‹ Jean le cocher drame en 5 actes, precede d'un prologue en 2 tableauxChapitre 26 sur 65 · LA COMTESSE, LE COMTE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LE COMTE

lecomte. J’espère, madame, qu’eu assignant à l’avance un rendez-vous à uu fille... je pourrai compter sur sou attention (IL capoter des papiers sur la table.)

la comtesse. Je m'étonne que vous sollicitiez à cotte heure un cuireliuu que depuis six mois vous avez toujours évité.

le comte. C’est quo je ue pensais pas que vous commueriez à donner suite à un projet d'alliance quo mon silence blâmait.

la comtesse. Et pourquoi ce silence? pourquoi ce blême?

le comte. Parce quo dans l’intérêt do Jeanne je devais résister à l'entraînement dangereux do l'a Ai ction qui vous égare. (Il s'assied près de ia table.)

la coetessc. Vous vous trompez, monsieur.

i.e comte. Mais heureusement I jo suis là pour interposer ma prudepee*

la comtesse. Ou plutôt votre haine, monsieur le comie.

le comte. De la haine ? et pour qui?

la comtesse. Pour ma fille!

le comte. Moi, la haïr!

La comtesse. Vous savez, monsieur le cornu*, que j’avais juré de rester veuve, quand les moines de la Concordia me contestèrent Therilage dont depuis deux ans déjà j’élais en possession.

lk comte. Je ru'en souviens.

la comtesse. Vous devez vous le rappeler «n effet, car un m'a dit plus lard que vous aviez conseillé cette injuste réclamation. (Elle s'assied pris de lui.)

le comte. C’était une calomnie!

la comtes?!:. Vous savez enfin quo le conseil souverain de Venise, auquel j’eus recourt, no me promit sa protection que si je contrariais un second mutiagu avec un noble italien qui deviendrait à la fois mon époux et le pèio adoptif do ma fille.

i.e comte. C'est vrai.

la comtesse. Jo n’avais plus alors à choisir entre t’avenir de ma fille cl l'existence do son pauvre père, mon devoir m’était dicté. Vous euez près de moi. vous qui aviez su vous emparer de rua eu n fiance, ut lorsque pour préserver la fortune du ma. fille, je du nu* votre femme, nous signâmes un contrat qui reconnaît à mon enfant la moitié de nu^ fortune, ut vous institue son tuteur, vous avez exigé qu'il fût déclaré dans ce même contrat que cette’ fortune vous appartiendrait personnellement, si ma pauvre Jeanne venait à mourir, ut cette exigeant o extrême, je l’ai signée, monsieur lo comte, car après ma fille tout devait moire indiffèrent. Dès co jour, vous qui aviez jusqu'alors cniouré Jeanne de soins et do provenance... vous avez cesse de feindre... mousieur. . . vous avez jeté lo masque.

le comte. Moi... madame!

la comtesse- Quand le premier Consul, ayant conquis Tltalie, vous appela en France comme envoyé du Venise, ue vouliez- vous pas déjà mo séparer de ma fille et l'empêcher do nous suivre?

le comte. Jo voulais éloigner de madamu la comtesse d'Arczzo uu enfant qui semblait rappeler toujours lo nom oublié de madame Touve Jean-Claude.

la comtesse. Le nom de Jean-Claude Thibaut m'a toujours houoree, monsieur lu comie.

le comte. Vous nu tes pas diificile, madame.. • Ensuite ?...

la comtesse. Peu ne temps après notre arrivée à Paris, n'ai-je pas vu ma pauvre fille tomber malade, et re traîner chancelante, accablée do votre froideur, épuisé» par nos querellas domestiques dont elle était l’objet? les médecins inquiets u’onl-ils pas prescrit les voyages? u'ai-je pas eu bientôt la triste preuve que vos continuelles injustices avaient cau.-t* son mal, puisqu'au bout d’un mois do calme #*l de r« pus.. . elle avait retrouvé ta unie. . l i lorsqu’après deux ans de séjour «a Italie, Juanuu ut moi sommes accourues, pleines il" confiance, vous demander votre consentement à son mariage avec lu colouul Henri, que bous avions connu à Florence, et à qui j'ftvazsdaor c tua parole, u’avuz-vous pas, depuis six mou, mis obstacle à ce mariage, sans explication, sa os motif... comme si vous trouviez un secret plaisir a torturer ma Jeanne, ou comme si son bonheur a venir vous faisait peur à t'avance. Et maintenant, diles-moi, monsieur le coule, si vous no haïssez pas ma fiUe... diles-moi, je vous en prie, comment donc Tannez-vous?

