SCENE VI
JF. \N , L'INCONNU.
! jean. C'est une faiblesse qu’elles ont commo ça, les mères... pour que... Ah ça ! mon com- ; pognon, vous somblez pensif, i l'inconnu. Non. Je songeais qu'il est sur- I prenant que vous ayez pu trouver ici, dans ce pays, une femme qui comme Geneviève...
jean. A de l’éducation? Vous n’ôlo» pas lo premier qui s’en étonne, et je vais vous IYxpli-
3 uer. J’étais ben jeune encore, quand une pouvontablo avalanche Ht ben de» victimes dans ce paya. Deux jour» après c« malheur,
I Marianne Thibaut, ma mère de sainte mé- I moire, revint iih soir au logis, apportant une ! petite fille qu’eUe avait trouvée dans ta neige.
• Elle était bien froide comme un glaçoe, la pauvre enfant ; mais son petit cœur battâ» encore tout bas, et la mère Thibaut eut bientôt fait dn la réchauffer. On voyait ben .i ses petits souliers bordes de bl«u, et à un collier de perle» qu’elle avait au cou qu’elle était Italienne... Mais ses père et mère étaioQt bien irtr morts dans le désastre, car on n’en «. tendit jamais parler. Ma mire, qui le» ctevlnii toujours, et moutrail à tout P monde T collier d’ l'enfant, me dit un jour : Notre paur* petite appartenait à dos gens de richesse, et non pu h de» gens d’ travail et d’ rnisèie comme hou*, car un joaillier do Chambéry m’a dit que 5-*ii collier valait bien cent pisloles. Et je l'ai vendu, quall’ m’a du, parce qu’il faut que ; Geneviève... car elle l’appelait Gi-neviète.. . soit ben élevée et ne soufre jamais d’avoir éle ramassée par de pauvres gens. CTVgenl servira à la bien vôtir, È lui donner d’ l'éducation. F.t quant au pain que noua partagren!
avec elle, le bon Dieu nous le rendra. Àlor*. ma mère paya le pasteur du hameau pour qu’il apprit it Geneviève à lire dans la Pib . el moi je devins voiturier... marchant de ville on ville polir gagner les petite» tommes qui nous faisaient vivre l'hiver à la maison . «i j'avais d’jh fait beu des voyage» , Geneviève , élait d* venue b»n savante el ben belle, quan J ma mère me dit : Jean Claude, Geneviève»
dix-sopt ans. Il nous faut maintenant un protecteur à la maison ; l’a bion marché, mon garçon... Nous allons casser la tire-lire pour acheter quatre arpents de terre, et . av c I* grâce du bon Diuu, l’auras plus besoin d’ neu- ■ I nittcr. Dès ce jour, moi je suis reste av. c elles, et nous étiofts bien heureux depuis trio* ans, quand la pauvre mère nous a quitte-., pour s’en aller où s’en vont le» bonnes âme*. l’inconnu. Vous l’avez perdue?
jean. La pauvre femme, qui d’puis longtemps cachait son mal, nous fit venir un s -,r pi cs du lit qu'elle gardait d'puis deux jours, ri. après nous avoir donné sa bénédiction, elle «. pencha vers Geneviève, et lui dit on lui tendant la main : Si le bon Dieu veut, Geneviève, que tu deviennes un jour grande dam**, «'oublie jamais mère Marianne et Jean-Claude.. .
Buis die se tut... Geneviève et moi nous sommes resté» pies d’elln agenouilles jusqu'au c slin... et la pauvre mère n'a plus... jamais rien dit. . . J* vous demande pardon , si j’ pleure comme un enfant.
l'inconnu. J'ai p«>rdu nia mère, mon ami jean. Et je devais a voir encore un grand chagrin, car le mon de est souvent ben injuste' J« ruvis b“ntôt forcédodiieà Geneviève : t tn sait, fane» lève, que nous no sommes pas frère et sœur Il y a ici des mauvaises langues... la bon» mère nVst «lus entre nous deux, et, pour votre honneur, il faut nous séparer... Gard»; U lerre et la maisonnette... Quant à moi, j* ferai puut«ôtro beu fortune eo m'en allant plus lois. Geneviève se mit à pleurer... Moi jo n' pou mi pas m’en aller.. . Alors nous avons trouvé 1* moyen d' faire taire les mauvaise» langue.-.
El, deux jours après, quand le curé d’ .taiat- Martm nous mariait, j’avais comme quéqii chose dans l’âmo qui nr disait qu’ Geneviève était pas faite pour moi.
l'inconnu. 11 semble, au contraire, que votre mariage était écrit d'avance.
jean. Je n' sais pas! La première année d«noir’ union T paradis du ciel est descendu ch? z nous; le bon Dieu nous a donné une fille qu' est un petit ange corarao était sa mère.. . Mais, depuis deux ans, nous n’avons pts eu d’ bonheur.
l’inconnu. Comment cela?
jian. D'abord la (lutte a été ben malade, et nuis l’an passe ta grêle a ravage? uolre champ. Heureuse w>*nl ou avait quolqu’s économies...
et vlîi que c’t' année, les Autrichien?, en pas- •Ht par ici, ont fait plus d’ mal encore qn* la frôle... Les économies sont épuisées jusqu'au dernier sou. Pas moyen do vendre un coin d' terre, la guerre a chassé les acheteurs... Kt nous voici forcés d' partir pour chercher d' l'ouvrage dans tes ville?, et ça me chagrine, parce que , Geneviève , elle u’a jamais servi personne... F.t puis not’ Tille qui a eu les fièvres, pourrait les reprendre en chemin... Faut pourtant s' mettre en route.
l'inconnu. Mais pour faire le voyage, encore faut-il avoir un peu d'argent... 6|.jean. J’cn ai pour cela. Oui, quand nous étions plus heureux j'avais acheté deux me* dallions d’or, parce que, voyez-vous, faut toujours que j' m'éloigne de temps en temps pour aller vendre le chanvre... et alors nous avions chacun un souvenir do l'autre, pour consoler d’ l’absence. Ça vous parait peut-être un peu., mais c'est dos idées qu'on a comme ça, dans ce pays-ci, quand on s’aime bien.
l'inconnu. J’ai toujours sur moi des cheveux de ma femme et de mon fils.
jean. Alors nous pouvons nous entendre...
Ce matin, j'ai été au grand Bourg troquer l’or contre du plouib. Voyez... (// u lui montra.) Le souvenir n’a pas change. < .'est des cheveux et do l'écriture de ma Geneviève. Dans le sien, il y a de mes cheveux, mais il n’y a pas d’ mon écriture, parce que... Mais voici Geneviève [tas) ; ne parlons pas de c’ voyage, ça lui fait toujours un peu de peine, (/i se retire à droit».)