ÉDIT IMPÉRIAL
du séminaire général , et que les évêques qui réclamaient le droit do les enseigner dans leurs séminaires particuliers, n’en jouissent pas davantage présentement que lorsqu’en l’année 1586 ils avaient envoyé leurs séminaristes à Louvain pour la première fois; ni plus que les archevêques électeurs de Trêves et de Cologne, le prince évêque de Liège et les évêques de Tournai et de Gand, de même que tous ceux des pays héréditaires d’Allemagne, de Hongrie et d’Italie, qui ne regardaient pas l’enseignement de la théologiedans leurs séminaires comme une propriété dont la jouissance fût inséparable de l’épiscopat (1).
2° Qu’il ne serait permis de conférer le sacerdoce qu’à ceux qui auraient fait leurs études au séminaire général, et qui, ensuite, auraient été examinés et approuvés par leurs évêques.
(l) Loin de nous la pensée de critiquer la conduite des admirables prélats belges ! mais nous nous permettrons ici, à l’occasion de cette résolution de l’empereur, deux réflexions qui nous semblent la conséquence logique des faits, et que devraient toujours avoir présentes à leur pensée les catholiques dans les cas de conflit avec le pouvoir civil : l® 11 est bien plus difficile de résister à un second empiétement qu’à un premier ; 2° celui qui se montre faible dans la cause de Dieu, rend la position des autres plus difficile encore. Si les évêques belges se fussent refusés dès la première fois à l’injuste demande qui leur était faite, ils n'eussent pas eu autant de peine à remporter la victoire; si les évêques des autres provinces de l’empire eussent eu l’énergie désirable, la situation de leurs confrères de Belgique eût été moins terrible. Dans cette double hypothèse, le gouvernement de l’empereur lui-même y eût gagné une honte de moins, et sans doute une province de plus. Condescendre aux injustices d’un pouvoir oppresseur, c’est laisser un insensé saisir par la lame une arme empoisonnée. ( Note du traducteur.)
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Quant à cette dernière disposition qui donnait aux évêques le droit apparent de pouvoir examiner les élèves formés au séminaire général , elle n’était qu’un piège grossier où l’on voulait les prendre, afin de les engager dans une voie de concession , et une dérision évidente et amère de leur puissance et de leur autorité. Si, en effet, nul élève ne pouvait, à moins d’avoir été élevé dans cet institut , prétendre au sacerdoce , les évêques se trouvaient par là même placés dans l’alternative également inacceptable, ou de les repousser tous, ce à quoi le gouvernement n’eût jamais consenti, ou de les approuver tous , ce que ne leur permettait pas leur conscience.
Ce fut donc avec raison que le vénérable cardinal répondit, le 19 juillet, à celte dépêche vraiment révoltante, par une lettre adressée à LL. AA. RR., et conçue en ces termes (1) .-
« Madame, Monseigneur, je ne saurais dissimuler à VY. AA. RR. la douleur que j’ai ressentie en lisant, dans la dépêche qui m’a été adressée en date du 17 juillet de cette année, et qui, rendue publique par l’impression, se trouve entre les mains de tout le monde, que les représentations aussi fondées que respectueuses des évêques sont taxées cT opiniâtre té, (F entêtement, et de clameurs propres à exciter dans F esprit du peuple des méfiances sur les intentions de S. M., et à mettre tout le monde en mouvement ; taudis que les évêques ont tous constamment protesté qu’ils n’ont jamais douté de la droiture des intentions de Sa Majesté, et que, se trouvant dans l’obligation in-
(l) Rec. XII, p. 259 et suiv. ; Vœu, p. 339-347.
LETTRE
dispcnsablo de mettre sous les yeux de leur souverain le danger évident d’une seule et unique école de théologie, les préjudices affligeants portés aux droits essentiels et inhérents à l’épiscopat qui en résulteraient, et leur devoir de conserver et de soutenir ces droits inaliénables de leurs sièges, en vertu de leur serment, ils ont toujours pris avec confiance leur trèshumble recours à Sa Majesté par les voies ordinaires de son gouvernement, exemptes certainement de tout danger de causer du trouble ou de l’émotion dans le peuple; de sorte que j’ose espérer que Sa Majesté, en rendant à cet égard justice aux évêques, voudra bien exiger des auteurs de pareilles calomnies des preuves d’une imputation aussi hasardée qu’odieuse.
