‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 10 sur 257 · ÉVÊQUE DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE MONTPELLIER

Montpellier, le 14 septembre 1902.

Mon Révérend Père,

Le meilleur éloge que je puisse faire de votre Vie de l'abbé Jean- Marie de la Mennais, c'est que, l'ayant re«ue par le courrier de ce matin, il me faut un réel effort pour la quitter afin de vous écrire.

Dès les premières pages, j'ai été saisi. La description de Saint- Malo, l'évocation des grands hommes que cette ville vaillante a donnés au pays, par dessus tout le rayonnement des deux grands noms de Chateaubriand et de Félicité de la Mennais, m'ont si fortement impressionné, que je ne pouvais plus me détacher de cette lecture.

Les temps que vous rappelez o,n quelques traits, mais avec tant de netteté et de vigueur; les dignes représentants de l'ancien épiscopat et de l'ancien clergé, dont" vous esquissez les nobles pliysionomies, Mgr Corfois de Pressigny — frère, ou du moins très proche parent de Mgr Cortois de Ralore, évêque de Mmes au moment de la Révolution, demeuré si cher à mes grands parents, — le P. de Glorivièrq, l'un des restaurateurs de la Compagnie de Jésus, et, en face d'eux, les apostate et les bourc^eaux, les indifférents «fies timides : l^out cela est dia siècle passé, et peut reparaître demain!. Que de belles leçons ressortent de ce que vous racontez, et que d'encouragemenlsà recueillir p^ur les luU'es<3u les difficultés qui nous attendeni !

Par-dessus tout, mon Révérend Père, pour les chréti-ens, le contraste si puissant et si douloureux, qui &e dessine peu à peu,,

LETTRES EPISCOPALES xiii

s'affirme et se creuse enfin cruellement entre le pieux fondateur d'une communauté de Frères voués à l'éducation des enfants du peuple et le « Titan orgueilleux » qui, du camp des catholiques et des royalistes les plus intransigeants, passe au camp des ennemis les plus irréconciliables de la monarchie et de la religion, voilà ce qui domine toutes les scènes dont vous nous faites le récit. Absent^ invisible, étranger volontairement et opiniâtrement aux croyances comme aux œuvres de zèle de son angélique frère, (c Féli » est toujours devant les yeux de Tâme, devant la pensée.

Et quelle opposition entre le refus terrible que font les mandataires de ses dernières volontés de la présence d'une croix sur sa tombe, et tout l'objet de votre livre : la glorification d'un saint, qu'on espère voir, un jour, sur nos autels!

Je ne crains ï3as, mon Révérend Père, l'indifférence du public pour votre bel ouvrage. On ne le lira pas seulement avec plaisir; ce sera avec passion, et, Tayant éprouvé, je puis en rendre témoignage.

Agréez, avec mes compliments sincères, l'assurance de ma gratitude et de mon humble respect en N.-S.

t FR.-MARIE- ANATOLE DE CAHRTÈRES,

évêque de Montpellier.

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