il ne lui manquait plus, pour être étouffée dans la honte, que de recevoir le coup de pied de l'àne par quelque approbation honteuse : le synode de Pistoie a bien voulu prendre charitablement ce soin. « Nous croirions en outre » c'est ainsi qu'il s'exprime « négliger uu des moyens les plus puissants et des plus saints d'établir les conûns de juridiction entre les deux puissances , si nous n'adoptions pas les célèbres quatre articles du clergé gallican , qui firent tant d'honneur aux lumières et au zèle de la respectable assemhlée de 1682. >»

Il n'y avait que le gajlicanisme parlementaire qui pût se sentir le triste courage de relever de la poussière où elle gisait , cette vieille arme impuissante et rouillée, pour en faire le fondement d'une détestable législation appelée ecclésiastique par ceux qui ne savent pas ce que c'est que l'Kglise. Sur elle sont établies les lois organiques , les prétendues libertés gallicanes, et tout ce qui s'est opéré en France de plus insensé contre les droits de l'Ëglise universelle , ceux des catholiques eux-mêmes , et les réclamations imprescriptibles du bon sens.

Par un rapprochement singulier entre la France et l'Autriche, nous voyons,

saintes oongr^tions n'étaient pas sans valeur, que le concile de Trente était bon à qaelque chose, que les décrétales avaient force de loi. L'ignorance suppléa à tout; on jugea à propos d'oublier le droit canonique, et on y réussit merveilleusement, n fut banni presque entièrement des séminaires , et le peu que l'on y conserva fut souillé de principes gallicans. Nous qui y avons passé, nous le savons , et nous avons mille fois gémi sur cet oubli profond des lois de l'Église: un individu quelconque rougirait d'être aussi ignorant de la législation de son pays, et d'en parler d'une ma^ nière si étrangement ridicule que nous le faisons, nous autres ecclésiastiques, au sujet des parties mêmes les plus élémentaires de la législation de l'Église notre patrie, législation sublime et profonde à la fois , base et modèle de Umtes les bonnes lois, même civiles. Cette législation , le plus beau code de morale , de dogme et de discipline que Ton puisse désirer, ferite sous la dictée de l'Esprit-Saint, et que tout prêtre est obligé de savoir (1), quel prêtre en France la connaît ?

Nous vivons sans législation ecclésiastique. Le droit ancien, vicié par le gallicanisme, a été balayé par la révolution de 93 ; de droit nouveau , il n'y en a pas ; et si de sages dispositions, prises par nos pasteurs dans les conciles provinciaux, ne viennent promptement mettre fin à ce funeste

dans ces deux royaumes , deux souverains établissaut des principes subversifs en matière de juridiction ecclésiastique ; nous les voyons tous les deux soutenus par le haut clergé de leur pays, tous les deux se reprochant avant leur mort et détestant les mauvaises lois qu'ils avaient faites , et promettant au saint-siége de les supprimer, comme un pénible et fâcheux souvenir. Mais, plus heureuse que nous , l'Autriche a trouvé un grand prince qui , à peine sorti de l'adolescence , a déjà su comprendre qu'il était mal à un fils de retenir sa mère captive. Heureuse sera la France quand un règne pareil luira sur elle , et quand un gouvernement chrétien , intelligent et fort, voudra se donner enfin la peine de démontrer par ses actes que la liberté de l^ise est la seule base solide et vraie de la durable fidélité des peuples et de la gloire impérissable des rois.

(1) Nulli sacerdotum liceat canoues ignorare. S. Celest. pap., dist. XXXVIII, cap. Nvm.

14 AVSRTISSEIIENT

état de choses , Dieu seul peat sayoir le terme fatal où FÉglise de France doit tôt ou tard arriver.

Cet oubli du droit canonique^ produit par la orainte qu'il iospirait à ceux qui deyaient le sayoir , enfanta les deux grands maux que nous ayons signalés au commencement de cet avertissement. De là d'abord, après avoir rejeté loin de soi les armes diyin^nent trempées qui semblables au bouclier de diamant dont parle un poëte, non-seulement repoussent les traits qu'elles reçoivent, mais encore éblouissent d'une clarté céleste les yeux de tous ceux qui les frappent ; après les avoir rejetées, dis-je, on sentit le besoin de se défendre avec quelque chose contre les agressions du pouvoir civil. Quelque complaisance que l'on ait pour lui, il est tellement avide de domination, qu'il vient un jour où il faut lui résister, sous peine de schisme. Ses empiétements incessants ne s'arrêteraient jamais s'il devait marcher toujours sans résistance : après s'être emparé de tout dans l'Église, depuis les temples jusqu'à l'eau bénite, il en viendrait bientôt jusqu'à vouloir absorber toute l'administration des choses saintes, comme le démontre abondamment la triste expérience du passé. On lui résiste alors ; mais comme il est fortement armé de son unité d'abord, et de ses lois ensuite , et connne on est faible de son propre isolement devant lui ; au lieu de se serrer autour du vicaire de Jésus-Christ et de se mettre sous la protection de sa houlette, chacun se défend seul et se laisse écraser seul ; ses voisins tremblent, se taisent, et attendent eu gémissant le même sort.

