Mémoires de Madame d'Épinay, t. II, p
jamais bien revenue... Quand on lira que cette brochure a peut-être empêché une révolution dans l'État; on croira rêver. » Heureux temps que celui où une brochure empêchait une révolution dans le gouvernement, en prêchant une révolution dans l'opéra ! Mais ce qu'il y a de singulier, c'est que Rousseau, en parlant ainsi de Teffet de sa brochure, n'exagère pas. Grimm parle de même de l'effet delà querelle des deux musiques et de la brochure de Rousseau. « Les acteurs italiens, qui jouent depuis dix mois sur le théâtre de l'Opéra de Paris et qu'on nomme ici les bouffons, ont tellement absorbé l'attention de Paris, que le Parlement, malgré toutes ses démarches et procédures qui devaient lui donner de la célébrité, ne pouvait pas manquer de tomber dans un oubli entier. Un homme d'esprit a dit que Farrivée deManelli nous avait évité une guerre civile \ )) et plus loin, « Jean-Jacques Rousseau de Genève, que ses amis ont appelé le citoyen par ex- 'cellence, cet éloquent et bilieux adversaire des sciences, vient de mettre le feu aux quatre coins de Paris par une lettre sur la musique, dans laquelle il prouve qu'il est impossible de faire de la musique sur des paroles françaises ^ Ce qui est difficile à croire, et ce qui n'en est pas moins vrai pour cela, c'est que M. Rousseau a pensé être exilé pour cette brochure. Il aurait été singulier de voir Rousseau exilé pour avoir dit du mal de la musique française, après avoir traité impuné-