‹ Jean-Louis d'ErlachChapitre 4 sur 30 · CAMPAGNE DE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE

Erlach, alors colonel, y fut fait prisonnier. Le second combat (3 mars) se termina par la victoire complète de Bernard et par la captivité des deux généraux ennemis: Savelli et Jean de Werth. Ce succès fut dû principalement à ce que les Weimariens essuyèrent une première décharge sans tirer, et culbutèrent ensuite les Impériaux avant qu'ils eussent eu le temps de recharger leurs mousquets *. Suivant Tusage, les soldats impériaux, faits prisonniers, entrèrent au service du vainqueur, et Tarmée weimarienne, malgré les pertes qu*elle avait éprouvées, se trouva ainsi plus nombreuse après la bataille qu'avant. Erlach fut bientôt remis en liberté; quant à Rohan, transporté au couvent de Kônigsfeld, dans le canton de Berne *, il y mourut des suites de sa blessure

' La charge et le tir du mous^et exigeaient beaucoup de temps. U y avait pour Pexercice du mousquet 1 43 commandements dont 99 pour la charge et le tir ; il y en avait 21 pour Tezercice de la pique (Heilmann, Kriegsgeschi^ chte von Bayerrii etc., Munich^ Gotta, 1863, 3 vol. in-8, III, p. 912).

^ Maintenant canton d'Argovie, très près au S.-E. de Brugg, entre TAar et la Reuss.

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(13 avril 1638); Erlach lui ferma les yeux et le fît solennellement inhumer à Genève.

Les cantons catholiques avaient vu d'un mauvais œil Toccupation des villes forestières par Bernard; les cantons protestants en témoignèrent, au contraire, une grande satisfaction et, violant de nouveau la neutralité, envoyèrent au duc des vivres et des munitions ^

Le duc de Weimar avait encore à s'emparer de Fribourg en Brisgau, et surtout de Brisach. Fribourg fermait les défilés qui font communiquer le Rhin avec le Danube. Le colonel Escher de Bûhringen ^, qui y commandait pour l'empereur, capitula (11 avril 1638). Restait Brisach, alors siège du gouvernement du Brisgau, place encore plus importante que toutes celles qui venaient d'être prises, parce que, située sur les bords du Rhin, elle était la clef de l'Alsace et commandait la principale

^ À la demande de Méliand, ambassadeur de France en

Suisse.

Jean Werner Escher de Brunningen d*après Drotsen, (B. de W., II, 36^).

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■voie que suivaient les Espagnols pour se rendre du Milanais dans les Pays-Bas.

Il fallait des renforts et de l'argent pour prendre Brisach, et la France seule pouvait eu fournir. Ce fut pour s'en procurer que Bernard envoya à Paris Erlach auquel il venait de conférer le grade de major-général (17 ou 18 avril 1638). Favorablement accueilli à Saint- Germain par le roi (7 juin) et par Richelieu (14 juin), Erlach n'obtint pas cependant ce qu'il était venu chercher. Si le gouvernement français voulait s'emparer de Brisach, c'était pour garder cette place, et non pour la laisser à Bernard. C'est pourquoi, au lieu de mettre des renforts à sa disposition, il résolut d'envoyer le duc de Longueville avec 13.000 hommes assiéger lui-même la place. Bernard devrait ainsi aider Longueville au lieu d'être aidé par lui; il deviendrait son subordonné au lieu d'être son chef, et Brisach, une fois pris, devrait appartenir à la France.

De tous les officiers de Bernard, Erlach était certainement le plus habile et celui sur lequel le duc pouvait le plus compter. Richelieu

ne rignorait pas; et, prévoyant de grandes difficultés dans cette affaire de Brisach, il essaya de le gagner en lui offrant une pension. L'offre n'avait en elle-même rien d'extraordinaire. Un grand nombre de princes allemands recevaient alors des pensions du roi*. Erlach refusa 3t, comme on insistait, il répondit qu'il n'avait pas mérité de pension et que ses revenus, d'ailleurs, lui suffisaient. La crainte de s'engager était la seule cause de son refus.

Le duc Bernard s'était montré très mécontent qu'on voulût lui donner un chef. Ses frères, Guillaume, Albert et Ernest, qui s'étaient réconciliés avec l'empereur et avaient accepté la paix de Prague, voulurent en profiter pour le réconcilier aussi avec l'empereur. Mais Bernard était trop engagé avec la France et trop hostile à la maison de Habsbourg pour

* Le duc de Wurtemberg, le margrave de Bade, l'électeur de Saxe, le margrave de Brandebourg, le duc Guillaume de Saxe-Weimar, frère aîné de Bernard, le landgrave de Hesse-Gassel et beaucoup d*autres encore recevaient des pensions du roi. Ponika, ancien ambassadeur de Bernard, en recevait une de 13.000 livres (Gonzen- BACH, I, 86, 103).

