RETOUR A LA CHESNAIE C
à me traiter, il faut tâcher de me guérir entièrement, et profiter pour cela de la belle saison. Je tâcherai néanmoins de décharger le pauvre M. Vielle, au moins d'une partie de sa besogne, car il doit être écrasé, et j'en soutire (1). »
Ce charitable désir ne devait pas se réaliser de si tôt. Au mois de juillet 1806, après cinq mois de séjour à Paris, les deux frères retournèrent à la Chesnaie, mais pour y reprendre la vie paisible que leur santé exigeait encore.
Heureusement on ne leur interdisait plus l'étude. L'abbé Jean avait rapporté de ses conversations avec MM. Emery et Duclaux des vues d'une netteté parfaite sur la situation de l'Eglise de France, les dangers qui menaçaient son indépendance et les remèdes qui convenaient à ses" maux. Ses colloques avec le jeune abbé Brute n'avaient fait qu'accroître ses ardeurs de prosélyte. Incapable de reprendre à Saint-Malo des fonctions actives qui auraient, d'ailleurs, absorbé tous ses instants, il résolut de mettre à profit ses loisirs forcés pour écrire sur les matières ecclésiastiques.
Son frère Féli lui pouvait être d'un grand secours. Formé à l'école des classiques, qu'il avait pratiqués assidûment les années précédentes, doué d'une remarquable puissance de logique et de la magnifique imagination que l'on sait, en possession d'une langue aussi pure que noble et harmonieuse, le futur écrivain avait dès lors presque tous les dons qui assurent le succès.
D'ailleurs, les études religieuses l'attiraient. Jean-Marie avait su lui inspirer une grande estime pour les penseurs du catholicisme, et il ne voyait point alors de plus bel emploi de sa vie que la défense de l'Eglise sur le terrain des sciences historiques et philosophiques.
monstre comme il mériterait de l'être. Il ne paraît dans sa paroisse que le dimanche : il en demeure à deux lieues et ne prêche j amais, quoiqu'il soit dans un pays protestant, où les instructions seraient si utiles, si nécessaires! Mon Dieu! quel fléau qu'un mauvais prêtre! J'aimerais mieux perdre dix fois la vie que de penser qu'il pût en sortir un semblable de notre Saint- Malo. » — Cité par Ropartz, p. 48.
(1) Cf. Ropartz, p. 49.
Les deux frères résolurent d'entreprendre une série d'œuvres de controverse appropriées aux besoins de l'époque. La bibliothèque de la Ghesnaie ne contenait plus seulement les ouvrages littéraires qu'y avait réunis M. des Saudrais; elle s'était enrichie d'un fonds théologique provenant des couvents voisins et acheté pendant la Révolution.
Du loisir, des livres, de longues conversations en tête à tête sous les futaies, le calme absolu du cabinet de travail , c'était plus qu'il n'en fallait pour exciter l'ardeur des deux frères. On se mit à l'œuvre.