SCENE XII
JEAN, L’INCONNU, LE VOYAGEUR, caehi.
jkan. Il était temps!
l’inconnu. Ça tombe bien... et le vent qui s’en môle.
jkan. Oui, la pluie entre jusqu’ici... fermons la porte. (Il ferme la parte du fond.)
lk voi ac ko a, paraissant. Impossible de sortir... (71 se retire.)
jxan. Ça no durera pas, j’ai vu du bleu sur le coteau des vignes... Et ça nous procure l’occasion de nous reposer un pou; asseyezvous donc.
l’inconnu s'asseyant. * Volontiers.
jkan. Et puisque nous n'avons rien k faire... Vous savez lire, n'est-ce pas?
l'inconnu. Oui...
jean. Relisez-moi donc le récit de la vieloir» des Français.
l’inconnu. Volontiers, avez-vous le bulletin? jean. J’vas l'trouver... (Il cherche.) II doit être ici. (f'oyant la valise sur la table où il l'a mise. A pari.) Tiens, ce Luidgi... Ce voyageur n'est pas encore rev'nu. (Haut.) N'vous impatientez pas.
l'inconnu. Pourquoi donc aimez-vous tant les Français?..
jean, cherchant toujours. Parce que je suis Français... ma mère et mon père étaient de Chambéry, mais moi j'suisné* Saint-GenU...
do l’autre côté du Rhône... j’étais Suisse... mais j'suis venu du bon côté, du côté de la France... Où Geneviève a-t-elle donc mis ce papier? Ah! dans ce tiroir peut-être. (Il ouvre le tiroir de la tuile.) Qu’est cela ? De l'argent. .. de l'argent ici...
l’inconnu, à part. Il le découvre trop tôt.
jean. Qu'est-ce que cela veut dire?... Ce vovogeur qui est venu pendant mon absence o donc confié do l'argent k Geneviève?.. Elle ne m’en arien dit. Il faut quo j’ la questionne. l'inconnu. Non... c'est inutile, j* an, passant. Mais...
l’ inconnu. Je sois d’ou vient col argent.
jean, s'arrêtant sur la première marche.
Vous savez...
l’inconnu. C’est moi qui l’ai misdans ce tiroir. jean, revenant vers lut. Vous?
l’inconnu. Oui, mon ami... J’espérais qne vous ne le découvririez qu’après mon départ, et vous pouvez en disposer sans remonte, car moi je suis soldat... dans ce mélier-lh, vous savez, c’est la victoire qui paye quand le canon n’a pas réglé le compte, or j’ai dTargeot... et n’en ai pas besoin... Vous n’en avez pas, et il vous en faut... Vous voyez bien que ça s’arrange k merveillp.
jban, ému. C'ost d’an bon coeur... Ce*t bien digne d’un soldat français... Mais j’va* vous dtro. Je n'peux pas accepter votre argent. l'inconnu. Comment?
jran. El Geneviève ne l’accepterait pas non plus, parce que nous n'avons rien fait pour l’ gagner.
l'inconnu. Mais hier vous m'avez peut-être sauvé la vie... Sans vous...
jran. Oh! ces cho«es-lk, ça n’se paye pj»
dans la montagne. Celui qui est remis dans l’bou chemin, dit merci... l’autre lui dit, faiies-en autant dans l'occasion, on s'donne nno poignée de main, et le compte est acquitté f Allant vers la table.) Ainsi, je vous en prie., reprenez votre argent...
l’inconnu. El si je vous fournissais l’occasion de le gagner.
jean. Alors, co serait bien différent... mais comment?
l’inconnu. D’abord, il faut que vous sachiez mon nom.
jean. Oui, si nous faisons une affaire...
l’inconnu, avec mystère. Je suis lo général Roger.
jean Vous?
le général. Et je vais vous dire la cause de mon déguisement. Le général en chef ignore que l’armée ennemie menace ses aTant-postcs, et comme la route de Suze est fermée, la nouvelle ne pourrait lui en être donnée que par les chemins du mont Cenis.
jKt.v Les Autrichiens en sont maîtres.
le ckn&ral. Oui... et comme un détachement ne pourrait s’y faire jour... j’at pense qu’un seul homme pourrait y patsor inaperçu.
jean. Je comprends.
le général. C’est en essayant de le faire que je m’étais perdu la nuit dernière et je crains de m’égarer encore... consentez à me guider, et bientôt le général Bonaparte, prévenu que l’ennemi cherche k l’envelopper par la route de Suze, au lieu de s'exposer k un engagement douteux, quitte sa position, déconcerte l'ennemi, et se retire en plaine pour une grande bataille.
jean. C'est juste.
le général. Et quand vous m'aurez aidé »
éviter un combat périlleux et inutile qui ool lerail la vie h des milliers d'hommes, ne pco j sez-vous pas que vous aurez bien gagne le* quarante crus?
jf.an. Alors je no craindrai plus qu'ils nous portent malheur.
le général. Plus de voyage pour votre femme, plus de danger pour la santé do votre fille. . .
jean. Nous allons partir... Le soleil estdéj i descendu, le chemin sera bon dans une heure.
Savez-vous nager f LE GÉNÉRAL. Oui I
jxan. Nous passerons une petito rivière et nous gagnerons deux heures de route.
le général. El vous espérez que demain. .
(Ici le jour baisse.)
jean. Nous aurons atteint le pont Saint- Georges d'ou l'on voit le camp français.
le général. Que Dieu nous y conduise!
jean. MatsGeneviôvem’altendratoulelanuii?
le général, allant vers 1 escalier. Allons k prévenir...
jean, Corrélant- Non, en la voyant trem- M«r pour moi, j'perdrais tout mon courage...
Il faut qu'elle ignore... Je s’rai bientôt de retour.. et ma présence lui fera bien vite oublier Min inquiétude. Prenons chacun uu hilton...
(Il eu donne un au Général.) Et meltoas-nous eu roule.
lk général. Venez!...
jkan, s'arrêtant. Oh î mon Dioul lk c(n£iul. Qu’avez-vous?
jean, épouvanté. Si j’allais ne plus revenir... lk GK.NF.iuL. Voua avez pour !
ic an, d'une voix décidée. Non, général...
je veux... je dois gagner le repos de Geneviève. Partons... (71 monte vers la porte, s'arrêtant.) Mais j’y songe.
LE GENERAL. Qu’esl-CÛ?
la an. Je veuxprendre avec nous le chapelet de la ruche grise. (Il le décrocha du mur et le met à son cou.) Venez, general.. Il nous gardera des mauvais esprits dans la montagne.
( Ils sortent, le voyageur ouvre la porte de droite avec précaution, et mire rn scène.)