CHAPITRE PREMIER
Les origines Je Lamour. — Ses débuts. — L'art de la serrurerie au xviii" siècle. — Stanislas Lecszinski et les caibellissemcnts de Nancy. — La grille de la chapelle des Bourguignons. — Le château de Chanteheux. — Travaux à Commercy.
En visitant Nancy, le touriste est tout d'abord frappé de la magnificence des grilles en fer forgé dont le roi Stanislas fit décorer la place qui porte son nom. Cet ouvrage, unique en Europe, a valu l'immortalité à Jean Lamour, serrurier ordinaire de l'ancien souverain de la Pologne. Par leur étendue, par la savante combinaison des lignes et la richesse de l'ornementation, les grilles de la place Stanislas forment une vaste page de décoration architecturale bien plus qu'un ouvrage de serrurerie proprement dit. Rien ne se saurait imaginer à la fois de plus original et de plus riche que ces enchevêtrements de palmes, de rinceaux, de chiffres couronnés, dont les lignes si souples et si harmonieuses sont encore relevées par l'éclat de For.
FRANCE. — .\RTISTES INDUSTRIELS. JEAN LAMOllR. — I
Les Archives de Nancy, publiées par M. Henri Lep^ige, nous apprennent que le grand-père de Jean Lamour était taillandier à Char- Icville. Son tils Jean vint s'établir à Nancy, en 1684, et devint serrurier de la ville '. Il s'y maria, deux ans après son arrivée, avec Jeanne-Barbe Barbillon, tille d'un paveur. De cette union naquit, le 25 mars 1698, Jean Lamour, le décorateur de la place Stanislas-. D'après DurivaP, Jean Lamour travaillait à Metz dès 1712; il fit ensuite deux vovages il Paris pour se perfectionner dans la serrurerie et le dessin. Son père étant mort vers 1719, Jean lui succéda le 12 janvier 1720 dans sa charge de serrurier de la ville de Nancy, aux gages de 10 francs barrois par an, somme qui équivalait à 2 fr. 60 c. de notre monnaie actuelle*. Sa mère était morte dès 1706. En 1724, la seconde femme de son père, Françoise Giboutet, se remariait. Tels sont les uniques renseignements que nous possédons sur la famille de Lamour.
Les traités qu'il passa, en 1723, pour l'entretien des lanternes publiques ^, et en 1724 pour celui des sonneries des paroisses, indiquent les fonctions d'utilité publique qu'on lui confia tout d'abord. En 1728, 1,1 5o livres lui furent allouées pour entier paiement du grillage aux armes de la Ville, qu'il avait exécuté dans l'église de Saint-Epvre ". Ce travail devait être important. On ignore ce qu'il est devenu. Lors de la démolition de cette église, arrivée il y a une vingtaine d'années, cette grille ne s'y trouvait plus. En 1730, on voit Lamour employé aux préparatifs que nécessitèrent les feux de joie tirés à Nancy, lors de l'entrée du duc François III. Tous ces travaux, et d'autres que nous ne mentionnons pas, ne paraissent point avoir été d'un règlement facile. Nous trouvons, en effet, qu'en 1762 la Ville constitua, à son profit, une rente pour un capital de 26,000 livres qui lui était dû, sans doute, depuis longtemps ".
En 1 738, Lamour avait quarante et un ans et n'avait jamais été emplové qu'à des travaux professionnels où l'art du dessinateur n'entrait que pour une bien faible part. Il en fut tout autrement lorsque le roi de