Au lieu de répondre avec le langage des lois divines de l'Église aux lois subalternes que le gouvernement invoque, on cherche à ramasser, dans larsenal immense du Bulletin des lois, quelque décret, quelque ordonnance, quelque disposition protectrice, quelque article de je ne sais quelle charte, de je ne sais quelle constitution d'un jour. On se place derrière cet abri fragile, et l'on tombe, de chute en

DU TRADUGTSUa. 15

chute, jusque dans la polémique yagabonde et canoanièi^ des journauXé

C'est un grand malheur : hélas 1 pourquoi uous mêlonsnous ainsi aux choses périssables du monde^ aux intérêts d'un jour? Dq là il résulte que nous sommes toujours TictimeB» parce que nous nous servons d*armes qui n'ont pas été faites pour nous, et que connaissent si merveilleusement oeux qui les firent pour eux. De là il résulte que nous avons perdu cette race sublime d'hommes aux larges pensées, dfmt les apologies immortelles dureront^ dans l'Église, autant que le catholicisme lui-même; parce que nous traitons les grands intérêts de cette reine du monde sous un point de vue au-dessous d'elle et indigne de nous. Car rien ne rapetisse et n'étiole les idées comme l'étude des petites choses : et qu'y a-t-il de plus petit que ces lois éphémères et contradictoires qui nais^nt dans les cris d'une assemblée, et s'éteignent aussitôt sous la poussière d'une législation nonvelle? Si les grands hommes sont rares aujourd'hui dans l'Église de France, ce n'est pas par disette de hautes intelligences, mais plutôt par défaut de hautes études. De là y on se prive de la, protection efficace de l'Église romaine, malgré ses invitations maternelles. £n vain elle dit : Que celui d'entre vous qui sera persécuté vienne librement à moi y et se réfugie sous mes ailes (1). En vain elle dit : Appelez-en à moi qui suis votre mère, car une mère ne peut oublier ses enfants (2). On lui répond qu'elle ne comprend pas notre position ; qu'elle vit dans une autre sphère d'action et de pensées ; qu'elle ne voit pas que nous avons marché, tandis qu'elle est demeurée stationnaire : et Ton n'a pas recours à elle, on ne se réfugie pas sur son sein

(1) Ces paroles sont des papes saint Fabius et saint Sixte : « Quisqo» Testrum pulsatus fuerit , libenter hanc sedem apostolicam appellet , et ad eam quasi ad caput, refugium liabeat. »

(2) Et 1« pape saiot Severin : « Quasi ad matrent appellandntn esse ad primam sedem, qaae hod potest oUiviscl filU soi. »

maternel. Et TËglise elle-mtoie, quand elle veut essayer de prendre la défense de ses enfants, safToquée dans la poussière de petites querdles humaines et d'interprétations jnrisprudentidles , abandonne ce champ de bataille trop étroit pour eUe, el; remonte entre les bras de Dieu le prier d'effocer à la fois, de son souffle puissant, ces agressions impies et ces défenses quelquefois malhabiles.

Que l'on essayé de parler le langage de l'Église, et Ton verra si l'Église ne nous comprendra pas. Et comment nous comprendrait-elle ? L'Église a des yeux pour lire les canons des conciles , mais elle n'en a pas pour déchiffrer le grimoire de Dalloz et de Troplong. ^

Quelque intelligence que l'on ait, quand on travaille sur les choses de la terre, on disparait avec elles : Qui adhxret creatursdj cadet cum labili.

L'esprit humain a besoin d'un point d'appui solide : Des ubi consistam, tel est le cri de toute intelligence. Or, quel point d'appui peut- on trouver dans les choses du temps .^^ La mauvaise habitude prise de se cacher sous le trône royal pour se défendre du siège apostolique, a eu pour conâëquence que l'on n'a plus trouvé d'abri contre les attentats du trône lui-même. Le seul moyen de reconquérir notre force perdue, c'est de ressaisir le glaive de la parole chrétienne, de remettre notre cause entre les bras de la justice étemelle, et de nous unir dans la confiance en Dieu seul (1).

