‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 19 sur 104 · MESURES BARBARES · texte numérisé non relu

MESURES BARBARES

élèves à se montrer calmes et résignés, les assurant que les évêques porteraient immédiatement leurs justes plaintes jusqu’au trône de Sa Majesté, afin do mettre un terme aux excès scandaleux dont s’étaient rendus coupables contre eux les professeurs non moins que les recteurs de ce nouvel institut.

Les pieux habitants de Louvain prirent eux-mêmes la part la plus vive au sort des malheureux séminaristes, et commencèrent à menacer de venger à main armée les outrages qu’on leur avait faits. Le gouvernement, qui craignait qu’ils ne le fissent effectivement, augmenta la garnison de Louvain , et fit venir de Bruxelles et de Namur quelques détachements d’infanterie, de chasseurs et de dragons; il arriva même six canons de Malines, qui, jour et nuit, étaient continuellement braqués sur la place contre le séminaire général. Les chasseurs et les dragons entrèrent dans le séminaire avec leurs armes chargées et l’épée nue, et s’emparèrent de dix-sept élèves des plus anciens, soupçonnés d’avoir été les fauteurs de la révolte. Ces derniers furent consignés dans leurs chambres pendant plusieurs jours, condamnés au pain et à l’eau, et gardés à vue par les soldats. On voulait même sévir plus fortement encore contre eux; mais M. le comte d’Arbecg, officier qui commandait les troupes, plus humain que ces prêtres, refusa d’exécuter des ordres où le barbare le disputait au ridicule, et se prononça publiquement en faveur des séminaristes opprimés.

Dans cet intervalle, une nouvelle commission impériale, composée de trois membres du conseil de Brabant, arriva à Louvain, et fit parmi les séminaristes une enquête rigoureuse au sujet des désordres qui

avaient eu lijen. Cette enquête dura trois jours, et se termina par un fait odieux; car, à sa 6uite, vingt-cinq jeunes théologiens furent saisis à minuit, surpris pendant leur sommeil, et jetés dans les cachots de l’établissement.

Le jour suivant, on fouilla minutieusement toutes les chambres des autres élèves, et on leur enleva tous les bons livres catholiques qu’ils avaient apportés de leurs séminaires, et qui étaient contraires aux principes enseignés par leurs nouveaux maîtres. Cet acte de violence ne contribua pas peu à augmenter leur mécontentement, lequel monta à son comble quand Stoger, qui était alors revenu de sa peur, essaya de les contraindre d’assister de nouveau au cours de le Plat et des autres professeurs ; mais rien ne put les y décider. Quant à le Plat, ils lui signifièrent nettement qu'ils ne paraîtraient jamais aux leçons d’un homme qui enseignait les erreurs d’Eybel, condamnées récemment par Pie VI dans sa bulle célèbre, Super soliditale , du 28 novembre de cette même année ; d’un homme qui professait ouvertement les cinq propositions de Jansénius, et qui ne faisait aucun cas de la constitution Unigenitus. « Ce serait, disaient-ils, aussi contraire à notre conscience qu’au serment que nous avons prêté à notre entrée dans le séminaire. » Stoger, à ces mots, entra en fureur : « Comment! quelle erreur vous est enseignée ? » leur disait-il. « Vous avez tous une conscience erronée; tous les évêques d’Allemagne, et de bien d’autres pays encore, suivent les principes d’Eybel et de Pechem : la condamnation d’Eybel, faite par le pape, n’a aucune valeur, jusqu’à ce qu’elle ait été revêtue du plucet impérial. Sachez encore que les papes

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