‹ Jean Henri, comte de Frankenberg, cardinal archevêque de Malines, primat de Belgique et sa lutte pour la liberté de l'église et pour les séminares épiscopaux sous l'empereur Joseph IIChapitre 86 sur 104 · LA LÉGISLATION DE JOSEPH II · texte numérisé non relu

LA LÉGISLATION DE JOSEPH II

cule, qui nous épargne la fatigue de parcourir les nombreux et informes volumes du code religieux de cet empereur.

L’auteur termine son ouvrage par quelques observations générales sur le clergé régulier et sur l’éducation ecclésiastique ; nous les citerons ici à cause de leur importance, et aussi afin qu’on puisse se faire une idée de l’esprit dans lequel il est écrit (1).

a Le premier supérieur des religieux, » ainsi s’exprimait la législation joséphiste, «c’est le souverain. « Le souverain a droit de dispenser les religieux des «vœux qu’ils ont faits à leurs supérieurs généraux, « et de les remettre sous l’obéissance des évêques. » « Tout ordre religieux uniquement consacré à la a prière et au culte de Dieu est inutile ou même nuisible « à la société, et, comme tel, il en doit être retranché « par le prince. »

Voici maintenant la réponse de l’auteur :

« Le premier supérieur du religieux est Dieu même, au service duquel il s’est consacré par des vœux solennels. Le second est le pape, comme vicaire de l’Homme-Dieu sur la terre; et les autres sont leurs généraux, et ceux qui les suivent en dignité et en autorité. Le prince ne peut donc ni se dire le premier supérieur ni s’arroger le droit de les dispenser de leurs vœux, sans se rendre coupable d’injustice et d’outrage envers Dieu, envers l’Église, envers le pape chef de l’Église, et envers tous les supérieurs monastiques : 121 e , 122 e , 123 e , 124 e et 125 e absurdités.

« Je passe plusieurs autres diplômes qui contiennent

(l) Rec. XIII, p. 261 et sutv.

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les mêmes absurdités, pour venir à celui qui supprime les séminaires épiscopaux, et qui sur leurs ruines élève un séminaire général à Louvain. Les séminaristes, les religieux profès et tous les aspirants à la vie religieuse de tous les Pays-Bas autrichiens sont obligés d'y passer cinq ans, pour y mener la vie uniforme et y étudier la doctrine qui sera prescrite et enseignée par les directeurs et professeurs à la nomination de l’empereur. Ce diplôme , tudesque et farci d’absurdités et d’inepties qui n’offensent pas moins la religion que le bon sens, nous fournira les dix-sept absurdités restantes, par lesquelles je finirai mon projet.

« 1 . Le forgeron de ce décret se prétend , à l’exclusion des évêques, être le seul juge de la saine théologie, du véritable droit ecclésiastique, du pur et raisonnable service divin : 136' absurdité.

« 2. Et, pour faire preuve de sa prétention exclusive, il donne, pour l'instruction, des auteurs ou hétérodoxes, ou schismatiques, ou au moins fauteurs de l’hétérodoxie: 137' absurdité.

« 3. Il ôte aux évêques la direction du séminaire, qui leur appartient de droit naturel, de droit divin, de droit humain, tant ecclésiastique et canonique que civil. Vous voyez les représentations sur cette matière faites par tous les états et provinces de ces pays : 1 38 e , 139% 140% 141 e absurdités.

« 4. En ôtant aux évêques la direction du séminaire, on les met dans l’impuissance de veiller sur la conduite des séminaristes et de les connaître, pour les placer dans la suite selon leur capacité et le besoin des paroisses qu’ils doivent leur confier : 142' absurdité.

a S. De là les maux de toute espèce qui résultent

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nécessairement des curés qui ne sont point à leur place : 143 e absurdité.

« 6. En ôtant aux évêques la direction de leur séminaire, on blesse aussi les droits des chanoines de leurs cathédrales, qui, en qualité de leurs associés, de conseillers et de coopérateurs, ont aussi l’inspection sur les séminaires épiscopaux : 144* absurdité.

