L'ÉVOLUTION MORALE DE LA SOCIÉTÉ
Idées, lois et mœurs, tel est le fond de toute société. Rousseau a critiqué révolution intellectuelle de la société dans le Discours sur les sciences et les arts; il critiquera son évolution politique dans le Discours sur r inégalité des conditions; il critiquera son évolution morale dans la Lettre sur les spectacles. Telle sera la première partie de son œuvre. Avant d'édifier, il fallait détruire. C'est ainsi qu'une logique secrète gouverne les grands hommes et assujettit à l'unité les productions d'un même génie.
Certes, il était juste de combattre cet égoïsme de l'esprit qui fait que l'homme, satisfait de savoir, se croit dispensé d'aimer, et, parce qu'il a des lumières, dédaigne d'avoir des vertus; il était juste d'attaquer cette insolence de Fautorité qui soumet le droit à son bon plaisir, ajoute aux inégalités naturelles les inégalités sociales, et fait d'un peuple le misérable jouet des caprices de quelques puissants; il était juste enfin de flétrir ces raffinements où se complaisent les sociétés vieillies, demandant à de dangereux spectacles l'oubli des devoirs de famille, et donnant la préférence à des jeux malsains de l'intelligence, à d'inquiètes jouissances des sens sur les joies tranquilles et pures du cœur et de la conscience.
Mais fallait-il confondre dans une même réprobation la culture de l'esprit et l'abus qu'on en peut faire ; la société civile et le règne du despotisme ; les plaisirs esthétiques et la dépravation morale .^^
Quelle est donc cette audace qui dénonce comme criminelle l' aristocratie de l'intelligen ce et proclame que Vhomme qui médite est un