« De ces représentations des évêques, il est constaté qu’ils ne sont point convaincus que le seul point sur lequel tout roule se réduit uniquement à la question : Si ta doctrine qu’on doit enseigner aux théologiens dans te séminaire général est orthodoxe ou non. Cette question d’ailleurs ne pourrait jamais être décidée par un séjour passager des évêques à Louvain , ni par leur présence à quelques leçons, ce qui (outre qu’il ne paraît guère convenable à leur dignité) ne suffirait pas pour les rassuror sur l’avenir, et pour calmer les justes alarmes que leur ont causées certaines thèses publiquement soutenues par des théologiens du séminaire de Pavie (qui doit servir de modèle à celui de Louvain), et qui ont été insérées dans quelques feuilles publiques ; thèses qui renferment nombre de propositions équivoques, suspectes, et même condamnées, à l’égard desquelles il serait impossible aux évêques de se laisser imposer un silence perpétuel, trop con-
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traire aux devoirs essentiels et principaux de leur ministère, qui les oblige de préserver leur troupeau, nonseulement de toute doctrine ouvertement hétérodoxe ou formellement hérétique, mais aussi de ces opinions dangereuses, tendantes au schisme, et qui, par leur nouveauté et leur hardiesse, ne sont propres qu’à exciter des troubles et des dissensions dans l’Église. Une décision si importante ne saurait donc tomber sur quelques leçons passagères, qu’on aurait soin sans doute de diriger de façon qu’on n’y trouverait rien à redresser : elle devrait plutôt avoir pour objet les livres et les auteurs dont on tirera le corps de la doctrine. A savoir après cela qui devrait porter làdessus un jugement définitif? Ce ne serait point certainement l’autorité civile ; l’enseignement de la religion ne lui étant point soumis, il faudrait donc pour cela un concile provincial ou national de l’Église de Belgique, ou bien en dernier ressort le jugement du saint-siège, comme le centre de l’unité et le souverain juge de toute controverse en matière de foi; et il ne faut aucunement douter que les évêques n’acceptent volontiers l’un ou l’autre de ces deux moyens pour terminer la difficulté.
« Mais, indépendamment des dangers de la doctrine, qui seront toujours inévitables dans le plan d’une seule et unique école de théologie, et en la supposant même parfaitement orthodoxe, le point capital de toutes le9 réclamations des évêques ne porte point uniquement sur la pureté de la doctrine, mais bien plus encore sur la vérité et la solidité des principes suivants, que j’ose mettre de nouveau en abrégé sous les yeux de W. AA. RR., avec d’autant plus de confiance que
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Sa Majesté elle-même, dans la susdite dépêche, désire que tes évêques lui communiquent leurs lumières sur ce qu'ils auraient trouvé ri être pas exactement conforme aux vrais principes de l’Eglise. Ces principes sont :
b 1° Que Jésus-Christ n’a donné sa mission pour tout ce qui concerne la religion qu’à saint Pierre, aux apôtres et à leurs successeurs, et non pas aux princes de la terre, et que par conséquent il ne peut appartenir à l’autorité souveraine d’ériger, d’organiser et d’administrer une école où soit enseignée la science de la religion, à ceux surtout qui se destinent à la cure d’àmes et au saint ministère, puisqu’alors une telle école, faute de mission légitime, ne dériverait plus de celte source divine et unique, d’où doit sortir tout enseignement des vérités de la religion.
« 2° Que bien moins encore cette même autorité, pour favoriser cette nouvelle institution, pourrait abolir les écoles de théologie dans les séminaires épiscopaux, institués et administrés en tout temps par l’autorité de l’Église, et dont l’usage constant, qui date de la plus haute antiquité, a été renouvelé et confirmé par le concile sacré de Trente; ce qui forme pour le droit des évêques une possession légitime, incontestable et immémoriale.
« 3° Que le plan du séminaire général vise à renverser tous les dmits du sacerdoce et de V épiscopal, en réduisant tout le ministère des évêques, quant à l’enseignement, d’actif qu’il est essentiellement, à une influence purement passive, inopérante et inefficace, et en faisant des juges de la doctrine de simples surveillants et des délateurs de l’erreur à la puissance
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séculière, dont il ne leur est pas permis de reconnaître le tribunal comme compétent sur ce point.