le comte, u levant et passant de f autre coté ; affectant an grand calme. Jo ne répondrai pas, madame, à une accusation... insensée... qu’excuse peut-être l'agitation de votre âme, et je voub d rai sans colère... qu'il ne iuo convient pas d'autoriser l’union de... tua

bellc-fllle.. . arec je ne sais quel jeune colonel ! inconnu.

la COMTES»'. Oui porte un nom que l'armée vénère, < ar U est lii* ou general Hoger.

LK comte, feignant l'ignorance. Je n’ai ja mais entendu parler do ce général*.

la comtesse, te levant et allant à lui. Je vous ai déjà dit, monsieur, que le general Roger a été fusillé dans le mont Cenis. .. avec Jean Thibaut, son compagnon d'infortune... et ne trouvez-vous pas, monsieur le comte, que dans l'union de ces deux enfants, dont les pères sont morts pour la mémo cause... il y a quelque chose de providentiel ?

le comte. Ce serait très-romanesque, assurément; mais c’est complètement impossible, car moi aussi, j’ai mou projet d’alliance pour ma belle-fille, (/f retourne pris de la table.)

LA COMTESSE. YoUS?

lf. c.omtb. Je veux, moi, que celte alliance nous serve h augmenter nos relations avec la cour do France, et je n'ai pas abdiqué mon double droit de beau-père et du tuteur.

la comtesse. Après avoir abi^uvé Jeanno de vos dédains, de votre indifférence depuis douze ans... vous vous rappelez aujourd’hui que vous êtes son beau-père, parce qu’il vous platl de disposer d'elle a votre fantaisie et do la sacrifier à quelque ambition cachée... mais, | monsieur le comte, ce serait un crime!

lh conte. .Madame!... je suis étonné...

la comtessr. Do me trouver si résoluo...

En -effet, cela doit vous surprondro; j’ai tonjours été avec vous sinon soumise, au moins résignée, mais ma résignation cesse quand il s’agit de l’avenir do ma fille... A cause do vous, je l’ai vue pleurer enfant, je l’ai vue pleurer jeune fille, et je no voux pas qu’a cause do vous, épouse, elle pleuro encore, et je vous le déclare, ce mariage so fera parce que sa vie, son bonheur en dépendent... parce qu’il est temps qu’enûn Jeanne vivo et so console, parce que jo no veux pas qu'un jour l'ombre do Jean-Claude, qui est mort pour nous. ..vienne demander à ln comtesse co qu’cflo a fait de l’existence do la fille do Geneviève... ut dusse-je, dans ma lutte avec vous, rencontrer même la mort... je vous le jure, monsieur le comte, jo l’affronterai sans pâlir...

Ce comte. Vous voulez, à ce que je vois, une guerre bien complète.

la comtesse. Non, monsieur le comte, car je vou? en supplie encore... autorisezee mariage. le comme. Jamais, madame.

la comtesse. Le temps a dévoré l’espace, monsieur le comte; dans dix jours, Jcanuo sera majeure.

LE COMTE. Et alors?.,.

la comtesse, calme. Libre, et maltresse do ses actions, elle contractera un mariage que le ciel bénit d’avance, et son fondé de pouvoir viendra vous demander ses comptes.

le comte, effrayé. Quoi, madame! vous oseriez sans craindre le scandale....

la comtesse. Le dévouement d'une mère pour sa fille ne peut causer aucun scandale...

lk comtb, t'exaltant. Dans dix jours, madame, vous voulez user d’un droit rigoureux, et je veux user des miens qui doivent durer dix jours encore.

la comtesse, à part. J'éloignerai Jeanne, dix jours seront bientôt passes.

le comte. Je veux interroger ma pupille, ne serait-ce que pour constater sa son ce ; alors, madame, vous pourrez vous en \ prendre h ma haine, car elle sera justifiée, mais... je parviendrai peut-être à convaincre Jeauue. ,

la comtesse. La désespérer, oui,maisjaniai5 la convaincre.

le comte. Je lo saurai demain.

la comtesse, à part. Je l'éloignerai dès re soir. [Haut.) Vous êtes bien décidé, monsieur lo comte?

le comte, affirmativement. Oui, madame.

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