‹ Jean le Prince et son œuvreChapitre 121 sur 148 · PROSPECTUS · texte numérisé non relu

PROSPECTUS

Les Artistes et les Amateurs ont toujours recherché avec empressement les Dessins et Esquisses des grands Maîtres, parce qu^ils y retrouvent toute la chaleur du génie créateur non refroidi par une lente et pénible exécution. Donner le moyen de multiplier, avec tout Pesprit original, les premiers élans de l'imagination, n^est-ce pas rendre service aux Arts? La Gravure est sans contredit le seul moyen de les multiplier, mais pour jouir promptement, il fiillait trouver une manière de graver rapide, qui pût être adoptée par les Artistes, et qui fût, en quelque sorte, à leur bienséance.

Mr Le Prince a été assez heureux pour découvrir, après de longues recherches, un procédé à Paide duquel un peintre, un architecte, enfin tout dessinateur peut graver une planche imitant le dessin lavé soit au bistre, soit à Tencre de la Chine, dans presque le même temps, avec la même facilité et de la même manière qu'il laverait le dessin même. A force de tentatives, de retouches et de temps produire une estampe imitant le lavis, est un secret peu lucratif à son inventeur, parce que le gain ne peut dédommager de la peine ; mais

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produire cette estampe avec la même promptitude et de la même manière qu'un dessin, telle est la découverte que M^ Le Prince croit utile, et qu'il propose aujourd'hui par souscription. Cet artiste, d'une santé chancelante, se regarderait comme coupable envers les Ans et sa nation, s'il ensevelissait avec lui sa découverte ; mais' il n'est pas assez favorisé de la fonune, pour faire le sacrifice de ses travaux et pour renoncer à un gain permis ; il s'est donc déterminé à offrir une souscription, comme le moyen le plus simple de concilier Pintérét général avec des droits légitimes.

C'est en 1769 qu'il présenta pour la première fois des essais de sa nouvelle gravure à l'Académie, qui lui fit délivrer un extrait de ses registres conçu en ces termes :

€ M^ Le Prince, Peintre, Académicien, a exposé des « Estampes imitant les Dessins lavés à l'encre de la Chine

< ou au bistre, qu'il a gravées par un procédé nouveau de « son invention, différent de tous ceux qui ont été trouvés

< jusqu^à présent^ au moyen duquel tout dessinateur, relaie tivement à son degré de talent, peut exécuter sur le cuivre « le dessin qu^il se propose de rendre, avec presque autant « de promptitude que le dessin même. L^ Académie a fait « compliment à M^ Le Prince sur cette découverte^ qu'elle « a fort approuvée. »

Cet extrait du 28 janvier 1 769, est certifié véritable et signé : Cochin.

Depuis cette époque, M^ Le Prince a bien perfectionné son secret, en y faisant des changemens heureux, qui ont assuré le succès de l'opération. Il en obtient les tons les plus légers et les plus vigoureux, et peut porter cette gravure au plus grand fini. Depuis cette époque aussi plusieurs personnes, comme il arrive toujours au bruit d^une découverte nouvelle, ont travaillé à lui dérober son secret, tant en France que

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dans les pays étrangers. Plusieurs se sont vantés de le posséder, aucun cependant ne l'a prouvé jusqu^à présent, parce que personne ne Ta réellement trouvé. Si quelqu'un exécute avec la même simplicité de moyens et la même célérité que lui, qu'il se présente : M^ Le Prince avouera qu'il a été découvert, mais il n'en demeurera pas moins constant qu'il en est le véritable inventeur.

En attendant M^ le Prince assure à ceux qui lui feront l'honneur de souscrire, qu'il n^emploie dans son procédé aucuns des ustensiles nécessaires aux autres genres de gravure ; que l'exécution n'est guère plus longue que celle du dessin, et que son succès ne dépend jamais du hazard ; qu'on peut travailler aux bougies et produire l'estampe en la composant sur la planche même ; que la planche peut tirer de suite grand nombre de très belles épreuves, et qu^enfin on peut la conduire aussi loin que peut durer le trait de pointe, en fortifiant les endroits qui s'affaiblissent, opération aussi prompte que la retouche d'un dessin. Cette retouche, loin de nuire à la beauté de l'épreuve, y donne plus de velouté et d'harmonie, semblable en cela aux estampes de Rymbrant, qui sont devenues plus précieuses, à mesure qu'elles ont été plus retouchées par le peintre.

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