‹ Jean le cocher drame en 5 actes, precede d'un prologue en 2 tableauxChapitre 9 sur 65 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

GENEVIÈVE, puu UN VOYAGEUR.

genevikve, près de lu porte. Pauvre Jean ! le voilé bien heureux avec son trésor sur l«t bras. (Acrenant en scène.) Et nous nous trouvons pauvres... Il est vrai que U richesse du Coeur ne chasse pas la misère, ot nous allons bientôt nous mettre en roule. Allons, n'y pensous pas, puisque c’est la volonté du bon Dieu I Dépêchons-nous do ranger tout cela. {Elle achète d'ùter le couvert. Entre un voyageur portant une valise à la main.) lb votai. Et b. Pardon, madame.

crn evikve. Quelqu’un?

lb voyageur. Suis-je bien loin de Saint- Martin?

GENEVifevs. Vous en êtes à deux lieues.

le yotaueu». Encore deux Lieues I

OHNr vièvF. Vous êtes fa ligué t le voyageur. J« marche depuis trois heur<‘? ; j • viens du grand Bourg, cl je vais A Sl-.Mai Un.

Geneviève. Alors, je vous conseille du vous reposer ici; t.i maison de Jean-Claude est presque b moitié route.

le voyageur, ù part . C’est bien ici. {// a ut .) Je profiterai volontiers de voire offre...

cknfviéve. Et si vous voulez dire une prière

• la sainte... Ce chnpelrt.que vous voyez suspendu sur ce mur, est fait avec des fragments do la roche grise.

le vovacel a, s’asseyant. Qu’est-ce doocque U roche grise dont ou parle tant en Savoie?

Geneviève. La roche de sainte Thérèse.

i.k voyageur. Je ne sais rien de cette histoire. Geneviève. Vraiment 1... On dit que pendant les guerres de religion, la querelle et la disette désolaient ce pays, quand la sainte Thérèse descendit du ciel pour apporter du pain aux petits enfants... et la roche grise sur laquelle elle sc reposa céda sous elle, si bien qu’on y voit encoio l'empreinte de ses pieds ot des longs plis de sa rnbe blanche.

i.e voyageur, allant regarder le chapelet.

Et les grains de ce chapelet sont faits, dites- i vous, avec dos fragments de cetto roche?

Geneviève. Et c’pst à n’en pas douter, car le chapelet a été donne, par un moine du Saint- Bernard, h la mère d“ mon mari.

lb voyageur. A la mère de Jean-Claude Thibaut.

genrvièvk. Vous savez son nom?

lk voyageur. El je sai> aussi l« vôtre.

Geneviève. Moi, je me nomme Geneviève.

le voyageur. Geneviève est le nom quo vous a donné la mère Marianne, mais n’est pas relui que vous tenez de vos père ot mère...

Geneviève, arec anxiété . Vous savez le nom de mes père et mère?

le voyageur, descendant la scène. Votre père, Enifliiud Loredan, marquis de Ferraro, et voire mère, ont été englouÿs avec vous et deux serviteurs qui 1rs accompagnaient. ., par une terrible avalanche Seule vous avez été sauvée toute enfant par la mère Marianne qui vous a trouvée sur le bord d'un chemin. Vous aviez déjà vingt ans quand la mèru Marianne mourut, et quand vous avez épousé son fils.

Geneviève. Comment savez-vous tout cela?

le voyageur. Je le sais parce que Antonio Loredan, votre oncle, a trouvé, il y a un mois enviroo, chez un juif de Ferrai e nn collier de perles qui avait été a:heo: jadis chez un joaiK lier de Chambéry; il reconnut ce collier pour être celui qu’il vous avait mis au cou lo jour de votre baptême, lit questionner le joaillier auquel Jean-Claude avait raconté votre histoire ot découvrit ainsi que sa nièce existait encore...

GENEVIÈVE. Mon ODCle ?

le voyageur. Quoique malade et déjà fort âgé, il voulut traverser l'Italie pour venir vous chercher eu Savoie, mais son espérance fut trompée: force de s’arrêter a Milan, il y mourut en laissant un testament dont j’ai pris une copie flJèle... et je vais vous la lira. Geneviève. Mais tout cela est un rêve !

le voyageur. Ecoutez. (Il lit.) « J’institue » ma légataire universelle ma nièce et fil- » loulu Maria Loredau, dont j’ai récemment » appris l'existence... »

Geneviève. Moi!

le voyageur, a Et cela à la condition a exprès»- qu’elle viendra habiter mou châ- » tcau de Ferrare, où elle reprendra les noms » et titres de ses pères... Après avoir fait » annuler son mariag? avec Jean-Claude Thi- > baut, dit le voiturier. »

