ROUSSEAU RÉFORMATEUR DE LA CIVILISATION
lisation, qu'a développé la réciprocité croissante des sympathies et des besoins.
En outre, il est inexact de dire que Thomme naît bon. Dirons-nous, avec Hobbes, que l'homme naît méchant? Pas davantage. Il naît avec un mélange plus ou moins varié de bons et de mauvais penchants; et il possède! deux tendances, l'une égoïste qui l'excite à tout se sacrifier, l'autre désintéressée qui l'excite aux sacrifices pour autrui. La société développe l'une et l'autre tendance : souvent elle nous rend pires, plus souvent elle nous rend meilleurs. Elle est le domaine où le libre arbitre est appelé à s'exercer. L'homme va multipliant ses créations et ses conquêtes ; il associe aux plus grands vices les plus grandes vertus ; et il sent que, s'il existe un âge d'or, il faut, pour l'atteindre, regarder en avant, non en arrière.
Après cet appel désespéré fait à la barbarie, il semble que Rousseau doit conclure qu'il con<vient de brûler les bibliothèques, les villes et les théâtres. Ses conclusions sont beaucoup plus modérées ; car, chez lui, les sages retours de la raison suivent habituellement
d'assez près les fougueux écarts de la passion. Il trouve utile que les spectacles existent partout ailleurs qu'à Genève ; il veut bien que les sciences et les arts adoucissent la férocité des hommes qu'ils ont corrompus ; et, dans la cité, il ne condamne définitivement que les inégalités artificielles nées des conventions sociales.
Tout d'abord, Rousseau, exagérantles mauvais effets des spectacles, des lois, des sciences et des arts, tend à les proscrire absolument, et, avec eux, tout vestige de civilisation. C'est un médecin qui tuerait volontiers son malade pour le guérir. Mais le malade ne veut pas se laisser tuer ; la civilisation s^obstîne à subsister. Rousseau s'occupera donc d'alléger le mal puisqu'il est inévitable ; et le voilà réformateur.