DU GOUVERNEMENT
l’entretien des élèves. On leur défendait de nouveau de disposer de la moindre partie de ces fondations en faveur des élèves qui avaient quitté le séminaire général , leur déclarant que , s’ils contrevenaient à cette défense, ils seraient contraints de restituer sur leurs propres biens au séminaire général les sommes qu’ils auraient détournées. Un troisième édit, du 21 mars, prescrivait de nouveau aux évêques d’exécuter ponctuellement celui du 21 janvier, en leur enjoignant, de plus, de ne permettre en aucun cas, aux élèves déjà prêtres qui étaient sortis du séminaire général , d’administrer la parole de Dieu aux fidèles , ni le sacrement de pénitence.
Enfin, le même jour, on adressa encore, à tous les évêques et aux supérieurs de tous les ordres religieux, un ordre sévère de renvoyer immédiatement et sans retard leurs élèves au séminaire général. Les supérieurs des réguliers furent de plus obligés d’accuser , sous les vingt-quatre heures , réception de l’édit de l’empereur, et menacés, s’ils s’y refusaient, d’être traités en criminels de lèse-majesté.
La commission ecclésiastique de Bruxelles se déclarait ainsi ouvertement protectrice du séminaire général, et cherchait à le maintenir. Elle croyait ne pouvoir mieux arriver à ses fins qu’en répandant autour d’elle l’épouvante et l’effroi. Par une dépêche impériale, elle supprima pour tous les Pays-Bas la bulle Super soliditate, et enjoignit même à tous les curés de publier cette suppression du haut de la chaire chrétienne pendant le service divin. Elle publia en même temps de sa propre autorité, mais toujours au nom de l’empereur, un décret qui prescrivait sérieusement à tous les magistrats
FRANKENBERG A VIENNE.
des villes et des bourgs de surveiller les paroles, les actions et les sermons de tous les membres du clergé, et notamment des curés de village; et de les dénoncer au gouvernement, dans le cas où ils seraient opposés aux salutaires innovations ecclésiastiques de l’empereur, ou hostiles au séminaire général, afin, suivant les termes du décret, de pouvoir punir, selon l’exigence des cas, ces ecclésiastiques fanatiques , séditieux, et infectés des principes de l’ultramontanisme. Le nonce apostolique , monseigneur Zondadari , archevêque de Tyr et prélat très-distingué, devait être, lui aussi, un des premiers frappé par ce tribunal pervers. Il avait fait imprimer à Bruxelles, le 14 décembre 1786, cent exemplaires de la bulle Super soliditate , contre Eybel; et quoiqu’il l’eût fait uniquement pour les distribuer aux missionnaires de Hollande et d’Angleterre , qui dépendaient de sa juridiction, on l’accusa, contre toute vérité, d’avoir répandu cette bulle dans les Pays-Bas autrichiens; et dans cette hypothèse , comme la publication de cette bulle avait été défendue par l’empereur, on enjoignit à ce prélat et à son auditeur , par un édit en date du 14 février 1787, publié au nom du même prince, de quitter Bruxelles sous huit jours, et la Belgique sous deux semaines.
Une suite de pareils actes de violence ne pouvait manquer de provoquer en Belgique un mécontentement général ; et l’affaire du séminaire général devint dès lors une question d’intérêt national , à laquelle prirent part les états , les magistrats et les habitants des villes , lesquels firent cause commune avec les évêques et le clergé pour combattre cet ennemi commun.
Le cardinal fut appelé à Vienne vers la fin de fé-
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vrier par l’empereur, pour lui rendre compte des événements de Louvain, et luiexposer les motifs qui avaient excité les élèves à quitter le séminaire général. Frankenberg lui signala avec une noble franchise, de vive voix d’abord et ensuite dans deux mémoires, les dangers et les préjudices que devaient occasionner ces deux instituts, non-seulement à l’Église, mais encore à l’État, et plus particulièrement dans les provinces belges, s’il voulait les soutenir malgré les répulsions de la nation tout entière ; il conjura en conséquence ce prince d’y renoncer , au moins pour la Belgique, et de réintégrer les séminaires épiscopaux, et la faculté théologique de Louvain , dans leurs anciens droits, privilèges et libertés.
L’empereur accueillit le cardinal avec beaucoup de bienveillance , et parut, au premier abord , ne pas être éloigné de condescendre à ses désirs et de se conformer à ses conseils ; mais les membres de la commission ecclésiastique, ainsi que les directeurs et professeurs du séminaire général, ne négligèrent aucun moyen pour peindre avec les plus odieuses couleurs et décrier cet illustre prince de l’Église, non-seulement auprès de l’empereur , mais encore auprès des membres de la commission d’études de Vienne; et, pour le perdre plus sûrement, ils l’accusèrent, non-seulement d’avoir été le fauteur des événements de Louvain , mais encore d’avoir aigri les esprits en Belgique contre le séminaire général , et même contre le gouvernement de Sa Majesté. Les illuminés de Vienne, non moins intéressés que ceux de Bruxelles au maintien do cet institut corrupteur qui était leur œuvre , appuyèrent de tous leurs efforts ces malicieuses et perfides calomnies, et cher-
PROTESTATION
chèrentà les accréditer auprès du souverain et de ses ministres. Joseph II, cependant, ne crut pas devoir en ce moment critique faire un pas décisif dans une affaire aussi importante, et préféra attendre, pour réaliser ses projets, de plus favorables circonstances. En attendant, il retint dans la capitale le cardinal, en le comblant de témoignages de distinction et le berçant de flatteuses espérances, jusqu’à ce que la nation belge indignée, et pénétrant ses artifices, redemandât à grands cris le retour de son pasteur vénéré. L’empereur, craignant l’irritation de cette province, congédia donc le 8 juillet le cardinal, qui arriva à Bruxelles le 15 du môme mois. Il fut partout accueilli avec une joie universelle, et son retour à son siège métropolitain semblait être une ovation semblable à celle qu’on faisait aux anciens Césars.