Le second mal, plus grand encore, produit par le gallicanisme, a été dans le déclassement hiérarchique de l'Église de Franoe. L'effet naturel du désordre est de descendre toujours^ et de tendre à une dégradation toujours croissante. Cette vérité trouve sa réalisation dans tous les temps et chez tous les peuples. En Belgique, nous voyons, pendant la lutte contre le joséphisme, le spectacle le plus noble

(1) Quisqiiis in homioe spem ponit , etiam quem justum et innocentem novit, HALEDiGTCs EST. S. Aug. c Epist. Petilian. Donat., 1. II, c. 3.

DU TBADUGTEUH. 17

et le plus grandiose. Nous Toyons les éréqaes luttant avee énergie, sous la bannière de TÉglise, sans s'écarter ni recaler d'un pas des saintes règles canoniques et du respect dû au saintsiége, et sans -en appeler jamais à la Joyeme entrée, cette charte d'ailleurs si respectaJfle, ce palladium si sacré des droits de la nation. Noos Yoyons le clergé inférieur, suivant ce magnifique exemple, marcher, docile à leur iroix, et uni comme un seul homme sow ia houlette de ses pasteurs; et les fidèles enfin, tout en évitant, par respect et par prudence, de toucher aux armes sacrées de l'Église, et s'appuyant principalement (comme c'était leur devoir à eux et leur droit) sur la vénérable constitution politique de la province, s'acheminer cependant , soumis et obéissants] à la parole de leurs chefs , à la conquête de la liberté religieuse.

En France, un spectacle tout opposé frappe la vue et attriste le cœur. Le travail de dissolution commença vers k dixHseptième siècle, et s'empara d'abord du haut clergé. Cette histoire lamentable est trop connue pour que nous ayons besoin de la raconter ici. Tout le monde connaît Tor^ine de cette contagieuse maladie qui peu à peu s'étendit, et finit par infecter la France en moins d'un siècle. L'Eglise de France devint l'Eglise gallicane; et l'esprit d'indépendance ayant doucement chatouillé les cœurs, on s'habitua bientôt à la pensée de pouvoir se passer de Bome et se suffire à soi-même .

Nous en parlons librement , parce que , grâce à Dieu , cette génération ecclésiastique a passé, et voici que, de nos joars, semble commencer une ère nouvelle : un respect profond, une confiance filiale, une soumission entière ont succédé aux préventions, aux résistances et aux luttes d'autrefois. L'esprit d'unité paraît renaître, et l'Eglise de France consolée relève la tête, et détourne ses regards de la pourpre usée des palais, pour élever vers les régions sereines et

1 8 AVBRTlggEMENT

lamineiiseï da Vatioan ses yeux humides de repentir et d'amour.

Les révolutioiis oiit eu cela de bon, qu'elles ont appris au dergé de Franœ quelle était la faiblesse des appuis bu* mains, et où se trouYait la yéritable force.

Mais les plaies sont plus aisées à faire qu'elles ne sont fticiles à guérir : le mal était descendu dans Tordre intermédiaire, entre les pasteurs et le troupeau ; on avait cherché à inoculer au sacerdoce inférieur les principes gallicans, pour s'en faire un point d'appui contre Rome. On réussit au delà des espérances : car ces principes maudits furent appliqués, non-seulement au saint^siége, mais à Tépiscopat lui-même. Nul n'ignore quelles ont été les misères susciteai par le parochisme et le presbytérianisme, ni les difficultés administratives sans nombre qui furent créées par cet esprit d'insubordination tombé dans les rangs inférieurs du clergé : on a vu des curés se faisant porter une bougie comme des évéques dans l'église, et donnant aux fidèles Ja triple bénédiction épiscopale. L'inamovibilité de certains curés, établie par l'habile manœuvre de l'État, leur consti* tuant une sorte d'indépendance sociale, tendait, en les as* similant aux fonctionnaires publics, à leur suggérer l'idée d'un autre affranchissemient plus pernicieux encore.

