LA FEMME SELON CONDORCET
en grande partie les défauts des femmes? Diderot le pense. Il prend en pitié le sort fait aux femmes, négligées et toujours contraintes dans leur éducation ; privées de toute instruction sérieuse ; presque exclusivement apprises à (( bien porter la feuille de figuier qu'elles ont reçue de leur première aïeule » ; réduites au silence et à la frivolité par le despotisme des convenances établies ; ne s'affranchissant de la tyrannie des parents que pour subir la tyrannie d^un époux; délaissées par leurs enfants ; nulles dans la cité ; se consolant de leur néant par la dévotion, leur principal refuge; victimes des cruautés de la loi civile encore plus que des cruautés de la nature, et traitées par le code comme des enfants imbéciles. Le philosophe s'indigne de toutes ces misères par lesquelles la société a aggravé les maux qui sont le triste apanage du sexe féminin. Il voudrait voir les femmes affranchies de toute servitude et partout sacrées.
Les revendications vagues de Diderot se préciseront sous la plume de Condorcet. Ce savant penseur voit l'humanité sous les
mêmes traits, avec les mêmes droits et avec la même puissance de progrès indéfini, dans Fhomme et dans la femme ; il n'admet pas comme naturelles les imperfections qu'on relève dans leur façon de penser et de sentir ; il ne comprend pas qu'une certaine diversité dans Torganisation physique puisse créer une infériorité sociale ; il ne conçoit d'autre origine à l'inégalité établie que l'abus de la force peu à peu étayée par toutes sortes de sophismes ; il appelle de ses vœux l'entière destruction des préjugés 1 qui ont établi entre les deux sexes une inégalité de droits funeste à celui même qu'elle favorise ; il montre comme conséquence de la révolution qu'on devrait opérer dans les usages et dans les lois l'accroissement des vertus domestiques qui sont le fondement de toutes les autres, les progrès de l'instruction rendue vraiment générale, la disparition de beaucoup d'injustices, de cruautés et de crimes provoqués par l'antagonisme artificiel des deux sexes.
Au XIX® siècle, Condorcet sera continué, en même temps que par Saint-Simon et ses dis-