Le clergé et les états n’étaient pas restés inactifs pourtant pendant l’abseuce de Frankenberg, et ils avaient fait dans leurs assemblées publiques , de la question du séminaire général, le sujet de fréquentes discussions. Ils ne manquèrent pas de faire parvenir à l’empereur, au sujet de cet institut, l’expression de leurs justes plaintes et de leurs terreurs. Ces deux pouvoirs combattirent héroïquement pour la pureté de la doctrine , pour les droits inaliénables de l’Église, et pour la conservation de la foi de leurs pères. L’histoire fournirait difficilement un second exemple d’une union entre le clergé et le peuple, pour la défense de la sainte cause de Dieu , plus beau que celui donné par la Belgique dans ces mémorables jours. Cette nation généreuse et fidèle a gravé en cette circonstance son nom en lettres ineffaçables dans les annales de l’histoire, et s’est acquis
ainsi la reconnaissance et l’admiration de la postérité.
Les évêques, qui avaient déjà si courageusement élevé leurs voix contre le séminaire général, croyaient devoir, au commencement de ce saint combat, rester dans l’expectative , et attendre tranquillement le résultat des négociations de leur primat avec l’empereur, afin de s’entendre avec lui à son retour, et d’unir ensuite leurs forces pour combattre tous ensemble et sous sa conduite. En attendant, tous s’étaient refusés à envoyer de nouveau leurs séminaristes à Louvain. Leur exemple fut suivi, comme il le devait être, par tous les supérieurs des instituts religieux, et plusieurs d’entre eux annoncèrent même sans crainte cette résolution à l’empereur.
« Je proteste, devant Dieu et devant toute la terre, » c’est ainsi que s’exprimait le digne P. Godefroy d’Alost, capucin, au nom du visiteur général des provinces belges de son ordre, dans une lettre à l’empereur, écrite de Bruxelles le 21 mars(l), «que je ne pourrai jamais obtempérer aux ordres des hommes, dès qu’ils sont contraires à Dieu, suprême législateur; et si pour cela je dois souffrir et être déclaré anathème pour mes frères , je suis prêt à aller en prison et à mourir, ce qui est préférable; car j’aime mieux tomber dans les mains des hommes que dans celles du Dieu vivant, qui un jour jugera dans l’équité cette cause, et tout ce qui sera fait et attenté contre l’innocent. J’accepto , avec la même gratitude et soumission avec laquelle les premiers chrétiens ont reçu les décrets et les sentences que les tyrans ont portés contre eux, les sentences et décrets que l’on
(1) Rec. II, p. 210.
PROTESTATION
pourrait porter contre ruoi. Je suis persuadé que de pareils sentiments sont absolument contraires à la clémence et à l’équité de Sa Sacrée Majesté, qui par son édit de tolérance n’a pas accordé le libre exercice de religion à quelques particuliers, mais à tous, et même aux catholiques ; et ce serait un crime de dire que no-tre ordre séraphique serait exclu de ce privilège de tolérance.
« Je supplie donc très-humblement et très-instamment qu’en vertu dudit bénéfice il nous soit accordé le libre exercice de notre religion, afin que, dans l’humilité et la simplicité de nos cœurs fidèles à Dieu, nous puissions servir fidèlement l’empereur ; car il est impossible de lui être fidèle lorsqu’on n’est pas fidèle à Dieu, et ni l’espoir des biens temporels, ni la crainte d’aucun mal môme, ne me détourneront de l’observance des commandements très-équitables de mon Dieu. »
Ce généreux religieux devait payer cher sa franchise apostolique : le gouvernement lui envoya , dès le 29 mars suivant, ordre de quitter Bruxelles sous vingtquatre heures, et la Belgique en trois jours.
L’épiscopat lui-môme ne fut pas épargné. L’évêque de Namur, comte de Lichter-Velde, fut, vers la fin d’avril, appelé à Bruxelles pour se justifier, à cause de la résistance qu’il avait opposée, avec le cardinal, à l’établissement du séminaire général. Le gouvernement le menaça de l’envoyer en exil ; mais il quitta spontanément le pays , et se retira en Hollande. Avant son départ , il adressa à son clergé et aux fidèles de son diocèse une lettre pastorale touchante, dans laquelle il proteste de nouveau , de la manière la plus solennelle et la plus énergique, contre toutes les violations des
droits de l’Église qui avaient eu lieu depuis t’avénement de Joseph II , et en particulier contre la nouvelle école de l’erreur (1).
Les membres de la commission ecclésiastique de Bruxelles se flattaient en vain , par un tel terrorisme , d’étouffer la liberté de la parole contre leur institut impur. Le clergé et les magistrats s’étant aperçus qu’on prenait des mesures si violentes pour leur interdire le recours au trône, adressèrent dès lors directement leurs plaintes aux états , et les constituèrent ainsi les interprètes de leurs désirs auprès du souverain, si indignement trompé par ses propres ministres.
