LE " CONTRAT SOCIAL
A côté de V Emile fut imprimé le Contrat social, qui d'ailleurs est résumé dans X Emile, tout comme VEmile était esquissé dans la Nouvelle Héloïse.
U Emile est le livre de l'homme ; le Contrat social est le livre du citoyen.
De même que VEmile complétait la Lettre sur les spectacles, le Contrat social complète ef souvent corrige le Discours sur l'inégalité des conditions.
Dans le Contrat social Rousseau, développant les principes du grand ouvrage qu'il avait conçu sur les Institutions politiques, étudie l'origine, l'essence et l'exercice de la souveraineté. Il s'inspire, en même temp? que de Locke et de Sidney, d'autres publi-
ft^ LE (( CONTRAT SOCIAL )) . i57
«^ cistes protestants tels que Languet et le ^ jurisconsulte Althusen dont la Politique, publiée en i6o3, subordonnait toute autorité à la volonté du peuple. Il s'inspire aussi des règlements de la Confédération helvétique, des traditions calvinistes, de la constitution de Genève, et plus spécialement de l'ancienne charte de l'évêque Adhémard Fabri, où était affirmé, dès 1887, ^^ caractère inaliénable de la souveraineté populaire, et qui, aux yeux de Rousseau, devrait être aussi respectable pour les Genevois que l'est la Grande Charte pour les Anglais.
Son but est non de traiter, comme Montesquieu, du droit positif des gouvernements établis, mais de rechercher quels sont les fondements du droit naturel dans l'ordre politique. Il veut montrer quelle serait la Constitution idéale, et déterminer ainsi une règle supérieure servant à juger et à perfectionner les lois politiques de chaque nation.
Qu'est-ce qui fait l'Etat.^ L'union de ses membres. D'où naît cette union .►^ De l'obligation qui les lie. Mais d'où vient cette obli-
ii)8 JKA> -JACQUES HOU88BAU.
galion P Elle no saurait venir de la force ; car la force n'est pas le droit. La force n'oblige point; ou, ce cpil revient au môme, elle n'oblige qu'autant qu'il est impossible de lui résister et de 1 abattre par une force supérieure. L'obligation qui lie les citoyens ne dérive pas non plus d'un certain droit divin fondé sur ce principe que toute puissance vient de Dieu: car il est également vrai que toute maladie vient de Dieu, et il ne s'ensuit pas que ce soit un crime d'appeler le médecin. L'obligation civile ne dérive pas non plus de l'autorité paternelle; car celle-ci, n'ayant pas d'autre raison d'être que les besoins de l'enfant, cesse dès que l'enfant peut se suffire et juger par lui-même. Elle ne dérive pas enfin \Û:. " d'un prétendu droit d'esclavage ; car nul ne
peut légitimement s'aliéner à autrui, abdiquer sa personnalité, sacrifier son titre d'être moral, renoncer ^ sa qualité d'homme. Reste de reconnaître que l'obligation fondamentale, qui lie les membres du corps politique et le constitue, repose sur une convention, expresse ou tacite, de tous les individus dont est composé le peuple.
LE (( CONTRAT SOCIAL )) . iSg
Est-il obligation plus forte que cette obligation qui résulte du libre engagement de chacun? Non, sans doute, pourvu toutefois que le libre engagement dejihacun n-'ait Tien de contraire aux lois naturelles. ((// n est pas plus permis, dit Rousseau, d enfreindre les lois naturelles par le contrat social, quil nest permis à! enfreindre les lois positives par les contrats des particuliers ; et ce nest que par ces lois mêmes qu'existe la liberté qui donne force à rengagement. » On n'a pas assez remarqué cette restriction consignée par Rousseau dans ses Lettres écrites de la Montagne ; et lui-même ne s'en est pas toujours assez bien souvenu.