Geneviève, affirmativement. Jamais!

le voyageur. « Si, contre mes prévisions,

• Maria Loredan refusait do remplir les conb d liions exigeas, ce legs appartiendrait en b entier, dans un an et un jour, au couvent

! • des Bornabitos de la Concordta, où je désire

' » Ire enseveli. — Ecrit h Milan, lo vingt avril ; b du-rept cent quatre-vingt quinte, par moi, u Antonio Loredan, connu d’Kstel provéoiteur « de Venue... •

Geneviève. Mais tout cela est une épreuve, uni! invention, une folie - ..

le vovagkur. Si tout cela tj’élflit pas la vérité, je n’aurais pas fait tant de chemin pour venir vous l'apprendre ; et si vous en voulez des preuves positives, il faut me suivre sans rien confier h Jean-Claude Thibaut ; dans quatre jours, nous aurons atteint Venise, où vous serez reçue par une fanulle qui vous attend arec impatience, car elle craint do voir les palais dos Loredan devenir propriétés des moines ; là vous trouverez toutes les preuves les plus incontestables, vous obtiendrez la nullité d’un mariage quo vous avez contracté dans l’ignorance de votre naissance... et au lieu d’être pauvre en Savoie, vous serez riche ?i Venise.

gfneviève. Kt mon mari?... et ma fille?...

LE voyageur. Nous emporterons secrètement voire fille avec nous, il n’y a rien dans le testament qui s’y oppose... Quant è votre mari, les termes du testament seul précis.

Geneviève. Je vous ai éebylé avec calme, monsieur, et je no me suis pas trouvée offens ’e, parce que je ne suis pas la femme que vous cherchez. . . Maria Loredan... est morte dans la neige... et je suis moi Geneviève, qui n'a jamais eu d'autre famille que la inère Marianne uui m’avait adoptée dans son indigence, que Jean 'Ihibaut que j’aime, et que l’enfant que j’ai porté dans mon sein. On voudrait que pour jouir des droits de Maria Loredan j’abandonnasse mon mari... mats si je suis Maria Loredan, j’ai droit sans condition aux biens laissés par mon père.

le voyageur. Votre père avait dissipé son bien par sa manie des voyages; votre oncle, qui avait décuplé le si*u, vient de mourir trois fois millionnaire... et vous savez à quel prix doit vous appartenir cette immense fortune.

Geneviève. Kh! si je refuse ?

le voyageur. Elle enrichira les moines de la Con^urdia.

cENKVièvR. Que les moines élèvent donc un tombeau de marbre et duré celui qui a amassé pour eui tant de richesses.

le voyageur. Mais...

Geneviève. Et vous direz « mes parents de Venise, que Geneviève a refusé de quitter Ut chaumière où vile a perdu sa seconde mère, où son frère l’a nourrie, et où son mari la bénit tou« les jours.

lk voyageur. Je conçois que tout d'abord...

TaflW’tiort vous aveugle.

Geneviève. Dites plutôt qu'elle m’éclaire.

I lk voyageur. Je ne dois pas insister main- ! tenant (il monte la scène. — Revenant h s^e), je reviendrai quand vous aurez réfléchi.

Geneviève. Oh? uon, mon mau pourrait vous rencontrer. De grâce! no reparaissez plus I ici, évitez qu’il vous voie... qu’il sache... qu’il , soupçonne...

lk vovagbur. Il ignorera, je vous le jure...

C’est avec vous quo je veux causer en secret.

GKMsviàvit. El moi, je vous prie de ne plus revenir.

le voyageur, à part. Cela ne ferait pas mon compte. (Geneviève est pensive ) En oubliant ici ma valise de voyage, j’aurai une raison légitime pour y rentrer. (nfavt.) Je vais contf-. nuer ma route. (5’arrè/onf d la porte.) Vous n’avez plus rien a me dire ?

gbnf.vièvk. J’ai seulement à vous demander qui vous êtes ?

le voyageur. Un noble Vénitien.

Geneviève. Et qnol intérêt vous a guidé vers moi?

le voyageur. Aucun intérêt personnel...

j’aime les aventures, et j’ai cru devoir appren- I dre à Geneviève Thibaut qu’elle peut résous- | citer une noble héritière.

Geneviève. Geneviève n’cn a pas lo pouvoir, une clause du testament lui défend do le faire.

lf. vovaceur. Vous en serez meilleur jupe plus lard. (A part.) Jo reviendrai bientôt. (Il xj lue et tort )

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