Le magnanime Van-der-Noot , avocat au conseil souverain du Brabant, fut celui qui ouvrit la série de ccs nobles champions de la religion et de la liberté de la patrie, et qui démontra, dans un mémoire longuement motivé qu i! présenta le 23 avril aux états assemblés de Brabant , combien toutes les doux , liberté et religion , périclitaient par suite des innovations déplorables de l’empereur (2). Animés par son exemple, les états de Flandre (3) et de Brabant (\) envoyèrent aussi, les o et la mai, au sujet des envahissements ecclésiastiques, leurs plaintes à Joseph II, en le conjurant de revenir sur ses actes. Les magistrats de Bruxelles (S), d’Alost (6), de Gand (7) et d’Audenarde (8) firent une
fl) Roc. V, p. 114-136.
(а) Rec, VH, p. 129, 196.
(3) Rec. I, p. 218-227.
(4) Rec. I, p. 247-230.
(5) Rec. I, p. 168-167.
(б) Rec. IV, p. 18-21.
(7) Rec. I, p. 182-187.
(8) Rec. IV, p. 72-78.
semblable démarche le 30 avril , et les 2, 7 et 23 mai de la même année.
Mais il n’y a rien de plus touchant que les représentations adressées par les élèves eux-mêmes des divers séminaires épiscopaux aux états de leur province, au sujet du séminaire général ; représentations dans lesquelles ils dévoilent, en termes saisissants , la conduite odieuse des directeurs et professeurs de cet institut. Tous protestent unanimement de leur volonté de ne plus rentrer jamais dans cette école de séduction , qui ne pouvait, disaient-ils, que les conduire au matérialisme et à l’athéisme. Voici comme s’expriment les séminaristes de Flandre aux états de la même province assemblés à Gand, dans leur requête du 23 mai 1 798 (1 ) : « Ce sont les élèves des séminaires épiscopaux de la Flandre qui, baignés de larmes, viennent implorer votre protection , en confiant à vos cœurs vraiment sensibles les cruelles alarmes qui agitent, qui déchirent les leurs à la vue des maux qui les accablent , et auxquels ils ne peuvent trouver de remèdes que dans la sagesse de vos conseils et la force de votre secours.
« Vous n’ignorez pas, Messeigneurs et Messieurs, qu’arrachés violemment aux séminaires épiscopaux, ces asiles de l’innocence , ces sanctuaires de la vertu , ces écoles où nous sucions avec tant de plaisir le lait délicieux d’une doctrine également pure et salutaire , on nous a transportés malgré nous, et malgré nos gémissements , nos sanglots et nos pleurs , dans ce qu’on appelle le séminaire général de Louvain, et qui serait bien mieux nommé le séjour universel du chaos, du
(i) Rec. IV, p. 193, et Vœu, etc., pag. 58.
désordre et de la confusion ; où il n’y a ni ordre, ni régularité, ni discipline, ni décence, ni dévotion solide, ni paix véritable , ni joie pure , ni contentement parfait; où, au lieu de cet air de piété qu’on respire et qui embaume dans les séminaires ordinaires, on n’est frappé que du souffle dangereux de l’indévotion, de la tiédeur et de l’indifférence pour les pieux exercices qui ont toujours fait les délices les plus chères et les occupations favorites des plus grands saints de l’Église; où les directeurs et vice-directeurs , obligés par leur place à ne donner que de bons exemples à leurs élèves , ne sont pas toujours des modèles à imiter ; où l’on enseigne une doctrine tantôt hérétique, tantôt schismatique, toujours suspecte et inquiétante; où le religieux, amalgamé avec le séculier, sans aucune marque de sa profession, se trouve, par ce seul déguisement même, soumis à l’excommunication majeure, le plus terrible des anathèmes de l’Église ; où, enfin, on n’aperçoit que les plus désolants présages pour l’avenir, et qui ne pourrait subsister un certain nombre d’aunées sans devenir le tombeau funeste du clergé tant séculier que régulier , et par conséquent de la religion tout entière, dans les provinces beigiques, où elle a fleuri avec tant d’éclat jusqu’aux temps si déplorables que nous voyons de nos yeux.
« Voilà , Messeigneurs et Messieurs , le précis des motifs qui nous déterminent à implorer votre assistance, à invoquer votre protection et votre secours. Peut-il donc y en avoir de plus justes, de plus puissants, de plus nécessaires et de plus indispensables tout à la fois? C’est pour tout ce que nous avons de plus cher au monde, c’est pour la paix et le. repos de nos cons-
ciences, c’est pour le salut do nos âmes quo nous embrassons vos pieds en les arrosant de nos larmes, ô pères de la patrie, ô protecteurs de l’innocence opprimée ! et en vous conjurant de venir à notre secours. Oui , nous vous en conjurons par vos plus chers intérêts, par tout ce qui peut toucher des cœurs sensibles et chrétiens, par tout le sang d’un Dieu votre sauveur et le nôtre : ah! ne différez pas de nous tendre une main secourahle; vous le pouvez, vous le devez, nous ne craignons pas de vous le dire. Faites-le donc : oui, rendez, rendez au plus tôt des disciples à leurs anciens maîtres, des ouailles à leurs pasteurs , des enfants à leurs pères en Jésus-Christ, les évêques successeurs des apôtres, et juges de la doctrine. »
Les séminaristes de Gand et de Bruges partent d’une manière également touchante, dans leur requête envoyée aussi vers la tin de mai de celte même année aux mêmes États de Flandre. Les premiers nous font admirablement connaître l’esprit impie qui régnait dans le séminaire général. ,
« Une malpropreté dégoùtanlo, » disent-ils entre autres choses, « régnait dans toute l’étendue du collège, ainsi qu’un traitement plutôt militaire qu’ecclésiastique, que le caractère bizarre et la conduite irrégulière de quelques supérieurs étrangers rendaient encore plus insupportable.