« 7. On prétend remédier au mal et parer à tous les inconvénients en proposant aux évêques d’envoyer les présidents des séminaires épiscopaux au séminaire général en qualité de sous-directeurs : précaution absurde s’il en fut jamais une , les présidents des séminaires épiscopaux, chanoines pour l’ordinaire et quelquefois dignitaires dans les cathédrales, hommes d’ailleurs recommandables par leurs lumières et leurs vertus, ne pouvant, sans s’avilir et se dégrader, quitter leurs fonctions et présidence pour aller ramper sous un président du séminaire général; et quand ils pourraient s’oublier à ce point , leur oubli n’aboutirait qu’à des altercations, à des conflits de juridiction, etc., tout cela aux dépens de la paix, de l’édification et du bon gouvernement des élèves : 145 e et 146 e absurdités.

« 8. En supprimant les séminaires épiscopaux, on outrage , on diffame , on calomnie tous les évêques , tous les séminaires et séminaristes de tout le monde catholique, où l’on enseigne la même doctrine quant aux points essentiels, et la même morale de vie, puisqu’on ne les supprime que parce que l’on suppose que la doctrine qu’on y enseigne et que la conduite qu’on y tient sont vraiment vicieuses et corrompues : 147 e absurdité.

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« 9. Pour corriger ces prétendus vices des séminaires épiscopaux , on livre les séminaristes à des instituteurs étrangers, intrus, aventuriers, sans caractère, sans mission canonique, sans autorité légitime, sans pouvoir avoué de Dieu et de l’Église ; hommes sans mérite personnel, sans science, sans décence, sans bréviaire, sans habit clérical, sans la moindre apparence de vertu , sans le moindre talent pour former des élèves du sanctuaire, des ministres des autels, des pasteurs exemplaires et édifiants. Tels sont les prétendus réformateurs qu’on substitue aux évêques, successeurs des apôtres, et préposés par le Saint-Esprit au gouvernement de l’Église : 1 48 e absurdité.

« 10. On rassemble tous les élèves répandus en différents lieux sous un même toit, on les y entasse comme les harengs , et, pour leur ôter toute pudeur, dans une même chambre, au péril évident d’une corruption générale du corps et de l’âme : 149 e absurdité.

« H . L’on force indistinctement les religieux de se rendre audit séminaire général pour y prendre même nourriture, même habit, même règle, mêmes supérieurs et même discipline , malgré l’obligation qu’ils ont d’observer leurs vœux, leurs règles et leurs constitutions : 150 e absurdité.

« 12. A l’époque de son érection, qui fut vers le 15 octobre 1786, tout ce qui s’est passé était si évidemment contre Dieu et son Église, et contre la saine raison même , que le moindre statut établi par ces aventuriers tudesques révoltait les esprits les plus pacifiques, jusqu’au point d’une désertion générale de tous les élèves, qui se fit, pour la première fois, trois

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mois après son érection ; les élèves préférant de quitter plutôt cette Babylone et l’état ecclésiastique, que d’y passer cinq ans en oisiveté sous ces directeurs scandaleux et schismatiques : 1 61 e absurdité.

« Enfin, ce qui met le comble à toutes les absurdités et qui en augmenterait le nombre à l’infini, sont les grossières et éternelles contradictions qu’offrent les différents diplômes qui font l’objet de cet opuscule. Citons-en quelques exemples : partout on y étale avec ostentation le désir de réformer les abus, de corriger les vices, d’introduire la vertu, le bon ordre, la pureté des mœurs , la piété la plus solide et la plus exemplaire ; et, sous cette couleur de réforme, de piété, de régularité, on renverse l’ordre, la régularité, la discipline, on tente de corrompre les mœurs; on abolit, on détruit la véritable et solide piété avec les moyens qui la nourrissent et l’entretiennent, on la sèche jusque dans la racine; on veut l’unité de doctrine, et l’on se sépare du centre même de l’unité, en brisant tous les liens qui attachent les chrétiens à l’Église de Rome , la mère de toutes les autres, et hors de laquelle il n’y a ni salut, ni doctrine salutaire, ni foi véritable et divine. L’on sait que la prédication de l’Évangile, l’administration des sacrements, le soin du culte et la discipline appartiennent de droit divin à l’Église, et tout de suite on lui enlève tout cela, en soumettant les mandements et les instructions pastorales des évêques à la censure du gouvernement, en supprimant les séminaires épiscopaux pour élever sur leurs débris un séminaire général, où l’on enseigne une doctrine condamnée par l’Eglise. On ôte aux évêques la connaissance des causes matrimoniales, pour la transporter à la cour

