‹ Jean-Louis d'ErlachChapitre 2 sur 30 · COMMENCEMENTS D'ERLACH · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS D'ERLACH

ans ; mais il semble fort douteux que cette origine ait influé sur le choix de la ville où devait se faire son éducation. Le jeune Erlach ne resta, d'ailleurs, que trois ans à Genève. Il s'y distingua par sa vive intelligence et son assiduité au travail, et y apprit la langue française de manière à la parler et à l'écrire avec une grande facilité ; il y devint aussi un fervent calviniste.

Le séjour à Técole était alors moins long et rinstruction moins étendue que de notre temps. On passait vite de la théorie à la pratique et, pour développer l'intelligence et former le caractère, on comptait avant tout sur l'expérience personnelle et sur les exemples fournis par le milieu dans lequel le jeune homme était placé.

Il apprenait à vivre, moins en étudiant des livres qu'en voyant agir et en agissant luimême. Cette éducation fut celle d'Erlach. Il n'avait que seize ans quand il entra dans la vie publique. La guerre de Trente ans allait éclater en Allemagne ; les protestants s'y préparaient en fondant l'Union évangélique à Ahausen, et les

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catholiques la Sainte Ligue à Munich. Entre ces deux partis, Erlach, zélé calviniste, ne pouvait pas hésiter : il débuta comme page auprès du prince Christian 1®^ d'Anhalt, général de r Union et, en 1620, à Tâge de vingt -cinq ans, étant déjà capitaine, il prenait part, dans le régiment du jeune prince Christian II d'Anhalt, à la bataille de la Montagne-Blanche. Fait prisonnier, il recouvra la liberté moyennant rançon, alla guerroyer contre les Impériaux en Hongrie^, et fut blessé grièvement au siège de Neuhausel (1621). Devenu major dans l'armée de Christian de Brunswick, administrateur d'Halberstadt, cet évèque laïque,, qui avait pris pour légende : « Ami de Dieu et ennemi des prêtres » et que ses contemporains ont appelé le fou, der Toll, il prend part aux batailles de Hôchst(i622), de Fleurus (1623), est de nouveau fait prisonnier à la bataille de Stadtlohn (1623), se rachète encore, et entre, à l'âge de vingt-huit ans, au service de Gus-

* Sous les ordres du margrave Jean-Georges de Brandebourg-Jâgerndorf.

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tave- Adolphe, roi de Suède, comme lieutenantcolonel de sa garde.

Erlach se fît bientôt remarquer par la sévérité avec laquelle il maintenait la discipline et, en même temps, par le soin qu'il prenait de bien nourrir ses troupes et de leur donner de bons quartiers. Aussi jouissait-il, auprès des soldats, d'une grande autorité et apaisa-t-il plusieurs de ces révoltes assez fréquentes alors parmi des troupes qui ne servaient que pour la solde.

Gustave- Adolphe faisait, en ce temps, la guerre à la Pologne (1623) et n'était pas encore intervenu dans les affaires d'Allemagne. Une trêve entre la Suède et la Pologne ayant rendu Erlach à la vie privée, il en profita pour se marier, et épousa une de ses cousines, Marguerite d'Erlach, jeune orpheline et riche héritière, qui lui apporta en dot le château et la terre de Gastelen en Suisse* (19 juin 1627). Il avait alors trente et un ans. Sa haute taille, ses yeux bleus, ses cheveux blonds retombant sur

^ Plus le château de RucheDstein.

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les épaules, suivant la mode du temps, lui donnaient la physionomie d'un Suédois. Sa femme avait seize ans, quinze ans de moins que lui, les jeuï et les cheveux bruns ; c'était une femme d'esprit et d'un caractère viril. Leur union fut heureuse ; la bonne harmonie ne cessa jamais d'y régner.

Après son mariage Erlach sembla d'abord abandonner la carrière des armes à l'étranger, pour se consacrer tout entier à son pays natal. Il entre, en effet, en 1627, au grand Conseil de Berne, en 1629 au Conseil de gouvernement, et s'occupe d'améliorer les institutions militaires de la Suisse. En 1629 cependant, deux ans après son mariage, il prend du service en France et, à la tête d'un régiment de trois mille hommes, fait partie de l'expédition française qui obligea les Espagnols, commandés par Gonzalès de Gordova, à lever le siège de Casai (1629). S'il abandonnait une puissance protestante pour une puissance catholique, il ne changeait pas pour cela de parti, car il continuait à combattre la maison d'Autriche.