« Ce fut alors, Messeigneurs, qu’un mécontentement amer se saisit de tous les esprits, que des supérieurs maladroits poussaient à bout par des lois puériles , par leur ignorance et leur irréligion manifeste, ainsi
( 1 ) Rec. III, p. 82-89.
que par les dissensions scandaleuses qui ne discontinuaient pas de s’élever parmi eux : le ridicule qu’ils affectaient éternellement de jeter sur les évôques n’y entra pas pour peu de choso, et malheureusement le mécontentement devint trop général; il éclata.
« Nous ne parlerons point, Messeigneurs, des moyens inouïs dont on se servit pour l’étouffer; toute la patrie n’en fut que trop scandalisée : aussi ne purent-ils ne point contribuer à cette méfiance marquée, à cette aigreur d’esprit, qui furent dans tous les temps des sources intarissables de dissensions et de désordre.
« Des promesses que firent les supérieurs de soumettre à l’inspection des évôques au moins tout ce qui pouvait toucher la pureté de la doctrine, calmèrent bientôt les esprits, les disposèrent à supporter avec la résignation la plus décidée ce que le reste pouvait avoir d’insupportable. Mais que dira-t-on, Messeigneurs? A peine les séminaristes avaient-ils vu s’écouler quelques jours avec cet esprit pacifique qui fait le caractère de leur état, que tout d’un coup ils virent paraître des règlements d’un genre tout nouveau qu’on leur proposait à signer, sous peine de démission.
« Ce fut ici, Messeigneurs, lo moment de la crise. Des Allemands, dont la doctrine était évidemment suspecte, proposaient des instituts de doctrine et de discipline. Jetait-on un coup d’œil sur ces instituts si vantés? d’un côté l’on n’y voyait que des invectives contre ce qu’on appelait l ’ hydre ultramontaine, contre la bigotterie, la morne rie, et autre chose semblable, qu’ils voulaient faire paraître n’avoir été que le partage du clergé de Belgique; d’un autre côté, l’on voyait
exalter la doctrine de plusieurs auteurs reconnus pour dangereux et suspects d’hérésie.
«La discipline ecclésiastique la plus absurde, la doctrine la plus suspecte, proposée par des supérieurs étrangers étayés par des militaires, à de jeunes théologiens arrachés à leurs évêques; quel contraste d’idées ! Ce fut alors, Messeigneurs , qu’il fallut de la prudence et du courage. Ce fut alors que les jeunes théologiens, assaillis de tous côtés par des promesses sans bornes ou par des menaces outrées, répondirent unanimement : Spiritas Sanctus posuit episcopos regere Ecclesiam Dei. Ce fut alors qu’ils insistèrent plus vivement que jamais à ce que la doctrine fût soumise au jugement des évêques.
a Mais quel fut l’effet de leurs justes demandes? Les supérieurs, toujours fidèles à leur habitude de ne point tenir parole, s’opposaient plus vigoureusement que jamais à toute relation qu’ou désirait avoir avec ceux qui de droit divin devaient juger de tout ce qui pouvait toucher la doctrine et la discipline ecclésiastique. Ils ne cessaient de jeter du ridicule sur le pouvoir qu’on attribuait à ces pasteurs légitimes; ils ne rougissaient pas d’assurer que chaque théologien avait un droit égal à celui des évêques, quant à ce qui concerne le jugement sur l’orthodoxie des livres dont il convient de faire usage. Mille paradoxes de ce genre, aussi contraires aux saints conciles qu’au bon sens, ne leur étaient malheureusement que trop familiers.
« Ce fut à cette époque, Messeigneurs, que des professeurs très-accrédités se crurent obligés de faire cet aveu étonnant : Qu’on leur proposait à enseigner une
doctrine hétérodoxe ! que, parmi les auteurs classiques, trois étaient notoirement hérétiques !
« En fallut-il davantage pour s’apercevoir du danger dans lequel étaient les suppliants? Pouvaient-ils ne pas fuir à grands pas ce lieu de contagion qui n’offrait que des pièges à ceux qui ne se sentaient pas capables d’éluder ces artifices, si propres à rapprocher la chute de ceux qui s’exposent au bord du précipice?
« Le courage des séminaristes l’emporta sur les manèges séduisants, insidieux qu’avait inventés la sagacité perverse des supérieurs allemands : les suppliants se réfugièrent vers leur évêque, vers celui à qui l’Ètre suprême avait confié le soin de les instruire, et de les rendre dignes de l’état sacré auquel ils se croyaient appelés.
« Mais le croira-t-on, Messeigneurs ? pourra-t-on se persuader que ces ouailles dispersées n’aient pas trouvé chez leur pasteur toute la douceur, la consolation et l’asile qu’elles avaient droit d’en attendre à tant de titres? Il avait plu au gouvernement d’ériger une barrière insurmontable entre les brebis et leur pasteur, de les tenir éloignées à jamais du bercail que la Providence leur avait destiné.