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changer de parti; il résolut de raffaire et mit le siège devant Brisaci

Les Austro-Bavarois firent les pli efforts pour couserver cette place. Ils de la ravitailler ; Bernard les en em avant qu'Erlach fût de retour de Pai le duc de Longuevîlle eût encore passi il les battit à Wittenweyer (9 août Il cerna ensuite la place au moyen d retranché qu'un large fossé défendait attaques extérieures, et employa à i trois mois : août, septembre et octobre le siège eut commencé, le duc de d'abord, les Impériaux ensuite, s'e successivement de le faire lever. Ber tit le duc de Lorraine près de Thann bre 1G38*) et, retiré dans son camp r repoussa les Impériaux commandés et Lamboy {22-24 octobre 1638).

La garnison de Brisach était comm Jean-Henri de Reiuach. Laissé sans

' Bernard avait avec lui Québriantet Tur»in ^ G. Dbotsin, II, 456. On appelle aussi <x bataille de Ceniay.

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maïs espérant toajoors en recevoir, il défendit la place jusqu'à la dernière extrémité. A mesure que le nombre de ses soldats diminuait, il abandonnait peu à peu les ouvrages extérieurs.

Sommé trois fois de se rendre, il ne consentit à négocier que lorsque l'explosion de la tour aux poudres, située au nord de la ville, eut ouvert une brèche dans la muraille et rendu tout à fait impossible la continuation de la défense (3 décembre).

La situation de Brisach était, d'ailleurs, extrêmement grave. La mésintelligence régnait entre la garnison et les habitants. Il n'y avait plus de vivres. Les soldats recevaient du pain confectionné avec de Técorce de chêne, de la terre glaise et de la cendre et, avec cela, de la viande de cheval et un peu de vin. Les habitants étaient encore plus malheureux. Les riches se nourrissaient de chiens, de chats, de rats ; les pauvres mangeaient des cadavres ; on fut obligé de foire garder les cimetières. La famine s'accroissant encore, une mère mangea son enfant mort ; une autre mangea, en compagnie de ses enfants, le cadavre de son mari. Enfin, on fit la

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chasse aux eafants dans les rues : h furent tués et mangés*. Les'épidémi pagnaient la iamine : plus de deux e tants succombèrent.

Bernard de Weimar, tombé mala établi à Hheiufeld en laissant la di siège à son major-général. Ce fut I négocia la capitulation. Au dernier m faillit être rompue par Bernard. 11 v( prendre que trente de ses soldats, fai niers, en avaient été réduits à m cadavres de huit de leurs camarades tous morts. Le duc de Weimar, irril passer tous les Impériaux au âl de 1 officiers parvinrent à le calmer et, le hre 1638, la garnison de Brisach i les honneui-s de la guerre, c'est-à-dit armes, mèche allumée, balle à la boi canons et des munitions. Quelques se tail horrible, portaient embrochés a leurs piques * des morceaux de (

» V. R. Rsuaa, l'Alsace au ivii" iiècle, 1 BouilloQ, I, 129, 132.

^ GoHzinBAGii ([, 169), empbie à lort le Ur

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lilié dévorés. Le duc de Weimar

défilé. 11 reprocha vivement à

aort des treoteprisonniers. Reinach

il les avait traités comme ses pro-

3t célébrer dans la cathédrale un )ns de ■ grâces et donna un grand s lequel il but à la santé du roi de la i-eine Christine de Suède et du Franoe (Louis XIV), né depuis irs'. Il n'y fut question ni de l'Une furent inventées qu'en 1641. Û. Deotsbn, les prisonniers Weimariens, comme preuve présentèrent au duc des morceaux de chair foiehumaÏD. R6sx (II, 278) diteeulemeut :

; des gens du commue avaient mangé de la :t qu'on en aurait mootré à Bernard.

IB (p. 98) avoue qu'il y eut boucherie de

patrie n'existait alors, ni eu Suisse, ni en HZEHBACH, 1,20,116, 171, 131). Heusner de agent de l'empereur, parle cependant de : (QoNZ. 1,411). On n'avait pas l'idée d'une llemande, représentée par l'empereur (Oonz, 517).

e fauBM nouvelle que Richelieu annonça au >riBe de Briaach. Le père Joaepli étant mort et Briîach ayant été pris le 19 décembre, la

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