« Que ce plan confondrait l’ordre hiérarchique établi dans l’Église, autorisant les évêques à surveiller la doctrine dans le diocèse de Malines, où le séminaire général se trouverait, et d’y redresser par eux-mêmes les professeurs qui s’écarteraient de la vérité, tandis qu’un tel droit ne peut appartenir à l’ordinaire seul, les autres évêques ne pouvant exercer aucun acte de juridiction hors des limites de leur diocèse, excepté dans le cas d’un concile canoniquement convoqué. D’un autre côté, en conservant à l’archevêque de Malines son droit, on blesserait la juridiction des autres évêques, qui, obligés d’envoyer leurs étudiants en théologie à Louvain, hors de leur diocèse, ne pourraient plus juger par eux-mêmes de la doctrine qu’on leur enseignerait.
« 5° Qu’enfin les évêques ne peuvent concourir à un établissement qui les priverait du droit radical, et inséparable de l’épiscopat, d’enseigner la science de la religion dans toute l’étendue de leurs diocèses, et qui détruirait en même temps leurs séminaires, fondés pour la plupart par la générosité de leurs prédécesseurs, pour l’avantage de leurs diocésains; sur lesquels les chapitres de leurs cathédrales, aussi bien que les boursiers qui y étaient entretenus dans leur propre pays, à portée de leurs parents, ont des droits incontestables, que les évêques, à leur sacre et en prenant possession de leurs sièges, ont promis de conserver et de soutenir, sous serment.
« Ce sont là les principaux obstacles (et non pas uniquement le danger de la doctrine) qui empêchent
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les évôques do concourir à l’établissement du séminaire général, auquel ils ne pourraient se prêter sans se laisser enlever le dépôt sacre’ de la foi qui leur a été confié , et le transmettre à la puissance séculière sans renoncer par ce fait au droit de l’enseignement, qui est inhérent à l’épiscopat, et sans se rendre coupables envers leurs églises et leurs successeurs, en ne leur conservant pas des droits et des prérogatives qu’ils ont juré de maintenir.
« Quant à la conduite que les évêques des provinces de Belgique ont tenue, l’année 1786, à l’égard du séminaire général , en y envoyant leurs élèves en théologie; cette conduite est d'abord une preuve de leur empressement à aller au-devant des intentions de Sa Majesté , dont on pressait alors vivement l’exécution, ce qui produisit en eux une espèce do perplexité qui les empêcha de faire au même instant toutes les réflexions dont la matière était susceptible; et ils se bornèrent uniquement pour lors à la recherche dos moyens d’assurer la pureté de la doctrine, moyens que, selon la lettre que M. le comte de Belgiojoso m’avait adressée, ils crurent avoir trouvés dans l’influence qu’on leur promettait dans cette lettre, nonseulement sur l’enseignement, mais sur toute l’administration de cet établissement, qui, conformément à 1 ’édit même, semblait devoir se faire par le concours des deux puissances et l’agrégation «volontaire des évôques.
«Mais l’expérience ne tarda pas à leur montrer que la puissance civile ne l’entendait pas ainsi; qu’au contraire les droits inaliénables du sacerdoce y étaient compromis, puisque tout cet établissement, l'cnseigne-
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ment y compris, devait être dirigé et administré par la seule autorité souveraine, en ne laissant aux évêques qu’une surveillance qu’on paraissait accorder également à tous les fidèles, aussi intéressés, disait-on, que les évêques, a ce qu’on n’enseignât point l’erreur. On commença bientôt à débiter des définitions nouvelles et inusitées, et des propositions équivoques, qui firent craindre qu’on ne Voulût renouveler la doctrine d’une secte qui avait causé autrefois tant de troubles dans ce pays : de là résulta une aversion générale du clergé et du peuple pour cet établissement, qui occasionna une multitude de réclamations et de représentations de tous les ordres de l’État, qui y remarquèrent des dangers de toute espèce, et qui le regardèrent môme comme impossible dans le principe aussi bien que dans le fait. Il n’est donc pas surprenant que les évêques des Pays-Bas, après avoir donné des preuves de leur déférence aux volontés de Sa Majesté, n’aient pas pu, dans la suite, prêter leur concours à cet établissement, qui était devenu visiblement préjudiciable à leurs droits, et un objet d’aversion pour toute la nation.
« Quant à moi, je n’ai aucune difficulté d’avouer que les différentes représentations des évêques, des états et des chapitres de ces provinces m’ont fait faire plusieurs réflexions essentielles qui m’avaient échappé, en me mettant sous les yeux des devoirs indispensables de mon ministère à remplir et des droits inaliénables à soutenir; d’où j’ai tiré une entière conviction, et la plus intime persuasion de ma conscience, que, malgré mon désir sincère de témoigner en toute occasion à Sa Majesté la plus parfaite soumission à ses ordres,