LETTRE DE MONSEIGNEUR BATÏEFOL
RECTEUR DE l'iNSTITUT CATHOLIQUE DE TOULOUSE
Toulouse, le li octobre 1902.
Mon Révérend Père,
Je viens de prendre connaissance des deux volumes que vous avez consacrés à Jean-Marie de la Mennais.
Si jamais on avait eu besoin de louer le concours que prêtent à l'apostolat paroissial les œuvres chrétiennes d'enseignement populaire, cette vie serait bien faite pour en donner le plus convaincant exemple.
Pareillement, s'il était nécessaire, — et peut-être cette nécessité n'a jamais été si actuelle — de rappeler le zèle que le catholicisme, en France, a mis au service de l'instruction du peuple, la vie de Jean-Marie de la Mennais serait un rappel à la reconnaissance et à la justice du pays d'un dévoûment si ancien, si constant, si intelligent, SI généreux et si méconnu.
Jean-Marie de la Mennais fut un prêtre préoccupé perpétuellement du plus grand bien. Il renonça aux charges et aux honneurs vers lesquels son passage à la cour semblait l'acheminer. Après s'être excercéjdans tous les ministères ecclésiastiques, tour à tour professeur, vicaire, ^missionnaire, vicaire général, vicaire capitulaire ; après avoir pratiqué partout, avec une activité dévorante et sage, le In omnibus labora de l'Apôtre, il découvrit que l'œuvre la plus urgente, et peut-être la plus fructueuse, était l'instruction chrétienne du peuple.
XM LETTRE DE M. l/AMIRAL DE CIJVERVH.LE
Il s'y donna tout entier, à l'exemple de saint Jean-Baptiste de la Salle, et il s'y multiplia dans ces Frères qui, sans doute, ont essaimé jusqu'à nos plus lointaines colonies, mais qui ne sont pas pour rien communément appelés les Frères de Ploërmel, puisqu'ils sont avant tout de cptte Bretagne dont ils on.t été, de nos jours, les plus dévoués instituteurs et oii ils ont contribué à maintenir forte et profonde la tradition catholique.
Jeaii-Marie de la Mennas eut la grâce promise aux humbles. L'exemple douloureux donné par son frère est pour relever davantage le mérite de Jean-Marie, et tout de même pour faire éclater la charité fraternelle si persévérante et si attristée de celui des deux qui» fut seul fidèle.
Mystère des voies de Dieu! Qui eût dit, lorsque parut le preçiier volume de YEssai sur Vlndiffêrence et que la France s'émouvait aux accents de cette éloquence religieuse si nouvelle, que cette éloquence serait le figuier stérile? et que l'humble Jean-Marie de la Mennais, au contraire, renouvellerait le prodige de l'Evangile, pauperes evangelizantur? C'est peut-être la plus haute leçon qui soit donnée par cette admirable Vie.
Veuillez agréer, mon Révérend Père, avec mes félicitations, mes dévoués et respectueux sentiments en N.-S.
Pierre BATÏFFOL