LE GOUVERNEMENT ET SES DIVERSES FORMES SELON ROUSSEAU
Quoique la loi ne puisse avoir qu'un objet général, il faut pourtant que son application tombe sur des objets particuliers et individuels. De là l'adjonction^ au pouvoir législatif qui fait la loi, d'un pouvoir exécutif qui a pour fonction de réduire la loi en actes particuliers. Etablir ce second pouvoir, c'est instituer le gouvernement.
Le gouvernement est un corps servant d'intermédiaire entre les sujets et le souverain, c'est-à-dire entre tous les citoyens en tant que soumis à l'autorité législative et tous les citoyens en tant que participant à l'autorité législative. Son objet est l'administration
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des affaires publiques et le maintien de la liberté civile et politique.
Simple intermédiaire, le gouvernement doit être institué de telle sorte qu'il exécute toujours la loi et qu'il n'exécute jamais que la loi. Or, le seul moyen d^assurer le respect de la loi et d'empêcher qu'une volonté particulière puisse se substituera la volonté générale, c'est de faire que les gouvernants, simples commissaires de la nation, soient essentiellement révocables et responsables. Par suite, il n'y a de légitime que le gouvernement républicain.
Le gouvernement républicain peut avoir diverses formes, selon les membres qui le composent. Il sera démocratique si le dépôt du gouvernement est commis à tout le peuple ou à la plus grande partie du peuple^, en sorte qu'il y ait plus de citoyens magistrats que de citoyens simples particuliers. Usera aristocratique si la volonté de tous est exécutée par le petit nombre de ceux qui sont jugés les meilleurs, en sorte qu'il y ait plus de citoyens que de magistrats. Il sera monarchique s'il se trouve concentré entre les mains d'un chef suprême.
Au point de vue idéal, Rousseau le dé-
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clare dans ses Lettres écrites de la Montagne, (( le meilleur des gouvernements est Taristocratique ». En fait, chaque forme de gouvernement est la meilleure en certains cas, la pire en d'autres. De façon générale, le gouvernement démocratique convient aux petits Etats, Faristocratique aux médiocres, et le monarchique aux grands. Plus l'Etat grandit, plus diminue la part de souveraineté échue à chaque citoyen : chacun subit toujours tout l'empire des lois ; mais son suflrage a, dans leur rédaction, une influence d'autant moindre qu'on est plus nombreux. Or, moins les volontés particulières se rapportent à la volonté générale, c'est-à-dire les mœurs aux lois, plus la force réprimante doit être augmentée : ce qui ne s'obtient que par une plus grande concentration du gouvernement, dont la force est toujours en raison inverse du nombre des gouvernants.
On peut croire que, si Rousseau eût été témoin du développement des États-Unis d'Amérique, il aurait renoncé à ses préventions contre les grandes démocraties.