« Que reste-t-il donc aux suppliants ? Frappés par la force d’un bras trop puissant , éloignés pour toujours du sacré ministère auquel ils s’étaient destinés, ils vont dans le sein de leurs familles, dans l’amertume et la désolation , perdre ce temps précieux qui était réservé au ministère des autels, au service de Dieu et de la patrie-, ils vont arracher à leurs tendres parents des larmes qu’ils auraient dû épargner à leur vieillesse ; ils vont se trouver les membres les plus
102 PBOTESTATION DES ÉLÈVES.
inutiles de la patrie : chers à la société par les ordres sacrés qu’ils ont reçus, c’est par ces mêmes ordres sacrés qu’ils lui sont plus inutiles ! Contraste singulier ! des citoyens destinés au culte du Très-Haut, des citoyens respectés dans tous les âges, seront donc à charge à eux-mêmes, à leurs familles, à leur patrie ?
« Non , non , Messeigneurs. Nous vivons sous un prince juste ; il ne souffrira point que les annales de son glorieux règne soient ternies par le malheur d’aucun de ses sujets; sa religion est surprise, Messeigneurs ; c’est à vous à l’éclairer, c’est à vous à concilier ses vastes projets avec les constitutions nationales et le bien do l’Église. Si le concile de Trente est solennellement reçu dans ce pays, si ce saint concile a ordonné les séminaires épiscopaux, si ces établissements ont leur propriété et leur existence civile, si leur utilité est incontestable, comment cet objet échapperait-il à vos soins paternels ?
« C’est à ces causes , Messeigneurs , que les suppliants prennent la respectueuse liberté de vous conjurer, par tout ce que la religion et l’État peuvent y avoir d’intérêt, de leur accorder votre puissante protection, de leur ouvrir cet ancien asyle où, à l’abri de la contagion du siècle, ils puissent être élevés et formés au saint ministère ; c’est sur cette illustre assemblée que toute la patrie fixe actuellement ses regards : — la protection qu’elle accordera aux suppliants ne manquera pas de faire époque dans l’histoire.
« Non, Messeigneurs, vous ne souffrirez pas que les suppliants aient pour partage le sort le plus déplorable et le plus affreux, ainsi que le plus inutile à la chère patrie; vous poursuivrez vos glorieux desseins, vous
ferez voir à la postérité la plus reculée qu’il ne peut y avoir des malheureux, sous un prince éclairé par la sagesse de nos états. »
Les séminaristes deNamur se prononcèrent plus énergiquement encore dans la remontrance qu’ils adressèrent, le 4 juin , aux députés des trois états de cette province; et ils y considèrent la suppression des séminaires épiscopaux comme une violation ouverte de la constitution du pays.
«Vous le savez, leur disent-ils, pères chéris de la patrie, de toutes les lois la plus sacrée, la plus inviolable, c’est celle du pacte constitutionnel que le prince a juré lors de son ascension au trône.
« C’est de cette loi fondamentale qu’il est écrit au psaume 81, f 5, qu’en la violant on ébranle les fondements de la terre, après quoi il ne reste plus que la chute des empires.
« Faut-il s’en étonner? la religion et la justice n’en sont-elles point l’unique objet? et sans ces deux choses, la constitution du corps de l’État, qu’est-ellc, sinon un fantôme?
« Il est donc de l’intérêt du prince autant que du bonheur des peuples que ce pacte reste inviolable; et lorsque Vos Seigneuries travaillent avec fermeté pour le maintien de la liberté civile et ecclésiastique, cimentées sur ce pacte inaugural , ne rendent-elles pas au monarque qui nous gouverne le service le plus important? N’obvient-elles pas à l’infraction d’un serment qui doit être la base , l’appui le plus certain du trône, de l’État et des lois? N’empêchent-elles pas
( 1 ) Rec. IV, p. 185-189.
qu’on ne rende vain ce qu’il y a de plus sacré parmi les hommes?
« Convaincus qu’il ne faut chercher le fondement solide de l’État que dans la véritable religion, vous avez toujours considéré cette religion sainte comme l’objet le plus cher de nos constitutions, vous en faites encore la partie la plus intéressante de vos soins paternels, et par là vous nous donnez la flatteuse espérance du rétablissement prochain du séminaire épiscopal de cette ville.
« Ce n’est point de notre monarque que provient la suppression fâcheuse qui en a été faite : c’est l’ouvrage de ces hommes pervers , remplis de maximes pernicieuses, qui , depuis longtemps , cherchent à en infecter nos contrées.
«Pour parvenir au but que l’esprit de ténèbres leur avait dicté, ils usèrent d’artifices pour surprendre la religion de notre monarque; et, sous prétexte qu’il ne fallait qu’une môme école, qu’un même enseignement pour mettre fin aux disputes, toujours, selon eux, contraires au bien de l’État, ils l’engagèrent à porter le décret de suppression des séminaires épiscopaux, et à ordonner que tous les candidats seraient rassemblés dans un môme lieu pour y être enseignés.
«Vous avez vu, Messeigneurs , quelles ont été les alarmes, la douleur des évêques et des vrais fidèles, à la vue de l’édit émané à ce sujet : cependant on ne prévoyait point encore que des hommes suspects tirés du fond de l’Allemagne auraient la direction de l’enseignement. Ce fut un surcroît de douleur et de consternation quand on s’aperçut qu’ils étaient imbus d’une doctrine téméraire et schismatique, et que, par une
conjuration formée contre l’Église Romaine, ils répandaient à pleines mains le poison de l’erreur ; erreur dont ils auraient bientôt infecté les provinces belges, si les candidats eux-mômes, qui dans des sources pures avaient déjà puisé les connaissances de la vérité, n’eussent découvert la malignité de leurs systèmes, s’ils n’eussent averti par leur fuite la patrie et l’Église des périls qui les menaçaient, et du sort qui les attendait.