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séculière, au plus grand mépris de la cour ecclésiastique ; on fait du sacrement de mariage un sacrement civil et naturel. On fait serment de protéger tous les citoyens et de les maintenir dans toutes leurs possessions, toutes leurs propriétés, tous leurs droits, et l’on supprime sans la moindre forme de procès un grand nombre de maisons religieuses des deux sexes , en leur enlevant tous leurs biens, meubles et immeubles, jusqu’à leur ôter leur existence, qui leur est assurée par le droit naturel et divin, ainsi que par les lois fondamentales de ce Pays-Bas autrichien. On supprime les monastères de filles, ces chastes épouses de Jésus- Christ; on recommande expressément aux exécuteurs de cette opération délicate d’y procéder avec autant de décence que de dignité, et on leur déclare en même temps qu’ils ne doivent pas se laisser imposer par la loi de clôture, qui frappe les violateurs des plus terribles anathèmes de l’Église. On la viole donc hardiment, sans aucun respect, cette vénérable clôture ; on entre impudemment dans l’héritage du Seigneur, on en arrache avec violence et sans pitié les vierges qui s’y étaient vouées par les liens les plus sacrés; et, en dépit de la prétendue décence et dignité , malgré les sanglots, les frémissements et les larmes les plus pressantes, on les dépouille de leurs habits pour leur en faire prendre de profanes; on renverse leurs tabernacles, de môme que les châsses de leurs saints, sans aucune considération pour les ossements précieux qu’elles contiennent; on vend leurs effets, on jette dans le creuset leurs vases sacrés, qui ont renfermé tant de fois le corps adorable de Jésus-Christ, et servi à nos plus redoutables mystères; on convertit leurs monastères, ces mo-

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numenls respectables de la piété libérale de nos aïeux, on théâtres et en étables, et on engouffre dans un coffre le produit de cette vente sacrilège, qu’on ne rougit pas d’appeler caisse de la religion, et qui serait mieux nommé un gouffre terrible des plus sacrilèges vols et rapines. On disperse en conséquence les ossements des saints: on persécute mille innocentes victimes, qui crient pour demander vengeance au ciel, non de dessous l’ombre des autels dont elles ont été chassées, mais de tous les lieux de leur exil, où ces chastes colombes gémissent tristement , et ne cessent de faire monter jusqu’au trône de l’Éternel leurs voix plaintives , leurs cris perçants, leurs lugubres et lamentables accents.

« Mais tranchons sur une suite de scènes plus affligeantes les unes que les autres et trop pénibles. J’ai rempli ma tâche; il ne me reste plus qu’à former un vœu aussi ardent que sincère, en confondant ma voix avec celle de tous les peuples belges : Fasse le ciel qu’à la vue de cette foule de diplômes si absurdes et si contraires à toutes les lois de la raison , de la nature, de la sagesse, de l'humanité, de la clémence, de la religion, le prince sous lequel on n’a pas craint de les faire paraître reconnaisse enfin l’étrange surprise qu’on a faite à sa belle àme et à la bonté de son cœur, ainsi qu’à la pureté de ses intentions et à son extrême ardeur pour procurer le bonheur de ses sujets! Qu’il reconnaisse cette surprise étonnante; que pour en réparer les suites funestes il remette toutes les choses sur le pied où il les trouva lors de sou avènement au trône, sans craindre de corrompre et d’avilir sa dignité en revenant sur ses pas. Non, non, un prince qui a le courage de redresser et de rectifier ses fausses démar-

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