‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 21 sur 104 · VIOLENCES NOUVELLES DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

VIOLENCES NOUVELLES DU GOUVERNEMENT

dans leur lit, an milieu de la nuit, et conduits sous escorte militaire dans les prisons d’un couvent voisin de la ville. Toutes ces violences n’aboutirent pourtant à aucun résultat sérieux. Le 25 janvier 1787, au lieu de trois cents élèves qui existaient d’abord dans le séminaire général, il n’en restait plus que vingt; tous les autres avaient pris la fuite.

Ainsi agissaient ces hommes qui, dans les institutions de leur nouvelle méthode d’enseignement , prétendaient « se faire un devoir sacré d’exclure toute punition et se contenter uniquement d’une simple remontrance paternelle, et, dans le cas où celle-ci n’aurait pas d’effet, de licencier l’élève insubordonné avec politesse et amour. » Ainsi se conduisaient ces hypocrites, qui, dans la personne de leurs jeunes élèves, foulaient aux pieds tous les droits de l’humanité, quoiqu’il eût été, par les principes de ce même institut, interdit aux professeurs d’obliger , en aucun cas , les élèves à les croire aveuglément sur parole , afin qu’ils ne fussent pas tentés plus tard d’exiger de leurs paroissiens la même croyance aveugle.

Dès que le plan d’instruction des séminaires généraux pour la Belgique eut été rendu public par les ordres du gouvernement impérial , les évêques et le clergé de cette province ne purent plus conserver aucun doute sur les tendances perfides et antireligieuses de ces établissements. Quiconque lit attentivement cet opuscule, publié pour la première fois en langue allemande, à Vienne, en 1784, doit nécessairement reconnaître que cet enseignement ne pouvait que conduire à la ruine de l’Église et ù la plus profonde incrédulité. Le rapide aperçu que nous allons en donner

démontrera surabondamment la réalité de cette assertion (1).

Les ecclésiastiques illuminés de Vienne , auteurs de ce plan, font dès l’abord, dans son préambule, connaître leur dessein en paroles concises, mais claires : Cet institut, disent-ils, doit couper la tôle à X hydre du. fanatisme, et au système ultramontain. Tous ceux qui connaissent l'esprit et le jargon gallican de ce temps-là comprendront aisément la signification réelle de ces paroles : c’était le mot d’ordre de tous les ennemis do l’Eglise, et le signal de cette guerre générale et impie qu’on entreprenait contre la foi au nom de la fausse science et de l’incrédulité. Et n’est- ce pas sous la môme bannière que s’enrôlent de nos jours encore tous les ennemis de l’Église et du saint-siège, à quelque confession qu’ils appartiennent, catholiques ou protestants, incrédules ou sectaires, pour combattre en réalité le dogme catholique sous le manteau du nom de système ultramontain ?

Ce plan contient huit chapitres, dans lesquels on spécifie la nature et le but de l'institut, la méthode d’enseignement qu’on y pratique , et enfin les devoirs des élèves, ainsi queceux des préfets et des professeurs.

Le premier chapitre est consacré à définir le but des séminaires généraux, lequel ne doit être autre que la cessation de la prétendue diversité d’opinions et de doctrines qui, jusqu’alors, avait régné dans l’enseignement théologique des séminaires épiscopaux; diversité

(l) Voy. Plan de l'institut des séminaires généraux dans les États de l'empereur; Bruxelles, chez J. Flon. 1787, p. 60; et la critique intéressante qui en est faite dans le Bec. II, 71-89; et IV, 196-211.

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si préjudiciable au progrès d’un système général de morale et de religion : on prétendait ainsi à un bon et uniforme enseignement pour tout le jeune clergé. On lit en substance dans ce plan : que ce glorieux institut est dû aux soins d’un empereur auquel sont à cœur la véritable religion et la pureté du dogme, autant que les vrais principes en matière d’administration politique; qu’il lui était réservé de détruire ce conflit de principes, et les suites dangereuses qui devaient nécessairement dériver d’une telle diversité dans l’éducation du clergé; que ce fut afin de la prévenir que l’empereur avait résolu de faire élever, à l’avenir, les ministres des autels dans les vrais principes du système social (sic)] qu’on ne pourrait atteindre ce but que par l’institution de séminaires généraux, dans lesquels on ne se contentât pas d’élever d’inutiles ermites , uniquement voués à la vie contemplative , mais des hommes actifs, vrais serviteurs de C Église et vrais guides des peuples. C’est pour ce motif sans doute qu’il fut , au second chapitre, interdit aux jeunes élèves de faire la soi-disant retraite spirituelle.