« Mais sera-ce en vain que les Pères du concile de Trente ont fait tant d’instance pour l’établissement des séminaires épiscopaux, qu’ils en ont prescrit la forme et les règlements ? Sera-ce en vain que, par les érections de ces écoles de science et de vertu, tant d’illustres prélats, d’accord avec le prince , ont fait renaître et refleurir de toutes parts l’esprit principal du sacerdoce, cette piété solide, cette charité sublime, ce zèle ardent pour le salut des âmes, qui firent le bonheur de l’Église, la félicité des États et le soutien du trône?
« La suppression fatale du séminaire de cette ville, et le décret qui prescrit aux candidats de se rendre à celui de Louvain, porte les atteintes les plus funestes au pacte constitutionnel de cette province. Notre monarque a juré, à la face des autels, de garder les églises et suppôts d’icelles en leurs droits, coutumes et usages anciens et louables ; et, par son édit , il ôte à l’évêque la direction de l’enseignement de ceux qui doivent être ses coopérateurs dans le saint ministère; il le prive du droit le plus sacré, d’un droit qu’il a déclaré lui-même, dans ces édits, être d’institution divine, inhérent au caractère épiscopal.
«D’ailleurs, par là même que cet édit est attentatoire
aux décrets du concile de Trente, il renverse encore les constitutions de cette province; car ces décrets de l’Église universelle ayant été promulgués à l’instance du souverain, ils sont tout à la fois loi d’Église et d’État , que le concours seul des deux puissances peut abolir.
a Vous fûtes effrayés sans doute , Messeigneurs , de la fatalité que cet édit renferme dans son principe ; mais la ruine totale de la religion , qui en est la suite, a bien de quoi vous consterner davantage. Déjà la plus noble portion du troupeau de Jésus-Christ est errante et dispersée; déjà ceux qui étaient destinés à être la lumière du monde et le sel de la terre par leur doctrine et la sainteté de leurs mœurs, sont déclarés inhabiles aux ordres sacrés et au ministère apostolique, s’ils ne sont imbus de maximes prouvées suspectes, téméraires et schismatiques , par le père commun des fidèles.
«Tout nous annonce donc la perte de la foi, la désolation du sacerdoce; et la fin du règne du Seigueur est certaine pour ce pays, si Vos Seigneuries ont moins d’ardeur et moins de force pour la défense des droits de l’épiscopat que pour le maintien de la liberté civile.
« Vous ne les perdrez point de vue , Messeigneurs, ces droits sacrés : ce sont les principaux de nos constitutions, notre monarque a juré de les garder, vous en êtes les défenseurs ; c’en est assez pour nous convaincre du rétablissement prochain du séminaire et du rappel des théologiens dispersés. »
Au séminaire filial de Luxembourg, on enseignait une doctrine non moins scandaleusement impie qu’à Louvain. Le pieux et savant abbé J. J. Havelange, qui,
depuis quatorze ans , enseignait avec honneur la dogmatique au séminaire épiscopal, ne put plus longtemps souffrir en silence ce scandale ; il s’en plaignit fortement, dans une représentation (1) en date du 10 mai, à LL. AA. RR. les gouverneurs généraux des Pays- Bas autrichiens, et leur envoya, dans le cas auquel sa représentation ne recevrait pas un accueil favorable, sa démission, qui fut acceptée sur-le-champ.
Les élèves de ce séminaire démasquèrent également, en termes aussi touchants que forts, les tendances perfides de ces docteurs de l’incrédulité, et demandèrent, dans leur représentation adressée à ces mêmes AA. RR. le 10 juin , qu’ils fussent déposés, et qu’on supprimât tous les livres hérétiques et suspects qui avaient été introduits dans cet institut. Ils déclaraient, en outre, que si l’on refusait de satisfaire promptement à leur juste demande , ils suivraient bientôt l’exemple des séminaristes de Louvain , et ne tarderaient pas à quitter, tous, le séminaire de Luxembourg (2).
Le haut clergé et les États joignirent leurs représentations à celles de ces jeunes théologiens. Ce fut le clergé du diocèse de Bruges qui fit le premier pas décisif en cette circonstance, en protestant solennellement, dans son assemblée du 22 mai, contre toutes les ordonnances émanées de l’empereur depuis son avènement au trône jusqu’à ce jour, au préjudice des droits de l’Église et de l’épiscopat; ce fut lui qui engagea les états de Flandre (3) à appuyer, par tous les
(1) Rec. II, p. 214-528.
(2) Rec. IV, p. 178-184 ; Vœu, p. 77-85.
(3) Rec. III, p. 7 l-8o ; Vœu, p. 85-90.
moyens dont ils pouvaient disposer, leur légitime désir auprès de Sa Majesté.
Les députés d’Audenaar se prononcèrent avec une égale franchise, dans l’assemblée des états de Flandre, le 23 mai, contre les innovations malheureuses que Joseph II, aveugle conduit par d’autres aveugles, avait essayé d’introduire dans la constitution religieuse et politique de Belgique; et ils conjurèrent l’empereur d’abandonner ses déplorables tentatives. Ils lui rappelèrent, en cette circonstance , le serment solennel qu’il avait prêté pour le maintien de ces droits sacrés toujours si chers aux cœurs des Belges, et qui avaient été de nouveau et tant de fois confirmés depuis que ceux-ci avaient eu le bonheur de passer sous la domination autrichienne.