La question financière a toujours eu une

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grande importance dans les affaires m Elle en avait peut-être plus encore au :

cle que de nos jours. Les armées se ce surtout de mercenaires, on ne pouvait ] troupes el les maintenir sous les c qu'en les payant. La France était ak leplusriche de l'Europe, et cependant, de la mauvaise organisation des ânanc désordres intérieurs qu'occasionnait des grands seigneurs, la solde était être payée avec régularité. 11 était dû i somm^au régiment d'Erlach*, et Vu Méry prétendait les réduire. Erlach se Paris pour réclamer. C'était la prem:

qu'il voyait la Cour de France ; il y no plusieurs personnages importants, des qui influèrent plus tard sursa carrière. 1 pas, toutefois, ce qu'il était venu dem; il en éprouva une telle irritation qu' donna momentanément la France poui neràlaSuède. Appelé par Gustave-^ qui venait de remporter la victoire de

' Le régiment d'Erlach avait beaucoup loufrerl et venait d'être licencié.

il se chargea de lever pour lui un régiment en Suisse ; il dut bientôt y renoncer, parce que les cantons protestants interdirent tout enrôlement chez eux. 11 accompagna néanmoins le principal allié du roi de Suède, le duc Bernard de Saxe-Weimar, dans une expédition qu'il fit dans TAUgau^ en 1632, et acquit son estime par son caractère et ses qualités militaires. Tous les deux étaient hostiles à la maison de Habsbourg dans laquelle ils voyaient Tennemie de leur religion et de l'indépendance des Etats de TEmpire. Bernard reprochait, en outre, à cette maison d'avoir, sous Gharles-Quint, dépouillé de la dignité électorale la branche ernestine de Saxe, qui était Taînée et à laquelle il appartenait, pour la donner à la branche cadette albertine. C'était la première fois qu'Erlach servait sous Bernard de Weimar; il allait devenir bientôt son principal lieutenant.

Erlach ne s'était engagé que pour la durée de la campagne. De retour en Suisse, il reçut

^ Haute vaUée de l'IUer.

Sit

COMMENCEMEITTS D'EBLACH

le commandement des milices de Ben et fut chargé de maintenir la neutra confédération. La Suisse était alors reusement divisée en deux partis : ç; et protestant, le premier soutenu ] pagne, le second par la France et la 1 ces deux partis préfendaient vivre en j eux et demeurer neutres entre l'emper ennemis. Les protestants n'en laisst moins le maréchal suédois Horn travt territoire pour assiéger la ville de ( (septembre 1633) , et le canton de Bern Erlach à Paris pour demander le seeo France contre les cantons catholiques (1 N'ayant pas pu obtenir ce secours, il Suisse au commencement de mars remplit plusieurs missions diplomat rentra à la fin de 1637 au service i Weimar,

Gustave-Adolphe avait promis au nard de Weiraar de lui constituer, évêchés de Wurtzbourg et de Bam

duché de Franconie * et, après la mort du roi à Lûtzen, le chancelier de Suède, Oxenstierna, lui en avait donnéTinvestiture (20 juin 1633^). Mais, dès Tannée suivante (1634), par suite de la défaite de Nordlingue, Bernard avait perdu son duché. Nommé d'abord généralissime de l'Union évangélique de Heilbronn, au Congrès de Worms (12 mars 1635), il n'avait pas tardé à entrer au service de la France par un traité conclu à Saint -Germain, le 27 octobre 1635.

Ce traité, dont une partie secrète l'obligeait à combattre partout où le roi de France le désirerait^, lui laissait espérer que son duché de Franconie serait remplacé par un duché situé sur les bords du Rhin. On lui promettait, en

^ G. Droysen, Bernhard von Wtf imdjr. Leipzig. Duncker- Humblot. 1885, 2 vol. in-4, 1, 169, 177, 185.

2 Le 20 juillet 1633, d'après Rose, Herzog Bernhard der Grosse von Sachsen-Weimar, I. 224. La vraie date est le -^ juin, Rose, 1,429, 430.

3 n y eut deux traités signés le 27 octobre 1635 : l'un public GoNZENBAGH, / DocumentSf p. 220), traduit dans le Laboureur Histoire du mareschal de Guébriant^ I Documents, p. 1 ; l'autre secret, Gonzbnbagh, / Documents, p. 225, traduit dans Le Laboureur, t(f.,p. 3. L'engagement de combattre partout où le roi le désirerait se trouve dans le traité secret qui a la même date que le traité public.

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