‹ Jean Jacques Rousseau (volume 2)Chapitre 18 sur 81 · PÉDAGOGIE RATIONNELLE AVANT ROUSSEAU · texte numérisé non relu

PÉDAGOGIE RATIONNELLE AVANT ROUSSEAU

cordance du développement de chacun avec sa nature, devait tôt ou tard supplanter cette pédagogie, à la fois savante et inintelligente, qui ne développe qu'une moitié de l'homme, qui procède des mots aux idées, et qui fait du disciple une machine mise en mouvement par le maître.

Fénelon, Bossuet, Nicole, Arnauld, Lancelotj Saci, Fleury, Rollin, tous ces grands instituteurs français, qui introduisirent à diverses doses dans l'éducation l'esprit de la méthode cartésienne, avaient en partie préparé les voies.

Sans doute, ces maîtres ne posaient pas en principe qu'il faut que l'enfant soit endoctriné le moins possible et qu'il apprenne par lui-même le plus possible. Néanmoins, ils tendaient visiblement à faire une certaine part à cette maïeutique des âmes qu'enseignait Socrate, l'antique précurseur de nos plus illustres pédagogues. De plus, eux aussi, ils pensaient que l'instruction, au lieu d'être sa fin à elle-même, n'est qu'un moyen pour arriver au perfectionnement de la raison, à la formation des caractères, au progrès de la

Fabre. — J.-J, Rousseau, A

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sagesse et de la moralité publique. Eux aussi (et en particulier Fénelon, quand il écrivait, à la suite de saint Jérôme, son remarquable Traité sur r éducation des filles), ils s'accordaient à demander, avec Plutarque, que Téducation de Tenfant commençât à partir de sa naissance, à ce moment où les impressions sont le plus profondes; qu'elle commençât même avant sa naissance, les parents pouvant prédéterminer par leurs mœurs les mœurs de leurs enfants. Ils voulaient qu'on donnât à la science un visage aimable, et qu'on rendît l'éducation attrayante, sans toutefois penser qu'il fût possible d'épargner à l'enfant l'apprentissage de la souffrance qui, de l'aveu de Rousseau, est indispensable à l'homme. Ils tendaient, quoique très imparfaitement, à recourir, dans l'étude des diverses sciences, aux procédés qui parlent aux sens, tels que l'emploi des cartes ou des tableaux, et à instituer des leçons de choses. Enfin, ils professaient une sorte de piété pour l'enfance, et, selon l'expression de Le Maistre de Sacy, ils n'avaient rien tant à cœur que à^s'^ accommoder aux petites âmes des enfants.

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