Des réformes politiques passant aux réformes religieuses, ces dignes représentants s’exprimaient ainsi, dans un mémoire adressé à LL. AA. RR. (1):
« Reste à nous occuper, disent-ils, des précieux devoirs que nous devons à la religion, à cette sainte mère, dans le sein de laquelle et S. M. et YV. AA. RR. ont le bonheur inappréciable d’avoir été nés et élevés. Nous voyons nos évéques, nos chefs d’ordres, nos curés, alarmés, abattus, consternés ; l’archevêque appelé à trois cents lieues do son diocèse, pour rendre, à ce que l’on croit (car tout est mystère), raison de sa conduite; lui en qui les Pays-Bas révèrent un prélat ~ aussi distingué par ses mœurs que par sa piété. Et notre évêque, non moins exemplaire et recommandable par sa fermeté apostolique, a été menacé d’exil , et
(1) Rec. IV, p. 71 s.
des chefs d’ordres ont été arbitrairement relégués sans procès, sans sentence. Quelle en est la cause? Ilélas ! le séminaire général que l’on construit à Louvain, et la doctrine que l’on y enseigne; doctrine qui déjà se répand sur les principes de notre législation ; doctrine enfin que tout le clergé des Pays-Bas réprouve, que cette université célèbre n’a jamais enseignée, et que le clergé de France, qui n’est pas reconnu pour ultramontain, n’admet pas pour la sienne. Quelle est donc la voix que le peuple, que les États, que YV. AA. RR., que S. M. elle-même, puissent suivre en qualité d’ouailles, si ce n’est pas celle de leur pasteur? Ne pourrait-on pas, sérénissimes princes, demander à ceux qui sont préposés pour l’introduction de ces nouvelles maximes, de qui ils tiennent leur mission ? De l’empereur, répondront-ils, qui a seul le droit d’édicter en fait de discipline; et dans tout ce que nous faisons il n’est question que de celle-là ; on n’entend pas toujours au dogme, qui est invariable. Mais, avant de recevoir leur mission de S. M., lui ont-ils dit que ce principe, qui range, sous ce rapport exclusif de la puissance civile, la discipline, le culte et la liturgie, est un principe nouveau, inconnu aux prédécesseurs de S. M., souverains de ces provinces ; que ceux-ci, au lieu d’édicter sur ces matières, reconnurent qu’elles étaient du ressort de l’Église, comme on peut le voir par les actes d’homologation de nos synodes provinciaux? Ces assemblées ecclésiastiques réglaient, motivaient et décrétaient ces ordonnances ; et nos princes, à l’exemple de Charlemagne, n’y concouraient que pour tant mieux pouvoir mettre en exécution iceux décrets. Voilà la vraie borne que nos
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princes ont gardée entre le sacerdoce et l’empire; ils reconnurent que l’Église seule a le pouvoir de statuer dans les matières disciplinaires, et que le souverain, comme protecteur, y ajoute le pouvoir de contraindre. L’Église n’a que des peines spirituelles à infliger; si on les méprise, le souverain vole à son secours, et par le pouvoir coactif, qui appartient à lui seul, il fait respecter les lois de sa sainte mère. Quelle différence de ceci à ce qui se passe tous les jours sous nos yeux ! Le clergé n’est pas seulement consulté, mais il réclame contre les innovations, comme dangereuses et tendantes au schisme; pas moins s’exécute, et puisque l’on ne peut pas vaincre la fermeté du clergé, que l’on ne peut pas lui faire adopter ces nouvelles maximes, l’on décrie ses mœurs et sa science, tandis qu’il peut passer à ces deux égards, comme à bien d’autres, pour le modèle de toute l’Église; l’on supprime toutes les leçons do la théologie, tant dans les séminaires particuliers que dans les couvents; l’on concentre tous les jeunes élèves dans un môme séminaire, et l’on commence |>ar leur enseigner une doctrine qu’ils refusent d’adopter, et que les plus savants théologiens réprouvent. A-t-on dit à VV. AA. RR., a-t-on dit à S. M. que dans les autres réformes et dans les autres démarches qui se font sans le concours et sans l’autorité des évêques, sous prétexte de rendre la discipline plus pure, laquelle, par sa fin, tient aux dogmes et au culte de la religion, a-t-on dit que ces réformes et ces démarches ont tant d’analogie avec celles que l’on a vu employer, passé deux siècles, pour établir la doctrine d’une secte ennemie de nos autels?
« Assurément on n’a rien fait connaître de tout cola. L’empereur et VV. AA. RR., qui ne veulent qu’ajou-
ter du lustre à la religion héréditaire dans la maison d’Autriche, n’auraient jamais voulu donner les mains à l’exécution d’un système que le clergé regarde comme destructif de la religion de nos pères; et cependant tout y concourt de plus en plus : l’humiliation de l’université de Louvain, une des plus célèbres du monde, et un des boulevards de la foi; l’anéantissement virtuel du pouvoir des évêques, et le projet d’une nouvelle distribution des paroisses, lesquelles devront être pourvues de sujets imbus des nouveaux principes.
«Sérénissimes princes, quel calme heureux ne verrezvous pas renaître dans ces provinces alarmées, si l’on permet aux évêques d’exercer l’autorité qui leur compèle, avec la liberté qu’ils exerçaient sous le glorieux règne de votre auguste mère ! »
Les magistrats de Bruges parlèrent à ladite assemblée dans le même sens.