De même que les. évéques s'étaient affaiblis en se séparant de Borne, de même le sacerdoce perdit sa grandeur, sa force morale et son influence, en s'éloignant de l'épiscopat. Les fidMes, au spectacle de cette scission, en entendant les plaintes s'élever, les murmures grandir, en voyant le respect pour Tautorité pastorale s'affaiblir de jour en jour, sentirent iitttiuctivejnent s'attiédir dans leur cœur le respect et l'amour pour leurs prêtres. Bien ne diminue tant le i*espect pour une autorité, qm^ de voir cette même autorité mépriser ceux qui lui sont supérieurs à elle-même. On trouve toujours des courtisans pour faire écho aux mécontentements d'un chef; mais les courtisans eux-mêmes mé-

DU TRADUQTKUa. i9

prmAt ceux qo'ili flattent, et Imir font Bubir la peine du talion par un juets jugement de Dieu.

Ce Ait akm que le laïcisme enyabit FÉglifle : et si Dieu n'y eût mis la main dans sa miséricorde, noua rasaions bientôt yo en France le monstrueux spectade d'èvèquea sana épifloopat, de prêtres sans clergé, de fidelea sans panûases. L'esprit de paroisse, si puissamment conservateur des laoBurs et de la foi chrétiennes, commença, en effet, pçu à pra à s'afiEsibliF; le gouyemement, qui, par je ne sais quel fttal avenglement, cherchait à diminuer, autant qu'il lui était possible, l'influence du clergé sur les fidèles, poussait eenx-vei dans une voie, sinon d'hostilité, du moins de rivalité universelle , et tendait à leur conférer tout ce qu'il pouvait enlever au sacerdoce, pour le leur attribuer à eux-mêmes. Lelaîcisme grandit sous sa main. Tout ce qui avait quelque aatmté dans Tordre politique, depuis le gouvernement jus- 91'aux conseils généraux, voulut imposer à l'Église une Iwûnation à jamais déplorable (1). Tous les liens qui pour fûent unir la brebis au pasteur furent affaiblis et rompus. L'homme s'attache surtout à celui qui le soulage dans ses Houfiranees physiques et le secourt dans ses besoins temporel. Le prêtre était destiné par Dieu à ces fonctioiis soblimes t l'État plaça sa main entre la souffrance et le prêtre, en disant à celui-ci : Tu ne la soulageras pas. En éehange des biens immenses des pauvres administrés na-» gaère par le clergé, le prêtre se vit réduit à vivre dans la pauvreté lui-même, et à n'avoir que son pain quotidien pour subsister; et pendant que les ministres de la religion prétendue réformée, auxquels on n'avait rien pris, recelaient un gras et large salaire , le prêtre catholique était condamné, sous peine de famine, à subir FodieUse nécessité de recevoir un casuel. L'aumône publique échappa à ses

(i) Uleonim daninatui cedat ab Ecclesiis. Rythm. B. Petr. Damian. Op. IV, p. 26.

mains, et des bureaux de bienfaisance fîirent substitués aux entrailles de la charité. Les hôpitaux ne furent plus un asile ouvert dans ce cœur de l'Église, mais une firoide administration calculatrice et chicanière, étreinte entre les serres de l'État. Exilé de partout où se faisait le bien, le clergé le fut bientôt de son propre domaine; bientôt il vit l'État mettre un pied f nrtif dans ses temples, absorber la sacristie, et, par sa législation des fabriques, non-seulement porter la main sur l'encensoir, mais encore chercher à mettre l'encensoir dans sa poche. L'enseignement de ses fils ne lui appartint plus, la charité lui devint une terre étrangère.

En le voyant ainsir chassé de son domaine, les fidèles s'habituèrent à se pDasser de lui, et nos yeux ont vu eu France ce que la postérité croira peut-être à peine : le bien se faire dans l'Église sans l'Église.

Loin de nous, sans doute, la pensée de blâmer aucune des œuvres saintes auxquelles nous avons eu l'honneur autrefois d'appartenir nous-même, et de jeter une inj ure surtout à la lace de ces nobles jeunes hommes qui dépensent, an service de leurs frères qui souffrent, les prémices de leur vie ! Qu'ils soient bénis, au contraire, pour le bien qu'ils opèrent et pour les vertus qui les animent ! Sur ce sol volcanique où les révolutions ont renversé les institutions religieuses de bienfaisance, et versé le sang de ceux qui répandaient l'aumône dans le sein du pauvre, il est beau de voir une jeunesse ardente du bien accepter l'héritage délaissé du dévouement et de l'amour ; mais qu'ils nous permettent de déplorer une fois, et qu'ils déplorent avec nous la douloureuse nécessité qui les contraint à devenir les héritiers et les modèles de ceux dont ils devraient n'être que les coopérateurs et les disciples.

