INTRODUCTION
On ne peut guères s'attendre à trouver après la mort d'un artiste, souvent contrarié par la fortune, un de ces Cabinets où tous les Arts réunis semblent avoir introduit la magnificence en s'en rendant à Tenvi tributaires; mais on a peut-être le droit d'exiger que le choix des Morceaux qu'il présente soit agréable, piquant et varié : et à cet égard, M. Le Prince n'aura rien laissé à désirer aux Amateurs. Nous avons écrit le nom de cet artiste ; quoiqu'il suffise à sa gloire, que l'on nous permette de mêler aux larmes que l'Amitié a versées sur sa tombe^ les regrets que sa perte a excités parmi ceux qui le connoissoient^ et qui apprécioient ses talens.
M. Le Prince en naissant avoit senti pour son Art cet attrait irrésistible qui, dans quelque genre que ce soit, annonce et promet le grand Homme. Son père s'en étoit apperçu ; il avoit fait des sacrifices pour favoriser son penchant, mais peut-être eût-il été forcé de le contraindre sans M. le Maréchal de Belle-Isle, Gouverneur de sa Province, qui, frappé des dispositions heureuses du jeune homme, les accueillit, les aida, et l'amena à Paris, où il le fit entrer dans l'Ecole de M. Boucher.
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Il n^étôit guères possible que les leçons d*un pareil Maître ne hâtassent les progrès rapides de M. Le Prince. Il fut bientôt plein des productions enchanteresses de ce Peintre célèbre^ et la toile ne tarda pas à s'animer sous ses pinceaux. On eût presque été tenté dès lors de croire que les Grâces alloient quitter Tattelier du Maître pour passer dans celui de l'Elève ; et l'on eût dit que dès le premier moment, elles lui avoient confié leur secret.
La réputation de M. Le Prince commençoit à s'étendre, et son nom étoit déjà connu lorsqu'il entreprit le Voyage de Russie. C'est là que, fi^appé des mœurs et des habillemens du Pays, il esquissa plusieurs Scènes qu'il a rendues depuis avec tant de charme et de vérité. Il n'avoit qu'à se louer de l'accueil que l'on y faisoit à sa personne et à ses talens ; mais sa santé ayant souffert de l'intempérie du climat, il se vit forcé de revenir en France, et de restituer à sa Patrie l'habile homme qu'elle voyoit à regret éloigné d'elle : l'on eût pu dire alors qu'il venoitde recevoir chez elle la palme qu'il avoit vu croître dans le sein d'une tene étrangère.
Les succès de cet artiste sont trop récens pour que nous nous étendions sur le mérite de ses Ouvrages : il est d'ailleurs peu de Cabinets célèbres où ses productions n'aient trouvé leur place, et n'aient soutenu la comparaison avec les chefisd'oeuvres de l'Ecole Flamande auxquels on les
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assimiloit. Est-il quelqu'un qui n'ait pas admiré la vérité de son caractère, le charme de son coloris^ Tagrément de ses Compositions et la fécondité riante de son imagination ? Avec quel art il rendoit ses pensés fines et ingénieuses qui s'offroient en foule à son esprit^ et qui sembloient naître d'ellesmêmes sous ses crayons. On enlevoit peu de Tableaux à son chevalet qui ne fussent des Romans pleins de grâces et de sentiment.
Mais ce n'étoit pas. seulement sur la toile et dans le silence du Cabinet que se developpoient Tesprit et rimagination de M. Le Prince. Ils le servoient dans la Société ; sa gaité naturelle y perçoit^ et sa conversation étoit toujours piquante et enjouée. Nous hasarderons un dernier trait pour terminer le foible hommage que nous offrons à sa mémoire ; c'est qu'en le perdant^ la Société regrette un homme aimable^ l'Académie un membre célèbre, et l'Ecole Françoise un grand homme.
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NOTICE
DES PRINCIPAtJt ARTICLES DE TABLEAUX