Les vénérables membres de l’université de Louvain (1), qui avaient été expulsés par cos nouveaux venus, élevèrent aussi une voix courageuse, et présentèrent aux états de Brabant, le 24 mai, un important mémoire, où ils démasquent avec autant de zèle que d’éloquence la perverse doctrine de ces hommes. Les magistrats et le clergé de la West-Flandre s’associèrent à eux, eteuvoyèrent directement, les 2 et S juin, de semblables mémoires à l’empereur. Bs protestent solennellement contre tous les empiétements qui avaient été faits en son nom contre l’Église, les pieux usages des fidèles, l’immunité ecclésiastique, les fondations religieuses; et demandent que tout soit remis sur l’ancien
pied, comme sous le règne de l’impératrice Marie- Thérèse; mais surtout ils réclament l’immédiat rétablissement des séminaires épiscopaux : « Daignez (1), Sire, » c’est ainsi que le rapport se termine, « accueillir avec bonté nos très-humbles représentations : que V. M. ne consulte que sa religion et sa justice; et nous sommes persuadés que bientôt nous verrons renaître l’ordre et la décence dans les affaires ecclésiastiques. Il est réservé à votre sagesse de remettre la joie et la tranquillité dans le cœur de vos fidèles Flamands; nous l’attendons d’un roi juste et bienfaisant, et nous espérons que la postérité verra, avec reconnaissance, que Joseph II, héritier des vertus de Marie- Thérèse, a réparé lui-même les torts qu’on nous avait faits sous son nom , et essuyé les larmes de l’Église belgique éplorée. »
Les États réunis de Brabant et de Flandre, encouragés par la nation , prirent aussi la parole pour la défense des droits de l’Église et du clergé , et demandèrent d’une voix unanime , dans leurs représentations des 5 et 6 juin, ladissolution du séminaire général, et le rétablissement des séminaires épiscopaux et de l’université de Louvain. Ils renouvelèrent ces mêmes représentations, en termes plus énergiques encore, le 22 juin de la même année. Les états de Luxembourg firent, le 15, une semblable démarche, qui fut suivie de celle que tentèrent à leur tour, le 23 juin, les états du Hainaut.
Le vénérable chapitre métropolitain de Malines présenta pareillement le 22 juin, à LL. AA. RR., un mé-
(i) Rec. IV, p. I9i.
REPRÉSENTATIONS ET PROTESTATIONS. 1 i 3
moire à la fois concis et détaillé , en paroles énergiques et respectueuses, en faveur du rétablissement de l’ancienne université de Louvain et des séminaires épiscopaux; il démontre dans cette pièce combien, par la suppression de ces établissements , avaient été profondément violés, non-seulement les droits religieux , mais aussi la constitution politique de la province (1).
L’aspect des provinces devenait chaque jour plus menaçant, le mécontentement s’augmentait d’heure en heure; et les plaintes contre la double oppression politique et religieuse, croissant sans cesse, devinrent bientôt d’autant plus sérieuses, qu’on ne voyait je gouvernement prendre aucun moyen d’y porter remède , ni même manifester la volonté de donner satisfaction aux justes demandes qui lui étaient adressées. Dans cette triste conjoncture, les états de Brabant prirent de nouveau la parole, et donnèrent connaissance à l’empereur, dans un rapport écrit sous la date du 23 juin, des dangers prochains dont la tranquillité publique était menacée dans ces provinces, si l’on ne se hâtait d’apaiser les esprits du peuple au sujet des malheureuses innovations ecclésiastiques, et de satisfaire à son désir de voir le séminaire général immédiatement supprimé, et l’épiscopat rétabli dans la légitime et sacrée possession de ses droits (1).
Des voix généreuses s’élevèrent encore dans cette illustre assemblée, et tracèrent avec une mâle éloquence et un courage imperturbable le tableau des honteux empiétements et des persécutions dont la relift) Rec. IV, p. 9-26, et en extraits; Vœu, p. 111, 117.
DISCOURS PKONON CÉ
gion et ses ministres avaient jusqu’alors souffert. On y parla aussi do l’odieuse expulsion du nonce apostolique, qui avait été provoquée par la commission ecclésiastique et les hommes de la nouvelle école de Louvain. Nous ne pouvons nous défendre de donner ici, de l’un des discours qui y furent prononcés, quelques extraits qui feront admirablement connaître l’esprit religieux de ce peuple si rempli de générosité, et l’exaspération dans laquelle se trouvaient alors les esprits :
« Le grand et magnifique travail, c’est ainsi que l’orateur s’exprime, que celui qui relève les ruines d’une brave nation, qui restitue les propriétés, qui rétablit sa liberté, qui restaure sa religion, qui met en fuite ses oppresseurs, qui réintègre les vrais citoyens, qui ramène l’ordre et la sécurité générale ! Mais, en contemplant avec autant d’admiration que de gratitude cet immortel ouvrage, j’aperçois un objet de la plus grave importance sur lequel les regards des pères de la patrie ne sont pas encore arrêtés.
« Le quatorzième de février, jour affligeant pour le premier pontife des chrétiens, pour tous les représentants des souverains, pour tous les bons catholiques de ce pays, on a vu le ministre et le légat du siège de Rome chassé de cette capitale sans aucune raison ni grief même apparent , avec un abus et une morgue de pouvoirs dont il n’y a pas d’exemple chez aucune nation de la terre.
« De qui cette inique et brutale démarche est-elle l’ouvrage? N’accusons point le grand prince qui, à trois cents lieues de cette scène de ténèbres, n’a pu en pénétrer le mystère, et qui, comme tous ceux que la Providence condamne à la souveraineté, est exposé
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