VoUà, entre tant d'autres, quelques-unes des conséquences du gallicanisme considéré seulement sous le point de vue pratique, et ses effets dissolvants produits dans l'ordre hiérarchique de l'Église.

DU TRABUGTEUR. 21

Poisse eet aperça rapide faire comprendre aux lecteurs dnétiens de cet. ouvrage sa portée et son bat! Paisse le cleigé de France se redresser de toute sa hauteur , et, plan d'une mdble émulation, ne pas rester au-dessous de celui que nous lui proposons pour modèle ! Puisse l'étude sérieuse des lois de l'Église renaître dans l'enseignement dérical, et se voir cultiTée par ceux que les lois obligent plus qoe tous les autres I Puisse la parole des défenseurs del^^Bse devenir plus fière, et descendre comme autrefois da eîd 1 6i les bommes ne nous comprennent pas^ le Christ, incompris avant nous, s'inclinera pour nous entendre; si kl princes nous repoussent, le Seigneur, exilé avant nous, ouvrira ses bras pour nous serrer sur son cœur; si le monde nms méprise, Jésus-Christ et l'Église, méprisés avant nous, 11008 consoleront par leurs divins baisers et essuieront nos kmes.

Mieux vaut parler raison aux insensés que de dire des dioses insensées en présence des anges. La vérité a une piissanoe mystérieuse qui la rend souvent efficace, même inprès de ceux que l'on croit les plus incapables de la comprendre. On a vu des missionnaires, sur les plages lointaines, convertir des peuples dont la langue leur était inconnue, rien qu'en se mettant à genoux et en pleurant pour le salut de leurs âmes devant l'image du crucifix. Ce ne sont pas les efforts humains , mais la grâce de Dieu qui est efficace et féconde ; et Dieu la donne cette grâce à la suai» Tité du langage évangélique, bien plus qu'à la force passagère des discussions humaines.

Sachons notre puissance (1) : elle est toute dans l'unité. Suivons les traces glorieuses de nos premiers pasteurs, qui

(1) « Le corps épiscopal et le clergé d'une nation , étroitement liés et at« tichés à la chaire de Saint-Pierre , forment une phalange impénétrable à tontes les attaques de la fausse politique et de Timpiélé philosophique. » (Discours prononcé à l'ouYerture de TAcadémie catholique, en 1842 , par le cardinal Pacca.)

SS AYERTISSEimilT W TRADUCTEUR.

n^udiént géné^eiuemeiit le lamentable héritage de prédéoësseorâ qtd n'étaient pai dignes d'être lenra pères. L'eftprit de division, ei malhenrenx déjà dans le inonde social, de- Ti(en% une lèpre immonde quand il enyahit une Église. Void maintenant que la France reyient à la sainte liturgie catholique ; Toici qu'appelée par la douce TOix d'un père que ÏÂm a fait si bon que malgré soi on l'aime, die se sent insensiblement attirée sur son Cœur. Les grâces et les vertus de l'homme, unies à la majesté du pontife^ auront bientôt, nous l'espérons ) renversé ce mur qu'avaient mis plus d'un siècle à dever des mains coupables.

Et nous donc, à l'exemple de nos chefs, nous la vouloni aimer aussi cette Église mère et maîtresse de toutes les Églisefei« Nous nous réunirons autour de nos vénérables pasteurs ; et, de même qu'Us se pressent autour du Sainte Siège Apostolique pour l'appuyer et grandir à son ombre^ de même nous serr^^ons nok rangs autour d'eux pour les d^ndre.

Nul œil humain n'est assea perçant pour pénétrer le voile épais qui nous dérobe la vue de l'avenir : que chacun garde donc ses armes prêtes, qu'il veille et ti^me l'oeil fixé sur ses chefis, l'Église ne périra pas. Ville sans cesse assiégée, elle doit toigours combattre, mais ne peut jamais être vaincue (l). La question n'est pas de savoir si elle doit s'engloutir, puisqu'elle est immortelle, mais quels doivent être «eux qui se sauveront dans son sein.

Sur l'océan du monde flotte l'arche mystérieuse, ballottée par les flots : heureux ceux qui, lorsque le ciel sera redevenu serein, sortiront de ses flancs sous les regards de Dieu t Tous les autres auront été dévoie par la tempête ou balayés par l'orage.

(1) Pdgkiâire pottst, etpugttari non potest. 8. Ang., lib. de Symbol.» c. ▼.

Page 1