Quant à ce qui regardait les exercices de piété , on faisait observer, dans le troisième chapitre, qu’il ne s’agissait nullement de favoriser la bigoterie et les meuneries (sic), et. qu’on n’admettrait jamais, par conséquent, aucune des dévotions qui n’étaient pas en usage aux premiers siècles de l’ère chrétienne , et qui n’avaient été inventées ensuite que comme un moyen de subvenir plus facilement aux besoins d’un clergé trop nombreux. « Chaque séminariste; disait encore ce plan, doit avoir des livres de dévotion ; mais ils doivent être choisis avec une grande circonspec-

tion , afin que les élèves ne tombent dans aucune erreur, et n’y puisent pas de faux principes. »

Comme livres de dévotion, on leur recommande surtout la sainte Écriture, mais par fragments, et particulièrement les livres sapientiaux, qui nourrissent la piété et sont adaptés aux circonstances. On leur propose aussi les traités de morale de saint Basile, le livre de saint Bernard, De Considcratione , adressé à Eugène III; saint François de Sales, le discours de Fleury sur l’histoire ecclésiastique, le livre de la Vraie Piété , de Muratori; et ensuite, en général, les ouvrages des coryphées du jansénisme, tels qu’Arnauld, Nicole, Pascal, Duguet, et autres.

Dans les quatrième et cinquième chapitres, ainsi que dans le huitième, on traite de l’éducation morale et scientifique des élèves. On ne peut lire celte partie sans éprouver une véritable répugnance. Il n’y est pas fait la moindre mention de l’Église et de son chef; on n’y parle que de la nouvelle religion d’amour, de la religion du Christ, de Jésus et du Sauveur; « et les ministres de cette religion , » est-il dit , « doivent avant tout être élevés dans les vrais principes de Socrate. »

Tout ce qui contient encore le plus léger vestige d’éducation catholique y est odieusement tourné en ridicule et sévèrement prohibé. Ainsi, par exemple, on défend le silence comme une folie hypocrite ; on interdit la lecture spirituelle à table comme une inconvenance; on recommande la plus large tolérance envers tous les systèmes et confessions religieuses , et l’on défend même de parler avec trop de sévérité contre eux dans les disputes théologiques.

Chaque division des élèves devait avoir, dans une

PLAN nu SÉMINAIRE GÉNÉRAL.

salle particulière , une bibliothèque composée d’ouvrages utiles et proportionnée à leurs études; et cependant il ne s’y trouvait que les œuvres des plus célèbres auteurs jansénistes et protestants. Parmi ces derniers, on donnait la préférence à ceux qui favorisaient le plus ouvertement le rationalisme, tels que Doderlein , Niemayer, Stendal, Less , Jacobi et Mosheim. Parmi les écrivains catholiques, on n’admettait que ceux qui manifestaient une sympathie ouverte pour le gallicanisme , le jansénisme et le fébronianisme. Pour sauver les convenances et pour tromper plus facilement les jeunes gens, on plaça cependant dans les bibliothèques quelques ouvrages de bons auteurs orthodoxes; mais on en rendait, sous mille prétextes, la lecture et l’étude difficiles aux élèves.

Ceux-ci, après a voir achevé leurs cours théologiques, qui devaient durer cinq années, étaient encore obligés d’en passer au séminaire une sixième, afin de se perfectionner davantage dans les fonctions qui sont propres à ceux qui ont charge d’âmes. Et en quoi ces exercices consistaient-ils? On croira peut-être que c’était à apprendre les cérémonies de l’Église relatives à l’administration des sacrements de baptême, de mariage, et autres rites sacrés? Nullement; dans les six premiers mois, ils devaient étudier le chant grégorien, et dans les six autres apprendre une méthode d’enseigner aux fidèles la doctrine chrétienne. Et afin qu’ils fussent mieux initiés encore dans les secrets de l’incrédulité, on leur recommandait d’apprendre cet art dans les écoles normales, où l’on prêchait ouvertement la haine de l’Église et le mépris de tout ce qui est saint : « Quand les ministres de la religion auront été élevés par cette

méthode, » c’est ainsi que concluent les auteurs de ce Plan, a ils deviendront de vrais et vigilants pasteurs, qui ne confondront plus la sollicitude pour le bien de l’humanité, et les véritables principes de la religion, avec l’habit noir, le célibat et la tonsure , qui ne sont que des objets de convenance, et qui, quoique louables, n’appartiennent pas cependant aux vrais principes du système pastoral, dont ils doivent être pénétrés. »

Pourrait-on trouver étrange après cela qu’une pareille éducation ait dû avoir pour résultat de produire la ruine du catholicisme positif, et conduire droit à l’incrédulité?

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