‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 124 sur 257 · DEFENSE DES PERSÉCUTÉS · texte numérisé non relu

DEFENSE DES PERSÉCUTÉS

vicaire; justification, par l'abbé de la Mennais, de la conduite du prêtre fidèle, et en définitive, explosion de mauvaise humeur de la part du ministre. L'abbé Jean revient alors à la charge auprès de M. Decazes ; il rétablit les faits avec autant de netteté que de modération, et finalement dissipe les préventions du haut fonctionnaire (1).

M. de la Mennais ne se bornait pas a défendre l'honneur de ses confrères ; il veillait avec une active sollicitude sur leurs intérêts matériels/Pendant les années 4817, 1818 et 1819, il n'adressa pas moins de dix réclamations, soit au Grand Aumônier, soit au ministre de l'Intérieur, soit aux maires de certaines communes, en faveur des ecclésiastiques vieux et infirmes, ou de quelques vicaires dont le traitement était trop misérable.

Mais s'il savait livrer des batailles pour conserver à

(1) Voici sa lettre au ministre de rintérieur : « Nous avons été surpris et affligés d'apprendre que notre réponse au sujet des refus de sépulture arrivés à Pordic et à Jugon avait blessé Votre Excellenee. Nous n'avons jamais eu l'intention d'insulter à l'autorité des ministres du roi ; nous ne vous avons pas donné, Monseigneur, sur ces deux affaires plus de détails, parce qu'il nous répugne toujours d'accuser ceux mêmes qui nous accusent. Puisqu'il le faut cependant, nous ne cacherons point à Votre Excellence que la dénonciation du sieur Ilibaut, de Vannes, est un tissu de mensonges.

« M. le curé de Jugon est un prêtre rempli de dou(^eur et de charité. Il alla voir son paroissien dès que celui-ci fut en danger. Etant tombé malade luimême peu de temps après, son vicaire alla à son tour chez le sieur Ribaut pour s'efl'orcer de vaincre l'obstination qu'il avait mise jusqu'alors à rejeter les secours de l'Eglise. Ces deux ecclésiastiques n'en purent rien obtenir, sinon une déclaration expresse qu'il ne croyait point à la religion catholique et que jamais il ne la professerait. Ses sentiments sur ce point étant connus de tout le monde, puisqu'il les a manifestés en toute occasion et particulièrement à l'heure de la mort, M. le curé ne crut pas pouvoir en conscience lui accorder les prières que l'Eglise catholique ne permet de faire que pour les hommes qui sont en communion avec elle. Alors un des parents du défunt (vraisemblablement son frère) se détermina à prononcer dans le cimetière le discours le plus violent contre la religion et contre les prêtres ; le blasphème découlait de sa bouche ; le peuple se retira consterné et frappé d'une sorte d'épouvante.

« Voilà la vérité. Monseigneur ; il nous est pénible de la dire, mais il faut que vous sachiez combien mérite peu de confiance celui qui vous a dénoncé un des plus dignes pasteurs de notre diocèse, et qui, après l'avoir outragé publiquement, voudrait encore que ce vénérable vieillard s'humiliât devant lui et se condamnât de sa propre bouche, en annonçant un service solennel pour le repos de l'âme d'un malheureux qu'on doit plaindre, mais qu'il est impossible d'excuser. » — Lettre inédite du 21 avril 1819. — Archives de l'évêché de Saint-Brieuc.

ses confrères le pain quotidien, il était plus ardent encore lorsqu'il s'agissait de défendre contre les prétentions gallicanes la pureté de leur doctrine.

Au commencement de 1818, le ministre l'invita à exiger des professeurs du grand séminaire la promesse d'enseigner les quatre articles de 1682.

Une pareille injonction parut exorbitante à un homme qui avait passé sa jeunesse sacerdotale à combattre le gallicanisme. Son premier mouvement fut de refuser net. Cependant les ordonnances du royaume étaient formelles. Il consulta l'abbé Garron et son frère Féli. Tous deux furent d'avis qu'il y aurait inconvénient à refuser sans explication la promesse demandée. Un biais s'offrait, selon eux, pour sortir d'embarras : s'engager à faire enseigner lesdits articles comme simples opinions, et avec toutes les distinctions et restrictions nécessaires pour sauvegarder les prérogatives pontificales.

Jean et Féli discutèrent un projet de réponse au ministre, et finalement on s'entendit sur une rédaction qui est un chef-d'œuvre de courtoisie aussi bien que d'habileté et de science théologique (1).

Le grand vicaire avait satisfait le ministre sans sa-

(1) M. de la Mennais avait d'abord adressé au ministre, le 13 février 1818, une lettre ayant pour but de sauvegarder la liberté de l'enseignement ecclésiastique. Cette lettre, très vigoureuse, a été publiée parRopartz (ç. 23o) — Elle fut suivie, le 8 mars, d'une autre lettre qui se terminait ainsi : « Par esprit de concorde, voulant nous prêter autant que notre conscience nous le permet, aux désirs du gouvernement, nous ne refuserons pas l'acte qu'il nous demande. Mais, en même temps, nous devons nous expliquer nettement sur trois points essentiels. Premièrement, dans les formules signées par nos professeurs, il est dit qu'ils promettent à MM. les vicaires rjénévaux capitulaires^ le siège vacant, d'enseigîiet\ etc., parce que c'est à nous seuls qu'il appartient, le siège vacant, de prescrire renseignement dans le diocèse ; ce droit est le fond et la substance même de la puissance spirituelle. — Deuxièmement, nous persistons à considérer les quatre articles comme de simples opinions, la proposition qui les érige en dogme de foi ayant été formellement condamnée par l'Eglise. — Et comme, sous le prétexte de défendre ces mêmes articles, des écrivains téméraires répandent aujourd'hui et soutiennent des doctrines schismatiques, selon lesquelles ni le concordat de 1817, ni cehii de 1801, ni celui de 1516, ni aucun concordat ne pourrait être légitime, il est nécessaire encore de déclarer que nos professeurs, dont les sentiments doivent être et sont en tout conformes aux nôtres, interpréteront les trois derniers articles de manière âne porter aucune atteinte aux droits du Souverain Pontife et à la validité du concordat de 1801. » — Cité par Ropartz, p. 242 et suiv.

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